LIVRE ni
leil. Qu'affirme pourtant Artémidore ? Qu'en cette contrée le soleil paraît à son coucher cent fois plus gros qu'ailleurs, et que la nuit y vient brusquement. On s'aperçoit, du reste, aisément, pour peu que l'on fasse attention à ses paroles, qu'il n'avait pas observé lui-même ce double phénomène du haut du promontoire Sacré, car lui-même constate que personne ne peut mettre le pied sur ledit promontoire pendant la nuit, et, comme la nuit y succède brusquement au jour, on ne pourrait même pas, on le voit, profiter pour s'y rendre du coucher du soleil. Impossible aussi qu'il ait rien vu de pareil d'un autre point du littoral de rOcéan, car Gadira est situé sur l'Océan, et nous aurions alors le témoignage formel de Posidonius et de plusieurs autres voyageurs à opposer au sien.
6. La partie du littoral adjacente au promontoire Sacré forme le commencement du côté occidental deTIbérie jusqu'à l'embouchure du Tage, et le commencement du côté méridional jusqu'à un autre fleuve appelé Ânas, jusqu'à son embouchure s'entend. Ces deux cours d'eau viennent du levant ; mais le premier, le Tage, beaucoup plus considérable que l'autre, coule droit au couchant jusqu'à son em bouchure, tandis que l'Ânas tourne au midi, formant ainsi, avec le Tage, une mésopotamie, dont la population, composée en majeure partie de Celtici'^ compte aussi quelques tribus lusitaniennes, que les Romains y ont transplantées naguère de la rive opposée du Tage. Il s'y trouve en outre, dans la partie haute, des Garpétans, .des Orétans et des Yettons en grand nombre.Tout ce pays-là est déjà passablement fertile , mais celui qui lui fait suite au midi et à Test ne le cède à pas une des plus riches contrées de la terre habitée pour l'excellence des produits qu'on y retire soit de la terre soit de la mer. Ge pays est celui qu'arrose le Bœtis, autre grand fleuve, dont la source est voisine de celle de l'Anas et du Tage, et qui par l'importance de son cours tient le milieu en quelque sorte entre ces deux fleuves :
i. Ka-cixol aa Ueo de Kt^^oi, conjecture de Casaubon ratifiée par Coray.
le Bseiîs fait toutefois comme TAnas^ il coule d'abord au couchant, puis tourne au midi et s'en va déboucher dans là mer axix mêmes rivages que ce fleuve. Du nom du fleuve qui l'arrose ladite contrée a été appelée Bsetique; elle s'appelle aussi Turdétanie d'un des noms des populations qui l'habitent. Ces populations, en effet, portent deux noms : celui de Turdétans et celui de Turdules ; suivant les uns , ces deux noms auraient toujours désigné un seul et même peuple, mais suivant les autres (et Polybe est du nombre de ces derniers, puisque, à l'entendre , les Turdétans avaient pour voisins au nord les Turdules) , ils désignaient d'abord des peuples différents. En tout cas, aujourd'hui, toute distinction entre ces peuples a disparu. Comparés aux autres Ibères, les Turdétans sont réputés les plus savants, ils ont une littérature, des histoires ou annales des anciens temps, des poèmes et des lois en vers qui datent, à ce qu'ils prétendent, de six mille ans^ ; mais les autres nations ibères ont aussi leur littérature , disons mieux leurs littératures, -puisqu'elles ne parlent pas toutes la même langue. Celte contrée sise en deçà de l'Ânas, se prolonge à Test jusqu'à rOrétanie et a pour borne au midi la portion du littoral: comprise entre les bouches de l'Anas et les Colonnes d^Hercule. Du reste il est nécessaire que nous la décrivions plus au long, ainsi que les lieux qui l'environnent, afin de ne rien omettre de ce qui peut contribuer à faire connaître tous les avantages , toutes les richesses dont la nature Ta dotée. 7. Entre la partie du littoral ibérien, oîi sont situées les embouchures du Bœtis et de l'Anas, et l'extrémité de la Maurusie, une irruption de la mer Atlantique a formé le détroit des Colonnes d'Hercule, qui fait communiquer aujourd'hui la mer Intérieure avec la mer Extérieure. Or,* près dtf là, chez les Ibères Bastames (les mêmes qu'on
i. Malgré la triple autorité de Paulmier de Grentemesnil et de MM. Meioeke et Millier, nous avons maintenu ici la leçon des Mss. ixfiv au lieu de i%6v. Des poèmes de 6 ooo vers passe encore, mais des codes de lois aussi longs, le fait est au moins singulier. A coup sûr, il l'est plus que la prétention des Turdétans de faire remonter leur civilisation à une si haute antiquité. Les mots «5« f avi, d'ailleurs , indiquent évidemment une assertion qui ne pouvait être vériiiée.
