‹ Géographie du département de la MarneChapitre 3 sur 15 · IV. — Climat · texte numérisé non relu

IV. — Climat

Par sa latitude (49^ degré), le département de la Marne appartient essentiellement à la zone tempérée, et même à la zone tempérée froide, car elle est un peu plus près du Pôle que de l'Equateur.

On divise la France en sept climats : le vosgien (à Épinal, à Mézières), le séquanien (à Paris), le breton (à Brest), le girondin (de Nantes à Rayonne), Y auvergnat (à Limoges, à Saint-Flour, au Puy), le rhodanien (à Dijon, à Lyon) et le méditerranéen (de Port-Vendres à la frontière d'Italie). De ces sept climats, le séquanien est celui de la Marne : il doit son nom à la Seine, en latin Sequana, qui est la principale rivière de la région où il règne.

Grâce aux influences de la mer, qui a le privilège d'égaliser, d'adoucir les températures, le climat séquanien, et par cela mêmie, le climat de la Marne, est moins froid que ne le comporterait la latitude. Les climats dits maritimes, comme le séquanien, le breton, le girondin, le méditerranéen, sont beaucoup plus tempérés que les climats dits continentaux y comme l'auvergnat, le rhodanien, le vosgien. D'autre part, le département est peu élevé au-dessus du niveau de la mer, et plus l'altitude d'un pays est forte, plus les froids y sont vifs, plus les changements de température y sont brusques.

Le climat séquanien a en moyenne des hivers assez doux (toutes exceptions à part, comme le terrible hiver de 1879- 1880), des printemps variables, des étés chauds, de fort beaux automnes. 11 est rare que le thermomètre y dépasse 35 degrés, rare également qu'il descende au-dessous de 15 ou 17 audessous de zéro (mais, dans le mémorable hiver de 1870-1871, on a noté — 25 à oO degrés). La moyenne annuelle de Châlons est de 10«5, celle de Paris étant de 10^6 à 10^7.

La hauteur des pluies est de 59 centimètres à Châlons, 66 à Sainte-Ménehould, 78 à Montmort, — la moyenne de la France étant de 77 centimètres. — A Châlons, le nombre annuel des jours de pluie est de 135.

\. — Curiosités naturelles.

Sauf d'abondantes sources, sauf quelques ravins pittoresques, le département de la Marne ne possède pas de curiosités naturelles. On ne cite guère que le ruisseau de Trépail, qui fait mouvoir un moulin après un parcours souterrain de 2,400 mètres. Mais on rencontre de jolis paysages, de jolis points de vue dans les diverses a Montagnes )> du pays. Montagne de Reims, Montagne de Saint-Thierry, Montagne de Vertus, Montagne de Sézanne, Argonnc, forêt de Trois-f ontaines, etc.

Le pays qui forme aujourd'hui le département de la Marne a été primitivement occupé par un des peuples les plus importants de la Gaule, les Rémois ou Rentes, Ce peuple faisait partie de la grande famille des Belges. Il ten.iit, au dire de César, la seconde place dans la Gaule par sa puissance et ses richesses. Les Rémois avaient des premiers noué des relations avec les Romains et s'étaient placés, dès l'arrivée de César, sous sa protection. Leur cavalerie, en l'année 54, joue un rôle actif dans la lutte contre le Trévire ludutiomare; ils prirent aussi le rôle d'arbitres, et implorèrent la clémence de César en faveur de quelques peuples. Ainsi les Carnutes ob-

tinrent une première fois leur grâce par l'entremise des Rémois, dont ils étaient les clients. Ce fut dans la principale ville des iiémois, h Dur ocoi^toimm (Reims), que César assembla les députés des cités gauloises pour juger les instigateurs du soulèvement des Sénons et des Carnutes : ce fut là qu'il rendit des arrêts dont la rigueur ne contribua pas peu à provoquer le soulèvement général de l'année 52 av. J.-C. Mais les Rémois ne prirent aucune part à cette insurrection et, toujours dévoués aux Romains, ils les aidèrent à étouffer, après la chute d'Alesia, toutes les tentatives de révolte.

Cette rare et constante fidélité devait attirer sur la cité des Rémois la faveur et les bienfaits des empereurs romains. Aussi la ville de Reims ne tarda-t-elle pas à être ornée de nombreux monuments dont les débris attestent la splendeur. D'ailleurs sept voies romaines au moins se croisaient à Reims et mettaient la cité en communication directe avec toutes les parties de la Gaule.

Au milieu de l'anarchie qui suivit le siècle des Antonins, la Gaule se trouva presque séparée de l'Empire. Plusieurs généraux se donnèrent le titre d'empereurs, et la Gaule paraissait destinée à recouvrer son indépendance. Mais ces tentatives échouèrent, grâce à l'énergie et à l'activité des maîtres nouveaux de Rome, des empereurs dits illyriens, qui parvinrent à rétablir l'unité compromise du monde romain. Elles échouèrent aussi grâce à lu faiblesse du dernier de ces prétendus empereurs gaulois, Tetricus, qui trahit sa propre cause et livra sa propre armée. En effet, Aurélien, vainqueur de l'Orient, s'étant. avancé en Gaule (275) pour réduire ce pays, Tetricus, tout en marchant contre lui avec ses troupes, négociait. Les deux armées se rencontrèrent dans la vaste plaine de Châlonssur-Marne. Tetricus, d'intelligence avec Aurélien qu'il semblait vouloir combattre, se porta en avant avec ses plus fidèles compagnons, se fit couper et envelopper par l'ennemi tandis que ses légions combattaient avec acharnement. Les légions gauloises furent rompues, mais leur indigne chef Tetricus ne recueillit de sa trahison que la honte d'orner le triomphe

d'Anrélien et de vivre ensuite de Targent qu'il avait reçu.

