III. — Cours d'eau
Ce ne sont pas les rivières qui manquent au département du Gers; c'est l'eau qui manque aux rivières, à celles du moins qui, du plateau de Lannemezan, descendent dans le bassin de la Garonne.
La Garonne, que l'on appelle souvent « le fleuve gascon », ne passe pas dans la capitale de la Gascogne devenue chef-lieu du Gers ; elle n'arrose même pas le département. Lorsque, venant des Pyrénées, elle est sur le point de l'atteindre, elle tourne brusquement à l'est, au pied de la colline de Montrejeau, et elle en suit en demi-cercle toute la limite orientale, s'en écartant rarement de plus de 25 kilomètres, et s'en rapprochant, sur un seul point, jusqu'à une distance à vol d'oiseau de 4,700 mètres. Ce point est celui où l'Arrats entre définitivement dans le Tarn-et-Garonne.
Enrichie par sa rive droite, où tombent le Salât, l'Ariége, le Tarn, le Lot et la Dordogne, la Garonne reçoit peu d'eau de sa rive gauche. Les raisons de cette inégalité dans les deux moitiés du bassin fluvial sont faciles à comprendre. Dans le demi-
bassin de droite, les affluents prennent, comme la Garonne, leur source dans les montagnes, qui les alimentent de leurs glaciers, de leurs neiges, aussi bien que de leurs cours d'eau souterrains. Ces rivières à leur tour, très-éloignées les unes des autres dans leurs régions supérieures, recueillent des sous-affluents nourris également par les montagnes et profondément encaissés dans des vallées profondes qui leur envoient de nombreux torrents. Rien de semblable dans le demi-bassiu de gauche. Ici les rivières puisent presque toutes à un réservoir commun, et ce réservoir ne peut être fort abondant puisque, déjà trop bas en altitude, il est en outre trop éloigné des Pyrénées et s'y trouve trop indirectement rattaché pour être alimenté par les neiges et les glaciers des hautes cimes. Ce réservoir pourrait cependant former un grand cours d'eau, vraiment digne du Tarn et du Lot, s'il ne s'épanchait en sens divers. Les affluents des rivières venues du plateau de Lanncmezan ne font eux-mêmes que leur restituer ce qu'ils leur ont dérobé à leur source : en effet, tel de ces affluents naît à quelques pas à peine de la rivière principale. La pauvreté des rivières du Gers tient à une seconde cause non moins imporportante. Les lits qu'elles se sont creusés dans un terrain argileux ne conservent pas toutes leurs eaux et en laissent une grande partie se perdre en infiltrations. Telle rivière, malgré le tribut de ses afluents, n'est pas plus grosse à son embouchure que dans son cours moyen ou même près de sa source.
On s'explique dès lors que ces rivières ne soient qu'une faible ressource pour le pays qu'elles traversent. Elles étaient sans doute plus abondantes à l'origine, alors que les glaciers des Pyrénées s'avançaient jusque sur le plateau de Lannemezm ; dans leur état actuel, elles n'auraient jamais été capables de creuser profondément leurs vallées, puisqu'elles ont à peine la force de faire tourner quelques moulins.
Presque inutiles au commerce et à l'industrie, à l'agriculture et même à la commodité des habitants, qui sont obligés de creuser des puits afin de se procurer l'eau potable, les rivières du département du Gers ont reçu, depuis peu d'années.