ÉTABLISSEMENTS LITTÉRAIRES
Parmi ces établissements^ celui qui occupe le premier rang est sans contredit le célèbre collège de San Carlos (Convictorio de San Carlo$)j pépinière d'où sont sortis des hommes éminents comme Olmedo, Paredes, etc. 11 fut fondé en 1770 dans une maison qui servait de noviciat aux PP. Jésuites. Ce collège a plus de 25^000 piastres de revenus annuels : on. y enseigne toutes les branches de Tinstniction publique, mais spécialement le droit. 11 est à regretter toutefois que MM. les professeurs, ne veuillent pas admettre les idées progressives de notre époque, et qu'ils n'enseignent que des doctrines ultramontaines et rétrogrades^ contraires à notre système de gouvernement et aux droits de notre pays. - Le collée militaire destiné à renseignement des sciences militaires, et en particu-
lier de Tart de la navigation, occupe l'ancien couvent del Espirifu Santo. Cet établissement est sur un bon pied.
Le collège de Santo Toribio est le séminaire archiépiscopal : il est dans un état prospère, grâce à la protection de l'archevêque Luna Pizarro, qui le dota d'un revenu de 20,000 ^ pendant sa vie. Cet établissement a été récemment transféré dans un magnifique local qui appartenait au couvent de San Francisco. Malheureusement l'esprit dominant de cette maison est trop clérical et trop opposé k toute idée de progrès.
Le collège de San Fernando ou de l'Indépendance, fondé en 1810 par le vice-roi Abascal, se trouve, dans une situation brillante, grâce aux soins assidus, à la générosité et aux lumières du directeur, le docteur Don Cayetano Heredia, membre du jury d'examen poui^ les grades en médecine. Les sciences
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naturelles et médicales sont Tobjet d'un en- -seignemént aussi parfait que possible. Cette maison possède une magnifique bibliothèque, dçs professeurs qui sont les plus capables que Ton puisse rencontrer dans chaque faculté, et une foule d'instruments de mathématiques, de physique et de chimie : ce collège est assurément le premier de l'Amérique du Sud.
Le collège de Guadalupe, fondé en 1840 .par les capitalistes don Domingo Elias et don Nicolas Rodrigo, est aujourd'hui un établisr sèment national : il est soutenu par une subvention de l'État et la pension que payent les élèves. Ce collège a eu une grande célébrité : c'est en réalité une maison d'éducation sérieuse, et MM. Lorente et Gal\ez, personnages illustres qui ont été recteurs de ce collège, ont mis tous leurs soins à propager des principes sains et libéraux. *
11 y a encore un grand nombre d'autres collèges ou institutions particulières où l'on élève la jeunesse, mais où le prix de la pension est malheureusement trop élevé.
Parmi les pensions de demoiselles/la seule vraiment remarquable est celle de Belen, établie dans le local qui appartenait autrefois au couvent de ce nom.
L'université de San Marcos est très-célèbre pour le grand nombre d'hommes distingués qui sont sortis de son sein. C'est la plus ancienne université d'Amérique, car elle a été établie dès l'année 1551. C'est dans la belle salle de cette université qu'ont lieu les séances de la chambre des députés..
Le Musée national n'est pas à la hauteur du progrès où notre pays est parvenu : il est très-pauvre, mal entretenu: on n'y rencontre ' aucune collection d'oiseaux ou de minéraux, etc., du Pérou: ou s'il s'en trouve quelquesunes, elles sont très-incomplètes et très-mal conservées. Ce musée a été fondé en 1826. Le catalogue n'offre guère qu'une série de 5,330 objets, de zoologie, d'antiquités, etc.
Le Musée d'artillerie, fondé en 1854, est assez riche et bien entretenu : on y admire des armes de toute espèce et une foule de curiosités et d'objets d'art.
La bibliothèque nationale est magnifique : elle contient plus de 40,000 volumes, classés dans deux belles salles. Une troisième pièce sert de salle de lecture. Le directeur, seôor
don Francisco de Paula Vigil^ homme savant et vertueux, n'épargne rien pour syoater anx richesses qu'il possède déjà.
La société philotechnique, composée d'une réunion de professeurs intelligents et philan-^ thropes, a pour but d'enseigner au peuple les notions de géométrie, de chimie et d'Us* toire naturelle: elle est surtout encouragée dans cette voie par l'ardeur et le zèle vraiment enthousiastes du savant professeur Raymondi.
La liberté de la presse existe à Lima dans toute l'étendue du mot: quels que. puissent être ses abus, ils n'en révèlent pas moins notre état libre^ et ils peuvent du moins senrir à réformer nos lois et nos usages encore imparfaits. Le journal le plus répandu, c'est le ComerciOy feuille périodique, indispensable aujourd'hui à toutes les localités du Pérou, et la seule qui subsiste depuis plus de 30 ans, malgré nos révolutions et nos bouleversements politiques.
C'est pour nous un devoir de justice de citer ici, comme propagateur zélé de llmprimene dans notre pays, un Espagnol honortble, D. José M'' Masias : sa maison est la plus ancienne de Lima^ et c'est elle qui est la plus connue à l'étranger. On compte i^ Lima de 10 2i 15 imprimeries.
Selon un document que nous avons lu dans VlnstructoTy la première presse fut apportée au Pérou en 1590, et le premier livre ne ftit imprimé qu'en lOâl'par Pablo Arriaga. Mais nous possédons un •dictionnaire aymara, langue des anciens Péruviens, imprimé en 1604 p^r les Jésuites (quels hommes et quels travaux ! ). Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il a été imprimé à Juli, petit bourg situé sur les frontières de notre pays avec Bolivia.
