‹ Géographie du moyen âgeChapitre 60 sur 135 · ABOU RIHAN · texte numérisé non relu

ABOU RIHAN

Abou Rihan abandonna aussi la grandeur du globe indiquée par Ptolémée et agréa celle des géomètres d'Àlmamoun. Il rejeta le premier méridien des lies fortunées et il compta les degrés de longitude en commençant par le littoral de la mer occidentale ou atlantique : et de ce point, jusqu'aux extrémités orientales, il évaluait à 180° la longueur de l'habitable (Aboulf. p. 437, 133). A tous ces égards il ne se séparait pas beaucoup de l'opinion des auteurs de kitab rasm al mamouri.

Gomme Ha mis les îles Fortunées à 10° au delà de l'habitable , il'plaçait aussi Djamkout sous le méridien 190°; aussi dût-il ajouter à l'orient 40° en dehors de l'habitable ; ainsi qu'il déborda la moitié de l'hémisphère de 20°, assignant 200° entre Djamkout et les îles Fortunées (voyez n° 20 de notre atlas).

Le calcul de la longueur de chaque elimat , qu'il a mis en chiffres , prouve que les géographes lésaient attention à la diminution successive du degré de longitude sous chaque climat (isa). La proposition de la diminution que le calcul donnait en chiffres figurait ostensiblement sur les cartes géographiques. Il ne restait aux dessinateurs arabes qu'à se servir de projections connues chez les Grecs, dont ils trouvaient la description dans leur instructeur Ptolémée. (îss).

Ges cartes étaient donc dûment basées sur les longitudes et les latitudes géographiques et elles indiquaient la longitude et la latitude de chaque localité désignée sur la carte. C'était le résultat de la combinaison des distances avec les latitudes et longitudes connues. Abou Rihan le dit expressément , qu'il lui était impossible de se procurer la connaissance de la latitude ou longitude géographique de toutes les localités, positivement déterminées (Aboulf. p. 484). Lui-même, il n'a pu les observer, que dans les pays qu'il a visités durant sa vie. Restait aux soins des géographes postérieurs, d'avancer celte tâche. Abou Rihan réunit ses propres explorations et les connaissances de ses prédécesseurs dans l'ouvrage de kanoun el Massoudi, où il a noté toutes ces longitudes et latitudes géographiques, qui devaient servir aux dessinateurs de cartes.

L'ouvrage de kanoun el Massoudi, existe peut-être quelque part en manuscrit sans être publié. Deux siècles après sa composition , Aboulféda, puisant dans cette source abondante, emprunta quantité de passages d'Abou Rihan , les élimina ensuite en grande quantité de son ouvrage , mais copiant tout d'abord les longitudea et les latitudes géographiques de 250 localités, les a conservé dans toutes ses rédactions jusqu'au bout. Le nombre de 250 serait suffisant pour apprécier positivement l'état des connaissances arabes. Malheureusement, de tous les monuments géographiques, dont les fragments sont conservés par la

(482) Quoad longitudinem est ad aequatorem Î0ÎOO, at ipsa minor est circa boream propter arctatas ibi sphaerae partes ejusque quanti Us accedit ad quintam modo circumferentiœ partem continens 4080 millaria (Aifarganus, opéra Golii cap. 8, p. 34). r ,

(483) J'ai dressé la petite carte générale d'Abou Rihan sur la projection ptolemeenne aux méridiens courbes (voyez n* 30 de l'atlas). Quant à toutes les autres cartes des géographes arabes, je les ai soumis aux lignes droites , longitude comptée sur la parallèle de Rhodes. Je me suis servi de ce ccenre de dessin, il y a trente ans. dans la reconstruction de cartes anciennes des géographes grecs

%t romains, convaincu ' M~ -*" Jto-!— : A""~ ■"- *-" ~ — '-

géographes arabes faciliter le dessin ; U'y a ordinairement plus de détails

70 *ÉOGR. ÀRÀBB, 830-1080.

compilation d' Aboulféda, aucun n'offre tant de fautes, tant d'erreurs que lekanoun d'Abou Rihan; sous le rapport des chiffres dans les longitudes et les latitudes, aucun n'est dégradé à tel point.

