‹ Géographie du département de l'IsèreChapitre 16 sur 18 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

gniers. La deuxième zone est couverte presque entièrement de forêts d'arbres résineux dits bois noirs. Au-dessus s'étendent des gazons, des pelouses, des prairies émaillées des fleurs les plus rares, où croît le rhododendron et où paissent de très-nombreux troupeaux des races bovine et ovine. La quatrième zone appartient aux glaciers.

La région de V Ouest (arrondissement de Vienne) produit des céréales; on y trouve des mûriers, et surtout de beaux vignobles compas dans la région viticole dite des Côtes du Rhône. Mais les produits en sont bien inférieurs comme qualité aux vins des autres départements faisant partie de la même région. Les meilleurs sont ceux de la Porte-de-Lyon, Reventin et Seyssuel, près de Vienne, vins rouges qui ne manquent ni de corps, ni de bon goût, ni d'alcool; ce sont du reste de simples ordinaires.

L'agriculture a fait peu de progrès dans l'Isère. Cependant les montagnes sont mises en culture jusqu'au point où l'altitude le permet. Dans quelques parties de l'Oisans, des versants rocheux sont divisés en gradins, formés de murs de pierres sèches, portant de petits champs soigneusement cultivés en seigle, avoine et jardinage. Pour élever ces murs, le paysan a dû transporter à bras tous les matériaux; pour transformer ces terrains incultes, il lui a fallu les recouvrir déterre végétale apportée quelquefois de très-loin. Ces champs minuscules sont entièrement cultivés à la bêche, et le cultivateur transporte à bras les récoltes dans ses greniers. Malgré ces efforts, un certain nombre d'habitants de cette région, dont les principales ressources consistent dans les pâturages et dans la cueillette (très-productive) des simples et des violettes pour la pharmacie et la droguerie, émigrent, et demandent au commerce d'autres ressources. L'habitant de l'Oisans se fait colporteur, débitant d'épicerie ou de droguerie, fleuriste, etc. Certains fleuristes de Mont-de-Lans , de Vénosc, d'Auris, de Fesse, ont fait plusieurs voyages en Amérique; ils vont même jusque dans l'Indo-Chine. Mais, fidèles au sol natal, ils y reviennent dès qu'ils ont amassé sou par sou un petit pécule.

Dans les plaines et dans les vallées, l'agriculture est de plus favorisée par les irrigations et la facilité des transports. Dans la vallée de l'Oisans, qu'arrose la Romanche, une foule de petites dérivations fertilisent les prairies. Dans le Graisivaudan et ses prolongements, les cultivateurs font toujours deux récoltes par an : une grande récolte et une récolte dite dérobée.

En 1877, on a récolté dans le département 1,667,225 hectolitres de froment, 96,182 de méteil, 85,482 de seigle, 152,858 d'orge, 216,100 de sarrasin, 74,286 de maïs et millet, 477,480 d'avoine, 2,184,660 de pommes de terre, 25,607 de légumes secs, 20,019 de

châtaignes, 585,910 quintaux de betteraves, 2,363 de tabac, 21,190 de chanvre, 55,154 hectolitres de graines de colza (314,227 kilogrammes d'huile), 918,848 hectolitres de vins.

Le Dauphiné est assurément le pays le plus riche de la France sous le rapport botanique. Un y trouve toutes les plantes du midi de la France. Les sommets alpestres offrent la végétation la plus magnifique et la plus bizarre ; on y voit les espèces rares qu'on ne trouve que dans le nord de l'Europe et dans les contrées boréales. Les régions dauphinoises du col de l'Arc, de la Grande-Chartreuse, du Mont-de- Lans, du Lautaret, etc., sont célèbres dans le monde des naturalistes.

