LIVRE U
an plus orienlal à la même distance où Carthage se trouve à Tonest du détroit de Sicile, mais une différence de 3000 [lu. 4000^] stades constitue une erreur par trop sensible. En plaçant enfin, comme il Ta fait, Rome sur le même méridien que Carthage, Rome située tellement plus à l'ouest, Ératosthène a achevé de montrer que rien n'égalait son ignorance touchant la géographie de ces contrées et naturellement aussi de celles qui suivent jusqu'aux Colonnes d'Hercule. 41 . Hipparque, qui écrivait non pas un traité de géo^raplue, mais simplement un examen de la géographie d'£ratosthène, n'avait, à vrai dire, que de la critique à faire et de la critique de détail ; mais nous, nous avons cru devoir donner un exposé complet de toutes les questions traitées par Ératosthène, aussi bien de celles qu'il a résolues d'une manière satisfaisante que de celles dans lesquelles il s^est fourvoyé, en insistant pourtant davantage sur celles-ci; s'est-il trompé, nous le rectifions; a-t-il vu juste, nous le défendons contre les attaques d'Hipparque, prenant même Hipparque à partie, quand il se laisse emporter trop loin par son amour de la chicane. Bans le cas présent, cependant, tout en re connaissant à quel point Eratosthène divague et combien sont fondées les critiques d'Hipparque, nous n'avons pas cru qu'il y eût lieu de rectifier ses erreurs, autrement qu'en exposant à leur place dans le cours de notre géographie les choses comme elles sont. Du moment, en effet, que les erreurs s'enchaînent et se multiplient à ce point, le mieux est d'en parler le plus rarement possible et de la manière la plus générale. Nous n'en parlerons donc qu'en décrivant une à une les différentes parties de la terre habitée. Notons cependant dès à présent que Timosthène et Ératosthène et ceux qui les ont précédés ignoraient complètement la géographie de ribérie et de la Celtique et mille fois plus encore celle de la Germanie et de la Bretagne, celle du pays des Gètes et du pays des Bastames. Nous pourrions même dire qu'ils n'étaient pas plus avancés dans la connaissance de l'Italie,
1. D*après la • correction de Bréquigny, ratifiée par Gossellin et tous les éditeurs qui ont suivi.
de TÀdriatique, du Pont et des régions septentrionales^ mais ce serait peut-être tomber à notre tour dans la chicane. Car, puisque Ératosthène nous prévient qu'il a dû, pour les contrées lointaines, tirer toutes les distances qu*il indique de différents auteurs, puisqu'il n*affirme rien en son propre nom, et qu'il dit les choses tout comme il les a reçues, se bornant à ajouter de temps à autre que le stadiasme dont il parle se rapproche ou s'écarte de la ligne droite^ on ne peut pas en vérité soumettre des*mesures aussi peu concordantes que celles-là à une critique rigoureuse, comme Ta fait Hipparque et pour les passages cités plus haut et pour ceux où Eratosthène a marqué les distances de THyrcanie à la Bactrlane et aux pays ultérieurs et les distances de la Golchide à la mer Hyrcanienne. Gomment concevoir, en effet, qu'on l'attaque sur la géographie de ces contrées lointaines aussi sévèrement qu'on le ferait sur la description du littoral de TEpire ^ ou de toute autre contrée aussi connue; sans compter, ainsi que nous Tavons déjà dit, qu'il faudrait procéder à ces sortes d'examen, non pas à la façon des géomètres, mais bien plutôt à celle des géographes? — Le second Mémoire d'Hipparque smldi Géographie d'Ératosthène se termine par quelques critiques relatives à sa description de l'Ethiopie, puis il annonce que le troisième Mémoire^ plus spécialement mathématique, ne laissera pas que de traiter ausd de géographie dans une certaine mesure. Malgré cette déclaration, sa critique dans ce livre nous a paru aussi étrangère que possible à la géographie, et trop exclusivement mathématique. Ajoutons pourtant qu'Ératosthène a bien pu tout le premier l'induire à agir de la sorte, car il s'engage souvent dans des raisonnements plus scientifiques que son sujet ne le comr porte, et, dans ces digressions-là, il lui arrive d'énoncer non seulement des propositions inexactes, mais aussi de gros-
l. Voy. sur le sens des mots^iittioûriç «apa^ita, Meineke : Vindiciarum StrabO' niammum liber, p. 9. Mais l'objection de M. MûUer, que Strabon ne s^est jamais servi du mot aicei^iû-cK; pour déâgner le littoral de TAsie Mineure, nous a paru sans réplique. La côte dÉpire, placée en face de Brindes, était d'ailleurs un terme de comparaison on ne peut mieux choisi, pour donner & deslecteors soit grecs, soit romains, ridée de parages \Âen connus.