V. — Curiosités naturelles
Le département de la Mayenne n'ayant que des collines peu élevées et des vallées peu profondes, ne possède qu'un petit nombre de curiosités naturelles. On n'y voit ni gouffres,
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ni hautes cascades, mais seulement quelques grottes naturelles telles que celles de la cave à Margot, de la cave à la Bigotte, du Four, de la Chèvre, etc., situées dans la vallée de l'Erve, à Saulges, et riches en objets appartenant à l'époque préhistoiique. Enfin, les parties nord et nord-est offrent quelques gracieux paysages, et l'on rencontre, surtout dans la vallée de la Mayenne, généralement plus étroite et plus profonde que les autres, des sites accidentés et pittoresques.
¥1. — Histoire.
Au temps de la conquête romaine, le territoire du département actuel de la Mayenne était occupé par la tribu des Diablintes, appartenant à la grande nation des Aulerces (Aulerci). Deux autres tribus de la même nation, les Cenomani et les Eburovices, occupaient, les premiers le Maine oriental, les seconds le pays d'Evreux. Les Aulerces Diablintes avaient pour capitale Noviodunum (Jublains). Les Andes ou Andegavi occupaient, au sud, une partie de l'arrondissement de Château- Gontier.
Le territoire des Diablintes fut soumis aux Romains à la suite de la deuxième campagne de Jules César. Tandis que ce général subjuguait la Belgique, son lieutenant, le jeune Publius Grassus, à la tête d'une seule légion, soumettait tout le pays compris, à l'ouest de la Gaule, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire (57 avant J. -G.). A son retour de la Belgique, César plaça ses légions en quartier d'hiver dans le pays chartrain, l'Anjou, la Touraine et une partie du Maine.
La soumission des Aulerces et des nations voisines ne fut qu'apparente. En effet, profitant de l'absence de César, ils se joignirent aux Andes, qui, sous la conduite de leur brave chef Dumnacus, attaquèrent lesPictaves, restés fidèles aux Romains. Mais bientôt, inquiétés par les généraux romains Caninius et Fabius, ils évacuaient Poitiers et battaient en retraite vers la Loire, non loin de laquelle, après une héroïque résistance, ils étaient entièrement défaits par les légions romaines (52 ans
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avant Jésus-Christ). La même année, le hépos de l'indépendance gauloise, Vercingétorix, vaincu à Alésia, remettait son épée à César. La Gaule devenait ainsi définitivement romaine.
Une grande voie fut construite pour relier Jublains au Mans; les conquérants, comprenant l'importance stratégique du Mans, y avaient établi une station des plus fortes, d'où ils pouvaient, en peu de temps, se porter sur le centre ou vers l'ouest de la Gaule.
L'an 28 avant Jésus-Christ, au moment de la réorganisation des Gaules par Auguste, les Aulerces furent incorporés à la province dite Gaule Celtique; plus tard, lorsque les trois grandes régions des Gaules furent à leur tour subdivisées, ils firent partie de la troisième Lyonnaise. La domination étrangère, très dure dans les premiers temps, s'adoucit dans la suite; des monuments furent construits, des routes tracées, et l'on trouve encore dans le département de nombreuses traces de la civilisation romaine.
Le christianisme se répandit dans la Mayenne dès le troisième siècle, par les prédications de saint Julien et de ses successeurs, les évêques du Mans.
Vers la fin de l'empire romain, les populations de la Majenne ne se réunirent pas à la république Armoricaine et conservèrent leur indépendance jusque dans la seconde moitié du cinquième siècle, époque à laquelle elles furent soumises par nn chef franc, du nom de Regnomer , parent de Clovis. Le roi des Francs ne tarda pas à faire massacrer Regnomer avec ses autres parents et alliés, parmi lesquels il craignait de trouver des rivaux.
Au moyen âge, l'histoire de la Mayenne se confond d'une manière générale soit avec celle du Maine, dans lequel son territoire fut englobé en grande partie, soit avec celle de l'Anjou, auquel se rattachaient les villes de Craon et de Château-Gontier. Sous les descendants de Charlemagne, le pays fut ravagé par les incursions incessantes des Normands, qui saccageaient les villes, pillaient les campagnes, et ne se retiraient que chargés de butin.