Sous Aurélien, la religion chrétienne s'introduisit dans les cités de la Champagne. Jovinus, consul rémois, dont le cénotaphe orne aujourd'hui le musée, fut un des magistrats dont la conversion (566) acheva le triomphe du nouveau culte. Reims, d'ailleurs, métropole de la seconde Belgique, ne devait pas tarder à devenir le siège d'un archevêché.

Dès la fin du troisième siècle, les plaines de la Gliampagne furent envahies par les barbares. Toute la vigueur de Probiis fut nécessaire pour arrêter cette première invasion. Probus d'ailleurs, en accordant aux Gaulois la liberté de replanter les vignes arrachées par l'ordre de Domilien, préparait pour la Champagne une nouvelle source de richesses qui devait plus tard aider à réparer les maux des invasions.

Au milieu du quatrième siècle, il fallut encore un habile général, Julien, pour refouler l'invasion germanique, de plus en plus menaçante. Julien repoussa les Francs des plaines de la Champagne (356) et fit une savante campagne qui lui valut l'estime des légions et ne contribua pas peu à le faire proclamer empereur à Lutèce en 560. Reims avait été le quartier général de Julien, et un habile guerrier, sorti de ses murs, Jovin, continua, après la mort de l'empereur, à repousser les barbares, qu'il défit dans une nouvelle bataille de Châlons (566j. Enfin, en l'année 406, le torrent, longtemps contenu, déborda. Une horde innombrable, composée de Vandales, de Suèves, d'Alains, de Rurgondes, traversa le Rhin. Les plus riches cités de la Gaule furent dévastées, et Reims eut à subir les déprédations des Vandales, qui massacrèrent l'évêque iSicasius (Nicaise) sur le seuil de son église.

Mais ce n'était rien encore auprès de la nuée terrible qui se précipita en 451 sur la Gaule, la nuée des Huns. Attila inonda bientôt de ses hordes farouches les plaines de la Champagne. Le fléau de Dieu passa ; mais Orléans lui ayant barré la route, les peuples de la Gaule, Francs, Rurgondes, Wisigoths, accoururent à sa rencontre avec le général romain Aétius ; Attila recula et les plaines de la Champagne lui parurent le champ

de bataille le pins propice pour recevoir le choc des coalisés. Ce terrible choc, l'un des plus horribles que raconte l'histoire, eut-il lieu près de Ghâlons-sur-Marne comme on l'a cru longtemps^ ou dans les plaines plus voisines de Troyes ? Faut-il bien entendre par les campi catalauni (les champs catalauniques) les plaines voisines de la cité des Catalaunes ? C'est un problème que les archéologues n'ont pu résoudre.

A cette époque si troublée, si malheureuse, une des sept filles d'un des personnages les plus considérables de la Champagne, nommée Manehildis^ se dévoua pour soigner les habitants de Ghâteau-sur-Aisne, que décimaient chaque année des épidémies causées par des marais d'où s'exhalaient des miasmes délétères. Sa charité et son zèle la rendirent populaire, et son nom demeura attaché à la ville : Sainte-Ménehould. Vers le môme temps vivait saint Alpin, qui vit aussi, dans ses dernières années, arriver (459) au siège métropolitain de Reims, le jeune Rémi {Remigius)^ à peine âgé de 22 ans, et dont l'épiscopat est peut-être le plus long que mentionne l'histoire (74 ans). Rémi, sorti d'une des familles les plus honorables, ne tarda pas à conquérir une renommée qui se répandit dans toute la Gaule, et devait exercer bientôt un grand ascendant sur les nouveaux maîtres du pays, les Francs.

Les Francs, en effet, s'avançaient pas à pas, mais leurs conquêtes, lentes, étaient sûres. En 481, un chef jeune, ardent, Clovis, les entraîna plus rapidement. En une seule bataille, il détruisit ce qui restait en Gaule de troupes romaines, et la victoire de Soissons (486) le rendit maître du Soissonnais et d'une partie de la Champagne. Les Francs ayant pillé la ville de Reims, Tévêque réclama un vase précieux que le roi voulut lui faire rendre. Un soldat furieux brisa le vase, m lis il fut tué l'année suivante par Clovis. Le roi des Francs ménageait les évèques et entretint dès lors avec saint Rémi des relations que rendit plus actives son mariage avec une princesse chrétienne, Clotilde. Rémi instruisit Clovis, déjà préparé à une conversion par l'influence de Clotilde 'et par la victoire de Tolbiac. Le roi des Francs reçut le baptême

dans l'église de Reims, des mains de l'évêque, et le siège épiscopal de Reims reçut de cette circonstance un lustre qui devait lui assurer pour Tavenir un rôle prépondérant dans l'histoire de la monarchie (496).

Lorsque les fils de Clovis se partagèrent (511) la Gaule, les territoires de Chàlons et de Reims furent donnés à Thierry,

K^lise Saint-Remi, à Reims {V. p. 74).

roi de Metz. A ce moment, l'ancienne ville de Perthes devint aussi la capitale d'un petit état donné à Mundéric, bâtard de (Clovis. Mundéric, voulant agrandir cet état, se révolta contre Thierry. Assiégé dans la ville de Vitry-en-Perthois, il opposa d abord la plus vive résistance : mais, trompé par un des

leudes de Thierry qui \int lui faire des propositions pacifiques, il sortit, fut pris et massacré. Le Perthois fut alors complètement réuni au royaume de Thierry, royaume qui, sous les fils de Clolaire, forma le royaume de l'Est ou TAustrasie.

