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Commentaires de César, livre Vit

s'ornèrent de temples, de monuments de toute sorte dont l'archéologie moderne s'efforce de réunir tous les débris. Le culte sanglant des Druides, proscrit par les Romains, ne subsista plus qu'au fond de quelques forêts, et les Carnutes cessèrent d'être un des principaux peuples de la Gaule sans toutefois perdre, dans la vaste unité dont ils faisaient partie, leur caractère vaillant et leur activité. L'antique cité des Carnutes fut rangée par Auguste dans la province Lyonnaise. Deux siècles plus tard (255 après J.-C), le territoire de Chartres fit partie de la quatrième subdivision de la Lyonnaise, et la ville fut placée sous la dépendance de la métropole de Sens.

C'est ce qui explique comment le Christianisme fut prêché à Chartres par des missionnaires venus de Sens et envoyés par saint Savinien et saint Potentien, apôtres de cette ville. Parmi eux, on citait saint Altin et saint Eodald. Les chefs de l'Église suivaient pour diriger leurs prédications la division administrative des Romains, et, plus tard, les diocèses furent constitués selon le cadre tout prêt de ces divisions. Ainsi la ville de Chartres, qui occupait le premier rang après Sens parmi les villes de la quatrième Lyonnaise, occupa, après le triomphe du Christianisme, le premier rang parmi les évêchés suffragants de l'archevêché de Sens. Du reste, le diocèse de Chartres était fort vaste : il comprenait presque toute la Beauce, une partie du Perche, les pays de Dreux, de Madrie, de Pinserais, de Dunois, de Vendôme et de Blois.

Sous la domination des Francs, le pays chartrain fit partie de l'Orléanais et du royaume de Clodomir, l'un des fils de Clovis. 11 eut à subir bien des ravages sous les fils de Clotaire, qui remanièrent sans cesse les partages du royaume. Le contre-coup de la rivalité de la Ncustrie et de TAustrasie se fit sentir jusqu'à Chartres, car Thierry, roi de Bourgogne et l'un des petits-fils de Brunehaut, poursuivant le roi de iNeustrie Clotaire II, assiégea et prit cette ville, qui souffrit toutes les horreurs de la guerre (600 après J.-C).

Sous la dynastie carlovingienne, le pays chartrain fut vie-

time, comme les autres parties de la France, de l'anarchie que laissa se développer la faiblesse des descendants de Charlemagne. Les Normands, l'avidité des ducs et des comtes qui se rendaient indépendants dans leurs provinces, amenèrent une longue suite de troubles et de malheurs qui rendent néfaste le souvenir du neuvième et du dixième siècle. Malgré sa situation au centre du pays, Chartres n'échappa point aux

Chartres.

ravages des Normands, qui arrivèrent par la Loire et ses affluents, d'un côté, de l'autre par la Seine et l'Eure (855-858). Charles le Chauve se montra impuissant à repousser les pirates, mais il marqua son attachement pour Chartres en donnant à son église, dédiée à la Vierge, une relique (la sainte Chemise). Notre-Dame de Chartres devint le but cta

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pèlerinages de plus en plus fréquents, en dépit des malheurs des temps ; ses richesses s'accrurent considérablement, et ses clercs, ses évêques s'illustrèrent par leur science. Le chapitre, avec ses dix-sept dignitaires et ses soixante-douze chanoines, devint une véritable puissance.

Le pays ehartrain fit partie des domaines des premiers Capétiens. Il avait appartenu à Robert le Fort, puis à Eudes, roi en 887. Le fils d'Eudes, Robert, n'avait pu lui succéder, et il avait été obligé de laisser régner un descendant de Charlemagne, Charles le Simple. Mais il parvint à renverser le.Carlovingien et devint roi en 922, pour peu de temps il est vrai. Il n'en avait pas moins, en ce peu de temps, décidé des destinées du pays ehartrain. En effet, il abandonna à son beau-frère Thibault les comtés de Chartres et de Rlois avec la vicomte de Châteaudun. Ce Thibault fut le père de Thibault le Tricheur, qu'on regarde comme le premier comte héréditaire de Chartres.