L'arrondissement le plus boisé est celui de Grenoble, où l'on trouve les forêts de la Grande-Chartreuse, de Saint-Guillaume, de Rioupéroux, de J'Esparron et de Saint-Hugon. La forêt de Chambaran est dans l'arrondissement de Saint-Marcellin. La surface boisée dépasse 160,000 hectares, et chaque année l'administration des forêts boise, reboise et regazonne une centaine d'hectares. Sur plusieurs points, elle a exécuté d'admirables barrages et travaux de préservation contre les eaux. On trouve dans ces forêts presque toutes les espèces résineuses : le sapin, qui y atteint d'énormes proportions, le pin, l'épicéa, etc.; le hêtre, le fayard, le chêne, le charme, le tremble, le bouleau, le coudrier, le châtaignier, le sorbier, l'érable, le frêne, le cornouiller. Le tilleul se rencontre principalement dans les environs de Sassenage, de Pariset, de Lans, etc. ; le sycomore, dans l'Oisans, à Allevard, à la Grande-Chartreuse. Le bois de bourdaine, dont le charbon est excellent pour la fabrication de la poudre, est commun, ainsi que le fusain, dont le charbon sert aux dessinateurs. Citons encore le houx, l'ébénier, le merisier, le néflier, l'orme, l'aune, le peuplier, le saule, etc.

Les forêts étaient jadis beaucoup plus vastes, mais le développement insensé des pâturages les a détruites en partie. La plupart de ces pâturages sont affermés à titre de bail à des bergers de Provence, qui tous les étés y amènent des troupeaux de moutons.

Les arbres fruitiers croissent aussi bien dans les plaines que sur les coteaux. Outre le pommier, le poirier et le noyer, il y a aussi beaucoup de figuiers, d'amandiers, de cerisiers et de pêchers.

Il existe une ferme-école à la Bâthie, commune de Saint-Ismier.

Presque tous les métaux connus se rencontrent sur le territoire de l'Isère. Plusieurs gisements ont été indiqués comme mines d'or.

mms celui de la Gardette, hamenu de la commune de Villard-Eymond, est le seul où le précieux métal se rencontre à l'état natif. Le gîte de la Gardette est un filon de quartz renfermant du cuivre sulfuré, de la galène, de la blende et de l'or natif. Les autres mines citées autrefois comme mines d'or sont celles d'Allevard et de Theys, où l'or se trouve mêlé en très-faible quantité au cuivre gris argentifère ou au cuivre pyriteux; celle d'Auris-en-Oisans, qui offre un mélange d'antimoine, de plomb, de cuivre, de zinc, d'or et d'argent; celles du Bourg-d'Oisans, des Chalanches (commune d'Allemont), de la Cochctte, du Molard, dans lesquelles l'or se trouve également mêlé dans des proportions très-minimes à d'autres métaux.

Les principales mines d'argent sont celles des Chalanches (commune d'Allemont), où l'argent se trouve à l'état natif, disséminé dans divers minerais de nickel, de cobalt, d'antimoine, etc. Ces mines, très-remarquables, ont été d'un produit très-important à la lin du siècle dernier, et probablement ne sont pas épuisées, mais elles ne pourraient être reprises qu'avec des ressources considérables, et Ion aura toujours à lutter contre divers obstacles, dont le plus sérieux est la position delà mine à une hauteur considérable (2,150 mètres), sur une montagne escarpée, dont les chemins sont encombrés de 1 à 2 mètres de neige pendant l'hiver. — 11 a existé d'autres mines d'argent sur le plateau de Hrandes, mais elles sont abandonnées.

Les gisements de cuivre sont ceux de Brandes, de l'Herpie, du lac Blanc, d'Ornon, qui renferment du cuivre jaune et du cuivre gris argentifère ; les filons de cuivre gris d'Ouiles ; ceux de la Cochette, au-dessus d'Oz, et surtout les mines de cuivre du vallon de Theys. On a reconnu à diverses époques l'existence du mercure aux Chalanches, à Saint-Arey et à Prunières, près de la Mure.

L'Isère renferme un grand nombre de mines de fer (237,000 quintaux métriques de minerai chaque année), dont les plus importantes sont celles du pays d'Allevard, célèbre par ses richesses métallurgiques : indépendamment de toutes les variétés du fer carbonate, on y trouve les fers oligiste, micacé, hydraté, sulfaté, etc. Les mines de fer du pays d'Allevard s'étendent sur les communes d'Allevard, de la Ferrière, de Saint-Pierre-d'AUevard et de Pinsot. On rencontre également ces minerais dans le vallon de Vaulnaveys, dans les vallées de la Romanche et de TOIle, et dans le canton de la Mure. A Saint-Quentin et à la Verpillière, on trouve des couches de minerai de fer oolithique, qui alimentent les hauts fourneaux de Vienne.

