LOCALITÉS. — LEUR SITUATION
Loreto^ capitale de district, situé sur II rive droite du fleuve Maranon, à neuf lieoes de la frontière de Tabatinga. Sa population se compose de trois cents habitants, comprenant des Brésiliens, des Portugais, et surtout d'indigènes appelés Ticunas^ qui ne vivent pas réunis dans des bourgs ou villages, mais dans les territoires voisins, savoir :
Caillaru,
Loreto,
Yauma,
Yanayacu et
Amacayacu,
Cuchilla-Cocfaa.
L'idiome de ces indigènes, c'est la langue Ticuna, entièrement différente de celle des autres tribus riveraines.
Quelques familles de Ticunas qui se refusent à demeurer dans le voisinage de Loreto, vivent retirées au milieu des forôts. Ces indigènes fabriquent avec la plus grande habileté un poison appelé de leur nom Ticuna et composé de neuf plantes vénéneuses, dont ils ont seuls le secret. Ce poison est le plus violent de tous ceux que composent les sauvages. Ils l'emploient pour la chasse. L'oiseau ou le quadrupède atteint d'une flèche empoisonnée meurt en moins de trois minutes.
Ils sont habiles à disséquer les oiseaux et
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({uelques animaux^ au moyen d'une préparation naturelle; mais leurs dissections se conservent peu.
Ils fabriquent du goudron, des hamacs d'un palmier appelé chambira^ des cordes, de la farine de yucca et cultivent un espace de terre suffisant pour nourrir leur famille. Leurs armes sont l'arc, ia flèche et la sarbacane. Ils aiment peu à se vêtir : ils préfèrent aller nus, se couvrant seulement les parties sexuelles d'un morceau de toile de chambira. Ils sont très-dociles et très-patriotes. En effet, bien qu'ils habitent sur les frontières du Brésil, et que plusieurs bmilles de la même race et de la même langue résident à Tabatinga^ ils refusent de passer au Brésil ou d'y résider^ malgré les grands avantages qu'on leur offre.
Caballo-Cocha, Ce bourg est situé sur la rive gauche du Maranon, sur le bord d'un lac éloigné de deux milles du fleuve. Sa population se compose de trois cents habitants, parmi lesquels il y a quelques Brésiliens et des indigènes Ticunas. La plupart des indigènes vivent sur les bords du Maranon, et dans la vallée d'Atacuari : ils se réunissent dans le bourg pour célébrer leurs fêtes. Les mœurs et la langue sont les mêmes que parmi les indigènes du bourg de Loreto.
Moromorofe. Ce bourg est situé sur la rive gauche du Maranon, à cinq lieues de Caballo- Cocha. Sa population se compose de trente habitants de la race Ticuna. Les mœurs et la langue sont les mêmes que dans les deux bourgs qui précèdent.
Camucheros, Ce bourg est situé sur la rive gauche du Maranon, à douze lieues de Loreto, et à trois de Moromorote. Sa population se compose de quatre-vingt-dix habitants. De plus il faut ajouter à ce nombre quelques familles Ticunas qui vivent dans une vallée voisine. En face de ce bourg, il «y a deux plages, où les Charapas viennent déposer leurs œufs pendant l'été, et faire éclore leurs petits. Les mœurs, la langue et les occupations des indigènes sont les mêmes que celles des bourgs dont nous avons déjà parlé, par la raison que toutes ces localités appartiennent à la tribu Ticuna.
Peruate. Ce boui^ est situé sur la rive gauche du Maranon, à six lieues de Camu-
cheros. Sa population se compose de soixante habitants dont quelques-uns sont Brésiliens, et le reste indigènes Ticunas. En outre, on rencontre, dans les vallées voisines, plusieurs familles de la même tribu. En face de ce bourg se trouve une plage, où les Charapas viennent déposer leurs œufs pendant l'été, et faire éclore leurs petits.
Les mœurs et la langue sont les mêmes que celles des indigènes des bourgs dont il est question précédemment.
Maucallacta, Ce bourg est situé sur la rive gauche du Maranon, à trois lieues de Peruate. Sa population est de 180 personnes. Elle renferme une famille de blancs : le reste des habitants est indigène, de la tribu des Marubos. Ces Indiens ont été initiés à la connaissance du christianisme par Don Antonio Villacres, fondateur de ce bourg. Les Marubos vivent réunis en société : malgré cela, quatre cents environ de la tribu vivent dans l'intérieur de la Montaiia, et ne viennent que de temps en temps au bourg de Maucallacta. Ces Indiens errants sont absolument nus: ils ne se couvrent les parties sexuelles que de feuilles de bfjao et de bananier.
