LIVRE n
le roi Bogus à faire disparaître un homme, qu'il pouvait si bien congédier autrement? Mais, soit, il est instruit du complot; comment réussit-il à prendre les devants et à se réfugier en lieu sûr? Chacune de ces circonstances en soi n'est jpas assurément impossible, mais ce sont toutes conjonctures au moins bien difficiles, si difficiles même qu'on ne conçoit pas qu'on s'en puisse tirer à moins d'un rare bonheur. Eudoxe pourtant, tombé de périls en périls, échappe à tous heureusement. On ne s'explique pas enfin qu'après s'être sauvé de la cour du roi Bogus, il ose encore entreprendre un nouveau voyage le long des côtes de la Libye, et cela avec un attirail suffisant pour coloniser une île déserte ? Tout cela, il faut en convenir, ne diffère guère des mensonges des Py théas , des Evhémère et des Antiphane. Mais au moins à eux on les passe, comme à des charlatans de profession, tandis qu'à un dialecticien, à un philosophe, je dirais volontiers au prince des philosophes, on ne saurait les passer. Blâmons donc ici Posidonius sans réserve.
6. En revanche, nous ne pouvons qu'approuver ce qu'il dit des soulèvements et des affaissements du sol et en général de tous les changements produits soit par les tremblements de terre, soit par ces causes analogues, que nous avons nousmême énumérées plus haut. Nous approuvons aussi qu'il ait, à l'appui de sa thèse, cité ce que dit Platon de l'Atlantide, que la tradition relative à cette Ûe pourrait bien ne pas être une pure fiction, les prêtres égyptiens qu'interrogeait Solon lui ayant certifié qu'il existait anciennement une île de ce nom, mais que cette île avait disparu, bien qu'elle eût l'étendue d'un continent. En homme sensé, Posidonius juge qu'il vaut mieux s'exprimer de la sorte que de dire de l'Atlantide ce qu'on a dit du mur des Achéens dont il est question dans Homère, « celui qui Va évoqué Vaura fait disparaître. ^^ Une autre conjecture plausible de Posidonius, c'est que la migration des Gimbres et des peuples de même race qu'ils avaient entraînés à leur suite avait été provoquée [uniquement parleur
1. Restitution proposée par Coray et agréée par MM. Meineke et MQller.
ardeur poar la piraterie]* et noii par un débordement subit de la mer. II soupçonne aussi que la louguenr delà terre Habitée est de 70 000 s, et représente la moitié dn cercle total sur lequel elleestprise, etil en cosclat qu'on vaisseau qui, à partir du coucliant ou de l'extrême occideiit, parcourrait, avecrËorus en poupe, juste lamêmedistanceatteindraitle rivage del'Iude. 7. Posidonius s'attaque ensuite k ceux qui ont imaginé )e mode actuel de division ou de délimitation des continents, il les blâme de ne pas avoir employé simplement nu certain nombre de cercles parallèles à l'éqnatenr, qui, en présentant la terre habitée sons la forme de bandes ou de zones, auraient montré les changements, les diUérences qu'apporte chez les animanx et chez les plantes d'une part, dans la température d'autre part , la proximiié soit de la région froide, soit de la région torride, mais, cela dit, il se ré tracte,il fait comme l'accusateur qui renonce à suivra et se met à approuver) a division actuelle, appliquant ainsi k cette question le procédé d'école qui consiste à parler tour & tour dans nn sens, puis dans l'autre, pour n'arriver à rien en somme. Les différences, en eiïet, dont il parle, non plus que les différences entre peuples d'une même race, entre dialectes d'une même langue, ne sauraient être ainsi déterminées à priori, c'est le hasard, ce sont les circonstances qui en décident : généralement, tous les arts, tous les talents, toutes les aptitudes, pour peu qu'il y ait eu un premier initiateur, fleurissent n'importe sous quel climat, bien que le climat par lui-même ne laisse pas d'avoir encore une certaine inflneuce, et, s'il y a dans le caractère des penples telles dispositions qui peuvent tenir à la nature des lienx qu'ils habitent, il y en a d'autres «assiqnî proviennent uniquement daThabitade etdel'exercicB ; ce n'est pas la nature, par exemple, qui a donné le goût dnlettreBauxAthéniens, et qui l'a refusé aux Lacédémoniens «t AUX Thébtîns, voisins encore pins proches des Athéniens, en ceik BBaorément l'éducation, l'habitude ont plus fait ; ce i s'est pu la nature de leur paya non plus, mais bien l'étude I fit la pratiqnt qui ont fait des Babyloniens et des %yp- EtieDS ou ptnples philosophes. H ea est de même des qualités