‹ Geographie De StrabonChapitre 25 sur 181 · Hom., Odyssée, XII · texte numérisé non relu

Hom., Odyssée, XII

fatal projet^ on conçoit qu'elle appelle le mensonge à son aide. Que dit-elle, en effet, dans le passage en question?

c Trois fois par jour Charybde vomit Ponde amère et trois a fois elle la ravale avec un brait terrible. Ëvite alors, évite de € te trouver à sa portée au moment du reflux : autrement s Neptune lui-même ne pourrait te soustraire à la mort. »

Et pourtant Ulysse assiste sans périr à ce terrible reflux; lui-mênie raconte la scène en ces termes :

« Et voilà que le monstre engloutit de nouveau Tonde € amère. Mais moi, me suspendant aux branches élevées d'un c figuier sauvage, comme la chauve-souris, j'y demeurai atta- « ché *. »

Il attend de la sorte que les débris de son vaisseau reparaissent, les saisit au passage et se sauve; et par le fait Circé se trouve avoir menti. Mais Tayant fait mentir sur un point, Homère a bien pu la faire mentir sur un autre, et dans ce vers,

« Car trois fois par jour elle vomit, >

lui faire dire exprès trois fois au lieu de deux; d'autant qu'il existe dans le langage ordinaire une hyperbole toute pareille, c trois fois heureux et trois fois malheureux, » dont tout le monde se sert, et qu'Homère lui-même a souvent employée, dans ce vers-ci par exemple,

« Trois fois heureux les Grecs "; © dans cet autre également,

c Nuit charmante et.Taoïs fois désirée ', • et dans cet autre encore, t [Fendue] en trois et quatre*. »

Peut-être d'ailleurs serait-on fondé à voir dans l'heure

1. Hom., Odyssée, XII, 107.— 2. Id., ibid., V, 306. — 3. Eom.,Iliadej VIII, 488.— I.Id.,t6t(i.,III,363.

marquée par )e héros comme un moyen adroit du poëte pour laisser au moins pressentir la vérité. Car il est certain que le double reflux dans l'espace d'un jour et d'une nuit ferait mieux comprendre que le reflux triple comment les débris du naufrage ont pu rester si longtemps engloutis et reparaître si tard, au gré du héros toujours cramponné aux branches de son figuier :

c: Aux rameaux du figuier sans relâche attaché, j'attendais c que le monstre revomît le mât et la carène ; mais ce moment « tarda longtemps au gré de mon impatience : ce fut à Fheure <r où, pressé par la faim, le juge se lève et quitte l'assemblée, c après avoir entre les citoyens aux prises décidé maints procr ces, à cette heure seulement que du sein de Gharybde ces c précieux débris reparurent à mes yeux *. j

Toutes ces circonstances effectivement indiquent un laps de temps considérable, celle-ci surtout, c que déjà le soir étendait son voile sur la terre, » sans compter que le poëte, au lieu de dire simplement et d'une manière générale X à l'heure où le juge se lève, » a ajouté , < ayant décidé maints procès, » ce qui implique une heure encore plus avancée. Enfin, Homère n'aurait offert au héros naufragé qu'un moyen de salut bien peu vraisemblable, si, avant qu'il eût eu le temps d'être emporté au loin, un nouveau reflux eût pu tout à coup le ramener en arrière.

37. Âpollodore, à son tour, en partisan décidé d'Ératosthène, reproche à Gallimaque d'avoir nommé, lui, un grammairien consommé, d'avoir nommé, dis-je, contrairement à la donnée homérique, qui consiste à transporter dans l'Océan le théâtre des Erreurs d'Ulysse, Gaudos et Corcyre parmi les lieux où le héros aborda. Mais de deux choses l'une : . ou les Erreurs d'Ulysse n'ont eu lieu nulle part et ne sont de tout point qu'une fiction d'Homère, auquel cas le reproche est légitime ; ou bien, elles ont eu lieu réellement, seulement en d'autres parages, et alors il faudrait le dire

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