‹ Geographie De StrabonChapitre 147 sur 181 · LIVRE vi · texte numérisé non relu

LIVRE vi

partie de la Japygie, Il veut même qu'à une époque encore plus reculée les noms d*Œnotrie et d'Italie se soient appliqués uniquement au pays compris entre le détroit de Sicile et ce premier isthme, large de 160 stades, qui va du golfe Hipponîate, ou, comme l'appelle Antiochus, du golfe Napétin au golfe Scyllétique, pays dont le périple peut bien mesurer en tout 2000 stades. De là, maintenant, les noms d'Italie et d'Œnotrie se seraient avancés jusqu'au Métapontin et à la Siritide, car Antiochus nous montre les Ghônes, nation œnotrienne déjà fort civilisée, établis en ces lieux et donnant à tout le pays le nom de Chônè. Antiochus, malheureusement, ne s'est pas exprimé d'une façon aussi nette au sujet des Lucaniens et des Brutiens, et, comme tous les anciens historiens, il a omis de préciser quelles étaient dans le principe les possessions respectives des deux peuples. Aujourd'hui la contrée appelée Lucanie comprend tout ce qui s'étend entre la mer Tyrrhénienne et la mer de Sicile, depuis Tembouchure du Silaris jusqu'à celle du Laûs sur la. côte de la mer Tyrrhénienne, depuis Métaponte jusqu'à Thurium sur la côte de la mer de Sicile, et, dans l'intérieur, depuis le Samnium jusqu'à l'isthme compris entre Thurium et une localité, GerilU, voisine de Laùs, isthme pouvant mesurer 300 stades de large. Quant au Brutium, il forme au-dessus de la Lucanie une presqu'île, dans laquelle se trouve naturellement comprise cette autre petite presqu'île qui part de l'isthme resserré entre les golfes Scyllétien et Hipponiate. Ce sont les Lucaniens qui ont donné aux Brutiens le nom qu'ils portent, car ce nom, dans la langue lucanienne, signifie déserteurs ourebelles: les premiers Brutiens étaient, dit-on, des pasteurs au service des Lucaniens , mais la mollesse de leurs maîtres leur avait laissé prendre des habitudes d'indépendance et ils avaient fini par s'insurger, quand la guerre de Dion contre Denys était venue bouleverser tout ce pays. — Du reste nous ne pousserons pas plus loin ces considérations générales touchant les Lucaniens et les Brutiens.

5. La première ville que l'on rencontre dans le Brutium, à partir de Laûs, est Temesa, ou, comme on l'appelle au-

jourd'hui, Tempsa, Fondée par les Ausones, cette ville fut rebâtie plas tard par les iïlloliens , compagnons de Thoas ; puis, les Bmtiens chassèrent les iEtoliens, mais pour se voir à lenr tour ruinés par Annibal et par les Romains. C'est ippès de Temesa, au fond d'un bois épais d'oliviers sauvages, '.que s'élève Vhèrôon de Polite, de ce compagnon d'Ulysse ^mort victime de la perfidie des Barbares, mais de qui les nmânes irrités exercèrent alors de telles vengeances sur tout ee pays que les habitants, après avoir pris conseil de quelque oracle, en furent réduits à Ini payer un tribut annuel, et qu'on en a fait cette locution à Tadresse des «cœurs impitoyables*: c Le héros de Témèse habite en eux. » La tradition ajoute qu'après la prise de la ville par les Locriens Épizéphyriens l'athlète Euthymus descendit dans la lice contre le héros en personne, et que, l'ayant vaincu, il le força à décharger les populations du tribut qu'il leur avait iniposé. On prétend encore que c'est de cette ville de Temesa çt nullement de la ville de Tamassos' dans l'île de Gypre (le ^nom de chacune de ces localités affecte indifféremment les 'deux formes [en a et en oç]) que le poète a voulu parler dans ce vers [bien connu] :

f Je vais à Témèse pour y chercher du cuivre '. »

Et, en effet, on reconnaît ici auprès, malgré l'état d'abandon dans lequel elles se trouvent, les vestiges d'anciennes fonderies de cuivre. — Tout à côté de Temesa est la ville de Terina, qu'Annibal détruisit lors de sa retraite dans le Brutium, parce qu'il vit qu'il ne pouvait la garder. Puis vient Gosentia, capitale ou métropole du Brutium, et, un peu au-dessus de Gosentia, Pandosie, place très-forte, sous les murs de laquelle Alexandre, roi des Molosses, trouva la mort. Ge prince s'éi ait mépris, lui aussi*, sur le sens d'une réponse de l'oracle de Dodone : invité par cet oracle k se tenir prudemment éloigné de l'Achéron et de Pandosie, il