On a exploité des mines de plomb aux environs de Vienne. On trouve aussi du plomb aux environs d'Ouiles, à Theys, etc. — Le cobalt se rencontre dans les filons d'argent des Chalanches. Jl en

est de même du nickel et de Y antimoine. — On a reconnu l'existence de plusieurs gîtes de zinc sulfuré dans le département de l'Isère : les principaux sont celui de Laffrey et celui de Séchilienne. On rencontre du cristal de roche à Mizoën et à Mont-de-Lans ; les galeries ouvertes dans le filon de quartz qui renferme î'or natif, à la Gardette, a fourni à toutes les collections de magnifiques échantillons de ce minéral.

Les carrières de marbre de l'Isère se trouvent dans l'arrondissement de Grenoble. La vallée de la Bonne renferme les beaux gisements de marbre statuaire du Valsenestre, inexploités jusqu'à présent, par suite de la difficulté des transports; ils sont accompagnés de marbres cipolins roses et verts. Les carrières de l'Echaillon, près de Voreppe, fournissent de beaux blocs de marbre blanc ou rosé ; celles de Laffrey, un marbre gris cendré. La carrière du Peychagnard, audessus de la Mure, donne un marbre noir mélangé de blanc. Les environs deTheys fournissent des blocs de marbre noir à veines jaunes. Citons aussi le marbre blanc de Vaujany; le marbre noir de Corps et d'Angray, la brèche du Fresney, le marbre jaune de Sassenage, le marbre gris noir à veines blanches de la Porte-de-France, et surtout la serpentine de Lavaldens (inexploitée).

Le nombre des carrières de pierre de l'Isère est considérable. Montalieu est renommé pour ses pierres dures, dont s'approvisionne la ville de Lyon. Dans les environs de Trept sont des carrières d'une pierre blanche très-propre à la construction. 11 existe aussi des carrières de pierre dans les environs d'Amblagneux, de Saint-Alban, d'iiyères, deMorestel. Dans l'arrondissement de Grenoble on exploite les pierres de taille de la Porte-de-France, de couleur brun foncé; la belle pierre de Sassenage, d'un blanc jaunnâtre, et ses analogues de Claix et de Voreppe ; la pierre bleue du Fontanil, remarquable par la régularité de ses bancs, etc. En descendant l'Isère, on rencontre encore les carrières de pierre blanche de l'Echaillon, près de Saint-Quentin, et celles du Lignet, près de Saint-Gervais, également remarquables par la beauté de leur produits.

Les sables réfractaires sont exploités principalement à Voreppe. — Le tuf se trouve dans les environs de Vizille, à Saint-Sauveur, à la Buisse, à la Sône, et dans un grand nombre d'autres localités. — Saint~Christophe-en-Oisans possède une mine de graphite inexploitée. — Les carrières de gypse, très-nombreuses, se trouvent toutes dans l'arrondissement de Grenoble, à Vizille, Champ, Allevard, etc.

Il existe des ardoisières dans la vallée de la Romanche. Les produits en sont fins et légers, mais ils durent peu. Les ardoisières en exploitation sont celles d'AUemont, de Mizoën, de Mont-de-Lans,

<TOz, d'Ornon, d'Oulles, dont les ardoises sont très-estimées. Les laines, ardoises épaisses employées pour le carrelage et pour la couverture des maisons dans quelques villages, s'exploitent principalement à Montchaboud, au-dessus, de Vizille, à Fontaine et sur la montagne de Brame-Farine.

L'Isère renferme deux concessions houillères, sur les communes de Communay et de Ternay, aux environs de Vienne ; elles font partie du bassin de Rivc-de-Gier, qui se continue par-dessous le Rhône.

Les principales mines d'anthracite (98,500 tonnes de combustible en 1878) se trouvent dans le canton de la Mure, et dans celui du Bourg-d'Oisans. Dans ce dernier, sur le plateau de Brandes, est une carrière d'anthracite d'où s'extraient chaque année 1,000 à 1,500 quintaux métriques, puis une autre carrière plus élevée, dont l'exploitation, à cause du froid, ne peut être régulière que pendant trois mois de l'année. Ce gîte, épais de 2 ou 3 mètres, forme l'extrémité septentrionale d'une branche de grès à anthracite qui commence au rocher de Ferrarez, près de Vénosc, et traverse la vallée de la Romanche en se dirigeant en droite ligne vers le nord. Sa longueur est de 12 kilomètres, sa largeur moyenne de 150 mètres seulement. Des mines d'anthracite bien autrement considérables sont celles du bassin de la Mure. Les concessions importantes sont situées dans les communes de Susville (Peychagnard), Pierre-Chatcl, la Motte-d'Aveillans, la Motte-Saint -Martin, Notre-Dame-de-Vaux et Saint-Jean-de-Vaux. Les couches d'anthracite ont, en certains endroits, une épaisseur de 10 et même 14 mètres.