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nomme aussi Bastnles), s'élève le mont Calpé qui^ sans avoir nn grand circuit à sa base, s'élève en forme de pic à une telle hauteur, qu'on le prend de loin pour une île. Quand on va pour sortir de notre mer Intérieure et pour entrer dans la mer Extérieure, on a cette montagne tout de suite à droite, puis un peu plus loin, à quarante stades, on ' aperçoit Carteia *, ville considérable et d'origine ancienne, connue pour avoir été n§,guère Tune des stations navales des Ibères. Quelques auteurs en attribuent la fondation à Hercule, et Timosthène, qui est du nombre, ajoute qu'elle s'appelait primitivement Héraclée , et qu'on peut juger de ce qu'elle était naguère par le grand mur d'enceinte et les belles cales qu'on y voit encore.
8. Vient ensuite Menlaria, remarquable par ses établissements à saler le poisson, et plus loin la ville et le fleuve de Selon. C'est à Belon qu'on s'embarque habituellement pour passer à Tingis enMaurusie; il s'y trouve aussi des comptoirs ou entrepôts de commerce et des établissements de salaison. Tingis avait naguère pour voisine une ville nommée Zélis, mais les Romains transportèrent cette ville sur la rive opposée du détroit, après l'avoir augmentée d'une partie de la population de Tingis, puis, y ayant envoyé, pour l'accroître encore, une colonie de citoyens romains , ils la nommèrent Julia loza*. Suit maintenant l'île de Gadira, qu'un étroit canal sépare de la Turdétanie, et qui est éloignée de Galpé de 750 stades environ, d'autres disent de 800. Cette île, que rien d'ailleurs ne distinguait des autres, a vu, grâce à l'intrépidité de ses habitants comme hommes de mer et à leur attachement pour les Romains, sa fortune en tout genre prendre un tel essor que, malgré sa situation à l'extrémité même de la terre habitée^ son nom a fini par effacer
1 . Cartda au lien de Calpé, que portent les Mas., correction proposée par Casanbon et généralement admise aujourd'hui. Voy. d'ailleurs fAûner^ Index vcirix lect., p. 951, col. 1, 1. 60. — 2. U est étrange que ce soient les Romains qui aient donne à la ville ce nom phénicien. Strabon s'est mal expliqué, il aura voulu dire Julia Transductay en pnénicien Joza, puisqu'il est constant aujourd'hui que les deux noms ont le même sens. (Voy. Movers, Phœn., t. II, p. 63i); ou bien il faut suppléer deux mots dans son texte et croire h une lacune.
celui des autres îles. Nous y reviendrons^ du reste, quand nous en serons à décrire l'ensemble des îles deTIbérie.
9. Le port de Ménesthée, qui succède à Gadira, est luimême suivi de l'œstuaire d'Âsta et de Nabrissa. On nomme œstuaires certains enfoncements que la mer remplit à la marée haute^ et par lesquels on peut remonter, comme par la voie des fleuves, jusque dans l'intérieur des terres et' jusqu'aux villes qui en bordent le fond. Immédiatement après cet œstuaire , on rencontre la double embouchure du Bœlis. L'île comprise entre les deux branches du fleuve intercepte sur la côte une étendue de 100 stades, suivant les uns, une étendue plus grande encore, suivant lès autres. C'est là quelque part que se trouve l'Oracle de Ménesthée , là aussi que s'élève la Tour de Cœpion% ouvrage merveilleux construit sur un rocher que les flots battent de tous côtés, et destiné, ainsi que le Phare d'Alexandrie, à prévenir la perte des navires : comme en efii^ les atterrissements du fleuve produisent sans cesse sur ce point de nouveaux bas-fonds et que les approches de cette côte sont toutes semées d'écueils et de dangers, il était nécessaire d'y élever un signal capable d'être aperçu de loin. De cette tour part celle des branches du Bœtis qui mène à la ville d'Ebura et au temple de la déesse Phosphore ou Lucifère, autrement dite Lux dubia*. Plus loin sur la côte on voit s'ouvrir d'autres œstuaires , après quoi l'on atteint le fleuve Ânas, qui a aussi double embouchure, et qu'on peut remonter indifféremment par l'une ou par l'autre de ses branches; enfin, à l'extrémité de la côte, à une distance de moins de 2000 stades de Gradira, est le promontoire Sacré. D'autres comptent depuis le promontoire Sacré jusqu'à rembouchure de l'Anas 60 milles, 1 00 milles de là à l'embouchure du Bœtis, et de cette embouchure à Gadira^ 70 milles.
DroDose i; ^îeSinipr lo^'*'' ^''^ ^*''«"«» par allusion à Vénus. - 3. M. MûUer pîè? Varron rPlTnP^^^^^ en mUles romains d'à-
près varron (Plme, IV, 55). Voy. Index varix lècL. p. 951, col. 2, llg. 14.