Sigebert, fils de Clotaire P% devenu roi d'Austrasie, établit souvent sa résidence à Reims. Sa rivalité avec Ghilpéric, roi de Neustrie, amena de fréquents ravages dans les pays de Reims, de Châlons, de Sainte-Ménehould. Ces villes furent prises et reprises par les deux rivaux. Sigebert, vainqueur à la fin, repoussa Ghilpéric, envahit la Neustrie, mais périt assassiné en Artois (575). Sa veuve, Brunehaut, gouverna alors TAustrasie au nom de son jeune fils Childebert et essaya de faire revivre les traditions romaines. Son souvenir est resté profondément empreint dans l'esprit des populations, qui montrent encore des chaussées, des tours, des châteaux dits de Brunehaut. Elle fut assistée dans cette œuvre, qui lui fit encourir la haine des leudes austrosiens, par le duc Lupus, guerrier jurisconsulte, qui représentait l'esprit romain dans un pays devenu, depuis la grande invasion, de plus en plus germain. Malgré les guerres presque continuelles que fil naître ou qu'entretint Tanimosité de Brunehaut contre Frédégonde, malgré les disettes et la peste, le pays se défrichait, grâce à l'activité des moines qui fondaient des abbayes entourées de fermes et remettaient en honneur le travail agricole : abbayes d'Hautvillers , d'Avenay, etc. Les évêques, de leur côté, prenaient un ascendant de jour en jour plus considérable ; ceux de Reims et de Châlons devinrent peu à peu, sous les Mérovingiens, les véritables maîtres de la contrée.

En Austrasie cependant s'élevait une famille puissante, celle des Pépins. Une succession de grands hommes. Pépin d'Héristal, Charles Martel, Pépin le Bref, amena le changement de 752, qui n'était en réalité que la proclamation d'un fait accompli. Pépm prit le titre de roi comme il en avait l'autorité et écarta le dernier Mérovingien, qu'il renferma dans un monastère. Pépin le Bref résidait souvent en Champagne, à Ponthion, où il reçut, en 754, le pape Etienne II, qui venait

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solliciter le secours du nouveau roi contre les Lombards.

Louis le Débonnaire fut sacré à Reims par le pape Etienne IV, et l'ascendant qu'il laissa prendre aux évêques lui devint funeste. En effet, Tarcbevêque de Ueims, Ebbon, ne tarda pas à se déclarer contre lui en faveur de ses fils révoltés : il employa contre l'empereur l'autorité qu'il lui devait et présida l'assemblée des prélats qui imposèrent au malheureux prince une humiliante dégradation dans Téglise de Saint-Médard de Soissons (855). Les peuples indignés réagirent cependant contre cette injure faite à un père par ses enfants et contre cette subordination d'un empereur à des évêques intrigants. L'archevêque de Reims, un des principaux auteurs de cette révolution, fut déposé, et l'empereur rétabli sur le trône.

Quelques années après la mort de Louis le Débonnaire, fut promu au siège de Renns un homme qui devait l'illustrer, Hincmar, déjà célèbre par sa science et ses vertus (845). Pendant le règne de Charles le Chauve, l'archevêque de Reims, mêlé à toutes les querelles politiques ou religieuses, cherche à fortifier le principe d'autorité qui va sans cesse s'afiaiblissant, à mesure que grandissent les seigneurs et que s'organise le système féodal. Non-seulement Charles ne peut arrêter la décomposition intérieure de son royaume, mais il doit repousser les attaques de son frère Louis le Germanique. Celui-ci, soutenu par un grand nombre d'évêques et de seigneurs, se fit proclamer roi à Ponthion (858). Charles accourut, traversa Chàlons, mais, abandonné bientôt par ses troupes, il dut s'enfuir en Rourgogne. Louis le Germanique revint alors à Vitry, puis à Ponthion, alla se faire sacrer à Sens, mais ne tarda pas à s'enfuir à son tour. Charles avait retrouvé une armée, tn faisant de nouvelles concessions aux seigneurs ; il reprit les villes de la Champagne et convoqua un concile à Ponthion (866), qui confirma son élection au trône de France.

A ces troubles vinrent s'ajouter les ravages des Normands, qui, par l'Aisne et par la Meuse, pénétrèrent jusque dans la Champagne, si éloignée pourtant de la mer. Toutefois ils

n'osèrent attaquer les villes fermées, et leurs bandes se contentèrent de piller les villages et les abbayes.

Ces ravages contribuèrent à favoriser les usurpations des seigneurs, et la Champagne vit bientôt se former, dans son voisinage, une puissance redoutable, celle des comtes de Vermandois. Herbert de Vermandois voulait soumettre la Champagne, une des dernières provinces où la famille carlo- ' vingienne trouvait un appui. Charles le Simple, en effet, avait été couronné à Reims, en 893, alors qu'Eudes, comte de Paris régnait déjà depuis 887. Dans la longue lutte qui s'engagea, l'archevêché de Reims soutint la cause des succès seurs de Charlemagne. Mais les seigneurs n'entendaient pas laisser cette grande force aux princes qu'ils voulaient dépouiller. Aussi chaque élection au siège de Reims devenait-elle une source de luttes entre les deux partis. Cette querelle s'étendit, et Louis IV d'Outre-Mer implora contre les seigneurs l'appui du roi de Germanie, Otton P"*. Celui-ci, en 946, passa la Meuse et se dirigea sur la Marne avec Louis d'Outre-Mer. Hugues le Grand, le chef du parti féodal, se prépara à la lutte, mais ne put empêcher Otton d'entrer à Reims. Le roi de Germanie s'avança jusqu'en Normandie, toutefois il fut obligé de retourner bientôt en Allemagne, n'ayant rendu à Louis d'Outre-Mer que Reims, où ce prince mourut en 954.