Le territoire de l'Isère offre un grand nombre de gîtes de lignite (1,850 tonnes de combustible en 1878). L'arrondissement de la Tourdu-Pin est le plus riche sous ce rapport. Le lignite est exploité à Saint-André-le-Gaz, Sainle-Blandine, la Chapelle-de-la-Tour, Saint- Didier-de-la-Tour, Saint-Victor-de-Cessieu, etc.

Les principales tourbières sont celles deBourgoin (6,514 hecfacçs), réparties sur 25 communes. Elles décrivent, de l'E. àl'O., un immense arc de cercle, dont l'Ile- d'Abeau occupe la convexité tournée vers le S., et qui se termine dans la vallée du Rhône, vis-à-vis de l'embouchure de l'Ain. La longueur totale de ces marais est de 55 kilomètres environ. A l'E. de cette ligne de marécages s'en étend une autre qui va de Morestel aux Avenières et se réunit au Rltône vis-à-vis de l'embouchure du Guiers. Ces tourbières produisent en moyenne environ 145,000 quintaux métriques.

L'Isère possède un grand nombre de sources minérales, et plusieurs localités du département sont devenues des stations de bains très-fréquentées. Au hameau de VAbbaye, près de Grt^ble, jaillit

une source sulfureuse alcaline (10°; 50 litres par minute), alimentant un établissement de bains. —Viennent ensuite, par ordre alphabétique, les eaux d'Allevard. La source, nommée dans le pays Veau noire, débite 5,792 hectolitres par 24 heures, à une température de 16° 7. L'eau d'Allevard, froide, sulfureuse, iodée, gazeuse, est utilisée avec avantage pour la guérison des maladies chroniques de la peau, des rhumatismes, des engorgements des articulations, des mala lies des poumons. — En 1854, quelques filets d'eau sulfureuse ont é'é découverts au Bachet, près de Grenoble. — Les environs du Boury-dOisans offrent plusieurs sources sulfureuses et ferrugineuses. — Les sources sulfureuses de Choranche sont analogues à celles d'Allevard. — Cordéac possède aussi des eaux sulfureuses. Celles de Crémieu sont carbonatées ferrugineuses; celles de YÊchaillon, thermales, sulfureuses, calcaires. Près de Mayres jaillit aussi une source minérale inexploitée. — Les eaux acidulés froides du Monestier-de- C 1er mont sont efficaces dans les affections de l'estomac et des reins.

Les eaux thermales de la Motte Saint-Martin jaillissent dans une gorge profonde sur les bords du Drac. Il y a deux sources (60° au griffon, 37° à l'établissement), dont l'eau est chlorurée sodique forte, tonique et reconstituante, analogue à Peau de mer et aux sources salées (4,000 hectolitres environ par 24 heures). Celte eau s'emploie en boisson, bains, douches, étuves, etc. Elle est très-efficace pour la guérison des rhumatismes, des luxations et fractures, des caries, du mal de Pott, des scrofules, des inflammations chroniques du foie et de l'estomac, etc. Elle s'administre en boisson dans les maladies de langueur et des organes digestifs, etc. — Les eaux d'Oriol sont des eaux gazeuses riches en bicarbonates alcalins; les principales sources sont aussi notablement ferrugineuses.

Citons enfin les eaux sulfureuses froides de Tréminis et surtout la source chlorurée sodique et sulfureuse d'Uriage. Cette dernière source a une température de 27°, 5 au griffon. Les eaux d'Uriage s'emploient en bains, en douches et en boisson. Elles agissent surtout sur les muqueuses de la peau, sur l'hématose et le système nerveux. A la fois éminemment salines et sulfureuses, elles réunissent, par un privilège unique en Europe, des propriétés qu'on ne trouve que séparées ailleurs, et peuvent remplacer à la fois Baréges et les bains de mer. Elles sont très-efficaces dans les cas de dermatoses et de scrofules, dans les rhumatismes, les laryngites, diverses maladies des femmes, etc. On les emploie enfin pour fortifier les enfants délicats.

