HISTOIRE
Limoges, ouvrirent l'ère des invasions de barbares qui, pendant plusieurs siècles, allaient se ruer sur l'empire romain expirant. En 412 les Wisigoths s'emparèrent de toute celte partie de la Gaule, dont ils ne furent dépossédés qu'en 507 parClovis. Le roi franc confia le gouvernement de l'Aquitaine à des comtes particuliers qui administrèrent cette province au nom de son fils Théodoric, auquel il venait de la donner en apanage. L'Aquitaine passa ensuite successivement au pouvoir de Gharibert, roi de Paris (561-567), de Cbildebert, roi de Metz (585-596), et enfin de Clotaire II. Bogis et Bertrand, qui en furent les premiers ducs héréditaires, relevaient, en cette qualité, du roi Dagobert 1er Les successeurs de ces ducs, Ilunald et Waïffre, engagèrent contre Charles Martel et Pépin une lutte terrible dont la Marche eut beaucoup à souffrir. Tour à tour envahie par les Sarrasins et par les Normands, cette province n'eut heureusement pas à subir les ravages des hordes hongroises, qui s'arrêtèrent sur sa frontière, se bornant à rançonner et à dévaster l'Aquitaine.
Varactum ou Garactum (Guéret) se formait à cette époque. Celte ville, qui devait être la capitale de la basse Marche, s'était peu à peu élevée autour du monastère probablement fondé vers l'année 720 par saint Pardulphe ou Pardoux. Ses premiers habitants furent pour la plupart ceux du Puy de Gaudy, chassés de leur ville par les barbares. En 752, une troupe de Sarrasins dispersés après la bataille de Poitiers, si l'on en croit la tradition, se fixait à Aubusson et y jetait ics premiers fondements des industries qui ont fait de cette ville la cité la plus commerçante du département.
La Marche qui, jusque vers le milieu du dixième siècle, avait dépendu du Limousin, en fut alors détachée par Guil'aumc Tête-d'Étoupes, duc d'Aquitaine. Boson-lc-Yieux (944), petitfils de Gcoffroi, premier comte de Charron x, fut le piemicr comte de la Marche. A sa mort, son comté fut divisé en deux autres; à la lête desquels furent placés ses deux fils puînés : Aldfbert, qui succéda à son père dans la partie haute delà Marche, et Boson II dans la partie basse, tandis que leur frère
aîné, Hélie Ipr, héritait du comté de Périgor .1. Aldebert ayant eu des démêlés avec Thibault, comte de Blois, assiégea la ville . de Tours. Hugues Capet, intervenant dans la lutte et prenant fait et cause pour Thibault, somma Aldebert de se retirer et lui adressa cette question hautaine : « Qui t'a fait comte? », à laquelle le comte de la Marche répondit fièrement : «Ceux qui t'ont fait roi », ou « qui l'a fait roi? » L'intervention de Hugues Capet ne fut pas favorable à son protégé : Aldebert s'empara de Tours, dont il fit cadeau à son allié Foulques le Bon, comte d'Anjou.
Coson II fut aussi intraitable que son frère : il guerroya contre Guillaume-le-Grand, duc d'Aquitaine, fut fait prisonlier, parvint à recouvrer sa liberté, s'enferma (997) dans le château de Bellac, où il se défendit vaillamment contre le duc d'Aquitaine et contre le roi Bobert. La même année, il fondait le moutier d'Ahun, célèbre abbaye de l'ordre de Cluny, dont les bâtiments claustraux et l'église subsistent encore.
Aldebert ayant, à la mort de son frère Hélie Ier, hérité du comté de Périgord, laissa cette province à Hélie 11, tandis que son autre fils, Bernard, eut les deux Marches en apanage. Les successeurs de Bernard furent Aldebert III, Boson III, Almodis, sœur du précédent, et son mari, Boger de Montgommery, Aldebert IV, ainsi que Eudes et Boson IV, fils d'Almodis, qui gouvernèrent conjointement la province, et se virent enlever par les seigneurs de Lusignan une partie importante de leurs possessions (1116-1143). Bernard II reçut en héritage de son père Aldebert le comté, amoindri par les usurpations des seigneurs de Lusignan, et son fils Aldebert V (1177) le céda à Henri II, roi d'Angleterre, moyennant la somme de 5,000 marcs d'argent. Geoffroi de Lusignan et ses frères, les plus proches héritiers d'Aldebert, n'acceptèrent pas cette aliénation, et Hugues IX de Lusignan, époux de Mathilde, comtesse d'Angoulème, héritière d'Aldebert, réunit sur sa iète le gouvernement de toute la province, que ses descendants conservèrent jusqu'en 1301. A cette époque, Hugues XIII la vendit à Philippe le Bel, et c'est en vain que
ɰlisc du Moulier-il'Ahun.
