HISTOIRE
quer à Guéret, dont les fortifications étaient solides; mais la ville d'Aliun fut sur le point d'être surprise et ne dut son salut qu'au coin âge de ses défenseurs et au sieur de Saint- Priest, gouverneur de la ville de Guéret, qui se mit à la poursuile des Calvinistes et trouva la mort dans cette expédition. Battus non loin d'Ahun, les protestants se réfugièrent dans Pontarion, où ils furent assiégés par le capitaine Mérigot et les sieurs Saint-Priest, de la Villeneuve, la Roclie-Aymon, de Charron, el, au bout de trois jours, durent mettre bas les armes (1588).
Aux désordres provoqués par la guerre religieuse, qui ne cessa de désoler la province même après l'avènement de Henri IV, vinrent se joindre les ravages occasionnés par l'insurrection redoutable dite des Croquants (1594). La ville de Crocq devint la principale citadelle de ces paysans, qui, pressurés par h fisc, réduits à la plus profonde misère, prenaient les armes pour ne pas mourir de faim.
Tandis que le sud de l.i province était désolé par ces révoltés, que le duc d'Épernon et Bern de Lavalelte ne devaient soumettre définitivement qu'en 1056, dans le nord et le centre du département les troubles de la Ligue ravivaient les haines religieuses. Guéret se déclarait pour la Ligue, et Foucaut de Saint-Germain qui, au nom du roi, tenait les principales villes fortes de la province, était oblige d'employer la force pour réduire ces nouveaux insurgés. Guéret n'ouvrit ses portes au grand prieur Charles d'Orléans que devant l'attitude résolue de ce général. Tandis qu'ils perdaient Guéret, les Ligueurs, commandés par le vicomte de la Guierche, échouaient devant Bellac, où devait s'arrêter Henri IV se rendant de Poiliers tà Limoges (1605), et qu'à l'époque de la Fronde le duc de Longueville devait vainement assiéger ; ils s'enfermaient ensuite dans Chénérailles et y soutenaient un siège qui dura près de huit mois.
Après la mort d'Henri IV, les proteslants ne furent pas trop ouvertement persécutés ; cependant ils furent obligés
plus d'une fois d'implorer la justice des « Grands-Jours », tenus à Poitiers en 1654.
Lors de la révocation de l'édit de Nantes, les persécutions recommencèrent : le lemple d'Aubusson fut démoli et transporté hors de la ville. Le marquis de Oeil, intendant de .Moulins (1685), fit exécuter avec rigueur les édits pris contre les protestants. Ces populations persécutées abandonnèrent la ville d'Aubusson, qui perdit ainsi ses plus riches, ses plus habiles fabricants, et ses ouvriers les plus adroits, que les Anglais s'empressaient de venir embaucher jusque dans les bourgs les plus reculés de la Marche. L'industrie si florissante des tapisseries fut à peu près ruinée à Aubusson et à Felletin; c'est seulement dans les premières années du dix-neuvième siècle que cette industrie commença à se relever.
Pendant le dix-huitième siècle, la province de la Marche atteignit un certain degré de prospérité sous l'administration paisible de ses intendants. Aucun événement digne d'être rappelé ne s'y produisit, et elle partagea avec le Limousin l'avantage d'avoir pour intendant un homme comme Turgot, qui y introduisit les réformes qu'il devait essayer plus tard, comme ministre de Louis XVI, d'appliquer à la France entière. Elle jouit en outre du privilège d'être exemptée de l'impôt du sel, ce qui permettait, à ses faux sauniers de faire entrer en contrebande de grandes quantités de sel dans le Berry et le Bourbonnais.
La Révolution de 1789, en abolissant les douanes intérieures, fit disparaître ces contrebandiers; et les réformes qu'elle introduisit dans le pays la fit accueillir par tous les habitants de la province avec la plus grande faveur. Pendant la période révolutionnaire aucun désordre, aucun conflit n'ensanglanta le département, et de nombreux volontaires se levèrent pour combattre les ennemis de la France et servirent avec honneur dans les armées de la Piépublique.
Grâce à sa situation, à son éloignement des frontières, la Creuse n'a pas eu à souffrir des invasions que la France doit