LIVRE II
cas le point le plus septentrional sera représenté par l'embouchure du Tanaïs. Le point le plus occidental, maintenant, est le détroit des Colonnes d'Hercule, et le plus oriental le fond de ce golfe de Dioscurias, dont il a été question plus haut ; car évidemment Ératosthène se trompe quand il nous donne pour extrémité orientale de notre mer le golfe d'Issus, ledit golfe étant situé sur le méridien d'Amisus et de la plaine de Thémiscyre, ou tout au plus sur celui de la Sidène, autre grande plaine qui s'étend jusqu'à Phamacia, et le trajet qui reste à faire à l'E. de ce méridien pour atteindre Dioscurias étant encore de plus de 3000 stades, comme on le verra plus clairement, quand nous en serons à décrire toute cette contrée en détail. Telle est doUc l'idée qu'il faut se faire de notre mer Intérieure.
26. Mais nous devons aussi esquisser à grands traits les différentes terres qui lui servent de ceinture, et pour cela naturellement partir du même point que pour la description de la mer elle-même. Or, en entrant dans le détroit des Colonnes d'Hercule, on se trouve avoir à droite la côte de Libye, qui s'étend ainsi jusqu'au Nil, et à gauche, en face de la Libye, la côte d'Europe, laquelle s'étend jusqu'au Tanaïs, pour se terminer, comme la Libye, à la frontière d'Asie. Seulement c'est par l'Europe que nous devrons commencer, vu sa forme pittoresque et les conditions éminemment favorables dans lesquelles la nature l'a placée pour le développement moral et social de ses habitants, conditions qui lui ont permis de faire participer les autres continents à ses propres avantages. L'Europe, en effet, est tout entière habitable, à l'exception d'une faible portion de son étendue, où le froid empêche qu'on n'habite : cette partie inhabitable est située dans le voisinage des populations hamaxèques des bords du Tanaïs, du Mœotis et du Borysthène. U y ai bien encore, dans la partie habitable, quelques cantons froids et montagneux, dont les habitants semblent condamnés par la nature à mener toujours l'existence la plus misérable, mais, grâce à une sage administration, ces lieux-là même, ces lieux affreux, vrais repaires de brigands, semblent .s'être
adoucis. C'est ainsi que les Grecs ont réussi à faire des montagnes et des rocbers où ils étaient confinés un beau et agréable séjour, grâce à leur administration prévoyante, à leur goût pour les arts et k leur parfaite entente de toutes les conditions de la vie matérielle. Les Romains , de leur côté, après avoir incorporé à leur empire maintes nations restées jusque-là sauvages par le fait des pays qu'elles occupaient et que leur âpreté naturelle, leur manque de ports, la rigueur de leur climat ou telle autre cause rendait presque inhabitables, sont parvenus à les tirer de leur isolement, à les mettre en rapport les unes avec les autres et à ployer les plus barbares aux habitudes de la vie sociale. Mais, dans le reste de la partie habitable, là où le sol de l'Europe est uni et son climat tempéré, la nature semble avoir tout fait pour hâter les progrès de la civilisation. Gomme il arrive, en effet, que, dans les contrées riantes et fertiles, les populations sont toujours d'humeur pacifique, tandis qu'elles sont belliqueuses et énergiques dans les contrées plus pauvres , il s'établit entre les unes et les autres un échange de mutuels services, les secondes prêtant le secours de leurs armes aux premières qui les aident à leur tour des productions de leur sol, des travaux de leurs artistes et des leçons de leurs philosophes. En revanche, on conçoit tout le mal qu'elles peuvent se faire pour peu qu'elles cessent de s'entr'aider ainsi, l'avantage, dans le cas d'un conflit, devant être, à ce qu'il semble, du côté de ces populations toujours armées et toujours prêtes à user de violence, à moins pourtant qu'elles ne succombent sous le nombre. Eh bien! A cet égard là encore, l'Europe a reçu de la nature de grands avantages : comme elle est en effet toute parsemée de montagnes et de plaines, partout les populations agricoles et civilisées y vivent côte-à-côte avec les populations guerrières, et les premières, j'entends celles qui ont le caractère pacifique , étant les plus nombreuses, la paix a fini par y prévaloir universellement, d'autant qu'on peut dire que les conquêtes successives des Grecs, des Macédoniens et des Romains n ont fait elles-mêmes que la