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Laval, désigné dans les chartes latines sous le nom de Vallum Guidonls (en français Laval-Gu\on), a une origine asi>ez incertaine ; on croit cependant que son château fut un de ceux que les seigneurs établirent sous le règne de Charles le Charve, par ordre de ce prince, pour arrêter l'invasion des Normands. La cité de Jublains, déjà fort éprouvée durant la grande invasion des barbares du cinquième siècle, fut entièrement ruinée par ces terribles pirates; ses habitants fugitifs vinrent chercher un asile à l'ombre de la nouvelle forteresse et formèrent le noyau d'un nouveau groupe d'habitations. La ville naissante prit le nom du château, appelé en latin vallum, ce qui indique une simple enceinte de retranchements en terre et de palissades en bois. Telle est l'origine probable de Laval. Sous le roi Robert apparaît dans les chartes messire Guy ou Guyon, dont le nom compléta celui de la ville, appelée désormais Laval-Guyon (Vallum GuL donis) pendant tout le moyen âge. Ce seigneur est désigné comme le fondateur du château, que sans doute il reconstruisit en pierre, et dont il sut se faire un appui assez redoutable pour agrandir impunément ses domaines et s'affranchir d'une trop étroite vassalité. Son fief devint bientôt le plus considérable du Maine, et ses successeurs reconnaissants se transmirent son nom, que presque tous adoptèrent, jusqu'à Guy XXV, mort en 1741.
Mayenne, Château-Gontier, Craon et les autres principales villes du département sont, comme Laval, des créations féodales, préparées par l'anarchie qui suivit les invasions normandes, et que l'histoire nous montre déjà terminées au commencement du onzième siècle.
Toutefois Craon était peut-être , dans l'origine , une bourgade gallo-romaine appelée Credonium. Dès le temps des invasions normandes, des retranchements y furent construits par Lambert, comte de Nantes, révolté contre Charles le Chauve. Au onzième siècle, c'était déjà une seigneurie distincte.
Mayenne, du nom de son fondateur Judicaëi ou Juhel, qu'on dit parent du redoutable Foulques Nerra, comte d'Anjou, prit
Château de Lassay.
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en naissant le nom de Mayenne-la-Juhel, et devint à son tour le siège d'un fief assez considérable.
Le nom de Foulques Nerra se mêle aussi à la tradition des origines de Château-Gontier. Il y avait alors en ce lieu une basilique ou église renfermant des reliques vénérées dans toute la contrée. Le nom francisé de cette basilique revit dans le village deBazouges. A côté de ce pèlerinage, le comte d'Anjou aurait élevé une forteresse dont la garde aurait été confiée à Gontier, l'un de ses capitaines. Quoi qu'il en soit, Gontier se conduisit en maître dans cette nouvelle place et lui laissa son nom ; elle n'appartint jamais directement à la maison d'Anjou, mais à des familles diverses dont les plus célèbres sont celles de Bellêmeet d'Alençon.
Lassay, Villaines-la-Juhel, Ernée, ont eu également une origine féodale ; les deux dernières sont dues à l'un des Juhel de Mayenne. Le château autour duquel se forma la ville d'Ambrières ne fut élevé qu'au douzième siècle, par le roi Henri I er d'Angleterre, qui l'incorpora à son duché de Normandie.
Les ducs de Normandie et les ducs de Bretagne furent les premiers ennemis contre lesquels eurent à lutter toutes ces nouvelles seigneuries, dont ils disputaient la suzeraineté aux comtes du Maine et d'Anjou. En 1063, Guillaume le Bâtard, qui trois ans plus tard allait mériter le surnom plus avouable de Conquérant, usurpa le titre même de comte du Maine ; en 1064, il voulut forcer le seigneur de Mayenne à le reconnaître en cette qualité et assiégea son château, alors réputé imprenable; en effet, il n'y entra que par ruse. En 1066, il entraîna le seigneur de Laval, Hamon, à la conquête de l'Angleterre. La même année, le rival acharné de Guillaume, le jeune duc de Bretagne, Gonan II, en guerre cette fois avec le comte d'Anjou, s'empara de Château-Gontier et se disposait à attaquer le Maine, lorsqu'il alla mourir à Craon, si à propos pour ses ennemis qu'on accusa ceux-ci de l'avoir empoisonné.
Aux maux de la guerre vinrent se joindre, en 1085, ceux de la famine, qu'accompagnaient assez souvent, au moyen âge, des épidémies. La famine entraînait alors des résultats autre-
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ment terribles que de nos jours : comme il n'y avait à cette époque aucun esprit de prévoyance, on dévorait chaque année le produit de la récolte ; il suffisait donc d'une récolte médiocre pour amener la disette et les crimes qui raccompagnaient. De 970 à 4040, dans une période de 70 années, iln'y eut pas moins de 48 famines ou épidémies.