Hugues le Grand, qui avait déjà couronné Louis IV d'Outre- Mer, aurait pu encore cette fois prendre pour lui le sceptre : il préféra le donner au fils de Louis, à Lothaire. Celui-ci, tout en continuant de lutter contre les grands vassaux, ne suivit pas la même politique que son père à l'égard de l'Allemagne. Au contraire, il essaya de reconquérir les vallées de laMoselle et du Rhin, berceau de sa famille. Aussi le roi de Germanie, Otton H, envahit-il de nouveau la France et ravagea la Champagne, en marchant sur Paris. Le rôle des archevêques de Reims ne fut plus à cette époque aussi franc et aussi net. Adalbéron, l'un des plus savants prélats, et son conseiller, le moine Gerbert, appuyèrent d'abord le roi Lothaire, puis se

tournèrent contre lui. Leurs relations avec le roi Otton II, à la cour duquel Gerbert alla montrer sa vaste érudition, les éloignèrent de la famille carlovingienne. Le roi Lothaire étant mort en 986 et ayant été inhumé à Reims, son fils Louis Y reprit les projets de vengeance qu'avait conçus Lothaire contre Adalbéron. Il avait réuni une assemblée pour le faire déposer, lorsqu'il mourut en 987. Alors Adalbéron mit toute son influence au service de Hugues Capet. Ce fut lui qui dirigea la révolution à la suite de laquelle les Capétiens remplacèrent définitivement les Carlovingiens . L'ÉgUse de Reims, longtemps le plus ferme appui desCarlovingiens, les abandonnait ; c'était le dernier coup, et cette conversion opportune allait assurer, auprès de la nouvelle dynastie, le maintien de la prééminence qu'entendaient conserver les métropolitains de Reims. Hugues Capet, proclamé à Senlis, se fit, il est vrai, couronner à Noyon, mais la catbédrale de Reims devait être, durant toute l'ancienne monarchie, la ville du sacre.

Du reste, sous Adalbéron, Reims vit se fonder des écoles où Gerbert enseignait les arts libéraux et particulièrement la dialectique, la rhétorique, la géométrie, l'astronomie, la musique, la philosophie, la physique. Après la mort d'Adalbéron, en 988, ce fut un membre de la famille carlovingienne, Arnulf, que Hugues Capet éleva au siège de Reims ; mais Arnulf vit se former contre lui une redoutable opposition. Gerbert remplaça Arnulf, et ce savant docteur put continuer les travaux qu'il avait commencés au temps d' Adalbéron. Toutefois son élection parut illégale au pape Jean XVI, qui protesta contre la déposition d'Arnulf. Gerbert céda et n'y perdit point, car il devint pape sous le nom de Sylvestre II, et réintégra lui-même son adversaire Arnulf sur le siège de Reims.

La cité de Chàlons devait aussi son importance à ses évêques, qui devinrent bientôt ses maîtres. Dès le règne de Lothaire, l'indépendance de Châlons avait été reconnue, et son évêque, comme l'archevêque de Reims, était devenu un des principaux seigneurs ecclésiastiques du royaume. Au-dessus cependant des seigneurs ecclésiastiques et laïques qui se

partageaient la Champagne, s'éleva une maison qui domina la province entière. Après les comtes de la maison de Vermandois, Eudes, comte de Blois, inaugura une seconde maison (1019) plus célèbre que la première. Elle fut successivement représentée, après Eudes, par : Etienne II, qui lutta souvent contre le roi de France Henri P*"; Thibault /"% qui prit le titre ancien de palatin ; Henri, dit Etienne, qui prit part à la première croisade. Son frère, Hugues I^^, lui succéda, et partant pour la Terre-Sainte sans esprit de retour, vendit le comté de Champagne à son neveu Thibault IL

L'archevêque de Reims et Tévêque de Châlons ne reconnaissaient pourtant que l'autorité royale et s'en fortifiaient, Reims, sous le règne de Louis \I (le Gros), fut indiqué comme le rendez-vous de l'armée que le roi rassemblait contre l'empereur Henri Y d'Allemagne. Cette armée fut si nombreuse (( qu'on eût dit des nuées de sauterelles (1124) », et devant cette manifestation éclatante du sentiment national, Henri V jugea prudent de se retirer sans combattre. Quelques années plus tard, Reims se constituait en commune et obtenait du roi Louis VII (1139) une charte qui malheureusement n'était pas une garantie de sécurité, car les bourgeois de Reims eurent sans cesse à lutter contre leurs archevêques pour la défense de leurs libertés, et cette commune eut une existence non moins orageuse que celle de Laon.

Cependant le comte Thibault II ne se montra pas docile à l'égard du fils de Louis VI, Louis VU, le Jeune. Le roi vint assiéger (1142) la place de Vitry-en-Perthois. 11 enleva la ville d'assaut, ordonna d'y mettre le feu, et, suivant des récits contestés, il aurait fait périr treize cents personnes réfugiées dans l'église. En 1152, Henri le Large succéda à Thibault le Grand et mérita son surnom par ses libéralités. Henri //, devenu comte en 1180, accompagna Philippe Auguste en Terre-Sainte, y demeura après le départ du roi et, grâce à Richard Cœur-de-Lion, devint roi de Jérusalem. Il fut remplacé en Champagne par son frère Thibault III, auquel succéda le lèbre Thibault IV.

(Jatliédi^alc de Reims (F. p. 72).