Ce seigneur, dont le surnom significatif indique la fourberie, joue un grand rôle dans les guerres féodales du dixième eiècle. Il agrandit ses domaines aux dépens de ses voisins, et affermit son autorité, qui passa à ses descendants. Ceux-ci urent souvent à se défendre contre les brigandages des vicomtes de Châteaudun, qui possédaient d'un côté de Chartres Gallardon, et de l'autre llliers. En J1019, Eudes II, fils de Thibault le Tricheur, s'empara de la succession d'Etienne, comte de Champagne et de Rrie, son grand-oncle. Il réunit ainsi sous sa domination de vastes provinces, et se glorifia des titres de comte de Champagne, de Chartres et de Rlois.

Cette union de provinces pourtant si différentes dura deux siècles : souvent rompue par dc^> partages de famille, elle se reformait sans cesse. Les comtes de Chartres, maîtres directs de la Champagne, disposant des ressources de ce pays par leur alliance avec ses chefs, comptèrent ainsi parmi les seigneurs les plus riches et les plus redoutables du centre de la France. On les trouve môles à toutes les guerres, à toutes les grandes entreprises. Etienne de Chartres prit part à

la première croisade et se rendit en Orient dans l'armée de Godefroy de Bouillon (1096). Mais il revint au bout d'une année, avant la lin de l'expédition. Honteux de cette défection, il repartit en 1101 avec beaucoup d'autres seigneurs. Cette l'ois il ne revint plus, et périt en Palestine (1102).

Thibault IV, mis en possession des domaines paternels par sa mère Adèle, ne fut majeur qu'en 1108; il eut d'abord à soutenir une lutte contre un des seigneurs les plus farouches de l'Orléanais, Hugues, sire du Puiset, grand ravageur et que les auteurs du temps comparent à un loup dévorant. Mais bientôt devenu l'allié de ce redoutable brigand, il l'aida à braver la colère du roi Louis le Gros. Ce prince, justicier infatigable, prenant son titre au sérieux, voulait faire rentrer dans l'obéissance tous ces tyranneaux qui désolaient le pays. Aidé par les conseils de Suger, ce précurseur des grands ministres, il fit une guerre acharnée aux vassaux indociles et s'appliqua à assurer la sécurité des villes et des campagnes. Suger qui, en sa qualité d'abbé de Saint-Denis, était prévôt de Toury (terre appartenant à l'abbaye), s'intéressa particulièrement aux événements de ce pays et joua un rôle actif dans le siège fameux du château du Puiset. Pour réduire ce château, dont les tours menaçantes dominaient la plaine déjà dénudée de la Beauce, il fallut toutes les forces du roi de France et trois années de combats. Fait prisonnier, mais délivré, Hugues du Puiset, toujours appuyé par le comte de Chartres, recommença la lutte. Cette fois encore, il fut vaincu et bientôt obligé de s'exiler en Palestine (1116). Sous le règne de Louis VII, Suger, craignant que la forteresse du Puieet ne retombât entre les mains de quelque turbulent seigneur, fit entièrement démanteler cette forteresse, dont il ne reste aujourd'hui que des vestiges.

L'allié de Hugues, Thibault de Chartres, menacé jusquedans sa capitale, avait été obligé d'implorer le pardon de Louis VI. Ce fut sans doute pour le tenir en bride, autant que pour constituer un apanage à Bobert, le quatrième de ses fils, que le roi érigea en comté le domaine de Dreux. Il créait

ainsi une nouvelle seigneurie dont les titulaires devaient acquérir une grande renommée (1135).

Déjà un comte de Chartres était mort en Orient. Thibault V prit part à la troisième croisade, sous Philippe Auguste, et mourut en 1192 au siège dePtolémaïs.Sonfils Louis suivit ses parents et ses amis du comté de Champagne, à la quatrième croisade. Il assista à la prise de Constantinople (1204), et, après la victoire, fat gratifié du duché de Nicée et de Bithynic. Mais il n'en jouit pas, car il mourut presque aussitôt au siège d'Andrinople, où périrent avec lui plusieurs seigneurs chartrains.