L'industrie manufacturière, notamment la métallurgie, est fort développée dans le département. On y trouve un laminage d'or et d'argent à Ponl-de-Chéruy, une tréfilerie d'or et d'argent à Coublevie,

une tréfilerie d'argent à Chavanoz, des fonderies de cuivre à Vienne, Voiron, Renage etJallieu; une fonderie de plomb et de zinc à Reventinet-Vaugris, des fonderies défera Saint-Jean-de-Moirans, Jallieu, Voiron, à Brignoud, où sont fondus des minerais de fer extraits aux environs deThcys, etàVizille; des forges à Chasse, à Combe-de-Lancey, Pourvoit ie, à Réaumont, aux Hurtières, à Voiron, Vinay, Vienne et à Pont-Évèque, faubourg de cette dernière ville, dont la magnifique forge occupe 400 ouvriers et produit 15,000 kilog. de fer par jour. Parmi les hauts fourneaux, le plus important est celui d'Allevard (500 ouvriers), dont les fers et les aciers sont employés pour la fabrication des canons, des bandages, des roues de wagons, des plaques de blindage, des ressorts de voitures, etc. D'autres hauts fourneaux existent à Brignoud et à Saint-Vincent-de-Mercuze. On rencontre des aciéries à Chavanoz (pour chirurgie), à Bonpertuis (100 ouvriers, 800 tonnes d'acier par an), au hameau d'Apprieu ; à Chabons, à Saint-Clair- sur-Galaure, Coublevie, Laval, Saint-Maurice-en-Trièves, Domène, Réaumont, Rives, la Sône, Tullins, Vinay, Voiron et la Chapelle-du-Bard. Charvieu et Tignieu-Jameyzieu possèdent des tréfileries de fer; Saint-Jean-de- Moirans, une tréfilerie de cuivre. En 1878, les usines métallurgiques de Tlsère ont fabriqué 18,983 tonnes de fonte, 7,414 de fers, 1,079 de tôles et 5,100 d'aciers.

L'industrie des chaux hydrauliques et des ciments est d'une trèsgrande importance dans l'arrondissement de Grenoble. Les chaux hydrauliques les plus estimées sont celles des Côtes de Sassenage et de Seyssinet, qui proviennent de calcaires siliceux appartenant au terrain crétacé supérieur : leur composition est analogue à celle delà chaux hydraulique du Teil (Ardèche). Les ciments sont fabriqués avec des calcaires argileux de divers gisements : ceux de Valbonnais et autres points des environs de la Mure, ainsi que ceux d'Uriage, sont de la partie inférieure du terrain jurassique; ceux dos environs de Vif, de Saint-Ismier, de Crolles, de la partie moyenne du môme terrain. Les exploitations les plus importantes et les plus connues par la supériorité de leurs produits sont établies sur des bancs spéciaux de calcaires argilo-bitamineux situés à la limite du terrain jurassique et du terrain crétacé inférieur : telles sont les carrières de la Porte-de-France, près de Grenoble, celle du Chevallon, près de Voreppe, celles de Seyssins, duSappey et celle de Fourvoirie, près de Saint-Laurent-du-Pont. Ces divers établissements produisent surtout des ciments naturels; MM. Vicat et Cia ont fondé au Genevrey, près de Vif, une importante fabrique de ciment artificiel. Il existe aussi des fabriques de chaux hydraulique et de ciment dans l'arrondissement de la Tour-du-Pin, à Saint -lhlaire-de-Brens et à iMontalieu.

