‹ Geographie De StrabonChapitre 64 sur 181 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

des chevaux, des bœufs et des autres animaux, elles ne tiennent pas uniquement à la nature des lieux, mais dépendent aussi des habitudes ou exercices qu'on leur impose. Posidonius malheureusement coufond tout cela. Dans le passage, maintenant, où il approuve la division actuelle des continents, il invoque à Tappui de sa thèse la différence que présentent les Éthiopiens de l'Inde par rapport aux Éthiopiens de la Libye, les premiers étant plus vigoureux que les seconds, et moins consumés par la sécheresse de Tair; il voit même dans cette différence le principe de la division qu'Homère a faite des Éthiopiens en deux corps de nation,

c Ceux du soleil couchant, ceux du soleil levant ; »

car Cratès avec son idée d'une seconde terre habitée, à laquelle Homère évidemment n'a jamais pu songer, Cratès n'est à ses yeux que l'esclave aveugle d'une hypothèse, et le vrai changement à faire au texte du poète était celui-ci :

a Et ceux que le soleil visite quand il s'éloigne, »

autrement dit quand il opère sa déclinaison par rapport au méridien.

8. Mais d'abord, dirons-nous, dans le voisinage même de rÉgypte, les Éthiopiens vivent bien partagés en deux nations, puisque les uns habitent l'Asie et les autres la Libye, et pourtant ils ne présentent entre eux aucune différence sensible. En second lieu, si Homère a divisé comme il a fait les Éthiopiens, cela ne tient en aucune façon à ce qu'il savait de la constitution physique des Indiens, car, suivant toute apparence, il ne connaissait même pas leur existence, le fabuleux récit d'Endoxe prouvant au moins ceci qu'Évergète lui-même en était encore à ignorer l'Inde et la route que les vaisseaux doivent suivre pour s'y rendre. Ce qui l'aura décidé c'est donc bien plutôt cette division naturelle dont nous parlions plus haut. Dans le même passage, maintenant, nous nous expliquions sur la leçon proposée par Cratès, nous montrions comment il importait peu d'écrire le vers d'une façon plutôt que d'une

antre. Posidonins croit pourtant que la chose importe, mais c'est à la condition qu'on lira le vers ainsi conçu :

« *HiJièv dtmpxoft^ov. »

« Et ceux que le soleil visite quand il s'éloigne. 9

Or, nous le demandons, quelle différence y a-t-il, pour le sens, entre cette nouvelle leçon et la leçon que proposait Cratès^ ^fxiv SoaoïjLévou,

c Et ceux que le soleil visite quand il se couche ? »

Tout le segment compris entre le méridien et le couchant n'a-t-il pas reçu lui-même en effet le nom de couchant, comme la demi-circonférence de Thorizon qui y correspond ; et n'est-ce pas là ce que veut dire Aratus quand il parle du point

c Où le couchant et le levant confondent leurs extrémités? j>

D'ailleurs, si la leçon de Gratès gagnait à être corrigée de la sorte, pourquoi n'avoir pas étendu la correction à la leçon d'Aristarque ? — Pour le moment, nous n'adresserons pas d'autres critiques à Posidonius : les occasions en effet ne nous manqueront pas, dans le cours de notre ouvrage, de relever comme il convient ce qu'il a pu commettre encore d'erreurs, au point de vue du moins de la géographie ; car, pour celles de ses erreurs qui seraient plutôt du domaine de la physique, nous les examinerons dans d'autres ouvrages, si même nous ne les négligeons tout à fait, par la raison que Posidonius abuse des discussions œtiologiques et de la méthode aristotélicienne, qu'on évite au contraire dans notre école, par respect pour la nature mystérieuse et impénétrable des causes.

Page 1