L'union intermittente du comté de Chartres et de la Champagne finit décidément en 1218, à la mort de Thibault VI, qui ne laissait point d'enfants. Les biens passèrent aux collatéraux ; le comté de Chartres, le comté de Blois et la vicomte de Chàteauduu furent séparés. Puis Thibault de Champagne, en 1254, abandonna au roi Louis IX sa suzeraineté sur les comtés de Chartres, de Blois et de Sancerre ; ces pays firent ainsi retour au domaine royal, sans cesser toutefois d'avoir leurs seigneurs particuliers. Le comte de Chartres, Jean de Montmirail, plus connu sous le nom de Jean d'Oisy, prit part à la croisade d'Egypte. A cette époque, remarquable par le progrès des lettres et des arts, la cathédrale de Chartres, à peu près terminée, fut consacrée (1260) et donna un nouveau lustre à l'antique cité des Carnutes. En 1280, le comté de Chartres fut acquis, parle roi Philippe le Bel, de Jeanne, fille de Jean de Chàtillon, dernier comte de Chartres. Le pays chartrain fut alors tout à fait incorporé au domaine royal.

La guerre de Cent-Ans, si désastreuse pour la France, étendit ses ravages jusque dans la Beauce. Après les défaites de Crécy et de Poitiers, le pays est livré presque sans défense aux ravages des Anglais. Le roi Jean est prisonnier à Londres. Le régent, Charles de Normandie, lutte contre les États généraux de 1556-1557 et contre la formidable insurrection de la Jacquerie. Il vient à peine d'en triompher que les Anglais recommencent leurs invasions (1559). Mais cette fois le régent

Cathédrale de Chartres.

Charles applique le système de guerre qui lui réussit si bien quand il fut roi sous le nom de Charles V. Les villes fermées opposent de toutes parts une résistance inattendue. L'armée anglaise , après avoir traversé la Champagne, entra dans l'Ile-de-France et se ruina elle-même en ruinant le pays, car les approvisionnements manquèrent bientôt. Elle arrive en Beauce et approche de Chartres. A ce moment, éparse dans les plaines dénudées de la Beauce, elle est surprise par un orage formidable accompagné de grêle. Edouard III lui-même est effrayé et fait vœu à Notre-Dame de Chartres de signer la paix s'il échappe à ce péril. Fidèle à sa parole, il engage les négociations, qui ont lieu à Brétigny, paroisse de Sours. Il se relâche des prétentions qu'il avait d'abord affichées et conclut enfin la paix dite de Brétigny, encore bien désastreuse pour la France (1360).

Quelques années plus tard, le roi Charles V vint à Chartres tenir une assemblée presque aussi solennelle que les États généraux pour prendre les mesures nécessitées par la situation du pays et le renouvellement prochain de la guerre contre les Anglais (1569).

En 1378, le comté de Dreux fut réuni, par voie d'achat, au domaine royal.

Après le règne de Charles V, la France retomba, sous Charles VI, dans des malheurs plus grands encore que ceux qu'elle avait subis sous le règne de Philippe de Valois et de Jean le Bon. La querelle des deux maisons de Bourgogne et d'Orléans, connue sous le nom de guerre des Armagnacs et des Bourguignons, divise le pays tout entier. En 1409, la cathédrale de Chartres fut le théâtre d'une cérémonie imposante, qui était un des actes les plus émouvants de ce grand drame. Les fils du duc d'Orléans, assassiné en 1407, furent contraints, en présence du roi Charles VI, de mettre leurs mains dans les mains du meurtrier de leur père, de Jean Sans-Peur; réconciliation obligée et qui ne pouvait être durable. Aussi la guerre recommenoa-t-elle en 1410. Le pays chartrain tomba, dès l'année 1417, sous la domination bourguignonne,

et Chartres fut livré à Jean Sans-Peur par le gouverneur Jacqueville.

