‹ Geographie De StrabonChapitre 72 sur 181 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

son étendue apparente : à cet effet, retranchons notre hé« misphère de l'étendue totale de la terre, puis de notre hémisphère retranchons la moitié, et de cette moitié encore le quadrilatère où nous plaçons notre terre habitée. Par une opération analogue, et en raisonnant toujours conformément aux apparences, nous devrons concevoir également ce que peut être la figure de Tîle en question. Gomme, en effet, la portion de l'hémisphère septentrional comprise entre l'équateur et ce parallèle voisin du pôle a la forme d'un peson de fuseau, et que le cercle qui passe par le pôle, en môme temps qu'il coupe eu deux l'hémisphère, coupe aussi ledit peson et en fait un double quadrilatère, celui des deux quadrilatères sur lequel est répandu l'Océan équivaudra apparemment à la moitié de la surface du peson, et la terre habitée, placée comme une île au sein de l'Océan, avec une superficie moindre que la moitié du quadrilatère, se trouvera avoir la forme d'une chlamyde. Ceci ressort à la fois et de la géométrie et de l'étendue si considérable de la mer qui, en enveloppant notre terre habitée, a couvert au couchant comme au levant l'extrémité des continents et les a réduits à la forme tronquée, écourtée* d'une figure qui, en conservant sa plus grande largeur, n'aurait plus que le tiers de sa longueur. Dans le sens de sa longueur, en effet, la terre habitée n'a que 70 000 stades et se trouve limitée, on peut dire complètement, par une mer que son immensité et sa solitude rendent infranchissable, tandis que, dans le sens de sa largeur, elle mesure moins de 30 000 stades et a pour borne la double région que l'excès de la chaleur d'un côté, l'excès du froid de l'autre rendent inhabitable. Or, puisque la partie du quadrilatère que l'excès de la chaleur rend inhabitable mesure à elle seule comme largeur 8800 stades, et comme maximum de longueur 126 000 stades, autrement dit la moitié de la circonférence de l'éqnateur, on voit que ce qui reste dans ledit quadrilatère [en dehors de la terre habitée] devra surpasser celle-ci en étendue \

1. Malgré rautorité de M. MûUer {Index var. lect.^p. 948, col. 2), nous avons cru devoir maintenir ici la leçon des Mss. (itiou^ov. — 2. Voy. Mûller, ibid»

7. Hipparqae, de son côté, dit à peu près la même chose. Admettant, en e£fet, pour la terre entière les dimensions qu'Ératosthène propose, il veut qu'on en tire par voie de soustraction pore et simple les dimensions de la terre habitée, d'autant qu'avec cette façon de mesurer la terre habitée les apparences célestes pour chaque lieu ne sont pas, ^lit-il, sensiblement différentes de celles qu'ont trouvées certains géographes plus modernes en opérant autrement. Or, la circonférence de l'équateur étant, selon Ératosthène, de 252 000 stades, le quart de ladite circonférence devra être de 63 000 stades, et telle sera aussi la distance de l'équateur au pôle, puisque cette distance équivaut à 15 des 60 degrés que contient l'équateur. De l'équateur, maintenant, au tropique d'été l'on compte 4 de ces degrés ; mais le tropique d'été coïncide avec le parallèle de Syène : on sait, en effet, que les distances ou intervalles des différents lieux de la terre se déduisent des apparences célestes correspondantes comme de mesures positives, et l'on reconnaît, par exemple, qu^ Syène doit se trouver sous le tropique d*été à cette circonstance qu'à l'époque du solstice d'été le gnomon à midi n'y projette point d'ombre. D'autre part, le méridien de Syène se confond en quelque sorte avec le cours du Nil de Méroé à Alexandrie, c'est-à-dire sur un espace de 10 000 stades environ, et, comme Syène se trouve située juste à moitié de la distance, c'est 5000 stades, on le voit, qui la séparent de Méroé. Mais à 3000 stades en ligne directe au S. de Méroé le pays devient inhabitable par l'excès de la chaleur, le parallèle de cette région torride, identique d'ailleurs avec le parallèle de la Ginnamômophore, devra donc être considéré comme formant au midi la limite et le seuil de notre terre habitée. Cela étant, si aux 5000 stades qui séparent Syène de Méroé on ajoute ces 3000 stades, on aura 8000 stades en tout pour la distance de Syène aux confins mêmes de la terre habitée, et 1 6 800 stades pour la distance du même point à l'équateur (car c'est ce que valent les 4 degrés ou 4/60" de l'équateur, à 4200 stades par chaque 60» ou degré), 8800 stades restant ainsi pour exprimer la distance des limi-

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