‹ Geographie De StrabonChapitre 162 sur 181 · LIVRE VI. 4t · texte numérisé non relu

LIVRE VI. 4t

fumée, tantôt aussi de grosses masses ignées, cette irrégularité des éruptions affecte aussi nécessairement les conduits souterrains et en change la direction, et il n'est pas rare de voir s'ouvrir sur tout le pourtour du sommet de nouveaux cratères ou orifices. Des voyageurs qui ont fait récemment Tascension de TiEtna nous ont dit avoir trouvé, une fois au haut de la montagne, un plateau tout uni, de 20 stades de circuittaviron, et bordé circulairement d'une sorte de bourrelet de cendre, de la hauteur d'un mur ordinaire , qui lui sert de clôture et par-dessus lequel il faut sauter, pour peu qu'on veuille s'avancer sur le plateau. Au milieu de cette enceinte, on apercevait une butte ayant cette même couleur cendrée que le sol conserve sur toute la surface du plateau, et juste au-dessus de la butte un nuage ou pour mieux dire une colonne de fumée pouvant avoir deux cents pieds de hauteur perpendiculaire et paraissant complètement immobile (il est vrai que c'était par un temps de calme). Deux de ces voyageurs avaient osé s'avancer sur le plateau, mais, comme ils avaient senti que le sol sous leurs pieds était par trop brûlant et qu'ils y enfonçaient trop, ils avaient vite rétrogradé, sans avoir rien pu reconnaître de plus que ce que Ton observait en se tenant à distance. Le peu qu'ils avaient vu avait suffi toutefois à les convaincre que la fable tient une grande place dans tout ce qu'on a débité au sujet du volcan, et notamment dans ce qu'on raconte d'Empédocle, qu'il se serait précipité au fond du cratère, sans laisser après lui d'autre indice de sa mort qu'une des sandales d'airain qu'il portait avant l'événement et qu'on aurait retrouvée à une faible distance du bord du cratère, rejetée là apparemment parla violence du feu. Suivant eux, en effet on ne saurait approcher du cratère ni le voir; ils ne concevaient même pas qu'on y pût rien jeter, vu la résistance des vents qui soufflent incessamment des profondeurs de l'abîme et l'excès de la chaleur qui ne manquerait pas de vous arrêter longtemps avant que vous eussiez atteint le bord du cratère. Supposé d'ailleurs qu'un corps quelconque eût pu y être lancé, ce corps n'eût pas manqué d'être complètement

altéré et défiguré; k coup sûr, il n'eût pas été rejeté tel qu'il était d'abord. Sans doute il pourrait se faire (et rien n'empêche de l'admettre) que, pour un temps et faute d'aliments, ces exhalaisons d'air et de feu éprouvassent quelque iater^ ruption, jamais pourtant Tinterruplion ne serait assez cam^ plète ni assez longue pour permettre à Thomme d'af&onter l'approche d'obstacles si énergiques. L'iEtna, qui commande plus particulièrement le côté du détroit et le territoire de Catane, domine également les rivages de la mer Tyrrhénienne et les îles des Liparœens : son sommet, pendant la nuit, s'illumine de clartés étincelantes; en revanche, il demeure tout le jour enveloppé de fumée et d'épaisses ténèbres.

9. Les monts Nébrodes, situés juste à l'opposite de TiEtna, lui sont inférieurs en élévation, mais de beaucoup supérieurs en étendue. Ce que nous avons dit de la partie de la mer Tyrrhénienne comprise entre la Sicile et la côte de Gume est vrai aussi de la Sicile : partout elle est minée par des cours d'eau et des feux souterrains, ce qui explique la quantité d'eaux chaudes, tantôt salées, comme celles de Sélinonte et d'Himère, tantôt douces et potables, comme celles d'iEgeste, qu'on y voit jaillir à la surf ace du sol. Dans certains lacs ou étangs voisins d'Agrigente, les eaux ont le même goût que celles de la mer, tout en étant de na* ture bien différente, puisque, sans savoir nager, on s'y soutient à la surface et que le corps de Thomme y flotte ni plus ni moins que le bois. A Palici, l'eau jaillit de bassins profonds semblables à des cratères et y retombe en formant une sorte de voûte. Enfin la grotte qu'on visite auprès dlmachare^ contient une immense galerie dans laquelle un fleuve circule k couvert et parcourt ainsi un très-long trajet, pour surgir ensuite à la surface du sol, comme fait le fleave Oronte en Syrie, qui, après s'être perd^u entre Apamée et Antioche, dans un gouffre appelé Charybdej re^

1. 'ij*àT«çov OU 'i|tAx«P<w au lieu de Mixaupov conjecture d^ M. MûIIer. Voy. Ind. var. lect., p. 978, col. 2, 1.68.