Quand Jean Sans -Peur eut été assassiné au pont de Montereau (1419), les Bourguignons s'unirent aux Anglais, et tous les pays où ils dominaient devinrent anglais. C'en était fait de la nationalité française lorsque Jeanne d'Arc réveilla le patriotisme dans tous les cœurs. La situation était critique. Les Anglais assiégeaient Orléans (1428-1429), et, si cette ville tombait en leur pouvoir, rien ne semblait plus devoir les empêcher de pénétrer dans le centre de la France. Une petite armée française, conduite par le comte de Clermont, cherche à surprendre un convoi de vivres que John Falstaft amenait aux Anglais. L'action s'engage près de Rouvray- Saint-Denis (canton de Janville); mais les Anglais, se faisant un rempart de leurs chariots, ne se laissèrent point entamer; ils ne perdirent guère que des barils de harengs, qui furent défoncés par les boulets, car on était en carême, et ces harengs constituaient le principal approvisionnement de l'armée. De là le nom de bataille des harengs , donné à cette journée par les Français, toujours prêts à rire, môme de leurs malheurs (12 février 1429).

Mais bientôt Jeanne d'Arc entra dans Orléans, ranima la confiance des habitants et délivra la ville (8 mai). Elle poursuivit les Anglais, les battit à la journée de Patay, et fit sacrer à Reims le roi légitime Charles Vil.

Les Anglais perdirent presque toutes leurs provinces. Chartres rappela les Français en 1452, et reçut dans ses murs un fils naturel du duc d'Orléans, en faveur duquel Charles d'Orléans, alors prisonnier en Angleterre, abandonna le comté de Chàteaudun. C'était un vaillant chevalier qui, sous le nom de comte de Dunois, s'illustra dans toutes les guerres de Charles VIL

La paix d'Arras (1455) réconcilia Charles YII avec les Rourguignons, et les Anglais furent définitivement chassés de la France en 1453. La paix rendue à la Reauce ne fut plus troublée dès lors pendant deux siècles : l'agriculture, encouragée

sous Louis XII, enrichit la contrée. Peu à peu les lourds châteaux disparaissaient, et des artistes italiens, des artistes français leurs élèves, remplaçaient les sombres demeures féodales par d'élégants édifices dont le château d'Anet devint un des modèles les plus parfaits : ce fut une des belles œuvres de Philibert Delorme, qui le construisit, par les ordres d'Henri II, pour la favorite Diane de Poitiers.

Au seizième siècle, les guerres de religion troublèrent cette prospérité, et le pays chartrain devint le théâtre de la première des huit guerres civiles qui désolèrent la France de 1562 à 1598. Maîtres d'Orléans, les protestants, en 1562, voulurent d'abord se porter sur Paris, puis décidèrent de se diriger sur la Normandie pour joindre les secours envoyés par la reine d'Angleterre, Elisabeth. L'armée du prince de Condé traversa le pays chartrain, et, n'ayant pu entrera Chartres, continua sa route du côté de Dreux. L'armée catholique s'avança à leur rencontre : elle était commandée par le duc François de Guise, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André, qui s'étaient unis et avaient formé ce qu'on appelait le triumvirat. La bataille de Dreux tourna à l'avantage des catholiques, surtout à celui du duc de Guise. En effet, Guise eut la satisfaction de l'aire prisonnier le chef de l'armée ennemie, le prince de Coudé, et d'être délivré en même temps de ses deux alliés, le connélablc, qui était tombé entre les mains des protestants, et le maréchal de Saint- André, tué dans l'action. Il ne voyait plus de rival, ni dans un camp ni dans l'autre, et, tandis que l'armée protestante, sous les ordres de Coligny, battait en retraite sur le Berry, il vint mettre le siège devant Orléans, mais il y périt, assassiné par Poltrot de Méré.

La deuxième guerre (1567) ne fut point plus heureuse pour les protestants, qui perdirent la bataille de Saint-Denis, et tentèrent vainement le siège de Chartres. .Le théâtre des hostilités s'éloigna dans les guerres suivantes et fut reporté sur les bords de la Charente, puis autour de la Rochelle. Mais, sous le règne d'Henri III, les guerres civiles, après avoir désolé l'ouest et le midi, se reportèrent vers le centre de la France. Des ar-

niées allemandes , arrivant à travers la Lorraine et la Champagne, essayaient de rejoindre dans l'ouest les forces des protestants. Une de ces armées, obligée de battre en retraite, fut atteinte par les troupes catholiques et défaite près d'Auneau (1587), à quatre lieues de Chartres. Le bourg d'Auneau, surpris par Henri de Guise, fut mis à sac ; plus de deux mille soldats et officiers allemands restèrent sur la place : c'était un mois après la bataille de Coutras, gagnée par Henri de Navarre, chef des protestants.