En 1096, Guy IV, seigneur de Laval,, prit part à la première croisade. Il ne laissa qu'une fille, dont la descendance s'éteignit en la personne d'Emma, mariée, en 1221, à Mathieu de Montmorency, connétable de France, veuf de Gertrude de Soissons. De ce mariage naquit Guy VII, qui succéda à sa mère dans la seigneurie de Laval. Une descendante de Guy VII, Anne de Laval, seule et unique héritière de labaronnie de Laval, épousa, en 1404, Jean de Montfort, sire de Ker^orlay, sous la condition que les enfants à naître de ce mariage prendraient le nom de Guy et les armes de Laval. Lui-même adopta le nom de Guy XIII, et son fils Guy XIV fut, dès 1429, pnr ordonnance du roi Charles VII, le premier sire de Laval investi du titre de comte. Ses domaines ne restèrent qu'un peu plus d'un siècle entre les mains de sa postérité, qui s'éteignit en 1547, et qui fut successivement remplacée par les familles de Nesle, de Coligny et de la Trémouille.
Le Maine et l'Anjou faisaient partie, au douzième siècle, des possessions des Plantagenets, qui montèrent en 1154, dans la personne de Henri II, sur le trône d'Angleterre. Cette circonstance prépara la réunion de ces provinces à la couronne de France. Car le roi Philippe Auguste, voulant punir le second successeur d'Henri II, Jean Sans-Terre, qui avait assassiné Arthur, duc de Bretagne, s'empara de l'Anjou et du Maine, en 1204; ce dernier fief ne fut laissé qu'en usufruit à Bérengère, veuve de Richard Cœur-de-Lion.
Le Maine fut tranquille pendant plus d'un siècle; mais, pendant la funeste guerre de Cent-Ans , il servit plus d'une fois de théâtre à de sanglants engagements entre les troupes françaises et anglaises. "La vaillante épée du connétable Du Guesclin tint pendant quelque temps les Anglais à l'écart; niais,
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après sa mort et celle de son maître Charles V, pendant le règne désastreux de Charles VI et la première partie du règne de Charles VII, les Anglais s'établirent dans cette belle province, qu'ils n'avaient cessé de regretter et qu'ils comptaient bien ne plus perdre. Malgré la défaite que leur fit essuyer, en 1423, Jean de Harcourt, comte d'Àumale, près de Loiron, à la Gravelle, ils réussirent à assiéger Mayenne et Laval. Mayenne céda, en 1424, après avoir soutenu héroïquement quatre assauts dirigés par le comte de Salisbury. A Laval, l'énergique veuve de Guy XIII, Anne, qui avait eu le soin d'appeler autour d'elle tous ses vassaux, se trouva en état de tenir plus longtemps; mais Talbot finit néanmoins par emporter la place en
L'année 1429 marqua le réveil patriotique de la France. L'âme des revendications nationales dans le Maine fut un brave gentilhomme, Ambroise de Loré, que Charles Vil récompensa plus tard en le nommant prévôt de Paris. En septembre 1429, Laval est repris aux Anglais par des seigneurs du pays, sous la conduite du meunier Jean Fouquet. Loré les chassa de la plupart des autres villes. Mayenne seule résista jusqu'en 1447.
A partir de cette année, le Maine occidental ne vit plus d'armées étrangères.
Un siècle plus tard, la guerre nationale avait fait place à la guerre civile. Les luttes de la Réforme et de la Ligue ensanglantèrent le Maine ; toutes ses places furent prises et reprises par les deux partis. En deux ans seulement, de 1590 à 1592, Mayenne changea cinq fois de maître. A l'avènement d'Henri IV, le duc de Mercœur, qui s'était fait déclarer par une assemblée du clergé le protecteur du catholicisme, voulut faire revivre à son profit l'ancienne indépendance de la Bretagne, et augmenter cette province de quelques parties du Maine et de l'Anjou. Dans ce but, en 1592, il attaqua les royalistes près de Craon et remporta sur eux un avantage signalé, qui luji valut la possession de la ville. Ce fut son dernier succès. Dès 1594, les troupes dUenri IV reprenaient ses châteaux, le roi d'Espagne Philippe II abandonnait peu à
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peu sa cause, et il dut faire, en 1598, sa soumission à Angers, où fut signé un traité qui stipula la démolition d'un grand nombre de places fortes. Graon fut de ce nombre ; ses remparts furent démantelés en 4604. Un quart de siècle plus tard, Richelieu termina l'œuvre pacificatrice d'Henri IV, en ordonnant la destruction d'un grand nombre d'autres forteresses féodales, comme celles de Mayenne, de Château- Gontier, d'Ambrières et de Sainte-Suzanne.