Les Marubos nomades cultivent le bananier et l'yucca, et se livrent à la chasse dans les forêts. Néanmoins ils aiment peu le travail, et redoutent les fatigues et les dangers de la navigation à la rame sur le Maranon.
Leur idiome est très-différent de celui des Ticunas et dés autres tribus. On disait que la nation des Marubos était anthropophage, mais, depuis la fondation du bourg de Maucallacta sous les auspices de Don Antonio Villacres, on n'a jamais entendu parler qu'un fait semblable ait eu lieu.
Cochiquinas. Ce bourg est situé sur la rive gauche du Maranon, à deux lieues de Maucallacta, et à vingt-deux lieues de la frontière de Loreto. Sa population est de trois cents personnes, composée de quelques blancs de race péruvienne et d'indigènes nommés Mayurunas^ appartenant à une nation plus nombreuse de sauvages qui occupent ces forêts.
Les Mayurunas qui forment la population de Cochiquinas sont très-dociles ; ils s'occu* peut à recueillir les produits de la Montaiia, et se livrent à la poche et à l'agriculture.
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Aucun travail ne les rebute. Leur langue est différente de celle des Ticunas et des Manibos : ils parlent aussi la langue des Incas (c'est-à-dire le Quichua).
Il existe dans le bourg de Gochiquinas un dépôt de bois de chauffage, pour alimenter les machines des vapeurs brésiliens qui naviguent sur nos eaux, conformément au contrat passé entre le Brésil et le Pérou.
Pébas, capitale de district. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon, à six lieues de Gochiquinas, et à vingt-huit de la frontière de Loreto. Sa population se compose de quatre cents personnes , parmi lesquelles se trouvent trois familles de blancs, Péruviens d'origine; le reste est indigène, de la tribu Pera. Ges Indiens sont très-dociles et très-amis du travail, soit dans les forêts, soit dans les champs cultivés. A deux lieues du bourg de Pébas, on rencontre une tribu nommée Yaguas, qui se compose d'un nombre considérable d'indigènes, et qui s'étend jusqu'aux territoires des tribus Ticuna, Yuris et Orejones ( c'est-à-dire qui ont de grandes oreilles), qui résident plus à l'intérieur de la Montana: Toutes ces tribus sont en relation commerciale avec les Indiens Peros.
Les forêts habitées par ces tribus sont très-riches en végétaux. On y rencontre la Salsepareille^ les Cires blanche Jaune ei noire ^ le Brea,\^ Copaly VEncens^ la Gomme élastique^ le Lèche Zandi, le Palo de CruZy le Paie Amarillo, le Palo de Sangre, la Vanille, etc.
Les tribus dont nous venons de parler fabriquent des poisons de différentes espèces; la tribu des Ticunas excelle surtout dans cet art funeste. Ces diverses tribus tissent des hamacs en toile de chambira^ et empaillent grossièrement les oiseaux.
La tribu Pera s'habille entièrement; mais les Yaguas vivent entièrement nus, se couvrant à peine les parties sexuelles de paille de chambira, tissée dans ce but. Les Yuris se couvrent d'écorce d'arbre, et les Orejones de plumes d'oiseaux. Toutes ces tribus sont très-dociles, mais elles ne veulent pas sortir de leurs forêts pour former des villages et vivre réunis en société. Ils vivent dispersés au milieu des forêts, et ne se réu-
nissent que pour former leurs veretas (assemblées).
A vingt-six lieues du bourg de Pébas, on rencontre le rio Putumayo qui descend de la Nouvelle Grenade, et qui traverse le territoire péruvien pour aller se jeter dans l'Amazone sur les terres de l'empire du Bréâl. Le gouvernement espagnol maintenait sur le Putumayo un détachement de forces militaires.
L'agriculture de Pébas consiste dans la plantation du bananier^ de la yucca, du riz, du maïs, de la batate et des cannes à sacre. Mais cette culture est très-restreinte^ parce que chaque Indien ne plante que ce qui lui est nécessaire pour la subsistance de sa bmille. Ils se livrent également à la pêche.