Gui, à la mort de son frère Hugues (1505), s'efforça de rentrer en possession de ce fief, dont le roi de France conserva la propriété. Érigé en pairie par Philippe le Long, en faveur de son frère Charles le Bel (1516), qui l'échangea avec Louis de Bourbon contre le comté de Clermont en Beauvaisis, il appartint jusqu'en 1455 aux membres de cette famille. A cette époque, Jacques 11 de Bourbon le transmit à son gendre, Bernard d'Armagnac. 11 fut ensuite confisqué par Louis XI, qui le lit ainsi passer des mains du célèbre Jacques d'Armagnac entre celles de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu (1477). Charles II, dauphin d'Auvergne, connétable de Bourbon, ayant épousé Suzanne, fille de Pierre de Bourbon, la Marche appartint à ce prince jusqu'à sa mort (1551), époque à laquelle elle fut confisquée par François 1er qui, en 1540, l'érigea en pairie au profit de Charles de France, son troi>ième fils. A la mort de ce prince, survenue en 1545, cette province fit définitivement partie du domaine de la couionne, bien que l'on voie plus tard les fils aînés des princes de Conti porter le titre de comte de la Marche.
L'histoire de cette province n'est pas riche en événements (jui aient eu une influence, même peu considérable, sur celle de notre pays. Les diverses familles seigneuriales qui l'ont possédé n'ont pas produit des hommes bien remarquables; car, si les Montgommery, les d'Armagnac et le connétable de Bourbon, cet illustre capitaine qui malheureusement prit les armes contre son pays, ont été comtes de la Marche, ils n'appartiennent pas exclusivement à cette province.
Les comtes de la iMarche, qui possédaient tous de grands fiefs, soit eu Normandie comme les Montgommery, soit en Saintongc, soit en Touraine, en Berry, comme les L'csignan. soit en Périgord comme les d'Armagnac, n'ont pas laissé, dans les villes de la haute et de la ba>se Marche de nombreuses traces de leur séjour. Cependant la ville de Guéret, dont le rôle historique est a sez effacé, possédait un vaste château élevé par un des comtes de Moiilgoinmery. Lorsque le cri des premiers croisés : « Dieu le veut », fut
Ml I
[oussé dans les montagnes de l'Auvergne, on l'entendit bientôt retentir dans les vallées de la Marche. L'infortuné Aldebert IV, prit ia croix pour oublier, en guerroyant contre les infidèles, des malheurs domestiques dont il avait eu connaissance à son retour d'Aquitaine, où il avait suivi le roi de France, qui avait pris fait et cause contre Richard d'Angleterre, dans la guerre que ce dernier soutenait contre ses frères, Henri et Geoffroy. Aldebert, en quittant la France pour n'y plus revenir, vendit, en passant, au célèbre monastère de Grandmont sou comté au roi d'Angleterre, vente qui, comme nous l'avons dit, ne fut pas exécutée, la maison de Lusignan ayant fait valoir les droits qu'elle avait sur cette province.
Le vicomte d'Aubusson, Ueynaud VII, partit aussi pour l'Orient.
Les vicomtes d'Aubusson, dont le premier (887) fut créé vicomte de la Marche parle roi Eudes, ont joué un rôle assez important dans cette province. Un d'entre eux, Ranulfe ou Rcynaud Ier, passa sa vie à piller les monastères, à rançonner ses vassaux et à guerroyer contre le sire de Comborn, qui lui disputait l'héritage laissé par Aymar, vicomte de Turenne. Ses fils, probablement pour racheter les crimes de leur père, comblèrent de libéralités l'abbaye de Bonlieu, et rétablirent le monastère de Rozeillc. Rcynaud VI fonda le monastère de Blessac, où furent inhumés les membres de sa famille. Rcynaud VII, à son retour de la troisième croisade, dut reconnaître (1226) la suprématie féodale de Hugues de Lusignan, comte de la Marche.
Il combattit ensuite dans l'armée que Simon de Montfort avait levée contre les Albigeois, et son successeur, Reynaud VII (1260), vendit sa vicomte au comte de la Marche, Hugues XI de Lusignan, dont les héritiers en conservèrent désormais la propriété.
