HISTOIRE
20,000 florins d'or, léguait le Daupliiné à la maison de France (1545). Dégoûté du monde, Humbert II n'attendit même pas la mort pour résigner sa souveraineté, qu'il vendit en 1549 à Philippe VI, à la condition que l'héritier présomptif de la couronne prendrait le titre de Dauphin. Philippe VI étant mort l'année suivante, son fils Jean, qui était alors duc de Normandie, ne porta pas le titre de Dauphin. Ce fut le fils aîné de
Château de Lesdiguières, à Vizille.
Jean le Bon, Charles, qui fut le premier Dauphin de la maison capétienne. Nulle province, dès lors, ne se montra plus française. Elle devint l'apanage des fd s aînés de nos rois, qui perpétuèrent, durant cinq siècles, le nom des dauphins.
Un de ces fils de roi pourtant, le dauphin Louis (plus tard Louis XI), qui voulait ê«re roi avant la mort de son père, essaya de réveiller à son profit les ferments d'indépenduiee qui survivaient encore dans le Dauphiné. Mais il ne trouva point dans son apanage un appui suffisant et il dut s'enfuir dans les
États du duc de Bourgogne. Lorsque sous Charles VIII, Louis XII et François Ier, les seigneurs du Nord descendirent la vallée du Rhône pour marcher à la conquête de l'Italie, les Dauphinois retrouvèrent l'ardeur des Allobroges et se portèrent en foule à la suite de nos rois. Ce fut alors que, par sa bravoure, la noblesse dauphinoise mérita le beau titre « d'escarlate de la noblesse françoise ». À Fornoue, on remarqua quarante-six gentilshommes dauphinois et parmi eux Bayard qui faisait ses premières armes ; à Marignan, trois cents; à Pavie, cent quinze, sans compter ceux dont on a perdu les noms. Ce fut à un Dauphinois, le chevalier de Bouttières, qu'on dut en partie le succès de Cérisoles. D'Urre la Baume-Cornillon, surnommé Tartarin, jouissait d'une telle estime auprès de François Ier, que ce dernier dit un jour « que s'il fallait décider de sa querelle avec Charles-Quint en combat singulier il choisirait Tartarin pour second ».
Les guerres religieuses furent désastreuses pour le Dauphiné ; mais, si les cruautés du fameux baron des Adrets et de Montbrun chez les protestants, de Maugiron et de la Motte- Gondrin chez les catholiques, montrèrent que le rude caractère des hommes du moyen âge n'était pas encore adouci, De Cordes sauva les protestants de Grenoble en refusant, lors de la Saint-Barthélémy, d'obéir aux ordres sanguinaires de la cour. Le connétable de Lesdiguières, qui pacifia la contrée sous Henri IV, donna l'exemple de la plus sage administration après avoir fourni les preuves d'une rare vaillance. C'est à lui que Grenoble devait l'enceinte des fortifications détruites il y a quelques années, ses quais sur l'Isère, l'ancien pont de pierre, la terrasse des marronniers du Jardin de Ville, et toute la province, un grand nombre de travaux utiles. Il fit aussi élever le château de Vizille, qu'il se plut à habiter et où il reçut en 1625 la visite de Louis XIII.
Sous Louis XIV, la révocation de l'édit de Nantes porta un coup funeste à la propriété industrielle du Dauphiné qu'abandonnèrent cinquante mille protestants, et, pour comble de malheur, la province fut envahie et ravagée par le duc de
Savoie (1691-92), en représailles de l'incendie du Palatinat.
Depuis 1628, le Dauphiné avait perdu sa représentation traditionnelle, ses États provinciaux : il formait un gouvernement militaire, une généralité financière, une intendance administrative, mais il n'était plus cette province quasi-indépendante qui s'était librement donnée au roi de France en stipulant le maintien de ses vieilles franchises. L'esprit des habitants de ce pays montagneux et sauvage était cependant demeuré fier, et quand la France, à la fin du dix-huitième siècle, se réveilla en essayant de détruire à jamais ce qu'on a appelé depuis l'ancien régime, les Dauphinois, se distinguant par leur enthousiasme, furent les premiers à donner l'exemple de la résistance.
Grenoble était devenue la principale ville de la province : elle était le siège du Parlement, créé en 1453, la résidence du gouverneur, de l'intendant, d'une chambre des comptes, d'un évêché suffragant de l'archevêché de Vienne ; sa population s'était considérablement accrue depuis que Lesdiguières avait étendu l'enceinte. Aussi, lorsque les ministres aveugles du faible Louis XVI essayèrent de briser la résistance qu'opposaient à leurs édits arbitraires les différents parlements de France et qu'ils exilèrent celui de Grenoble, cette ville se souleva. Les habitants empêchèrent les magistrats de partir pour l'exil, et la journée du 7 juin 1788, dite la Journée des Tuiles (parce que les soldats furent assaillis de pierres et de tuiles lancées du haut des toits), fut comme le prélude des journées de la Révolution. Une assemblée des notables de la ville convoqua d'elle-même les municipalités : les députés des trois Ordres affluèrent à Grenoble de toute la province et reconstituèrent les anciens États provinciaux. Le gouverneur n'osa s'y opposer et laissa les députés se réunir au château de Vizille où, le 22 juillet 1788, ils tinrent une séance fameuse de seize heures : sous l'influence de Mounier et de Barnave, noms qui n'allaient pas tarder à devenir célèbres, nobles, clergé, tiers état, s'accordèrent « pour refuser tout impôt nouveau, tant que les représentants des trois Ordres n'en auraient pas délibéré