VI. — Histoire
Le territoire compris dans le département de la Drôme était occupé, avant notre ère, par plusieurs tribus ou nations distinctes, alliées des Allobroges ou des Yoconces. Au nord-
ouest s'étaient établis les Segalauni, avec Valence pour capitule, et leurs possessions s'étendaient, parallèlement au Rhône de Romans àMontéliniar. A l'ouest, au-dessous des Segalauni, les Tricastins possédaient Suinl-Paul-Trois-Châteaux, Pierrelaite, Donzère. Au sud, au centre et à l'est, ia nation puissante des Voconces possédait un vaste territoire qui avait Die pour capitale. Les Tricorii occupaient les montagnes du Buis et de Séderon; enfin les Vertacomicori et les Triulates, deux peuplades peu importantes, habitaient le nord-est du département.
L'an 218 avant Jésus-Christ, les Tricastins et les Voconces virent Annibal traverser leur territoire et ne s'opposèrent pas à son passage. Moins d'un siècle plus tard, les Romains pénétraient jusqu'au cœur du pays : les Voconces étaient défaits en 125, les Allobroges en 122 dans une vaste plaine voisine de Châteauneuf-de-Galaurc, et, l'année suivante, les bassins de la Drôme et de l'Isère étaient réunis à la province romaine, malgré les efforts da roi des Arvernes, Bituit, accouru au secours des vaincus
Sous la domination romaine s'ouvrit pour cette contrée une ère de prospérité. De nombreuses colonies peuplèrent les vallées, alors plus fertiles et moins ravagées que de nos jours. Saint- Paul-Trois-Châteaux, Âugusta Tricastinorum, capitale du pays Tricastin, était à cette époque une industrieuse cité où l'on fabriquait les miroirs en cuivre poli dont faisaient usage les Romains ; Nyons, mentionné, par Ptolémée sous le nom de Neomagus, était une- bourgade importante ; d'après Pline l'Ancien, la ville du Buis (Âppolinarum Âllebecriorum) avait été fondée ; Luc, Lucus Augùsti, était une ville municipale qui fut dépeuplée et presque détruite par Fabius Valens, général de Vitellius ; Die, Dea Augusta Vocontiorum, fut une cité importante, comme semblent l'indiquer les ruines romaines qu'on y voit encore ; Valence, Julia Valencia, était la résidence du proconsul du pays des Cavares ; Chabeuil est, croit-on, l'ancienne Cezeballiaca, où Julien l'Apostat recevait, en 555, le commandement d'une armée chargée de repousser les bar-
bares, dont l'invasion vint malheureusement mettre fin à cette prospérité croissante. •
Dès le deuxième siècle, le christianisme faisait des prosélytes à Valence; mais en 574 seulement, cette ville eut le privilège d'avoir un évêque, alors que Die depuis près d'un siècle avait été érigé en évêché.
A partir de cette époque, les invasions des barbares se succèdent sans interruption. Astaulpbe, roi des Yisigoths, s'empare de Valence où Jovinius et Sebastianus avaient pris la pourpre ; il fait décapiter ces prétendants à l'empire et envoie leurs têtes à Honorius, leur rival (412). Les Alains (450) remplacent les Visigoths, et ravagent tout le pays compris entre le Rhône et la Loire, qui leur avait été concédé par Aétius ; ils prennent Valence, mais les Burgundes seuls parviennent à s'y établir. Maîtres depuis longtemps déjà du bassin de la Saône, ils arrivent en 465 sur les bords de la Drôme , où leur autorité s'exerça librement jusqu'en 554, et même, sous la domination franque : le royaume des Burgondes conserva son administration particulière jusqu'en 752. Si Valence et les pays environnants durent au patrice Mummol d'échapper à une invasion des Lombards, ils furent pillés (757) par les Sarrasins; Valence, Saint-Paul-Trois-Chateaux furent livrés au pillage, et Corbus, le vingtième évêque de Grenoble, fuyant devant eux, se réfugia à Saint-Donat, l'ancien Jovinziacum, où avec les débris du temple de Jupiter il fit bâtir une église et élever un palais. Les pirates normands (860) descendent à leur tour la vallée du Rhône, pillent et incendient Valence et la plupart des villes de cette région.
Le territoire de la Drôme vit l'origine du second royaume de Bourgogne, dans le concile de Mantaille (879),. tenu dans un château qui dominait la Galaure. Dans la même vallée, à Albon, s'éleva un peu plus tard la famille d'Albon, qui, tandis que des lambeaux de ce royaume éphémère (Tricastin et Diois) passaient aux puissants comtes de Toulouse, se créa plus aii nord, un vaste domaine qui devint le Daupbiné. Le dernier Dauphin ayant, en 1549, cédé ses états au fils du