LIVRE U. 1J
THelIespont ? Gar^ si Ératostbène admet comme vraies ces différentes doBnées, c'est apparemment sur la foi de voyageurs qui avaient été sur les lieux et qu'il avait pu consuller tout à son aise, ayant rencontré sans doute leurs relations parmi les trésors de cette bibliothèque qu'il avait à sa dis* position, et dont Hipparque lui-même a vanté la richesse-
6. Mais à ne prendre de tous ces auteurs que le seulPatrocle , manque-t-il donc de bons garants qui puissent dé* fendre son témoignage? N'a-t-il pas pour lui et l'estime desprinces qui l'avaient investi â'un si haut emploi, et le grand nombre des auteurs qui l'ont cru et suivi, et le peu de poids de ceux qui l'ont contredit et qu'Hipparque nous nomme, puisque chaque démenti adressé à ses contradicteurs devient une preuve de sa bonne foi? Nous ne voyons même pas, quant à nous qu'il y ait lieu de douter de sa parole, quand il nous dit que dans l'Inde les soldats et compagnons d'Alexandre n'avaient vu les choses qu'en courant, et qu Alexandre seul avait pu se renseigner plus exactement, grâce k des descriptions composées exprès pour lui par les gens connaissant le mieux le pays^ et qu'il nous affirme avoir eu conmiunication de ces précieux documents par une laveur spéciale du trésorier Xénoclès.
7. Hipparque, à la vérité, ajoute dans son second livre qu'Ératosthène a tout le premier contribué à infirmer lautorité de Patrocle , puisque, sur la question de savoir quelle longueur attribuer au côté septentrional de l'Inde, alors qu'il avait à choisir entre le nombre de 16 000 stades proposé par Mégaslbène et celui de 15000 que Patrocle indique, il n'a voulu, à cause de leur désaccord, s'en rapporter ni à l'un ni à l'autre, et qu'il a mieux aimé se décider d'après un troisième témoignage et adopter l'indication d'un stadiasme anonyme qu'il avait entre les mains. « Or, poursuit Hipparque, s'il a suffi d'un désaccord comme celui-là, où il s'agissait seulement dune différence de 1000 stades, pour empêcher qu'on ne crût Patrocle, à plus forte raison doiton douter de ce qu'il dit, quand la différence s* élève à 8000 stades, et qu' en outre c'est contre le témoignage formel
de deux auteurs, s'accordant Tun et l'autre à attribuer à rinde une largeur de 20 000 stades, qu'il a réduit cette largeur à 12 000. »
8. Mais à cela nous répondrons qu'Ératosthène n*a pas condamné Patrocle sur le seul fait de son désaccord avec Mégasthène et qu'il avait dû préalablement comparer son dire avec le témoignage concordant et véridique de l'auteur du sta diasme en question. Or, y a-t-il lieu de s'étonner qu'un témoi gnage, d'ailleurs digne de confiance, soit effacé par un autr encore plus digne de foi, et que nous abandonnions en cer tains cas telle autorité que nous avons suivie dans d'autres, quand nous trouvons ailleurs un élément de certitude pks grande? Sans compter qu'il y a quelque chose de ridicule h croire que, plus le désaccord est grand, plus la défiance doit être grande aussi ; le contraire même paraît plus vrai, et i l semble qu'un léger désaccord autorise toujours plus le soupçon d'erreur : sur un détail de mince importance, nonseulement le premier venu, mais celui-lk même qui est plus éclairé que les autres, a plus de chance de se tromper, tandis que sur une question importante, où le premier venu se trompera aisément, l'homme instruit risquera beaucoup moins de le faire et devra trouver plus facilement créance.
9. Nous ferons remarquer d'autre part que, s'il est vrai, en thèse générale , que les auteurs ayant écrit sur l'Inde n'ont fait la plupart du temps que mentir, Déimaque les surpasse tous à cet égard, et que Mégasthène vient tout de suite après lui. Chez Onésicrite, ainsi que chez Néàrque et les autres historiens du même temps, on sentait déjà les premiers bégayements du mensonge * : nous l'avons vu, de reste, en écrivant l'histoire d'Alexandre. Mais c'est de Déimaqne et de Mégasthène sans comparaison qu'il importe de se défier le plus. Ce sont eux, en effet, qui ont parlé des EnotocèteSy des Astomes, des Arrhines^ des Monophthalmes y
1. Coray ponctuait différerament la phrase, ce qui change quelque peu le
sens : Totoûxot rapa^'tXXilJovTeç. 'h5») 8i xal i^nïv, etc, au lieu de icoça^jftUlÇovreç tiSr,. Kal i^jxTv S' ûitKÎfÇev etC.