‹ Géographie du département d'Eure-et-LoirChapitre 8 sur 21 · V. — Curiosités naturelles · texte numérisé non relu

V. — Curiosités naturelles

Eure-et-Loir est un des rares départements de la France privé de curiosités naturelles. Il est trop plat, en dehors des collines du Perche ; et celles-ci, peu élevées au-dessus du plateau, n'ont rien de grandiose.

Dans ces collines; il y a des sites agrestes; il y a des sites

gracieux dans les vallées du Loir, de l'Huisne, de l'Eure, de 1 Avre, de la Biaise et dans les vallons du Perche, et de vastes horizons, d'ailleurs sans beauté, de la plupart des lieux culminants de la Beauce.

Parmi les peuplades gauloises, Tune des plus célèbres fut celle des Carnutes, qui occupaient le pays entre l'Eure et le Loir, s'étendirent jusqu'à la Loire et laissèrent leur nom au pays chartrain. Ce pays, aujourd'hui si dépourvu d'arbres, était alors couvert de forêts remarquables par leurs chênesrouvres (robur), arbres druidiques par excellence. Des Carnutes dépendaient les Durocasses, petit peuple dont Dreux était la capitale.

Fiers et braves, les Carnutes avaient, parmi les Gaulois, les premiers repoussé la domination romaine; ils furent des derniers à l'accepter. César lui-même nous raconte qu'un homme, nommé Tasgétius, dont les aïeux avaient régné sur le pays, avait réclamé l'appui du proconsul romain pour dominer ses concitoyens. Les Carnutes le tuèrent. Ils se joignirent ensuite aux Sénons révoltés, aux Trévires et à leur chef Indutiomare, àAmbiorix, le chef du pays de Liège, et entrèrent, en 54- avant J.-C, dans la première ligue sérieuse formée contre le conquérant. Obligés de plier devant les forces romaines, ils attendirent une occasion meilleure, et/ dans l'hiver de l'année 53 avant J.-C, ils tinrent des assemblées secrètes au fond de leurs forêts. Du reste, le territoire des Carnutes, selon l'expression de César, passait pour être situé au centre de la Gaule, et c'était là que se tenaient les grandes réunions religieuses des Druides. Là se rendaient tous ceux qui avaient des différends à vider, là étaient publiées les décisions et les sentences des prêtres. Là aussi retentirent les appels à la liberté et s'échangèrent, sur les étendards, les serments, que firent les députés des peuples, de combattre pour défendre l'indépendance et la renommée

militaire des Gaulois. Les Carnutes, qui avaient provoqué ce serment solennel, le tinrent jusqu'au bout.

Au jour dit, et quand le signal fut donné, les Carnutes, commandés par deux hommes énergiques, dirigés surtout par Cotnat, se portèrent en masse contre Genabum (Orléans), une de leurs villes. Les citoyens romains qui s'étaient établis dans cette cité pour foire le commerce furent tués, et leurs biens pillés. Le bruit de cet événement se répandit aussitôt dans toute la Gaule. Vercingétorix souleva les Arvernes, entraîna tous les autres peuples et commença la fameuse campagne qui dura une année entière et qui témoigna de l'énergie des Gaulois. Les Carnutes, même après que César eut repris Genabum, même après les pertes des premiers combats, fournirent un contingent de douze mille hommes à l'armée gauloise. Cette armée ne put sauver ni Alise, ni Vercingétorix. En cette extrémité même, les Carnutes ne désespérèrent point; mais César dirigea contre eux tous ses efforts. A l'approche des légions, les Carnutes effrayés abandonnèrent les bourgs et les refuges où ils avaient élevé à la hâte de chétives cabanes, car, depuis leurs dernières défaites, ils avaient pour la plupart déserté leurs villes. César envoya ses soldats à la poursuite des fugitifs. Traqués de toute part, réduits à la dernière extrémité par les rigueurs de l'hiver, les Carnutes, qui n'osaient pas s'arrêter longtemps dans le même endroit et ne pouvaient trouver d'asile dans les forêts battues par des ouragans impétueux, disparurent pour se réfugier chez les peuples voisins.

Ils revinrent cependant pour appuyer la révolte de Damnacus, chef des Andes (peuple de l'Anjou), et prendre part avec lui aux derniers combats. Damnacus fut vaincu. Les Romains accablèrent alors les Carnutes, et ceux-ci « qui, souvent battus, n'avaient jamais fait aucune proposition de paix1,)) donnèrent enfin des otages et se soumirent.

Durant la période romaine, le pays fut défriché, les villes

Page 1