L'année suivante, la lutte se complique de la rivalité de Henri de Guise et du roi Henri III. Forcé, après la journée des barricades (12 mai 1588), de s'enfuir de Paris, Henri III gagne Rambouillet, puis Chartres. Il y passa le mois d'août. De là il se rendit àBlois, où il convoqua les États généraux et se délivra de son rival en le faisant assassiner dans un odieux guetapens (décembre 1588).

Le meurtre du duc de Guise, loin de décourager les Ligueurs, ne fit qu'exciter leur colère. La Ligue triompha : Chartres et Dreux se déclarèrent pour elle. Henri III périt à son tour assassiné par Jacques Clément à Saiut-Cloud. Le chef des protestants devient alors le roi légitime, mais il est obligé de conquérir son royaume.

Vainqueur de l'armée de Mayenne aux combats d'Arqués, en Normandie, Henri IV fait une pointe sur Paris, puis se rabat sur le Vendômois, terre de sa famille. Il reprend Vendôme, et vient mettre le siège devant Dreux (1590). Mayenne, qui a re7 formé une armée nouvelle, arrive pour secourir Dreux. Une bataille s'engage, à une lieue du château d'Anet, à Ivry, bourg situé sur la rive normande de l'Eure et distant de quatre lieues de la ville de Dreux. Encore vainqueur à cette journée fameuse, où il vengea la première défaite éprouvée par les protestants dans le même pays en 1562, Henri IV vit se rallier à lui les villes d'Épernon, de Montfort, de Houdan, d'Auneau, de Gallardon, de Courville, de Dourdan.

Alors il songea à s'emparer de Chartres. Le 26 janvier 1591, il commença une attaque en règle, mais rencontra une résis-

lance sérieuse, qui l'obligea à livrer plusieurs assauts. Enfin, comme Henri IV poursuivait ce siège avec persévérance, les bourgeois, qui ne pouvaient attendre aucun secours, capitulèrent au mois d'avril, et Henri IV fit son entrée solennelle lans la ville le 20 avril. Appréciant l'importance de l'antique cité des Carnutes, heureux d'avoir, à une distance si rapprochée de Paris, une place solide, il en fit momentanément la capitale de la France. Il y transféra son Parlement de Tours, qui

Château de Maintenon du côté de la. cour.

fut installé dans le couvent des Jacobins, la Cour des Aides, en un mot son gouvernement. La ville de Dreux tomba aussi en son pouvoir en 1595, et, lorsqu'il eut abjuré, il choisit Chartres pour la cérémonie du sacre.

Le 27 février 1594, dans cette cathédrale dont la majesté pouvait suppléer à celle de la cathédrale de Reims, l'évêque Nicolas de Thou couronna solennellement Henri IV, en présence du prince de Condé, du comte de Soissons, du duc de

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Montpensier, des ducs de Luxembourg, de Retz et de Ventadour, qui remplaçaient les pairs laïques. Les pairs ecclésiastiques, absents également, étaient remplacés par les évoques de Nantes, de Digne, de Maillezais, d'Orléans, d'Angers, de Chartres. Enfin, au mois de mars, Henri IV rentrait dans Paris, et sa victoire définitive mettait fin au règne éphémère de la ville de Chartres, sans que les habitants songeassent à s'en plain-

Ghàteau de Maintenon du côlé du parc,

dre , car le triomphe d'Henri était celui de la tolérance religieuse et de la paix. Le ministre d'Henri, Sully, se plaisait au château de Villebon et voulut être enterré à Nogent-le- Kotrou : sa veuve lui fît élever un tombeau dans l'hôpital qu'il avait enrichi.