Noqs savons indiquer les causes de cette dépravation. Ce sont les fautes des copistes et l'incertitude des lettres arabes. On accuse les copistes d'ignorance, quand ils sont dans l'erreur. Cette accusation est trop sévère et souvent injuste. Ils sont aussi ignorant que nous, quand nous ne sommes pas en état de distinguer et de déterminer quelque lettre arabe. Les arabes avaient d'abord pour leur écriture le caractère koufique. Plus tard, vers 900, ou au commencement du i* siècle, il fut. remplacé par un autre caractère , appelé l'écriture à copier, neschi, à cause qu'il était inventé par les calligraphes et les copistes. Ce caractère diminua quelque peu l'incertitude du précédent, mais ne rémédia pas suffisamment à la confusion qui affecte surtout les noms propres et le nombre littéral ou alphabétique. Les nombres des longitudes et des latitudes furent ordinairement notés avec les lettres de l'alphabet : le copiste en les copiant, embarrassé de la ressemblance ou de l'identité de la ligure, copiait conformément à ce qu'il a pu distinguer, et dans l'incertitude était forcé de se décider arbitrairement, car, pour s'assurer de la leçon correcte, il lui aurait été nécessaire de scruter la pensée de l'auteur ou d'avoir au moins pour guide la carte géographique dressée d'après l'idée de l'auteur. En ce cas, le copiste changerait en scrutateur et correcteur. En effet, il n'en manquait pas d'assez instruits qui s'essayaient et débrouillaient les écarts involontaires de leurs prédécesseurs (i84). Àboulféda n'était pas de ce nombre.

Aboulféda, géographe scrutateur, exploitant continuellement le kanoun d'Abou Rihan, n'était qu'un simple copiste, qui copiait les erreurs. Il est vraiment étonnant, qu'on ne rencontre aucun essai de la rectification des erreurs de sa part; qu'on ne remarque aucune réflexion de l'origine de tant d'erreurs. Aboulféda les copia plusieurs fois toutes de sa propre main , sans avoir fait aucune observation directe à ce sujet (i85). Mais ce qui est pis encore, sachant que les longitudes et les latitudes étaient altérées, il rejette toutes les fautes sur le compte des auteurs; il avait donc une pleine confiance dans l'exactitude scrupuleuse des copistes , lui-même étant un copiste assidu de toutes les erreurs. Il n'accuse nulle part la copie : remarquant une erreur il l'attribue aux auteurs, aux géographes les plus habiles. Abou Rihan en est accablé : c'est sa faute que la copie de son kanoun est jonché d'erreurs (i8e). Ces erreurs sont très-anciennes, trop répandues dans les copies, elles portaient mauvais conseil aux géographes arabes, influençaient fâcheusement la connaissance géographique.

40. Quelques-unes, peut-être, dérivent de l'inadvertance d' Aboulféda.

(m) Voyez Reiske nota 3 à la p. 804 de la trad. d'Abulf.

(485) Il dit seulement en général de toutes les longitudes et latitudes : dedimus ea&prout accepimus ab auctoribus non ignari corruptas esse (p. 185).

(486) Dedimus eas prout accepimus ab auctoribus, non ignari corruptas esse : melius enim est ecire loci situm praeterpropter, quam prorsus ignorare. Unico exempta perspici potest, quam enormiter bac in re peccatum sit, Abu or Rihan il birunensis, bac in parte, quamvis princeps tribut t in sno canun Daroasco et Salamiae gradus unum atque enndem. Falsum id est. Salamia enfin Damaseo distat in septentrionem plus quam integro gradu (p. 484).

ABOO tUHAlf, 40. 71

Lorsqu'on trouve, par exemple, dans sa traduction latine que bab el abvab est à 66" de longitude, et quelques lignes plus bas, Amol placée ftoua 77° de longitude (p. 152, 169); taudis que Trebizond est de 64° 30* de longitude et Tiflis de 75° (p. 149 , 169) : il est manifeste que les 66° de bab el abvab sont dépouillés de la dizaine de degrés. De semblables discordances sont nombreuses dans l'ouvrage d'ÀbouIféda : dans ses tables, dans ses notes marginales, dans son texte. Lui-même il indique (p. 183) l'origine de cette discordance par dizaine. Elle réside dans le différent mode de compter les longitudes. Les uns les comptaient du méridien des fies Fortunées, les autres de celui du littoral atlantique entre lesquels il y avait 10° juste (ts?). La réduction nécessaire pour ramener dans sa compilation au mode unique de compter du méridien littoral, manquée ou opérée sur les longitudes déjà réglées, éloignait vers l'occident de 10°. Dans ce cas se trouve trop souvent Sohar, Oman, bab el abvab et plusieurs localités des environs du Kaukase et ailleurs.

