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PHYSIONOMIE GÉNÉRALE

marée basse, par la Saigue et le Tar. Des dunes stériles séparent de la mer le cours de ce dernier fleuve et le lac de la Mare de Bouillon qu'il traverse. Les falaises recommencent au rivage de Carolles, où la côte s'incline vers le sud-est pour former la baie du Mont-Saint-Michel. Cette baie, extrémité sud-est du golfe des îles normandes, pénètre au loin dans les terres à la naissance de la péninsule du Cotentin, et offre un des parages les plus curieux des mers françaises. A mer basse, elle a une superficie d'environ 250 kilomètres carrés ; elle ressemble alors à un lit de cendres blanchâtres, et son aspect est d'autant plus désolé que les collines du rivage, telles que celle d'Avranches (104 mètres), sont couvertes de cultures verdoyantes. Lors des marées d'équinoxe, le flot, exhaussé par les obstacles que lui offrent les côtes de la Bretagne et de la Normandie, l'archipel de Jersey et ses innombrables écueils, atteint, dans l'entonnoir terminal de la baie, une élévation verticale de 15 mètres. Lorsque la marée, plus rapide qu'un cheval au galop, remonte en écumant la pente presque insensible des plages de Saint-Michel, il lui suffit de quelques heures pour transformer toute la baie en une immense nappe d'eau grisâtre et pénétrer au loin dans les embouchures des rivières jusqu'au pied de la colline d'Avranches et des quais de Pontorson. Au reflux, les eaux se retirent avec la même rapidité jusqu'à 10 kilomètres du rivage, et laissent à nu la grande plage déserte que parcourent les deltas souterrains des ruisseaux tributaires en formant çà et là de perfides fondrières où les voyageurs imprudents risqueraient de s'engloutir. Au centre de la baie se dresse le noir Mont-Saint-Michel, haut de 122 mètres et couronné par les sombres murailles d'une abbaye gigantesque. A 2 kilomètres et demi au nord de Saint-Michel, s'élève un autre rocher, celui de Tombelaine (140 mètres d'altitude). Un troisième monticule, leMont-Dol, s'élève au milieu de la côte du département d'Ille-et-Vilaine. Ces trois rochers sont les débris d'une terre qui réunissait autrefois les côtes de la Bretagne à celles du Cotentin. Si l'on en croit les légendes, Tîle de Jersey et les rochers voisins

faisaient encore |)artie du conlineiil peu de temps avant l'ère historique. Selon quelques savants, la baie de Saint-Michel n'existait pas à l'époque romaine. La surface qu'elle recouvre aujourd'hui était encore au septième siècle une plaine couverte de forets. Cliaqiie année, on déterre, dans les grèves de Saint-Michel et de Granville, des arbres de toute espèce, et principalement des chênes, qui ont conservé jusqu'à leur écorce, et quelques-uns même leurs feuilles. Ce sont les témoins irrécusables de Texistence de l'ancienne forêt de Scissy. Graduellement entamée par le flot, elle disparut en entier lors de la fotale marée de l'an 709.

Du reste, en beaucoup d'autres endroits, le profil de la côte a été modifié par de formidables marées qui se heurtent diversement, suivant l'interférence des ondes. Sur certains points, dit M. Elisée Reclus, h les flieurs ou fleurs^ — tel est le nom des baies profondes, dérivé du mot fjord des Scandinaves, — ont été comblés par les débris. Les promontoires qui se dressent aux extrémités de la presqu'île ne sont que les squelettes de terres jadis plus étendues. L'île d'Aurigny tenait au Nez-de- Jobourg antérieurement à l'histoire; de même, sur la rive orientale, les îles Saint-Marcouf continuaient au sud la saillie qui se termine actuellement au cap de la Hougue. )) Les îles Chausey , à une époque relativement peu éloignée de nous, au treizième siècle, n'étaient point à la distatice qu'elles sont aujourd'hui du continent. Englobant dans leurs intervalles de vastes marais, elles constituaient une chaîne rocheuse, qui avec les Minquiers, au nord, et d'autres îlots, au sud, protégeait contre les invasions de la mer les terres basses de la baie actuelle de Cancale. Près de Regnéville, le promontoire de la Pointe d'Agon ne s'est formé que depuis 250 ans. Pendant (jue cet atterrissement s'avance vers le sud, il est entamé à l'ouest, et la mer est plus profonde sur les rocliers voisins du rivage qu'elle ne l'était autrefois.

A l'embouchure du Couesnon, dans la vaste baie du Mont- Saint-Michel, commencent les côtes du département d'Ille-et- Vilaine.

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