LIVRE II
servir et la propager. Il s'ensuit aussi qu'en cas de guerre ] 'Europe est en état de se suffire à elle-même, puisqu'à côté d'une population nombreuse de cultivateurs et de citadins elle compte beaucoup de soldats exercés. Un autre de ses avan« tages, c'est qu'elle tire de son sol les produits les meilleurs et les plus nécessaires à la vie et de ses mines les métaux les plus utiles ; restent donc les parfums et les pierres précieuses qu'elle est obligée de tirer du dehors, mais ce sont là des biens dont on peut être privé sans mener pour cela une existence plus misérable que ne l'est en somme celle des peuples qui en regorgent. Ajoutons enfin qu'elle nourrit une irès-grande quantité de bétail et fort peu de bêtes féroces et nous aurons achevé de donner de la nature de ce continent une idée générale.
27. Prenons maintenant une à une ses différentes parties. La première qui se présente en commençant par l'occident est ribérie : cette contrée a la forme à peu près d'une peau de bœuf, dont on supposerait la partie antérieure ou cervicale tournée vers la Celtique, c'est-à-dire, vers l'est, de manière à pouvoir y découper celui des côtés de l'Ibérie que détermine le mont Pyréné *. Des trois autres côtés, l'Ibérie est entourée par la mer, à savoir au midi par notre mer Intérieure jusqu'aux Colonnes d'Hercule, ailleurs par la mer Atlantique, jusqu'à l'extrémité septentrionale du mont Pyréné. Sa plus grande longueur est de 6000 stades environ et sa plus grande largeur de 5000.
28. Vient ensuite la Celtique, qui s'étend à l'est jusqu'au cours du Rhin et qui se trouve avoir pour côté ou pour limite septentrionale tout le Détroit Britannique, Tile de Bretagne décrivant de l'autre côté du détroit une ligne parallèle juste de même longueur que la côte delà Celtique, c'est-à-dire ime ligne de 500 stades environ, et pour côté oriental le cours du Bbin, lequel est parallèle à la chaîne du mont Pyréné. Quant
1. Yoy. dans VIndex var. lectionis de Tédition Mûller (p. 9S0, c<^. 1) les différentes restitutions qui ont été proposées de ce passage. Nous avoDS '' I aduit en combinant celles de Coray et de M. Piccolos : -roûxoiç Ev à«;xi(fcycTai -ùv it^eupûv, à^f.^6^tvovv^x,n. Cf. Melneke : Vindic. iHrabon^f p. 12.
à son côté méridional, il est représenté en partie par la chaîne des Alpes, depuis les bords du Rhin , en partie par notre mer elle-même, là où elle forme ce golfe profond appelé le golfe Galatique, sur les rivages duquel s'élèvent les villes si célèbres de Massalia et de Narbonne. Juste en face de ce golfe, sur la côte opposée de la Celtique, s'en ouvre un autre, appelé de même Golfe Galatique, mais qui est tourné vers le nord, vers la côte de Bretagne. C'est entre ces golfes que la Celtique se trouve avoir le moins de largeur, car elle se rétrécit là jusqu'à ne plus former qu'un isthme ayant moins de 3000, et plus de 2000 stades. Une longue arête montagneuse, perpendiculaire à la chaîne du mont Pyréné et appelée le mont Cemmène , traverse cet isthme et vient finir juste dans les plaines du centre de la Celtique. Quant aux Alpes, qui sont des montagnes extrêmement élevées, elles décrivent une circonférence de cercle, dont la partie convexe est tournée vers ces plaines de la Celtique et vers la chaîne du mont Cemmène, tandis que la partie concave regarde la Ligystique et l'Italie. On y compte un grand nombre de peuples, tous Celtes, à l'exception des Ligyens : encore ceux-ci, bien qu'étant de race différente, se rapprochent-ils beaucoup des Celtes par leur manière de vivre. La partie des Alpes qu'ils habitent est contiguë aux Apennins ; mais ils occupent en outre une partie de cette dernière chaîne, laquelle traverse l'Italie du nord au sud dans toute sa longueur pour ne se terminer qu'au détroit de Sicile.
29. L'ItaUe, elle, s'ouvre par de grandes plaines, qui, du pied des Alpes, s'étendent jusqu'au fond de l'Adriatique et aux pays qui l'avoisinent ; mais, dans la partie qui fait suite à ces plaines, elle forme un promontoire étroit, une espèce de presqu'île allongée, que la chaîne de l'Apennin traverse, avons-nous dit, d'une extrémité à l'autre, offrant ainsi une longueur de 7000 stades environ, avec une largeur singulièrement variable. Les mers qui dessinent la Péninsule Italique sont, d'une part, la mer Tyrrhénienne , laquelle commence où finit la mer Ligystique, et, d'autre part, la mer Ausonienne, avecl'Adrias ou Adriatique.