Sous le règne de Louis XIII, Chartres fut compris dans l'apanage de Gaston d'Orléans avec les duchés d'Orléans et de Va-

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lois. Le comté de Chartres avait d'ailleurs été érigé lui-même en duché dès le commencement du seizième siècle. Les trois duchés passèrent ensuite en apanage à Philippe, frère de Louis XIV, et restèrent dès lors dans cette famille, qui devait se développer parallèlement à la branche aînée des Bourbons et régner un moment, au dix-neuvième siècle, avec Louis-Philippe. Épernon avait été aussi érigé en duché-pairie (1581) en faveur de Jean-Louis de Nogaret de la Valette. Le duc d'Épernon joua un rôle considérable sous la régence de Marie de Médicis. Enfin la terre de Maintenon fut achetée par Françoise d'Aubigné, veuve du poëte Scarron, et donna un titre à cette femme ambitieuse qui, sortie d'une obscure origine, s'éleva au trône de France et domina Louis XIV.

Jusqu'au dix-septième siècle, le diocèse de Chartres était resté soumis à celui de Sens. En 1622, la création de l'archevêché de Paris amena un changement : l'évêché de Chartres, comme ceux d'Orléans et de Meaux, devint suffragant de l'archevêché de Paris, puis, en 1G95, le diocèse fut diminué du territoire de Blois , où Louis XIV créa un évêché. Ce sont là les seuls faits que l'histoire puisse recueillir au dix-septième et au dix-huitième siècle, car le pays char train, comme les autres régions de la France, cesse d'avoir une vie locale pour se fondre de plus en plus dans l'unité française. Ses hommes remarquables travaillent pour l'intérêt et la gloire de la France tout entière : il fournit un contingent notable d'hommes de lettres, de savants, d'artistes, d'administrateurs, de généraux, et l'une des gloires les plus pures de la Révolution française lui appartient, le général Marceau.

Quelle que fût la gravité des événements qui agitaient l'Europe au dix-septième, au dix-huitième, au dix-neuvième siècle, le pays d'Eure-et-Loir, tranquille, comptait bien ne jamais redevenir le théâtre des guerres. La désastreuse année 1870 ramena pourtant, en cette contrée comme en tant d'autres, les malheurs, les combats, les pillages; mais nulle part la race française ne montra mieux qu'elle n'entend point renoncer à la bravoure de ses ancê-

Chùteaudui:.

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très, et la valeur des Carnutes se retrouva chez les défenseurs de Châteaudun, qui donnèrent à la France un héroïque exemple.

C'était le 18 octobre 1870. En quelques mois la France avait vu ses provinces de l'est envahies, ses meilleures armées vaincues et prisonnières, sa capitale investie. Le gouvernement delà défense nationale qui, après le 4 septembre 1870, avait assumé la lourde tâche de réparer les fautes de l'Empire et qui cherchait, quoique sans ressources, à délivrer le pays, réorganisait avec peine une armée sur les rives de la Loire. Cette armée naissante avait été battue. Les Prussiens occupaient Orléans , clef des provinces du centre. Rien ne semblait plus devoir leur résister, lorsque le pays qui s'enorgueillit du comte de Dunois, le compagnon de Jeanne d'Arc et l'un des libérateurs de la France au quinzième siècle, étonna l'ennemi par un de ces réveils qui ont relevé sinon la fortune, du moins l'honneur de la France.

Les troupes pf ussienncs parcouraient le pays et cherchaient à détruire tout centre de résistance qui leur était signalé. Ghâteaudun devenait à ce moment un point d'appui pour les corps des francs- tireurs qui se répandaient dans la contrée. La garde nationale, bien armée, bien exercée, était décidée à affronter tous les périls plutôt (pic décéder sa ville, quoique ce fut une ville ouverte.

Un corps de l'armée allemande, commandé par le général de Wittich et fort de dix à douze mille hommes, se dirigea sur Châteaudun, qui ne pouvait compter pour sa défense que sur sept à huit cents francs-tireurs, placés sous les ordres du comte de Lipowski,sur sa garde nationale et sur les barricades établies en toute hàtc au coin des principales rues. Les Allemands arrivèrent à la fois par la route d'Orléans et par celle de Meung, se déployèrent en demi-cercle autour de la cité, et bientôt trente pièces de canons bombardèrent la ville, sans même qu'il y eût eu de sommation préalable. L'hôtel de ville, la sous-préfecture, l'église, la caserne, l'hôpital même, devinrent les principaux objectifs de l'artillerie ennemie.

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