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parait 40 stades plus loin. La même chose, on le sait, arrive au Tigre, en Mésopotamie, et au Nil, en Liby«, un peu au-dessous *■ de ses sources. On cite encore les eaux de Stymphale, qui, apris avoir coulé sous terre Tespacoi de 200 stades, reparaissent en Argolide et forment le fleuve- Erasinus. Quant aui eaux qu'on voit se perdre auprès d'Asée en Arcadie, elles mettent encore plu& de temps à repawtse et forment alors deux fleuves distincts, TAlphée et TEurrotas, ce qui avait naguère accrédité cette fable, que deux couronnes offertes, l'une à l'Alphée et Tautre k TEunotas, et jetées ensemble dans le courant commun, obéissaient au. VŒU du donateur, chacune d'elles reparaissant dans le fleuve: auquel elle avait été spécialement adressée. Enfin nousavons^ rapporté plus haut ce que l'on dit d'analogue touchant le- Timave.

10. Des faits de même nature que ceux-ci, de même na^ ture aussi que les phénomènes volcaniques de la Sicile, &*obr^ servent dans les îles dites des Liparœens, notamment danâ; rUe de Lipara. Le groupe comprend sept îles. Lipara, carlonie cnidienne,estlaplus grande; elle est aussi laplu&=rap«*^ prochée de la Sicile, du moins sqprès Thermesse. S(m noia primitif était Meligunis. Il fut un temps où, maîtresse des îles qui l'avoisinent et qu'on désigne aujourd'hui soofl W: nom d'îles des Liparxens^ voire quelquefois sous le nom. à*Ues d'^ole^ cette île pouvait mettre sur pied de véritablesflottes, qui, courant les mers, repoussèrent longtemps les descentes ou incursions des Tyrrhènes. Plus d une fois même elle envoya à Delphes la dépouille des vaisseaux ennemis pour orner le temple d'Apollon. Indépendamment d'un sol fertile, cette île possède une mine d'alun qui est d'ua grand rapport et des sources thermales. Ajoutons qu'il s'y trouve un volcan en activité. [Thermesse]', ou, comme on. l'appelle actuellement, Hiera, Tîle sacrée de Yulcain, est située à peu près à mi-chemin entre Lipara et la Sicile ; le

1. iic& an lien de «pi, coDJeeturê de Paulmier de Grantemeinil, ratifiée par Siebenkeea, Coray et Mûller^ — 3. C*eBt Cor^yqoi, d'après lue ooigeetore d«. Clavier, a restitue ici ce nom.

sol en est partout fochenx, nu et volcanique. On y voit le feu jaillir par trois orifices, autrement dit par trois cratères. Le plus grand ne vomit pas seulement des flammes, mais aussi des masses ou blocs ignés qui ont déjà comblé une bonne partie du détroit. D'après l'ensemble des faits observés, on croit généralement que ce sont les vents qui provoquent et suscitent les éruptions du volcan de Thermesse, de même qu'ils suscitent celles de l'iEtna, et que, quand les vents cessent, ses éruptions cessent aussi. Cette opinion, suivant nous, n'est nullement déraisonnable. Quel est en effet le principe, l'élément qui donne naissance aux vents et qui les alimente? L'évaporation de la mer. Il n'y a donc rien d'étonnant, pour qui a assisté une fois ^ à ce genre de spectacle, que ce soit un principe, un élément congénère qui allume le feu des volcans. Polybe trouva l'un de ces trois cratères affaissé déjà en partie sur lui-même, mais les deux autres encore intacts. Le plus grand avait cinq stades de tour à sa marge extérieure, puis allait se rétrécissant peu k peu jusqu'à ne plus avoir qu'un diamètre de cinquante pieds* à un stade au-dessus du niveau de la mer, laquelle s'apercevait du reste très-bien d'en haut pour peu que le temps fût calme*. Voici maintenant ce qu'ajoute Polybe relativement aux vents : si c*est le Notus qui doit souffler, une noire vapeur, assez épaisse pour dérober même la vue de la Sicile, se répand autour de la petite île ; le Borée au contraire s'annonce par des flammes très-claires, qu'on voit jaillir du sein dudit cratère et par des détonations plus fortes qu'à l'ordinaire; quant aux signes qui annoncent le Zéphyr ^ ils tiennent le milieu en quelque sorte entre les signes avant-coureurs du Notus et les signes qui précèdent Borée. Les deux autres cratères ont la même forme, le même aspect que celui-là, mais une force éruptive beaucoup moin-

1 . 'A|i«ffyir.wç an lieu de ix^wç y» «wç, correction de Coray et de Meineke. — 2. L'Epitoméde Strabon ne marque ici que 30 pieds. — 3. La phrase qui suit, el Hi X9.W è<rel itiffrâ,, . . |iL'j0oXoYif;9ti<nv, est rejetée avec toute raison par M. Meineke, « ut nasntuli inttrpolatoris animaaversio in marginemy unie irrepsit feler/andu. »

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