Les armes de toutes ces tribus sont lalance, formée du bois de Ghonta, Parc, la flèche et la sarbacane.
Corococha, Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon, et au confluent du rio Napo. 11 se compose de deux familles qui parlent la langue espagnole et celle des Incas. Ils se livrent à la pêche, et sont on auxiliaire très-utile pour les commerçants qui naviguent sur les rivières. GorococfaaesV à une distance de treize lieues de Pébas et à quarante-deux de la frontière de Loreto.
Le rio Napo est navigable pour les bateani à vapeur. Ses rives sont habitées par de nombreuses tribus sauvages, qui entretiennent peu de relations avec celles qui ont embrassé le christianisme ; mais ces Indiens sont très-dociles, et l'on pourrait, au moyen de l'influence religieuse, les amener à se réunir en société. Leurs armes sont des lances de bois de Chonta, des arcs et des flèches.
Ils vivent de bananes, de yuccas, de cannes à sucre et de fruits sauvages. Us se nourrissent rarement de viande. Ils obtiennent du feu en frottant rapidement deux morceaux de bois l'un contre l'autre. Ils sont entièrement nus^ et ne se servent d'aucune étoffe pour couvrir les parties sexuelles. Ils ne connaissent aucune industrie : en un mot, ils sont dignes de là plus grande compassion.
Puca Alpa ou IStievo Oran. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon. D se compose de cent personnes. Tous sont indigènes, de la nation des Iquitos. Leur idiome
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est l'Iquitos : toutefois ils parlent aussi la langue des Incas, ils cultivent régulièrement la terre et se livrent à la pèche, et Ton peut DBuûlement les appliquer à d'autres occupations. Leurs armes sont la lance^ Tare et la flèche. Ce bourg est situé à quatre lieues audessus du confluent du rio Napo et du Maraiion.
Tinicuros. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon, à deux lieues d'Aran. Il se compose de deux familles, comprenant environ vingt-cinq personnes indigènes, delà tribu des Iquitos. Ils parlent parfaitement la langue des Incas, et vivent d'agriculture et de pêche. Leurs armes sont la lance, Tare et la flèche.
Iquitos. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maraiion, dans une plaine élevée, vaste et d'une fertilité admirable. Il est éloigné d'environ cinq lieues de Tinicuros^ et de cinquante-trois de Loreto. U se compose de trois cents personnes, dont deux cents proviennent de Santiago de Borja ; ils parlent l'espagnol et la langue des Incas. Les cent autres appartiennent à la tribu des Iquitos, qui font partie d'une nombreuse nation, répandue dans l'intérieur de la Montana. Ces Indiens viennent à certaines époques, et par troupes, pour faire des échanges avec les habitants du bourg. Ceux qui habitent les forêts sont en général tout nus, et ne font usage d'aucune étoffe. Seulement ceux qui viennent à la ville se couvrent d'une espèce de toile d'écorce d'arbres. Les armes de ceux qui vivent dans le bourg et dans les forêts, sont la lance, l'arc et la flèche.
n existe aussi, à Iquitos, trois familles de blancs qui se livrent à l'agriculture et au commerce avec les sauvages, qui apportent sur le marché des hamacs de toile de cham- Mrs, de la cire et de la salsepareille.
Omaguas. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon, à huit lieues d'Iquitos, et à soixante et une ' lieues de Loreto. II se compose de trois cents personnes indigènes, de la tribu Omaguas, qui subsistent de l'agriculture et de la pêche, qui est leur principale occupation. Ils sont habiles rameurs et amis du travail. Leurs armes sont Tare et la flèche. Us parlent aussi la langue des Incas.
Nauta^ capitale de district. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon, à trois milles du confluent de l'Ucayali, à cinq lieues d'Omaguas et à soixante-six de la frontière deLoreto. Il se compose, d'abord, de soixante habitants de race blanche, de trois origines différentes, savoir : des Portugais, des Brésiliens et des Péruviens; ensuite, de neuf cent quarante indigènes^ de la tribu Cocamas, anciens habitants du bourg de la Laguna. S'étant soulevés en 1829 contre la garnison de la Laguna, ils vinrent occuper la localité où ils fondèrent le bourg de Nauta.