Thibault devait ses vertus et ses talents à Blanclie d( Navarre, sa mère. Cette princesse, régente au nom de soi fils, avait mis tous ses soins à lui donner une brillante édu cation, en même temps qu'elle avait régi ses domaines ave sagesse. Elle constitua la commune de Sainte-Ménehouli (1202) et accorda des chartes d'affranchissement à plusieur villages. Aussi les seigneurs suivirent-ils son exemple, et 1 liberté se constitua en se développant, en même temps que li prospérité renaissait. Blanche avait envoyé son fils à la cou de France, et là le jeune homme, frappé de la beauté et de mérites de la reine Blanche de Castille, lui voua dès lors uiTf amour qu'il exprima bientôt en vers passionnés. Thibault excita ainsi le mécontentement de Louis YIII, que cependant il accompagna au siège d'Avignon. Mais Thibault, avec ses troupes , quitta l'armée et regagna la Champagne. Louis VIII ; voulait venger cette injure lorsqu'il mourut à Montpensier , en Auvergne (1226), et des bruits calomnieux coururent même sur la cause de cette mort, injustement attribuée à Thibault.

Celui-ci se trouvait donc déjà en révolte presque ouverte contre l'autorité royale, et les barons espérèrent qu'il serait leur chef dans la ligue formée par eux pour abaisser cette autorité. Blanche de Castille avait pris la régence au nom de son jeune fils, Louis IX, mineur, et l'occasion paraissait favorable aux seigneurs, puisque Blanche était sans appui, n'ayant ni parents ni amis au royaume de France. Mais Blanche se servit de l'empire qu'elle exerçait sur l'esprit et le cœur de Thibault. Le comte de Champagne, devenu le soutien de la royauté, déconcerta les projets des conjurés. Ceux-ci irrités se jetèrent sur la Champagne ; la régente protégea à son tour celui qui l'avait défendue. Bientôt les préoccupations de Thibault et de sa maison se portèrent vers les Pyrénées : le comte de Champagne hérita du royaume de Navarre et alla se faire couronner à Pampelune. Il mourut en 1255, laissant une renommée durable à cause de ses poésies, qui l'ont placé à la tête de nos vieux trouvères.

Avec lui finit en réalité la maison de Champagne. Thibault V meurt en 1270 à 1^ croisade de Tunis. Son frère, Henri III, lui succède et disparaît presque aussitôt, ne laissant qu'une fille, Jeanne de Navarre. Cette princesse ayant épousé Phihppe de France, fils du roi Philippe le Hardi (1284), la Champagne se trouva, en 1285, réunie à la Couronne par ravénement au trône de l'époux de Jeanne, Philippe le Bel. Jeanne et Philippe furent couronnés à Reims en 1286, puis à Pampelune, en 1288. Le roi de Fiance devenait ainsi roi de Navarre ; toutefois, cette dernière province devait être presque aussitôt détachée que réunie. Mais la Champagne, si voisine de r Ile-de-France, resta française.

Les malheurs de la guerre de Cent-Ans devaient se faire sentir vivement en Champagne, car cette province, par sa situation, était une des plus convoitées des Anglais. Aussi, lorsque les premières batailles de Crécy (1546) et de Poitiers (1556) eurent facilité à Edouard III l'accès du pays et lui eurent livré le Nord et l'Ouest, les Anglais s'avancèrent dans la région orientale. Un fameux chef anglais, Robert Knolles, se signala surtout par les ravages qu'il exerça dans le Rémois et dans la Brie. La Champagne demeura pendant quelques années au pouvoir des bandes d'aventuriers qui profitaient de la guerre pour vivre à discrétion sur le pays. Eustache d'Aubercicourt appelait même la Champagne « leur chambre ». Survint ensuite une invasion régulière des Anglais (1560). Edouard III, pour contraindre les Français à accepter les conditions inexorables qu'il voulait imposer au roi Jean, captif à Londres, avait débarqué à Calais avec une nouvelle armée. S'étant dirigé vers l'est, il mit successivement le siège devant Reims et Châlons. Ces places étaient bien gardées : les Français évitaient les batailles; l'armée anglaise ravagea le pays , mais ne put s'établir nulle part, et Edouard III consentit enfin à retirer quelques-unes de ses prétentions, à la paix de Brétigny (1560). 11 fallut cependant le règne répalateur de Charles V pour délivrer le pays des Grandes Comjagnics, et encore même pendant ce règne, les Anglais,

conduits par les ducs de Lancastre et de Buckingham, reparurent plusieurs fois en CBampagne. Mais ils trouvèrent encore les villes de Reims et de Ghâlons bien fermées : il^ rôdèrent impuissants autour de ces places et, comme leur itinéraire était peu varié, ils traversaient des contrées déjà désolées où le plus souvent ils manquaient de vivres. « En 1373, les Anglais, dit Froissart, eurent plusieurs disettes de vivres, et en l'hiver de grandes froidures. » Leurs armées se retirèrent, semblables à ces inondations qui ravagent les campagnes, puis les rendent aux laboureurs dont le travail répare les pertes.

La folie de Charles VI, la rivalité du duc d'Orléans et du duc de Bourgogne, qui donna naissance aux factions des Armagnacs et des Bourguignons, vinrent bientôt fournir aux Anglais une occasion inespérée de regagner ce qu'ils avaient perdu. Dans cette seconde période de la guerre de Gent-ans, le duc de Bourgogne se rendit maître de la Champagne ; et, lorsque le duc Jean Sans-Peur eut été assassiné au pont de Montereau, Philippe le Bon livra cette province aux Anglais, qui, du reste, après le honteux traité de Troyes (1 420) , furent maîtres du roi et de la capitale. Henri V épousait Catherine de France, et la reine Isabeau de Bavière, déshéritant son fils Charles, livrait au prince anglais sa fille et le royaume. Le comte de Salisbury reçut du roi anglais le gouvernement de la Champagne et s'empara des places qui essayaient encore de résister, entre autres de Vertus.

