‹ Geographie De StrabonChapitre 68 sur 181 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

7. De plus, comme la longueur delà terre habitée se me- «ure toujours suivant une ligne parallèle à Téquateur, parce que c'est effectivement dans le sens de Téquateur que la terre a le plus d'étendue, la longueur de chacun des continents qui la composent s'entend naturellement de même de l'intervalle de deux méridiens, et j'ajouterai qu'on emploie habituellement comme mesures de longueur des stadiasmes que nous autres voyageurs nous dressons, soit en parcourant ces longueurs elles-mêmes, soit en suivant par terre ou par mer des routes qui leur soient parallèles. Ici cependant Polybe renonce au procédé habituel, et, introduisant une nouvelle méthode, il imagine de prendre comme mesure de longueur, [au lieu de l'intervalle de deux méridiens], l'intervalle compris entre le levant d'été et le levant équinoxial, autrement dit un arc ou une portion quelconque du demi-cercle septentrional. Mais, quand il s'agit de mesurer des grandeurs fixes et invariables, jamais personne n'emploie des règles ou des mesures qui soient variables de leur nature, jamais personne ne rapporte à des points de repère sujets à se déplacer ce qui de soi est stable et exempt de tout changement. Eh bien ! La longueur d'un continent est immuable, elle est toujours la même absolument parlant, tandis que le levant et le couchant équinoxial, le levant et le couchant, soit d'hiver soit d'été, sont des points qui d'eux-mêmes et absolument parlant ne sont pas et qui n'existent que par rapport à nous : pour peu, en effet, que nous nous déplacions sur la terre, nous voyons se déplacer en même temps le levant et le coi\phant équinoxial, le levant et le couchant solsticial, tandis que la longueur des continents demeure la même. Qu'on prenne donc le Nil et le Tanaïs comme limites, la chose se conçoit à merveille, mais prendre le levantd'été et le levant équinoxial, ceci est nouveau.

8. Au sujet, maintenant, des différentes presqu'îles ou promontoires que projette l'Europe, Polybe s'est montré plus exact qu'Eratosthène, sans l'être pourtant encore suffisamment. Ératosthèno, comme on sait, en distinguait trois : l"" la péninsule qui aboutit aux Colonnes d'Herculo cl

GÉOGR. DE STIÎAnON. T. — • Ti

qui contient Tlbérie; 2* celle qui s'étend jusqu'au détroit de Sicile et qui contient l'Italie ; 3° enfin celle qui se termine à Malées et qui comprend soi-disant tous les peuples répandus entre PAdriatique, le Pont-Euxin et le Tanaïs. Polybe, lui, indique aussi les deux premières presqu'îles, sans y rien changer, mais dans la troisième, qu'il fait aboutir à Malées et à Sunium, il ne comprend plus que la Hellade tout entière, avec TlUyrie et une partie de la Thrace; puis il fait un quatrième promontoire de la Chersonèse de Thrace , autrement dit de la presqu'île que borde le détroit resserré entre Sestos et Abydos et qu'occupent les Thraces, et un cinquième de cette autre presqu'île qui avoisine le Bosphore Gimmérien et l'entrée du Mœotis. Nous admettrons, nous, volontiers les deux premiers promontoires qui sont en effet bien nettement délimités par les deux grands golfes qui les bordent, se trouvant compris le premier entre le golfe où se trouve Gadira, lequel s'étend de Galpé au Gap Sacré, et la mer qui se prolonge des Golonnes d'Hercule à la Sicile, et le second entre cette même mer et l'Adriatique, bien qu'on puisse objecter à la rigueur que la Japygie, par la manière dont elle avance, fait plutôt de l'Italie un double promontoire; mais les autres, dont la forme irrégulière et découpée saute encore plus aux yeux, demanderaient à être divisés différemment. Naturellement aussi, la division en six parties que Polybe propose pour l'Europe, prêterait aux mêmes critiques, puisqu'elle dérive du nombre de promontoires que Polybe considère. Mais nous rectifierons en temps et lieu comme «il convient cette double erreur de Polybe, ainsi que les autres erreurs de détail qu'il a pu commettre sur tel ou tel point de la géographie de l'Europe et du littoral de la Libye; pour le moment, nous n'ajouterons rien aux critiques que nous avons déjà adressées aux géographes nos prédécesseurs, ce que nous avons cité de leurs erreurs nous paraissant suffire à prouver que nous étions bien en droit de traiter à notre tour un sujet qui prête encore à tant de rectifications et d'additions.

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