1. M. Meineke propose de lireài]$ei( au lieu deàv^Xeriç. Voy. Vkid, Strabon., p. 57. — 2. Cf. Etienne de Byzance, s. v. Tdjtawç. — 3. Hom., Odyss.^ 1, 185.— 4. Goimne les Grecs des environs de Laûs (voy. ci- dessus, p. 422).

avait cru que le Dieu jui désignait les lieux 'de Thesprotie qui portent ces noms, et il était venu mourir ici dans le Brutium, devant cette autre Pandosie dont l'enceinte embrasse [aussi] les trois sommets d'une même montagne et se trouve baignée par une rivière appelée également YAchéron. Quelque chose d'ailleurs avait contribué à Tabuser, c'est qu'un autre oracle avait dit :

c Pandosie, ville au triple sommet, tu coûteras un jour la f vie à une grande multitude d'hommes. »

Et il s'était figuré que la prédiction menaçait l'armée des ennemis, non la sienne. La même ville de Pandosie passe pour avoir servi naguère de résidence aux rois œnotriens. Quant à Hipponium, qui fait suite à Cosentia, ce sont les Locriens qui l'ont fondée ; elle appartint ensuite aux Brutiens, puis, étant tombée au pouvoir des Romains, elle vit son nom changer par eux en celui de Vibo Valentia. La beauté de$ prairies qui environnent cette ville et l'abondance des fleurs dont elles sont émaillées ont accrédité la tradition que Proserpine quittait souvent la Sicile pour venir ici s'amuser à cueillir des fleurs; et tel est le respect pour cette antique tradition, qu'aujourd'hui encore c'est un usage général parmi les femmes du pays de cueillir des fleurs et de s'en tresser de leurs propres mains des couronnes. Ge serait même une honte pour elles, les jours de fête, de porter des couronnes qu'elles auraient achetées. Yibo a un arsenal maritime qu'Agathocle, tyran de Sicile, fît construire après qu'il se fut emparé de la ville. En continuant à ranger la côte depuis Vibo jusqu'au port d'Hercule,. on commence à voir tourner au couchant la pointe qui termine l'Italie du côté du détroit de Sicile, puis Ton passe devant Medma, autre ville bâtie parles Locriens, qui lui donnèrent le nom d'une grande et belle fontaine du voisinage. Près de Medma est le port d'Emporium. Un autre petit port ce trouve à l'embouchure du fleuve .M étaure, lequel baigne presque les murs de ladite ville [de Medma]. Juste en face de cette partie de la côte, à 200 stades du détroit, sont les îles. des Liparaeens,

appelées quelquefois aussi îles d*jEole, du nom, soi-disant, de ce roi -^ole qu*Homère a fait figurer dans V Odyssée. Ces îles sont au nombre de sept et se trouvent toutes parfaitement en vue, pour qui regarde de la côte de Sicile ou de celle du continent aux environs de Medma. Mais nous parlerons d'elles plus au long , quand nous en serons à décrire la Sicile. Passé le Mélaure, on rencontre encore un cours d'eau portant ce même nom de Métaure^ ; puis vient le Scyllœum, rocher élevé qui s'avjsmce dans la mer en forme de presqu'île. L'isthme en est très^bas et se trouve des deux côtés accessible aux navires : ÂDaxilaûs, tyran de Rhegium, le ferma d'abord d'un mur pour arrêter les incursions .des Tyrrhènes, puis il en fit la station ordinaire de sa fîotte et interdit de la sorte aux pirates le passage du détroit. Tout près de là, en effet, à 250 stades de Medma, est le cap Gœnys : or, ce cap, en se rapprochant de plus en plus de la pointe correspondante du Pelorias (l'une des trois pointes qui donnent à la Sicile sa forme triangulaire) , finit par réduire le détroit aux proportions d'un simple canal. Seulement, tandis que l'extrémité du Pelorias incline au levant d'été, celle du Cœnys incline au couchant, les deux caps décrivant, [au moment de se rejoindre,] une courbe marquée en sens inverse l'un de l'autre. Ce resserrement ou étranglement du détroit ne s'étend du reste que du cap Cœnys au Posidonium de Colonne-Rhégine, c'est-à-dire sur une longueur qui ne dépasse pas six stades (le minimum de la largeur ou de la traversée en compte un peu plus), car, dans l'intervalle de 100 stades qui sépare Colonne-Rhégine de^Jlhegium, on voit, à mesure qu'on avance vers l'E. et qu'on se rapproche de ce bassin de la mer extérieure connu sous le nom de mer de Sicile y on voit le détroit aller toujours s'élargissant.

6. Rhegium a eu pour fondateurs des Chalcidiens, sortis, nous dit-on, de leur patrie à l'occasion d'une disette et venus à Delphes sur l'ordre d'un oracle qui avait, au nom d'Apollon, exigé de Ghalchis la dîme de sa population, puis

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