‹ Géographie du département de la DrômeChapitre 7 sur 20 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

roi de France, le reste du département fui peu de temps après rattaché à la Couronne et réuni administrativement à la nouvelle province. Mais cette union fut souvent troublée, et jusqu'à Louis XI l'autorité royale y fut souvent méconnue.

Ruines du château d'Albon.

Si, pendant les xie, xne et xme siècles, les populations n'eurent plusà souffrir des invasions, elles furentdécimécs par des guerres continuelles entre les seigneurs voisins, ou entre les comtes et les évoques, qui se disputaient la suprématie. Valence, qui

tantôt avait relevé des Dauphins du Viennois, tantôt des empereurs, tomba définitivement au pouvoir de ses évêques, auxquels l'empereur Frédéric Ier finit par la céder. Cette cession fut la source d'urte lutte constante entre les comtes du Valentinois et les évêques. A la faveur de ces luttes, Valence essaya plusieurs fois de recouvrer sa liberté; en 1229, elle parvint à établir un gouvernement démocratique ; mais bientôt , par l'entremise du sire Basset de Crussol, elle traita avec son évêque. Le premier comte du Valentinois fut Aymar, fils naturel de GuillaumelX, comte de Poitiers. Aymar VI (1345) , le sixième comte de Valentinois, céda le Diois et le Valentinois à son cousin Louis II de Poitiers, qui lui-même fit cession de ces comtés (1419) à Charles VII, encore Dauphin, pour la somme de 50,000 êcus d'or.

Le roi Louis XII fit présent à César Borgia du Valentinois (1498), dont Diane de Poitiers (1548) devint ensuite duchesse. Enfin le prince de Monaco, Honoré Grimaldi, reçut la pleine propriété de ce duché (1641), que Louis XIII transforma l'année suivante en duché-pairie.

Les luttes intestines qui désolaient Valence existaient auss dans les villes voisines.

La ville de Bomans, qui datait seulement du ixe siècle, qui, un siècle plus tard, était si florissante qu'elle expédiait ses produits dans les pays les plus reculés, et dont les coursd'amour devenaient célèbres, fut brûlée (1135) par le comte de Graisivaudan, qui guerroyait contre l'archevêque de Vienne. Cette ville, qui possédait une charte d'affranchissement, se fortifia, mais elle tomba bientôt au pouvoir du dauphin du Viennois, Humbert IL Les villes de Montélimar, Die, n'étaient pas plus heureuses. Montélimar, qui s'appelait Montilium (1040), appartenait aux seigneurs d'Adhémar d'où Monteil - Aimar. En 1164, un de ses comtes, Giraud-Adhémar, obtint de l'empereur Frédéric son indépendance, mais bientôt ces comtes furent dépouillés par Rodolphe" de Habsbourg, qui inféoda leurs possessions au Dauphin du Viennois ; les derniers seigneurs .de Montélimar s'étant démis en faveur du Saint-Siège et du Dau-

phin de France , la moitié de la ville appartint au Dauphin et l'autre au pape.

A Die, dès l'année 1030, l'évèquede Die et le comte de Diois se disputaient la suprématie; à la laveur de ces querelles, le peuple diois réclamait ses privilèges , se soulevait et massacrait l'évêque Humbert à l'une des portes de la cathédrale appelée depuis porte Rouge. Le pape Grégoire X, pour faire cesser le scandale de ces luttes épiscopales, réunit l'évêché de Die à celui de Valence, mais ne lit que donner naissance à de nouvelles luttes. Le Diois fut enfin réuni au Dauphiné en 1404.

Au moment où cette contrée, couverte de ruines par les invasions des Barbares, des Maures, des Normands, des Lombards, et ensanglantée par les querelles séculaires de ses évoques et de ses seigneurs, paraissait devoir jouir d'une ère de paix sous le sceptre des rois de France, une guerre des plus terribles était sur le point d'éclater. Les passions religieuses, renouvelant les horreurs commises par les barbares, allaient mettre à feu et à sang ces magnifiques vallées si fertiles et habitées par une population des plus industrieuses.

La ville de Valence, que François Ier avait fait fortifier et où il était venu s'établir pendant quelque temps pour surveiller Charles-Quint maître du Piémont, fut la première qui adhéra au protestantisme. La religion nouvelle était accueillie partout avec faveur. Parmi les seigneurs qui, dès son apparition, soutinrent la Réforme, nous signalerons : Dupuy de Montbrun, Albert Pape, Marius de Vesc, seigneur de Comps, Carita, de Condorcet , Nicaize ; Sauzet, Changy, Lesdiguières , etc. Le lieutenant général de la province, Maugiron, fut envoyé contre Valence pour arrêter les progrès du protestantisme. Les rigueurs qu'il exerça soulevèrent l'indignation publique, les protestants prirent les armes, la guerre civile commença. Les exigences de la politique à double face suivie par la reine mère l'amenèrent à confier au baron des Adrets, hardi capitaine qui devait s'illustrer par de sinistres exploits, la mission de soutenir les protestants ; mais déjà Dupuy de Montbrun avait remporté des avantages signalés contre les troupes du lieu-

56 MOME

tenant général de la province, la Motte-Gondrin, s'était emparé de Reilhanette (1546), de Pont-en-Royans et de diverses autres places fortes. Battu à Mollans, Montbrun passe la frontière. La Motte-Gondrin se montra encore plus impitoyable que Maugiron contre les réformés de Valence; mais ceux-ci, aidés par le baron des Adrets, surprirent la Motte-Gondrin et, après l'avoir massacré, pendirent son cadavre à la fenêtre de sa demeure.

Maugiron succéda à Gondrin comme lieutenant général, mais le baron des Adrets poursuivit le cours de ses succès. Les hardis capitaines Montbrun, qui était revenu de l'étranger, et Miribcl servaient sous ses ordres. Bientôt le baron de Gordes remplaça Maugiron, et la lutte continua avec des chances diverses.

La guerre civile, un instant interrompue, devint plus acharnée après le massacre de la Saint-Barthélémy ; cependant, grâce au lieutenant général de Gordes, les massacres en masse avaient pu être évités. Sept personnes furent égorgées à Romans, quelques autres à Valence, et dans plusieurs localités. A Montélimar, les magistrats emprisonnèrent les protestants pour les sauver ; mais les portes de la prison furent forcées par la foule à la férocité de laquelle pas une victime ne put échapper.

Dès lors, la guerre devint impitoyable. Livron fut assiégé trois fois par Gordes, puis par Henri III et le maréchal de Bellegarde. Lesdiguières étant parvenu à ravitailler la place en traversant le camp des assiégeants avec une poignée d'hommes, le siège fut levé définitivement.

Le redoutable Montbrun, battu plus tard par Gordes à Poutaix (1575) et fait prisonnier, fut condamné à mort et exécuté. Mais Lesdiguières soutint longtemps encore la lutte avec avantage ; aussi déterminé que Montbrun il s'empara d'un grand nombre de villes, et ne mit bas les armes que lorsque, grâce à Henri IV, la paix fut rendue à la France. Lesdiguières, qui s'était illustré par tant d'exploits, s'illustra plus encore alors en contribuant, squs Henri IV, par sa sage administration à pa-

Page 1