Cependant grandissait à l'extrémité de la Champagne, sur les limites de cette province et de la Lorraine, Jeanne d'Arc, qui (levait rendre cœur et confiance aux soldats, au roi luimême, et accomplir cette délivrance merveilleuse dont l'exemple est unique dans l'histoire. Jeanne d'Arc ayant forcé les Anglais à lever le siège d'Orléans (8 mai li'iQ), entraîna le roi Charles Vil vers la Champagne. Là était Reims, la ville du sacre, là le roi devait recevoir la couronne et revendiquer hautement ses droits et sa légitimité méconnue. L'armée française se dirigea donc par Auxerre et Saint-

Florentin sur Troyes, puis sur Châlons. Le peuple de Châlonsse porta joyeusement au devant de la Pncelle, qui retrouva dans cette ville quelques-uns de ses compatriotes de Domremy, accourus de leur village pour la voir. L'armée, se hâtant ensuite de gagner Reims, arriva devant cette ville le 16 juillet. Le gouverneur bourguignon, le sire de Gliâtillon-sur-Marne, cherchait à exciter les habitants à la résistance, mais leurs dispositions étaient telles qu'il se vit obligé de quitter la place. Les bourgeois envoyèrent à Charles VII les clefs de leur ville, et l'archevêque Regnaud de Chartres, qui n'avait pu encore prendre possession de son siège, entra dans Reims le 1(3 juillet. Le soir même, Charles VU fit son entrée solennelle à la tête de son armée. Dans la nuit, les préparatifs du sacre furent terminés, et, le lendemain (17 juillet), la cathédrale de Reims vit se renouveler les cérémonies traditionnelles qui empruntaient cette fois aux ' circonstances une grandeur exceptionnelle, car c'était la reconnaissance par le pays de sou roi national, et comme la consécration de l'indépendance de la France. Au pied de l'autel se tenait Jeanne d'Arc, ayant à la main son étendard qui, disait-elle plus tard, « après avoir été à la peine, méritait bien d'être à l'honneur. ))

Les Anglais firent toutefois de nombreuses tentatives pour reprendre la Champagne, qu'ils promettaient au duc de Rourgogne afin de le retenir dans leur alliance. Le sire de Rarbazan, l'un des principaux seigneurs du parti fraiîçais, défendit les environs de Châlons, enleva un grand nombre de châteaux et mérita d'être nommé gouverneur de la Champagne. Cependant, en 1452, les troupes du duc de Rourgogne surprirent Épernay et forcèrent la population à évacuer la ville : hommes, femmes, enfants se virent réduits, en plein hiver, à aller mendier un rei'uge dans les villages voisins. Tant de guerres eurent pour conséquences des famines et des maladies contaj^ieuses, sans parler des ravages des Écorcheurs, qui ini'estèrent surtout la Haute-Marne, mais qui parcoururent aussi la vallée moyenne de la Marne.

oi MAKISE.

La fin du règne de Charles VU, le règne de Louis XI, ceux de Charles VIIl et de Louis XII, furent des temps de calme pour la Champagne, qui respira enfin. iMais elle était encore, pour le royaume, une province frontière, et, lorsque s'engagèrent les grandes guerres entre Charles Quint et Fran cois I"^"", elle eut beaucoup à souffrir. Dans la dernière guerre (1542-1544), la Champagne fut envahie par les Impériaux, que commandait Cliarles-Quint en personne. Les ennemis se portèrent sur Saint-Dizier, Joinville, puis sur Vitry, où s'était renfermé le comte de Brlssac avec de la cavalerie et deux mille hommes de pied. Vitry, dominé de tous côtés par des collines élevées sur lesquelles les Impériaux avaient établi des batteries, ne put résister. Le comte de Brissac évacua la ville, les habitants n'en refusèrent pas moins d'ouvrir les portes, et les canons de Charles-Quint réduisirent Vitry en un monceau de cendres. L'armée ennemie suivit la Marne en faisant un détour pour éviter Châlons, et gagna Épernay. François P"" se désespérait et s'écriait : «Dieu, tu me fais payer cher cette couronne que je croyais avoir reçue comme un don. ))Mais Charles, voyant son armée épuisée, s'arrêta et signa la paix de Crcspy (1544).

François P^ ne voulut pas laisser rebâtir Vitry sur l'emplacement que cette ville avait occupé ; il choisit l'emplacement du village de MoncourI, dans une plaine que ne dominait aucune élévation ; le château de l'ancien Vitry fut démantelé et tous les matériaux, jusqu'aux pavés, furent transportés à Moncourt. Un architecte boulonnais, Jérôme Marin, traça le plan de la nouvelle ville, qui s'éleva rapidement et prit le nom de Vitry-le-François, en l'honneur de son fondateur (1545)* Les habitants de l'ancien Vitry réclamèrent en vain, le roi fut inexorable et usa même de la force pour les empêcher d'aller relever leurs demeures à demi renversées ; contraint ccpen^ dant de céder un peu à leur insistance, il consentit à laisser à Vitry-le-Brûlé le titre de bourg, avec un doyenné, un marché* une lieutcnance de prévôt, etc.