Àboulféda trouvait de semblables réductions dans les ouvrages de ses prédécesseurs. Ceux qui comptaient à commencer du méridien des Fortunées ramenaient les longitudes partantes du littoral par l'addition de 10*. Quand Aboulféda répétait le chiffre qu'ils ont ainsi établi, l'emplacement se trouvait dans son système littoral t détourné 10* vers l'orient. La désbarmonie occasionnée par cette aberration, n'offre aucune difficulté pour nous, elle est facile à se faire remarquer et à être rectifiée (iss). Mais il y a multitude d'autres erreurs, qui affectent d'une manière déplorable le précieux fragment d'Âbou Riban, dont il est quelquefois impossible de débrouiller les causes.

 commencer par l'occident, de nombreuses latitudes sont erronées.

Merida , latit.

Toleïtala. . . — Vad ilhidjara . — Kibris. ... — Trebizond . . — Sedjelmesa . . —

Dans la longitude ^ lai et dans la latitude u ࣠de Tahort, il faut

lire , iw 19° 50f et rectifier l'autre h S 26M51.

Serait-il 'probable qVaucune latitude en Egypte n'ait évité l'égarement du copiste? On douterait de la latitude d'Osmounéin (au lieu

de S lisez S) , et on hésiterait d'accepter pour intacte la longitude

d'Akhmim : si toutefois ce n'est pas la longitude de l'oasis la grande , ainsi qualifiée.

(487) La position dès nés Fortunées plus occidentale au littoral, ne peut souffrir je pense, d'incertitude. Si 1 on voulait la soulever, nous y opposerions l'explication d'Aboulf. à la page 4 70, où il dit , gue le Sind currit ad grad. long. 96 et incidit in mare ad gr. long. 9ï. In rasm extat fluvium incipere a loog. 126* discedere in duos ramos, quorum 'unus in mare se eflundat ad long. 404°; Patet ex his quantum discrepent ni duo landati "viri, filius Haukali et auctor Rasm el mamuri : lqngitudinet rasmi ordiamur ab insulisFortirnatis, sed si dictas longitudinés erdiamur a littore atlantico, minor erit diacrepantia. L'embouchure se trouvera sous 94".

(488) Elle n'est que très-familière à Aboulféda. Pour en donner encore un exemple, nous citerons l'embouchure de Saraourah (Douero, qui coule près de Zamora), long. 5* 80', si ab insulis Fortunatis instituai computinn (p. 869, 161), dit expressément Aboulféda. S! ta veux instituer le compte de» fies Fortunées , ta auras 18* 10'.

replaçons

73 CÉOGR. ÀÏUBK, 850-1030.

Alalaki n'a pas do place et nous n'osons pas la lui assigner arbitrairement. En remontant le Nil, la longitude û 55° 0* et la latitude w> 2« 0' dejBarbara, lisez Jm 65* 0' et s^j 12° 0'. Cette dernière est donnée positivement par le texte d'Aboolféda (p. 144). La longitudes de Zaïla^**

66° 0*, lisez plutôt ju> 64° 0'. — Gomme à Barbara, à Zafor et à Sohar Oman en Arabie les 10 degrés sont à restituer.

Dans la Palestine , le moins à faire c'est de restituer d'abord la longitude de 57° 0' à Jérusalem et Aka; ensuite d'échanger les latitudes entre Kaîsaria et Jafa.

Pour Kaîsaria. ... 52* 50* prenant 38° <K

et pour Jafa .... 50 0 — 32 30

Jérusalem, à la latit. . 38 8 substituer 32 8

Habron. . . — . 32 45 — 31 45

Enfin dans la position de Ramla, replacer les minutes

au lieu de longit. . 56° 2C latit. 32» 40* prendre — - . 56 40 — 32 20

C'est le moins à remanier dans la Palestine. Taïma et Tabouk, au lieu de rester en Egypte avec les latitudes de J> 26° 0r, demandent à monter au moins aux 29° Vf afin de rentrer dans l'Arabie.

Le déplacement criant de Naharvaîm ou Nahrouian dans sa longitude de yjf ^ 58* 20', est très -facile à restituer par ^f * 70° 20'

La latitude de flira ... 32° 50' replacez à 31» 50*

de Hesn ibn Habira. . 33

de Daskara et Djalvala. 33

de Belad 35

deAlsan ..... 56

la longitude de Babel . . 69

L'erreur trop palpable de l'emplacement de Nehavend, longit. O. 76° 20*, latit. *J 55° ô\ demande un changement à la fois de la longitude en sjfu, 75° 20f, et de la latitude en jJ 34° 0'.

