‹ Géographie du département du CantalChapitre 5 sur 14 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

En 550, pendant que Thierry faisait la conquête de la Thuringe, l'Auvergne essaya de se soustraire à sa domination, pour se donner à son frère Childebert. La vengeance du barbare fut terrible : « Suivez-moi, avait-il dit à ses fidèles, et je vous conduirai dans un pays où vous trouverez de l'or et de l'argent autant que vous en pourrez désirer, d'où vous enlèverez des troupeaux, des esclaves et des vêtements en abondance. » Notre vieil historien national, Grégoire de Tours, cite Meriolacum (aujourd'hui Chastel-Marlhac) parmi les places qui se signalèrent par leur résistance. Thierry s'en alla gorgé de richesses, ne laissant derrière lui que le sol qu'il ne put emporter.

Aux Francs succédèrent, deux siècles plus tard (731), les Sarrasins, venus d'Espagne, puis, en 767, les bandes de Pépin et de Vaiffer, duc d'Aquitaine, et de 851 à 925, les Normands, qui ravagèrent, à cinq reprises, tout le pays, d'où les chassa enfin le comte d'Auvergne.

Pendant toutes ces vicissitudes, la féodalité se constituait. Dès le neuvième siècle, quelques comtes ou barons, vassaux, dans l'origine, de la royauté, se déclarèrent indépendants (V. ci-dessous, Âurillac); d'autres, au contraire, se rendirent tributaires immédiats de la couronne, afin d'en obtenir protection au besoin soit contre le clergé, dont ils redoutaient la puissance, soit contre leurs vassaux, qui s'efforçaient partout de conquérir leur liberté. La première commune du Cantal ne devait pourtant être officiellement reconnue qu'en 1280.

Au quatorzième siècle (1332), Edouard III, roi d'Angleterre, réclama la haute Auvergne comme faisant partie de l'Aquitaine, qu'Éléonore de Guyenne, répudiée en 1152 par Louis VII, avait apportée en dot à Henri Plantageuet. Les troupes anglaises ravagèrent tout le pays de 1357 à 1389.

La ville d'Aurillac envoya à Charles VII un contingent de 200 hommes pour l'aider à chasser les Anglais de son royaume. Le roi, pour reconnaître ce service, visita cette ville et une partie de la haute Auvergne en 1434. Il permit aux consuls de joindre à leurs armoiries trois fleurs de lys, que l'écusson

aurillacois, dit M. Durit, porte depuis cette époque, en chef des coquilles qui composaient son blason primitif.

En 1465, la féodalité, menacée par les mesures énergiques que prenait Louis XI pour la soumettre à la royauté, forma contre le roi la ligue appelée ligue du Bien-Public. Parmi les nobles et princes qui faisaient partie de cette ligue, se trouvait Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la Marche. Plusieurs fois déjà Louis XI lui avait accordé un pardon complet. En 1475, indigné d'une trahison nouvelle, il le fit assiéger et prendre dans son château de Cariât, transporter à la Bastille, juger et exécuter.

En 1510, malgré l'opposition de la noblesse et grâce à l'énergie de Louis XII, l'Auvergne vit enfin publier ses coutumes codifiées.

Dès 1540, la réforme s'introduisit dans la haute Auvergne, où elle souleva les passions les plus violentes. Pendant plus de cinquante ans, la guerre civile désola ce malheureux pays; catholiques et protestants s'y rendirent tour à tour coupables d'abominables excès contre les monuments et contre les personnes. Pour n'en citer qu'un seul exemple, en 1569 les protestants, maîtres d'Aurillac, égorgèrent les malades dans les hôpitaux, qu'ils incendièrent après le massacre. L'abjuration d'Henri IV (1593), qui se fit catholique, mit seul un terme à cette effroyable guerre civile.

Sous Louis XIV, l'aristocratie féodale, dont les déprédations et les crimes avaient soulevé l'indignation universelle, fut tellement châliée, dans les Grands Jours tenus en 1665 à Clermont, et dont Fléchier a laissé une relation du plus haut intérêt historique, que le Tiers-État put enfin se développer librement sous la haute tutelle de la royauté.

Une première fois, en 1213, Philippe Auguste avait réuni la haute Auvergne au domaine royal ; mais Louis IX et le roi Jean la donnèrent en apanage, l'un à son frère Alphonse, comte de Poitiers (1241), l'autre à son fils Jean (1360). En 1527, elle fut de nouveau réunie à la couronne, par dévolution et confiscation sur le connétable de Bourbon. En 1790, un

décret de l'Assemblée constituante en forma le département du Cantal.

Pour compléter cette courte esquisse de l'histoire du département, nous résumerons en quelques lignes celle de ses principales villes.

Aurillac. — L'existence d'Aurillac (Aureliacum) , dont l'origine paraît remonter à l'époque gallo-romaine, n'est positivement connue qu'à partir de 856, année de la naissance de saint Géraud, patron actuel de la ville. Saint Géraud reçut le jour dans le château même d' Aurillac, dont son père était seigneur. En 898, il fondâf dans sa patrie l'abbaye qui plus tard porta son nom, et d'où sortit l'illustre Gerbert, premier pape français élevé sur la chaire de saint Pierre. En 1095, Urbain II, au retour de Clermont, consacra l'église du monastère ; Galixte II honora aussi Aurillac d'un séjour d'une semaine. Au treizième siècle s'organisèrent les coutumes municipales, malgré l'opposition des abbés, dont les consuls triomphèrent par la prise du château de Saint-Étienne (1233). Pendant les guerres des quatorzième et quinzième siècles, Aurillac soutint plusieurs sièges contre les Anglais ; au seizième siècle, elle eut beaucoup, à souffrir des guerres civiles et religieuses; en 1569, elle fut livrée par trahison aux protestants et horriblement saccagée. Aurillac fut, avant la Révolution, le siège d'un présidial et d'une élection, avec le titre de capitale de la Haute- Auvergne. Outre son abbaye, elle possédait un couvent de cordeliers, et un couvent de carmes, ruiné en 1569.