Les guerres de religion commencèrent par des tioubles eu

histoibl:. 00

Champagne (massacre de Vassy, 156:2). Les Guises, chefs du parti cathohque, étaient très-puissants dans cette province, et le siège archiépiscopal de Reims appartenait à un des leurs, le cardinal Claude de Lorraine. Reims et Châlons embrassèrent avec ardeur la cause catholique. Les réformés, se croyant menacés, assiégèrent vainement Sainle-Ménehould, qui résista à cinq assauts (1562), mais les environs filrent dévastés et la grande abbaye de Beaulieu incendiée. La Champagne, toutefois, ne vit pas de grands mouvements d'armée et n'eut à souffrir que du passage des bandes allemandes qui venaient au secours des protestants. Ce fut en repoussant ces bandes ailemandos, en 1575, au début du règne d'Henri *III, que Henri de Guise, le fils du duc François, gagna, au combat de Donnans, une blessure au visage qui lui valut le surnom de Balafré. Sa naissance et son renom militaire le désignèrent aux catholiques pour être le chef de la Ligue formée en 1576.

Châlons cependant, quoique fidèle au parti catholique, résista aux eiitruînements de la Ligue et ne reçut que très tard, de 1585 à 1588, une garnison de ligueurs. Henri III se délivre des Guises par un crime, aux Etats de Blois, en 1588 ; mais le duc de Mayenne relève les prétentions de cette famille, et la guerre devient plus acharnée que jamais. Henri III est assassiné en 1589, et Henri IV voit ses droits méconnus par la plus grande partie du royaume. La ville de Reims tenait pour la Ligue. Châlons se déclara pour le roi légitime; ce fut môme dans cette ville que se réunirent les membres du Parlement de Paris fidèles à Henri IV : ils tenaient leurs séances au couvent des Jacobins; ils y rendirent l'arrêt du 6 juin 1591, qui condamnait à être lacérées par la nrain du bourreau les bulles de Sixte-Quint et de Grégoire XIV, coutraires au droit d'Henri IV. Reims demeurait toujours fermée au roi, et Henri, après son abjuration, eu 1593, dut se faire sacrera Chartres. Mois, en 1594, Henri, m.iîtie de Paris, poussa vivement les hostilités du côté de la i.hanip.i;4ne. il reprit É[)crnay aux Espagnols, cl, enliu, le duc

de Guise, fils d'Henri le Balafré, se soumit et ouvrit les portes de Reims. Vitry cependant se fit acheter à prix d'argent et ne voulut ouvrir ses portes que pour 20,000 écus bien comptés.

Le meiirlre d'Henri IV (1610) rouvrit l'ère des guerres civiles : sous le foible gouvernement de Marie de Médicis, les seigneurs recommencèrent leurs complots et leurs ligues. Le prince de Coudé, mécontent de se voir éloigné du pouvoir, appela la noblesse aux armes et se retira à Soissons (1614). La Champagne eut à souffrir de la guerre par le voisinage de Bouillon et des Ardennes, où se trouvaient les principaux agents de l'insurrection. Dès le début, le prince de Condé i avait voulu s'emparer de Vitry, mais la ville demeura fidèle à Louis Xni. Cliâlons résista également, mais Sainle-Ménehould fut occupée par les révoltés. Marie de Médicis n'était pas femme à tenir tête à cette nouvelle ligue : elle négocia, et un traité fut signé à Sainte-Ménebould (1614). La guerre recommença quelques années après, et Sainte-Méneliould, cette fois, fut reprise par les troupes royales ou plutôt vendue par son gouverneur.

La guerre de Trente-ans faillit devenir fatale à la Champagne ; mais l'Argonne seule eut à souffrir. Durant la Fronde, les environs de Sainle-Ménehould furent désolés par la disette, par la peste, par de nombreux passages de troupes allemandes. En 1652, la ville elle-même fut attaquée par le prince de Condé : elle n'avait d'au Ire garnison que quelques soldats invalides et un petit nombre de canonniers. Les habitants repoussèrent plusieurs assauts, mais, voyant les vivres près de manquer, ils capitulèrent enfin : la garnison défila devant le prince de Condé avec les honneurs de la guerre : celui-ci, admirant le petit nombre des défenseurs, ne put s'empêcher de dire au maire : a Quoi, voilà en Iroupe réglée toute votre garnison? Vous êtes tous des opiniâtres, des entêtés, des mutins. » Bientôt survint l'armée royale avec Turenne, et l'attaque de Sainte-Ménehould fut confiée au maréchal du Plessis-Praslin (1655). La cour s'était établie à Châlons, et Mazarin s'impatientait de la résistance des fron-

(leurs de Sainte-Ménehould. Des batteries redoutables ayant été montées, la garnison se vit enfin obligée de se rendre (novembre 1655). Elle défila devant le jeune Louis XIV, qui ensuite mit pied à terre et entra par la brèche, accompagné de quelques oificiirs.

La Champagne put alors retrouver le calme et la prospérité. Elle contribua à Tordre admirable qui régna dans l'administration, en donnant au roi un de ses plus illustres ministres, Colbert, fils d'un marchand de draps de Reims, le créateur de notre industrie, de notre commerce, de notre marine. Dans ce pays vint souvent aussi Téniule et le rival de Colbert, le titulaire de la seigneurie de Louvois. Cette ancienne seigneurie (Loup-Voies, Luporum Vice) avait été acquise, en 1656, par Michel Le ïellier, qui la céda à son fils, secrétaire d'État de la guerre, ce qui rendit célèbre le marquisat de Louvois.

Lorsque, en 1792, la France fut envahie par les Prussiens, que commandait le duc de Brunswick, les volontaires affluèrent à Chàlons pour former une armée destinée à renforcer celle de Dumouriez. Ce général voulait défendre les défilés de l'Argonne. Mais les corps insuffis.mts qu'il avait postés aux passes de la Croix-au-Bois et du Chêne- Populeux (département des Ardennes) , furent obligés de céder devant l'ennemi, et Dumouriez, qui occupait un autre passage, le camp de Grand-Pré, allait se trouver ainsi coupé et tourné. Si Dumouriez eut cédé à des conseils qui ne manquaient pas de sagesse apparente, il eût battu en retraite sur Chalons. Mais, ne jugeant pas la situation aussi critique et, en réalité, peu pressé par un ennemi dont les mouvements étaient d'une lenteur inexplicable, le général en chef résolut de barrer encore la route, il évacua le camp de Grand-Pré, expédia à tous ses lieutenants les ordres les plus formels de le rejoindre, remonta le cours de l'Aisne et se dirigea vers Sainte-Ménehould.