Depuis cette époque, ils ont toujours fait craindre un nouveau soulèvement^ et ils ont commis quelques désordres locaux, d'ailleurs sans importance. Mais depuis qu'on a établi à Nauta un commandement militaire {la Comandancia miliiar) et une garnison, ces indigènes vivent tranquilles, sans causer aucun désordre; néanmoins ils aiment à déserter leurs foyers et à émigrer au Brésil, parce qu'ils y sont mieux payés. Ces désertions ont été conseillées et encouragées par des Portugais et des Brésiliens errants, qui malheureusement se rencontrent dans ces parages, sous la qualité mensongère de commerçants. Toutefois, depuis deux ans, on n'a eu à constater aucune émigration, parce que lorsque ces faux commerçants ont emmené avec eux quelques Indiens, le Pérou les a réclamés aux autorités brésiliennes, qui se sont empressées de les renvoyer dans leur patrie.
De 1830 à 1852, les commerçants ont emmené avec eux plus de 500 Indiens appartenant aux bourgs delà Laguna, de Sarayacu et de Nauta. Ces Indiens vivent actuellement au Brésil, ayant quitté leurs familles, et se trouvant dans l'impossibilité de revenir au Pérou. Établis au Brésil, ils ont été abandonnés de la manière la plus inhumaine et la plus cruelle, par ceux qui les avaient emmenés ; alors ces malheureux indigènes n'ont eu d'au tre ressource que de se livrer en qualité d'esclaves entre les mains de planteurs ou de maîtres, pour avoir de quoi subsister.
Les indigènes qui composent le bourg de Nauta se livrent à la pêche, et sont employés comme rameurs dans la navigation des rivières. Ils sont les plus habiles marins de
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toutes les tribus qui habitent les rives de l'Amazone. Leur culture embrasse plusieurs espèces de récoltes, telles que celle des bananes^ des yuccas, de la canne à sucre et du maïs. Us semaient ou plantaient uniquement le strict nécessaire pour la nourriture de leur famille : mais, depuis un an ou deux, ils s'appliquent à augmenter leurs récoltes, en conséquence des ordres qu'ils ont reçus de l'autorité. -^
La plupart des blancs qui résident depuis Lorelo jusqu'à Nauta ne s'occupent en aucune façon de culture; ils viveut aux dépens des Indiens, et s'abandonnent à l'oisiveté et à l'ivrognerie.
Les armes en usage parmi les indigènes sont la lance, l'arc et la flèche. Leur langue est le Cocama^ nom sous lequel on désigne la tribu à laquelle ils appartiennent. Us parlent également h langue des Incas.
Ce bourg est le second port autorisé pour le commerce étranger, et les vapeurs brésiliens y sont déjà entrés six fols, conformément au traité conclu entre le Pérou et le Brésil pour la navigation fluviale, au moyen des bâtiments à vapeur.
San Hfjis. Ce bourg est situé sur la rive droite du Maranon ot à six lieues de Nauta. Il se compose de trois cents indigènes, de la tribu des Yameos. Leur travail principal consiste dans la pêche et la navigation à la rame. Leurs récoltes se composent de bananes, de yuccas, de bâtâtes [camotes)^ de canne à sucre et de maïs. Ils sont dociles au travail. Leur langue est le Yameo, Ils ont pour armes la lance, l'arc et la flèche.
Parinari. Ce bourg est situé sur la rive gauche d'un bras de l'Amazone, à dix-huit lieues de Nauta et à douze de San-Rejis. II se compose de quatre cents indigènes, de la tribu des Panos. Leur idiome est le Cocama : leurs exercices favoris sont la chasse et la navigation à la rame. Ils cultivent la banane, l'yucca, la batate (camote), la canne à sucre et le maïs. Us sont amis du travail. Leur langue est celle des Incas. Us ont pour armes la lance, l'arc et la flèche.
Urarinas. Ce bourg est situé sur la rive droite d'un bras du Maranon, à vingt-six lieues de Parinari, et à quarante-quatre de Nauta. U se compose de cinquante habitants,
faisant partie d'une tribu nombreuse qui réside sur les bords du Chambira, et nouvellement convertis au cathoHcisme. Leur occupation principale consiste dans l'agriculture, la pêche, la chasse dans les forêts, la récolte de la cire et des baumes de la Montana. Mais les produits de leurs travaux se réduisent à peu de chose, parce qu'ils n'aiment pas travailler. Us sont misérablement vêtus, car iU gagnent bien peu de chose. Leurs armes sont la lance, l'arc et la flèche.
Cette localité est située à cinq lieues da confluent de l'Huallaga avec le Maranon.