Mauriac. — Bien que, suivant certains auteurs, l'empereur Gratien eût un palais à Mauriac, et malgré la découverte de quelques antiquités gallo-romaines dans la ville ou dans les hameaux voisins, les premiers documents relatifs à cette cité ne remontent pas au delà du commencement du sixième siècle. A cette époque, un seigneur gaulois, Basolus, la défendit contre les Francs. Elle avait alors une certaine importance, puisque des monétaires y frappaient des monnaies d'or. Théodéchilde, petite-fille de Clovis, vint, dit-on, habiter cette ville et y fit élever, à Notre-Dame des Miracles, une chapelle à laquelle elle

joignit plus fard un monastère, rebâti en 820 pour une communauté de bénédictins. *

L'histoire de Mauriac offre peu de faits dignes d'une mention : la translation dans le monastère des reliques de saint Mary en 1050; la reconstruction de l'église de Notre-Damedes-Miracles au commencement du quatorzième siècle, et la prise de la ville par les Anglais, aux ordres de Robert Knolles (1357), puis par les protestants d'Henri de Bourbon, vicomte de Lavedan, en 1574. Ces derniers, mettant tout à feu et à sang, renversèrent les églises, les couvents et les murailles de la ville.

Saint-FIour. — Au* onzième siècle, Saint-Flour n'était qu'un pauvre village bâti sur le mont Indiciat (indicare). Il possédait un oratoire dans lequel avait été enterré saint Florus, mort en 370, après avoir prêché l'Évangile dans la contrée. « Vers l'an 1002, il se fonda en ce lieu une abbaye affiliée à Cluny. Bientôt la montagne se couvrit de nouvelles habitations; mais Saint-Flour n'acquit une véritable importance que dans le quatorzième siècle. Érigée à cette époque en cité épiscopale, elle s'entoura de murailles et devint, par sa position inexpugnable, la clef de la Haute-Auvergne. » Dotée d'une charte communale par Charles V (1372), visitée par Charles VH (1457), protégée par François Ier, qui y établit un bailliage (1523), elle résista aux protestants en 1578, et fut ravagée par la peste en 1627. Aujourd'hui la ville de Saint-Flour, restée siège épiscopal, est devenue chef-lieu judiciaire.

Murât. — Murât, dont l'origine est inconnue, grandit peu à peu sous la protection d'un châfeau-fort. qui occupait le sommet du rocher de Bonnevie et que sa position rendait presque imprenable. De ce château, démoli par ordre de Bichelieu, en 1655, il ne reste plus de vestiges. Pris par les Armagnacs, en 1414, après un siège de huit mois, rasé par Louis XI, qui donna la vicomte à J. du Mas, confisqué plus tard sur le connétable de Bourbon, Murât fut réuni à la couronne en 1552, après la mort de Louise dé Savoie.

Personnages célèbres.

Parmi les hommes célèbres nés dans le département du Cantal, il faut citer :

Neuvième siècle. — Saint Géraud, comte et baron d'Aurillac, né à Aurillac vers 855, mort en 909.

Dixième siècle. — Gerbert dit Silvestre II, pape (999- 1003), le plus grand savant de son siècle, philosophe, mathématicien, né à Aurillac vers 930, mort à Borne (1003).

Onzième siècle. — Saint Odii.on, cinquième abbé de Clony, né en Auvergne, fut abbé d'Aurillac, écrivit la vie de saint Géraud (962 1049). — Saint Robert, fondateur de l'abbaye de la Chaise-Dieu, né près du château de Reilhac, commune de Rouziers.

Treizième siècle. — Guillaume d'Auvergne, théologien, évêque de Paris (1228), né à Aurillac, mort à Paris (1248).

Quatorzième siècle. — Pierre Fortet, chanoine de Notre- Dame de Paris, fonda, en 1391, un collège pour les écoliers indigents de son diocèse. Cet établissement fut supprimé en 1806 et réuni au collège Louis-le-Gr.md. — Jean de Roquetaillade, cordelier et alchimiste, né à Yolet, mort en 1364.

Seizième siècle. — Jean Cinq-Arbres, pro!è>seur d'iu'breu et de syriaque au Collège de France, né à Aurillac, mort en 1587. — Jean Brisson, bourgeois de Saint-Flour, se distingua, en 1578, par sa bravoure, en luttant contre les huguenots.

Dix-septième siècle. — François Lombard, peintre, né près de Saint-Flour en 1607. - Louis Lapara de Fieux, ingénieur, lieutenant-général, émule de Vauban, né à Bas-Bourlès (1651), tué au siège de Barcelone (1706). — Anne- Jules duc de Noailles, pair et maréchal de France, né à Aurillac (1650) ou à Paris (?), mort à Versailles (1 708).

Dix-huitième siècle. — Louis-Antoine de Noailles, frère du

Page 1