Uélevage des vers à soie, qui était très-actif dans les plaines de Tlsère (246,112 kilogrammes de cocons en 1877), diminue chaque jour ; l'importance des marchés aux soies est presque nulle, et dans beaucoup de campagnes le mûrier fait place à la vigne et aux autres cultures. Pont-en-Royans possède une fabrique d'organsinage pour la soie (120 ouvriers). Beaucoup de localités ont des manufactures d'étoffes de soie ou des tissages répartis dans les maisons : telles sont les communes de Saint-Nicolas-de-Macherin, Saint-Pierre-de- Bressieux, Pont-de-Beauvoisin, Renage, Ruy, de Sérézin (à Nivolas), la Sône, Tèche-et-Beaulieu, Ternay, la Tour-du-Pin, Virieu, Vizille, Saint-Antoine, Charvieu, Sillans, Rives (500 métiers), les Echelles, et surtout Voiron, dont les 15 établissements (2,000 métiers) livrent chaque année au commerce 8 à 9 millions de mèlres de soieries. Vaulnaveys-le-Haut compte plus de 300 métiers pour la fabrication des taffetas. Dans le château d'Alivet est établie une fabrique de crêpes et de soieries. Les velours se tissent à Saint-Jean-de-Bournay, Jonage, Corps, Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, Saint-Pierre-de- Bressieux, etc. La fabrique de foulards et de crêpes de Vizille donne du travail à plus de 600 jeunes filles. A Saint-Ondras on confectionne des cordonnets et des filets en soie. Les rubans viennent principalement de Saint-Jean-de-Bournay, Moirans, Tullins; la passementerie, de la Tour-du-Pin.

Le hameau de la Grive, dans la commune de Bourgoin, et Vizille ont chacun une filature de coton; Pont-en-Royans, Roybon, Saint- Symphorien-d'Ozon et Vienne, des filatures de laine. Sérézin-du-Rhône, Saint-Symphorien-d'Ozon, Beaumont fabriquent des couvertures de laine; Roybon, de la grosse draperie ; Pont-en-Royans, des draps pour l'armée. Beaurepaire, Entraigues, Sa&senage et Vienne (50,000 pièces par an), des draps ordinaires. On rencontre des fabriques de toiles à l'Albenc, Anjou, Aoste, Saint-Aupre, Saint -Blaise-de-Buis, Bourgd'Oisans, Saint-Jean-de-Moirans, Mens, la Mure, la Tour-du-Pin, Rives, etc. Dans cette dernière commune, presque tous les paysans ont un métier à toile : l'hiver venu, ils fabriquent eux-mêmes, avec le chanvre qu'ils oiit récolté, ces belles toiles connues dans le commerce sous le nom de toiles de Voiron. Leur quantité décroit cependant toujours; les vieillards presque seuls savent tisser à la main. Les besoins de la consommation et l'appât d'un travail plus lucratif et plus facile ont concentré cette fabrication dans les métiers mus par la vapeur ou par moteurs hydrauliques qui sont réunis à Voiron dans de grandes fabriques occupant plusieurs milliers d'ouvriers.

La ganterie et tout ce qui se rapporte à la mégisserie, teinturerie, e te, forment la branche la plus considérable de l'industrie de Grenoble ;

Paris seul peut rivaliser avec cette ville pour la fabrication des gants. Ou fabrique annuellement à Grenoble, dans plus de 100 manufactures, un million de douzaines de gants, d'une valeur de 40 millions de francs, vendus non-seulement en France, mais dans tout le reste de l'Europe, en Amérique et surtout dans les Etats-Unis. Celte industrie occupe directement près de 5,000 ouvriers mégissiers, teinturiers ou découpeurs, pour le travail des peaux, qui arrivent d'Annonay toutes préparées, et au moins 20,000 femmes de la ville et de la campagne pour la couture des gants. Les gan ts Jouvin, dont la réputation est européenne, sont pour la plus grande partie fabriqués à Grenoble.

Il n'existe que trois vinaigreries dans le département, celles d'Izeaux, de Saint-Ismier et de Pontcharra; mais on y trouve de nombreuses scieries de bois.

Parmi les papeteries, nous citerons celles deBourgoin, Brignoud, Cessieu, Chabons, Pont-de-Claix, Coublevie, Saint-Didier-de-Bizonnes, des Éparres, d'Estrablin, d'Izeron, de Jallieu, Lancey, Renage, Rioupéroux, la Tour-du-Pin, Tullins, Moirans, Domène, Saint-Victoi de-Cessieu, Vienne, Vizille et surtout celles de Rives et de Voiron, et un certain nombre de fabriques de pâtes à papier (valeur des produits annuels, 11 millions 1/2), à Pontcharra, Domène, etc.

