LIVRE II
tes de la terre habitée à l'équateur, et 21 800 stades représentant la distance d'Alexandrie au même cercle. On convient maintenant généralement que le trajet d'Alexandrie à Rhodes est le prolongement direct du Nil, et que depuis Rhodes on suit encore la même direction le long des côtes de la Carie et de Tlonie jusqu'à la Troade, plus loin même jusqu'à Byzance et jusqu'au Borysthène. On n'a donc plus qu'à rechercher au delà du Borysthène, et toujours dans le prolongement direct de cette ligne, en s'aidant des distances connues et déjà parcourues par la navigation, jusqu'à quel point de ce côté notre terre est habitable, et quelle est vers le nord la limite de la terre habitée. Or, au delà du Borysthène, le dernier peuple scythe que nous connaissions est le peuple Roxolan. Mais ce peuple, plus septentrional que les Sauromates et que ceux des Scythes qui habitent au-dessus du Mœotis jusqu'aux frontières des Scythes orientaux, est plus méridional que les dernières populations connues au delà de la Bretagne, bien que, passé les limites de son territoire, la terre soit déjà inhabitable à cause du froid.
8. Pythéas, à la vérité, recule la limite extrême de la terre habitée jusqu'à une contrée plus septentrionale encore que les dernières terres faisant partie de la Bretagne, contrée qui porterait le nom de T/mUy et pour les habitants de laquelle le tropique d'été tiendrait lieu de cercle arctique. Mais j'ai beau chercher, je ne vois pas qu'aucun autre voyageur ait mentionné une îl& du nom de Thulé, et reculé les limites de la terre habitable jusqu'au climat^ pour lequel le tropique d'été fait office de cercle arctique. Aussi ai-je idée qu'il faut reporter bien au midi la limite septentrionale de notre terre habitée, et, comme nos explorations modernes ne peuvent signaler aucune terre au delà dierné, île située à une faible distance au N. de la Bretagne, et dont les habitants complètement sauvages mènent déjà la vie la plus misérable à cause, du froid, je suis assez tenté d'y placer la limite en question. S'il était vrai, en outre, que le parallèle de Byzance fût à peu près le même que calai de Massalia, comme ledit Hipparque sur la foi de Pythéas,
et sur ce qu'il aurait trouvé à Byzance le même rapport de rombre au gnomon que Pythéas disait avoir observé à Massalia, le parallèle du Borysthèné étant d'ailleurs éloigné de celui de Byzance de 3800 stades, on voit que, d'après la distance de Massalia k la Bretagne, le parallèle du Borysthèné devrait tomber quelque part en Bretagne. Mais ce Pythéas, qui partout et toujours a cherché à tromper son monde, a certainement encore menti ici. Ainsi Ton convient généralement que la ligne qui, partant des Colonnes d'Hercule, se dirige sur le détroit de Sicile, sur Athènes et sur Rhodes, suit sans dévier le même parallèle ; on convient également que la partie de cette ligne comprise entre les Colonnes d'Hercule et le détroit de Sicile coupe la mer à peu près par le milieu; et, comme le plus long trajet de la Celtique en Libye part, au dire des navigateurs, du golfe Galatique et mesure 5000 stades, ce qui représente précisément la plus grande largeur de la mer intérieure, on voit que la ligne en question devra se trouver à 2500 stades du fond du golfe et à moins de 2500 stades de Massalia, qufcse trouve être plus méridionale que le fond du golfe. Mais d'autre part, la distance de Rhodes à Byzance est de 4900 stades environ, le parallèle de Byzance doit donc être beaucoup plus septentrional que celui de Massalia. Maintenant, si la distance de Massalia à la Bretagne nous représente à la rigueur l'équivalent de la distance de Byzance au Borysthèné, on ne sait plus quelle peut être la distance du parallèle du Borysthèné à celui d'Ierné, on ne sait pas davantage si au delà d'Ierné se trouvent encore d'autres terres habitables, sans qu'il y ait du reste, nous l'avons dit plus haut, grand intérêt à le chercher, car il suffit pour la science que l'on suppose, comme on a fait pour le midi, où l'on a cru pouvoir, non pas rigoureusement il est vrai, mais d'une façon au moins approximative, placer la limite de la terre habitable à 3000 stades au-dessus de Méroé, que Ton suppose, dis-je, du côté du nord également, la limite placée à 300O stades au-dessus de la Bretagne où à un peu plus de 3000 stades, à 4000 par exemple. Ajoutons qu'au point de