Dans les dernières années du douzième siècle, le comté de la Marche fut traversé et ravagé par des bandes d'aventuriers connu sous les di\ers noms de Cottereaux, Routiers, qui se rendaient en Aquitaine pour se mettre à la solde des An-
5i CREUSE.
glais. Les communes de la Marche ne laissèrent pas ces bandes de pillards ravager impunément leur territoire. Leurs habitants s'unirent à la confrérie des Capuchons, organisée en 1185 au Puy-cii-Velay (V. la Géographie de la liante- Loire, par Ad. Joakne), dans le but d'exterminer ces hordes de Routiers, de Brabançons, qui désolaient le midi de la France; ils firent vaillamment leur devoir.
L'armée levée par les communes de la Marche rencontra les Routiers, commandés par un nommé Gabaran, non loin de la ville de Guéret (1185), et les tailla en pièces. Leur chef et un grand nombre de soldats furent pendus; un butin immense tomba entre les mains des vainqueurs. Les années qui suivirent ce glorieux fait d'armes furent troublées par la lutte de Philippe Auguste contre Jean Sans-Terre. Hugues le Brun, comte de la Marche, suivit d'abord la fortune du roi de France, et dut, lorsque les belligérants signèrent une courte trêve de deux ans, servir de garant à son allié, mais bientôt il embrassa la cause de Jean Sans-Terre, et son successeur, Hugues X, s'unit (1227) aux seigneurs qui, pendant la minorité du roi Louis IX, avaient pris les armes contre la régente, Blanche de Castille. Le même Hugues X, poussé par l'orgueil de sa femme, qui avait été reine d'Angleterre, refusa l'hommage à son suzerain immédiat, le comte Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis. Il appela à son aide le roi Henri II l d'Angleterre, fils de sa femme (1242) ; mais tous d'eux, vaincus par le roi de France à Taillebourg, implorèrent la paix, et le comte de la Marche obtint son pardon.
Ces tentatives de rébellion ne se repro luisirent pas pendant la période de la guerre de Cent ans. Cette province resta fidèle à la cause royale, qui était alors celle de la nation; et, après la bataille de Poitiers (1556), tandis que les Anglais s'emparaient des forteresses de Rridier, de Chamborand, de Chabannes, de Monteautiv, d'Aubusson, de Sermur, etc., la ville de la Souterraine leur résistait vaillamment et ne leur ouvrait ses portes que contrainte et forcée par le traité de Brétigny (1560).
La plupart des villes de la Marche jouissaient à celte époque, depuis près d'un siècle, des libertés communales que Guéret ne devait obtenir de Jacques II de Bourbon qu'en 1-406. Boussac fut affranchi plus tard encore (1427), par le maréchal de Brosse. i
Lorsque Charles Vil dut se rendre dans le Midi pour mettre fin à la révolte de la Praguerie à laquelle le Dauphin se trouvait mêlé, il fit un séjour de deux mois à Guéret, et c'est de là qu'il dirigea sur la ville de Chambon, occupée par des révoltes, ses troupes commandées par Xainlrailles et Bernard d'Armagnac. La ville fut prise et ses habitants durent à l'intervention du connétable Arthur de Richemont de n'être pas massacrés. Evaux ayant, comme Chambon, pris parti pour les rebelles, subit le même sort. Charles VII écrivit plusieurs fois de Guéret à la province du Dauphiné pour l'engager à ne pas embrasser la cause du Dauphin révolté. On voit encore dans cette ville la maison qui fut habitée par le roi de France; c'est un élégant édifice construit probablement sous Jacques II de Bourbon.
Sous Louis XI les trois États de la haute et de la basse Marche se réunirent à Guéret dans le but de s'entendre sur une imposition commune. C'est dans cette ville aussi que, sous Henri II, fut conclue la convention en vertu de laquelle le comté de la Marche était désormais affranchi de l'impôt du sel (1549).
La ville d'Aubusson devint une des principales forteresses de la Réforme. Si le massacre des protestants, le jour de la Saint-Barthélémy, ne fut pas exécuté dans la Marche, comme il le fut malheureusement sur maints autres points du royaume, cette province n'en fut pas moins victime du fanatisme religieux qui hantait les esprits à cette époque. La noblesse de la Marche, qui avait reçu l'ordre de veiller à la tranquillité publique, agit avec vigueur. Les troupes protestantes qui tentèrent de traverser ce territoire, et se risquèrent même à attaquer quelques-unes de ses forteresses, furent cnergiquement poursuivies. Cependant les protestants n'osèrent pas s'atta-