LIVRE VI
fini par conquérir une bonne partie de l'intérieur et par s'agrandir au point de pouvoir appeler Grande Grèce toute cette contrée, voire la Sicile elle-même. Aujourd^ui, en effet, k ^exception de Tarente, de Rheginm et de Neapolis, ioutle pays est barbare :miiq partie se trouve occupée par les Lucaniens et les Brutiens, et les Gampaniens possèdent le restç, nominalement; du moins, car en réalité ce sont les Romains, les Gampaniens eux-mêmes étant devenus Romains. Mais l'auteur qui entreprendi de donner une description complète de la teire peut-il, je le demande, s'en tenir à l'état présent de chaque contrée, et ne doit-il pas dire quelque chose aussi de ^ son passé, surtout (piand ce passé a été glorieux? — On a vu plus' haut qu'une partie de la nation lueanienne était répandue sur les rivages de la mer Tyrrhénienne; une autre partie habite dans l'intérieur des terres au-dessus du golfe de Tarente. Seulement, ces populations lucaniennes de Tintérieur, ainsi que les Brutiens et les Samnites, auteurs de leur race, ont tellement souffert des maux de la guerre et sont aujourd'hui si complètement annihilées, qu'il est bien difficile de déterminer exactement les possessions respectives de chacun de ces trois peuples, d'autant qu'ils ne forment plus ni les uns ni les autres d'État proprement dit, que toutes les variétés de dialecte, d'armure, de costume, etc., qui pouvaient aider à les distinguer, se sont maintenant complètement effacées et que, par elles-mêmes, les villes ou localités qu'ils habitent n'ont aucune célébrité.
3. Gela étant, nous nous bornerons à décrire l'intérieur du pays d'une manière générale, d'après les renseignements que nous avons pu recueillir, et sans chercher autrement à distinguerles possessions des Lucaniens de celles des Samnites, leurs voisins. — , Pétélie passe pour être la métropole des Lucaniens et compte aujourd'hui encore un assez grand nombre d'habitants. Philoctète, chassé de Mélibée par des troubles civils, en fut, dit-on, le fondateur. Sa position, déjà forte naturellement, fut rendue plus forte encore par les travaux des Samnites, qui s'en firent un bou-
levart contre Thurium ^ Philoctète bâtit aussi l'antique Crimissa dans le même canton. Suivant certains auteurs cités par ApoUodore dans son Commentaire sur le Catalogue des vaisseauXj Philoctète aurait débarqué sur la côte de Crotone, et, après avoir fondé la citadelle de Crimissa et audessus la ville de Chôné, dont le nom aurait produit celui de Chênes que finirent par prendre les peuples de tout ce canton, il aurait envoyé en Sicile une partie de ses compagnons qui, avec l'aide du Troyen iEgeste, auraient bâti aux environs d'Éryx la ville d'-^gesta. On rencontre encore dans rintérieur Grumentum, Vertines, Galasames et quelques autres places aussi peu importantes, puis Ton arrive à Venouse, ville, en revanche, très-considérable. Si je ne me trompe, cette dernière ville et celles qu'on trouve à sa suite en remontant vers la Campanie sont toutes des villes samnites. Au-dessus de Thurium s'étend le canton de la Tauriané. Les Lucaniens, du reste, sont eux-mêmes originaires du Samnium, et c'est la guerre qui leur a livré les villes des Posidoniâtes et de leurs alliés. Leur constitution essentiellement démocratique leur permettait cependant, en temps de guerre, de se donner un roi choisi parmi ' les principaux dignitaires ou magistrats de la république. Actuellement, ils sont Romains. 4. Le reste de la côte, jusqu'au détroit de Sicile, est occupé par les Brutiens et mesure 1350 stades. Antiochus, dans ses Italiques, dit en termes exprès que le nom d'Italie ne désigna d'abord que cette partie de la péninsule et que c'est cette Italie primitive, connue plus anciennement endore sous le nom d'Œnotrie, qu'il a voulu décrire dans son livre : or, il lui assigne pour limites, du côté de la mer Tyrrhénienne le cours du Laùs, c'est-à-dire la limite que nous-même avons assignée à la Lucanie, et, du côté de la mer de Sicile, Métaponte. Quant au district de Tarente, qui succède immédiatement à celui de Métaponte, il le rejette en dehors de l'Italie proprement dite comme faisant
1. eouptoiç au lieu de çpoupiotç, excellente correction de M. Meineke, qui renvoie aux Onuscula Academ. de Heyne, t. II, p. i4l. — 2. 'Aicô au lieu de ûicà. correction de Coray, agréée par M. Meineke.