Parmi les publications spéciales* nousavoos la Gaceta Médica (gazette médicale), publiée par la société de médecine et le Catôlieo. La première ne traite que de matières médicales ; la seconde n'embrasse que des questions religieuses et philosophiques, mais malheureusement toutes ces questions ne sont résolues que dans le sens théologique et clérical.
La société d'agriculture se compose déplu* sieiu^s citoyens recommandables et propriétaires de domaines ruraux, qui donnent leur
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avis sur toutes les questions agricoles qui leur sont proposées par le gouvernement.
Des décrets avaient été rendus en 1840 et en 1852 pour organiser cette société: mais ces décrets étaient tombés dans la désuétude et l'oubli; enfin une loi en date du 22 décembre 1859{a créé définitivement la société qni existe actueHement.
La Cosmogrâfica fut établie en 1657 dans le but d'enseigner la cosmographie: mais aujourd'hui les attributions de cosmographe sont de calculer chaque année VAlmanach et de composer le Guide dés étrangers {la Gnia de Forasteros).
n existe encore un grand nombre d'autres sociétés particulières, telles que la Sociedad Tipogrâjiea de Auxilios mutuos (Société Typograidiique de secours mutuels); la Sociedad Humanitaria de las Fundadores de la Inde^ pendeneia^ etc.^ etc., et diverses loges maçonniques.
Lima a produit un grand nombre de personnages illustres par leur sainteté,^ leur science, etc. Nous choisissons dans le Dictionnaire de Alcedo les noms suivants :
Sainte Rose de Lima, le plus bel ornement de tiotre capitale. Elle naquit en 1617 et fut canonisée *en 1671.
Le Bienheureux Martin de Porras, religieux dominicain, qui fut un modèle d'humilité.
Dans les lettres nous citerons particulièrement:
Pedro Reyna Maldonado, évoque de Cuba, auteur célèbre.
liiguel del Barco Centenera, qui écrivit V Histoire du Hio de la PlQta.
Frère Buenaventura et Diego Salinas, qui ont composé un grand nombre d'ouvrages.
Miguel de Lima, admiré à Rome pour sa science et son érudition.
José de Pardo Figueroa et les deux Pinelos (Antonio Léon et son père Don Diego], qui ont aussi laissé plusieurs écrits remarquables.
Don Antonio Peraltay Barnuevo qui fut un grand savant; .il écrivit sur les matières les plus diverses, comme des observations astronomiques, des œuvres poétiques, une Histoire de l'Espagne^ Lima Hmata et Lima fandada.
Don Pablo de Olavide, auteur de l'ouvrage intitulé a Evangelio en triunfo » (l'Évangile en triomphe). U fut persécuté en Espagne par llnquisition: une des accusations formulées contre lui se fondait sur ce qui, au contraire, lui faisait le plus d'honneur, une lettre de Voltaire, dans laquelle ce grand homme lui disait:
a // serait à désirer que V Espagne eût quarante hommes comme Olavide, »
En France, Don Pablo de Olavide fut déclaré par l'Assemblée nationale « Fils adofh tif de la Nation française ».
Son projet de colonisation de la Sierra-Morena nous révèle en outre ses sentiments philanthropiques, n naquit en 1726, et mourut au commencement du dix-neuvième siècle.
C'est sans contredit l'un des Américains les plus illustres. Nous avons emprunté les détails qui précèdent à un ouvrage qui a pour titre La Espana^ et dans lequel se trouve la biographie complète de cet illustre enfant de Lima.
Don José Manuel Valdez, qui a laissé un grand nombre de m^émoires sur la médecine. Il fut également poète : il écrivit une paraphrase des Psaumes en vers fidèles et élégants.
Don Gabriel Moreno^ maître du savant Unanue, rédacteur du Mereurio peruanoy fQuilIc. périodique bien supérieure aux idées de son époque. Médecin et mathématicien, il calcula au commencement de ce siècle, pour le baron de Humboldtyle passage de Mercure sur le disque du soleil.
Don Manuel Lorenzo de Vidaurre, célèbre jurisconsulte, grand canoniste et orateur illustre. Son érudition était immense^ et il était par-dessus tout un homme original dans ses idées. 11 a laissé quelques ouvrages, tels qu'un Projet de Code civil, qui équivaut à lui seul aune bibliothèque entière; un Projet de Code pénal et ecclésiastique, Vidaurre contre Vidaurre, etc.
Larriva, bon poète satirique.
Pando, jurisconsulte, auteur d'un ouvrage intitulé le Droit des gens; il fut ministre d'Espagne et du Pérou. Il a encore laissé d'autres opuscules et des poésies.
Don Felipe Pardo, bon diplomate et illustre comme poète lyrique et comme chanson-
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nier. Od peut l'appeler le « Béranger du Pérou. »
José M. Tîrado, qui est peut-être le meilleur orateur que nous ayons eu, car la nature L'avait créé pour la tribune. On admire dans ses discours les saillies vives, la simplicité des expressions, etc. C'était un orateur complet.
DonFrancisco Xavier Mariategui qui a tant brillé au barreau et à la tribune pour ses connaissances en matières canoniques et ses idées libérales.
L'illustre Senor Charun, évoque de Trujillo, bon écrivain et orateur éloquent.
Le savant mathématicien Paredes, etc., et une foule d'autres que nous ne citerons pas ici pour ne pas fatiguer le lecteur, mais qu'on pourra trouver dans les dictionnaires biographiques spéciaux.