Les guerres civiles du seizième siècle ne furent pas les dernières pour le pays de Mayenne. Trois ans après la formation du département, le prince de Talmont, dernier successeur des Guy, engagea les Vendéens, qui venaient de passer la Loire, à se porter sur Laval, dont il voulait, disait-il, faire le foyer d'une seconde Vendée. Il commandait en personne la cavalerie. L'armée vendéenne, sous les ordres de La Rocbejaquelein, forte de 30,000 hommes de pied, de 1,200 chevaux et de 54 pièces d'artillerie, s'empara de la ville, le 23 octobre 1793, malgré la résistance de quelques gardes nationaux et de quelques troupes républicaines réunies à la hâte. Elle y séjourna dix jours. Pendant qu'elle s'y reformait et s'y reposait de ses fatigues, Westermann vint l'attaquer. Les Vendéens coururent à sa rencontre jusqu'aux landes de la Croix-Bataille, le chargèrent avec furie et le mirent en pleine déroute. Les royalistes marchèrent ensuite sur Mayenne et remportèrent, sous les murs de cette ville, un nouvel avantage. La Rochejaquelein occupa une seconde fois Laval au mois de décembre de la même année, au retour du siège infructueux de Granville, et y revint encore lorsque les républicains eurent chassé les Vendéens du Mans; mais il en sortit bientôt, suivi du petit nombre des siens échappés au carnage. Le prince de Talmont, arrêté par des gardes nationaux, fut traduit devant une commission militaire à Vitré et exécuté à Laval, devant la porte du château, à l'âge de 28 ans.
Le département de la Mayenne était pourtant devenu, comme le voulait le prince de Talmont, le foyer d'une seconde Vendée, Les vrais, les grands Vendéens y furent précédés d'abord, aidés
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ensuite et puis remplacés par les terribles aventuriers que l'on appela les Chouans, d'un surnom qui avait été donné à leurs chefs, à cause de leur cri de ralliement, imitant celui de la chouette. Ces chefs étaient les quatre frères Cottereau, hardis faux-sauniers qui habitaient la closerie des Poirieis, hameau de Saint-Ouen-des-Toits, non loin des importantes forges de Port-Brillet, qui alors existaient déjà. Le bois de Misédon, entre Saint-Ouen et les forges de Port-Brillct, les avait souvent abrités dans leurs courses de contrebandiers; il leur servit ensuite de refuge pendant la Terreur. Dans le plus fourré du bois, chacun d'eux se creusa une demeure qu'il recouvrit de feuiilëe et de broussailles. L'œil n'en pouvait deviner l'entrée; d'ailleurs, la crainte arrêtait les recherches, devenues souvent fatales à ceux qui voulurent s'aventurer à en faire. Bien des mois se passèrent pendant lesquels les Chouans ne purent sortir que de nuit de ces espèces de repaires.. Les paysannes des environs leur venaient en aide et les nourrissaient; aucune n'aurait songé à les trahir; mais les forgerons de Port-Brillet, étant venus les inquiéter dans leur retraite, furent rudement repoussés à coups de ferte (long bâton servant à franchir les haies et les fossés).
Le nombre des insurgés devint bientôt considérable; aux fertes succédèrent des fusils enlevés aux républicains disséminés dans les cantonnemenls voisins. Au bruit du canon de l'armée vendéenne, qui marchait sur Laval, Jean Cottereau dit Jean Chouan, rassemblant tous ses partisans, vint faiic sa jonction avec le prince de Talmont et contribua puissamment à la victoire remportée à la Croix-Bataille.
Jean Chouan accompagna avec sa troupe les Vendéens à Granville et rentra au Mans avec les restes de cette armée. Après la déroute des Vendéens, il se retira encore dans le bois de Misedon, où, à la suite d'expéditions plus ou moins heureuses, il fut tué dans une rencontre avec les forgerons de Port-Brillet, le 28 juillet 1794. Des trois frères de Jean Cottereau, l'aîné, Pierre, périt sur l'échafaud, à Laval; François mourut de ses blessures dans le bois de Misedon; René, aussi