La latit. de Mamantir, . j) 37° 5<r\ est à rectifier en j J 36° 50*. La longit. de Vima , jj j& 76° 35r en J y> 77° 35', et dans la longit. ii +z 77° 55', et la latitude ai *) 35° 55' de Natal , il faut lire la longitude &j j& 77° 15', et rectifier la latitude en &i ^ 36* 55'. C'est sans

doute conforme à la pensée du géographe. De semblables erreurs ne pouvaient émaner de son ignorance : mauvaise leçon , méprise, aberration de la plume , ont pu seules les engendrer.

41. A l'ouest d'Amol , tout est confusion extrême. Aucun exemple semblable ne se présente dans les recherches géographiques. A l'exception de trois ou quatre localités, dont les positions se laissent discerner

ÀBOU RIHAN, H. 73

comme certaines, toutes les autres localités d'Adherbidjan, d*Aran et de la partie occidentale de Djebal, au nombre de 17, sont en partie dispersées, en plus grand nombre refoulées sous le méridien de ^x- 75 degrés. Ce n'est pas Terreur d'inadvertance qui a pu engendrer C une pareille confusion, mais la plus stupide indolence de copiste. Pour dépêtrer ce chaos, il fallait d'abord débrouiller ces lieux, dont les chiffres furent préservés de la destruction générale. De ceux-ci il n'y a que les suivants se sont présentés à nos investigations (tso).

Sarir Allan. . long. w* 72° 0* latit. ^p 45» 0' Ardebil. . . — ^ ^ 73 50 — tl 38 0 Maragha. • .' — ^ ^c 73 10 — ^f S 37 20

Je pense grossir ce nombre trop minime, par le retour de ceux dont le méridien est devenu incertain par la privation de dizaines. Or, en les restituant on aura :

Taflis. . . .

long.

V latit. w~. 4* 0r

Bilkan . . .

Bab el abvab.

Schirvan . .

J/ ri

Mais par cette opération, la longitude de Schirvan, et la latitude de Bilkan se montrent erronnées» La première prend sa place raisonnablement en lisant J Ja 74« 30r, et l'autre en la rangeant au niveau de Schirvan, à 40* 50*.

Supposant, non sans raison , que dans le restant l'erreur a respecté quelque chiffre, ou de longitude ou de latitude, on est autorisé de renvoyer de cette foule chaque localité sur la direction respective à sa parallèle ou à son méridien, qu'elle avait dans l'idée d'Abou Rihan.

De cette manière, ces lieux, dont la latitude est épargnée, partiront sous d'autres méridiens.

Salmas, Urmia, ^

long, de à latit. ^ 73° 0' w* 72° (V — & J 38° 25'

LT S 73 20 v^T U 71 20 — ^37 0

S 73 0 te 74 0 — J j) 37 30

Maïana,

Et ces lieux, dont la longitude est respectée, iront sous d'autres parallèles , comme suit :

(480) Les deux premiers dans les tables d'AJboulféda; Ardebil à la p. 184. — Ce que noua anatysoas et discutons dans te texte est exhibé mu les cartes birouuieanes de notre atlas, n* S4-S4.

74 CÊOGR. ARABE, 85<M0M.

longit. latit. de à

Marend, m w* 72* 45' — .. , J 57- 50* * J 58» 501

72« 45' ~ ^ ji 57- Btf ^ J 58-

Tabri», ^o 75 0 — ,5 D 59 10 ^j ^J 57 10

Dabil, > ^p 72 40 — J 58 0 W0 0

Nadababek, ^ 75 0 — > y 57 40 > JLj 59 10

Kandia, ^ 14 0 - ^ 45 0 W0 0

Bardaa demande dans cette opération la rectification de sa longitude et de sa latitude à la fois. Or, Bardaa change la longit* ^ 75° C en j* 75° 0', et la latit. j> 45* 0* en > 40° <r\ C

11 reste à rappeler £- les localités dispersées qui sont de la partie septentrionale du Djebal , et les placer dans leur suite. Pour y arriver, il fallait retoucher les longitudes et les latitudes :

Zandjan, Soltania ,

long.

en a* 75°

reste

latit.

en y 57*

Abhar,

fi 76

Kazvin,

fi 77

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