La fabrication des liqueurs forme une branche assez importante de l'industrie de l'Isère. Il faut citer en première ligne les deux espèces de liqueurs de la Grande-Chartreuse, fabriquées par les moines du monastère avec les plantes aromatiques qui croissent en abondance dans les montagnes voisines. L'une est Vélixir, espèce de médicament ; l'autre, la liqueur connue sous le nom de chartreuse. Les Chartreux fabriquent aussi une pâte minérale, connue sous le nom de boule d'acier, excellente pour guérir les coupures, les contusions et les foulures, des plastrons dits de la Grande-Chartreuse, des pastilles de bourgeons de sapins, et une eau balsamique pour les dénis. On fabrique de la liqueur imitation de la Chartreuse à Saint-Laurent-du-Pont, et des liqueurs de différentes espèces à Grenoble (ratafia de cerises), Saint-Marcellin, au Grand-Lemps, à Voiron (4 fabriques, dont la plus importante est celle de MM. Brun-Pérod, inventeurs du china-china) , la Côte-Saint- André (Werder, liqueur inventée par MM. Rocher frères), la Fretle, la Chapelle-du-Bard, dont les importantes distilleries fabriquent un kirsch estimé; de l'absinthe, à Bourgoin. — Izeaux se distingue par une industrie toute locale : la commune compte 60 maîtres cordonniers, dont les produits s'exporlcnt dans tout le département et dans les départements voisins.

DÛ ISERE

3JI. — Ctmwneice, chemin» de fer, routes.

Le commerce du département se résume presque tout entier dans l'exportation, qui est considérable. Les importations sont relativement nulles. L'Isère exporte principalement des métaux bruts ou travaillés, du plomb et du cuivre laminés, des instruments de chirurgie ; des soies moulinées et organsinées, des soieries, taffetas et velours; des gants vendus dans toute l'Europe et en Amérique; des toiles de Voiron, qui s'expédient surtout en Espagne et dans l'Amérique du Nord ; des draps ; des plantes alpines, que les habitants de î'Oisans colportent eux-mêmes dans le monde entier ; des fromages d'Oisans, de Saint-Marcellin, Montaud, et de Sassenage; du chanvre ouvré; du ciment de la Porte de France, dont la réputation est européenne, de Valbonnais, Vif, Crolles, Fourvoirie, etc.; des châtaignes, vendues sous le nom de marrons de Lyon ; des bois de construction ; des marbres; des ardoises, des liqueurs, du papier; 225,000 hectolitres de vin environ, des chaussures d'Izeaux, du plâtre, etc.

L'importation consiste dans les peaux qui arrivent d'Annonay toutes préparées; dans quelques articles d'épiceries, de modes, de nouveautés, et dans la houille achetée au bassin de la Loire.

Le département de l'Isère est traversé par huit chemins de fer, d'un développement total de 581 kilomèlres.

1° Le chemin de fer de Lyon à Marseille entre dans le département de l'Isère à 5 kilomètres au delà de la station de Lyon-Perrache. Il en sort, pour passer dans la Drôme, à 1 kilomètre en deçà de la station de Saint- Ramhert-d'Albon, après un parcours de 55 kilomètres dans l'Isère, pendant lesquels il dessert les gares et stations suivantes : Saint-Fons, Feyzin, Sérézin, Chasse, Estressin, Vienne, Vaugris, lesRoches-de-Condrieu, le Péage-de-Roussillon et Salaise.

2° Le chemin de fer de Valence à Grenoble et à Chambéry pénètre dans l'Isère un peu au delà de la station de Saint-Paul-lès-Romans, en sort presque immédiatement pour parcourir sur une longueur d'environ 500 mètres le territoire de la Drôme, puis y rentre définitivement pour ne le quitter qu'à 2 kilomètres au delà de la station de Pontcharra, après un parcours de 114 kilomètres pendant lesquels il dessert Saint- Laitier, Saint-Hilaire-du-Rosier, la Sône, Saint-Marcel- \in, Vinay, l'Albenc, Poliénas, Tullins, Moirans , Voreppe , Saint- Çgrève-Saint-Robert, Grenoble, Gières-Uriage, Dornène, Lancey, Brignoud, Tencin, Goncelin, le Gheylas et Pontcharra.

5° Le chemin de fer de Lyon à Grenoble passe du département du Rhône dans celui de FIsère à 5 kilomètres avant la station de Venissieux, dessert Veni>sieux, Saint-Priest, Chandieu-Toussieu, Heyrieux,

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