Ce fut entre cette ville et Suippes qu'il prit une position habilement choisie sur les dernières hauteurs qui marquent

les limites des plaines champenoises. Il occupa la liaulcur du moulin de Valmy, où il rangea dix-huit pièces d'artillerie ; le mont Yvron, qui commandait cette hauteur , était également garni d'artillerie. Les Prussiens sont repousses (20 septembre), et le canon qui annonçait à Paris cette première victoire annonçait en même temps l'ouverture de la Convention et la proclamation de la République (21 septembre 1792).

Ce n'était pas seulement la Champagne qui était délivrée, mais 'la France. Les guerres s'éloignèrent de plus en plus de la vallée de la Marne ; elles se reporlèrent aux rives de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, puis à celles de l'Elbe, de la Vistule, du Niémen, de la Moskovva ; mais, en une année, de la fin de 1812 au commencement de 1814, elles revinrent dans la vallée de la Marne. Napoléon, après avoir foulé tous les peuples, vit ces peuples se retourner contre lui.

Dès les premiers jours du mois de janvier 1814, les grandes lignes de défense étaient perdues. Les armées alliées se dirigeaient sur Paris, et la guerre était tout de suite portée dans le bassin de la Seine.

Les maréchaux Ney, Marmont, Victor se réunirent à Vitryle-François, et Macdonald se rapprocha de Châlons-sur-Marne. Napoléon se mit alors à la tète de l'armée, que renforça Oudinot avec 7000 hommes de la garde. 11 ordonna sur le champ de déboucher de Vitry. Dès le lendemain, on chassa de Saint- Dizier (27 janvier 1814), et on repoussa sur la Haute-Marne un corps de l'armée de Silésie. Les combats de Brienne et de la Rothière maintinrent l'armée de Schwarzenberg, et Napoléon ayant ainsi retardé le danger du côté de l'Aube se reporta sur la Marne.

L'armée de Silésie se trouvait disséminée dans les plaines de la Champagne, et toutes ses colonnes prêtaient le flanc à la poignée de braves que Napoléon amenait. Après avoir détruit quelques corps détachés, l'empereur marche sur Montmirailj où se croisent les chaussées par où doivent rétrograder les généraux ennemis. Le corps commandé par Sacken est défait Je H février 1814 et, le lendemain. Napoléon se retourne

contre les JVussiens, qu'il refoule jusqu'au pont de Château- Thierry. Puis il se dirige contre Bliicher, qui venait de Fère-Champenoise. Il l'atteignit a Vauchamps (14 février) et le mit en fuite avec une perte de 14,000 tués, blessés ou prisonniers. Dans cette courte expédition, Napoléon détruisit

Monument commémoratif à Sainte-3Iénehoul(l {V. p. 70^

le tiers de Tarmée de Silésie et la coupa en deux masses confuses, séparées par la Marne et les deux grandes villes de Reims et de Cliâlons.

Mais bientôt de nouveaux corps ennemis venus du Nord enlèvent Reims, dont la vieille enceinte n'était défendue que ])nr la oard(^ nationale. Tandis (juc Napoléon faisait face aux

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alliés dans la vallée de l'Aube, puis dans celle de la Seine, et tandis qu'il gagnait la bataille de Montereau (18 février), Blûcher se mettait en devoir de descendre la Marne. Refoulé par les lieutenants de Napoléon, il semblait perdu, lorsque la capitulation inopinée de Soissons le sauva et lui permit de se mettre en sûreté au delà de l'Aisne. Napoléon cependant ne désespérait point. Il rendit les décrets de Flsmes^ qui appelèrent la nation aux armes, et bientôt, après quelques fluctuations, les troupes françaises, victorieuses à Craonne, reparurent dans le département de la Mai ne, enlevèrent la ville de Reims, après un violent combat (15 mars], et cette cité devint pour quelques jours le siège du quartier-général. Châlons, Épernay demeuraient également aux mains des Français.

Mais les vallées de l'Aube et de la Seine tombèrent enfin au pouvoir de Tarmée de Schvvarzenberg, et Napoléon, après la journée indécise d*Arcis-sur-Aube, ne put arrêter cette armée. Il ne put non plus Tempêcher de communiquer avec Blûcher. Reims fut repris par Tennemi, et deux cent mille coalisés, maîtres des affluents de droite de la Seine, convergeaient vers Paris. Les troupes françaises durent reculer. Sézanne et Fère Champenoise furent le théâtre des derniers combats. Napoléon cependant, imaginant une combinaison hardie, veut se porter sur les derrières des armées alliées. Il compte sur la résistance de Paris , mais cette ville, non fortifiée, capitule après une journée de combat (30 mars 1814). • La guerre est terminée. La Champagne avait montré, dans cette lutte si inégale, le plus noble patriotisme.

Il était réservé à notre époque de voir se renouveler pour la France, et pour la Champagne en particulier, ces scènes terribles de l'invasion. L'imprévoyance de Napoléon III déchaîna, en 1870, une nouvelle guerre qui, en quelques semaines, aboutit à des désastres inouïs. L'armée de réserve, formée à ce camp de Chàlons oii des manœuvres annuelles semblaient pourtant promettre une armée bien exercée et bien conduite, alla se faire prendre à Sedan (1^"^ septembre). Les

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