‹ Geographie De StrabonChapitre 163 sur 181 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

dre, et l'on peut, d'après la différence d'intensité des détonations et d'après le point de départ des éruptions de flammes ou de ium'ée, pronostiquer à coup sûr le temps qu'il fera trois jours après. C'est ainsi que des gens de Lipara annoncèrent à Polybe*, alors retenu à terre par un gros temps qui empêchait de mettre à la voile, que tel autre vent se lèverait bientôt, et la chose arriva effeclivement comme ils l'avaient annoncée. De tout ce qui précède Polybe conclut qu'Homère, en faisant d'iEole le dispensateur des vents (ce qui peut paraître au premier abord une fable dans toute l'acception du mot), ne nous a pas donné une pure fiction, mais bien la vérité même sous un ingénieux déguisement. On a vu au début de cet ouvrage ce que nous pensions à cet égard^; reprenons donc la suite de notre description du point où cette digression l'a interrompue.

11. Et, comme nous avons déjà décrit Lipara et Thermesse, passons à Strongyle'. Cette île tire son nom de sa forme arrondie ; elle est aussi de nature volcanique, mais ses éruptions, très-inférieures à celles des deux autres îles en intensité, l'emportent beaucoup par l'éclat et la splendeur des feux. Aussi les mythographes en avaient-ils fait la demeure même d'iEole. Didyme, la quatrième île du groupe, tire, comme Strongyle, le nom qu'elle porte de sa configuration. Quant à Ericussa et à Phœnicussa, qui viennent ensuite, c'est de la nature de leurs plantations qu'elles ont tiré les leurs; elles sont d'ailleurs l'une et l'autre affec-*^ tées uniquement à r^i/eue et au pâturage des bestiaux. Enfin, si la septième, qui est situés plus au large que les autres^ et qui se trouve être complètement déserte, a été appelée

1. Voy. dans les Vind, Strab. (p. 73) l'ingénieux rapprochement que fait M. Meineke de ce passage avec un incident relaté par Tite-Live (V, 2 8). Cf. Millier, /wd. var. lect., p. 979, col. 1, 1. 23. — 2. Suit une phrase inintelligible, qui rappelle vaguement certaine théorie énoncée par Strabon dans son !••; livre sur l'alliance que fait Homère de la fiction et de la réalité, et qui n'est évidemment qu'une glose, ou mieux une citation, im rappel marginal. M. Meineke l'a rejetee hors du texte. — 3. Voy. l'explication que donne M. Mûller des mots i Si ôvoç ïTçoYTfûXij qu 'on lit ici dans «m des Mss. de Strabon, Ind Var. hct.^ p. 979, col. 1, 1. 47. — 4. « Accuratiora. dit M Millier, S>rabo iradet, deletO]f.à.\f.ata., quodest \)osi iteXafia; nam kvoinjmus insula minut quam SlroiiQyle in alto sita eut, » Ibtd.^ 1. 51.

Evonymos, c'est parce qu'on Ta juste à sa gauche ayLZnà on se rend de Lipara en Sicile ^ . Il n'est pas rare non plus dans ces parages de voir des flammes courir à la surface de la mer, par suite apparemment de l'ouverture de quelque cratère sous-marin due aux efforts que fait incessamment le feu intérieur pour se frayer de nouvelles issues au dehors. Posidonius décrit un autre phénomène observé de son temps, c Un jour, dit-il, à l'époque du solstice d'été, on vit, dès le lever de l'aurore, la mer entre Hiera et Evonymos se gonfler d'une façon prodigieuse, continuer encore un certain temps à grossir, puis cesser tout à coup ; des embarcations se dirigèrent aussitôt de ce côté , mais la vue d'une quantité de poissons morts apportés par le flot, jointe à l'excès de la chaleur et à l'odeur infecte qui s'exhalait de la mer, effraya ceux qui les montaient et les força à s'enfuir; une seule embarcation, pour s'être approchée davantage, perdit une partie de son monde et ramena le reste k grand'peine à Lipara et encore dans un état pitoyable, en proie à des accès de délire (d'un délire analogue à celui des épileptiques), suivis il est vrai de brusques réveils de la raison. Quelques jours après, il se forma à la surface de la mer comme qui dirait des efflorescences boueuses, accompagnées sur certains points d'un dégagement de flammes, de vapeurs et de fumée, puis cette boue durcit et forma un îlot ayant la consistance et Taspect de la pierre meulière. Le préteur de la Sicile, Titus Flamininus*, se hâta de porter le fait à la connaisisance du sénat, qui à son tour envoya une députation pour célébrer sur le nouvel îlot, ainsi qu'à Lipara, un double sacrifice en l'honneur des dieux infernaux et &%& divinités de la mer. — D'Éricôdès à Phœnicôdès', la table chorographique marque 10 milles, puis 30 milles jusqu'à Didyme , 29 milles ensuite de Didyme à Lipara, en allant

1. Voy. en revanche (!7;iU, 1. 54) comment M. MQUer maintient, contre la double autorité de Krameret de Meineke. l'exactitude de cette dernière allégation de Strabon. — 'l. Au lieu de t'iaminius que donnent les Mss., correction de Du Theil et de Coray. — 3. Comme l'a pensé Kramer,ce8 formes fiWcorfè» et Phœnicodès sont empruntées au Chorographe ; elles se retrouvent dans la carte dePeutinger: elles doivent donc être maintenues ici.

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