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VILLE DU CALLAO

Le Callao (1), cette ville sans cesse crois-

(1) On dit le Callao comme on dit le Pirée^ port d'Athènes. {Note du Traducteur.)

santé, dont le progrès dans le commerce et l'industrie est vraiment gigantesque, est le premier et le meilleur port de la République du Pérou, pour la tranquillité de ses eaux, et pour son mouillage admirablement abrité contre les vents. Sous ce dernier point de vue, ce port n'a point de rival parmi les ports de la côte de l'océan Pacifique.

L'ancienne ville du Callao était de forme triangulaire : elle fut entourée de murailles sous la vice-royauté du marquis de Mansera, et les fortifications ont coûté 369,000 piastres. Il y avait treize bastions, armés de canons fondus à Lima. En 1671, le vice-roi comte de Lémus la nomma ciudad (ville de premier ordre). En 1694, on construisit un quai magnifique en pierre de taille, tirée d'une île voisiné. U y avait sept églises, savoir : la Parroquia (la Paroisse)^ San Aguslin, Santo Domingo^ San Francisco, San Juan de DioSy la Merced et la Compaûia, Cette ville possédait aussi un palais pour les vicerois. Elle s'étendait depuis l'endroit où s'élève aujourd'hui le fort de la Independencia, jusqu'au point nommé Camotal. L'Ile de San Lorenzo se trouvait à l'Ouest à une distance d'une demi-lieue, et le golfe nommé Mar Brava était au Sud. Toutes les maisons étaient bien bâties et généralement de deux

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étages. La ville occupait d'ailleurs toute l'enceinte des murailles.

Une aussi belle cité fut entièrement détruite, le vendredi 28 octobre 1746, à dix heures et demie du soir, par la fureur des ondes de l'Océan. Il périt prés de sept mille habitants.

Voici un récit abrégé de cet épouvantable cataclysme, qui renversa également la ville de Lima de dessus ses fondements, et ne laissa debout dans cette capitale que quelques rares édifices.

Le tremblement de terre qui produisit de si terribles effets avait un mouvement horizontal de l'Est à l'Ouest. Il entr'ouvrit la vallée du Rio-Hiseca dans la province de Lucanas. Il sortit des fentes du sol une multitude d'animaux souterrains qui n'avaient jamais vu la lumière. Dans la vallée de Totopo, à 11 lieues de Pativilca, les montagnes de Julcan se fendirent. A Huaylas, ville située dans la province du môme nom, et à Ayapata (province de Garabaya) , la terre entr'ouvrit également son sein, et vomit une eau bourbeuse qui, corrompant l'atmosphère et les rivières voisines, causa la mort d'un grand nombre de personnes. Peu de cataclysmes sont comparables à celui-ci.

Le P. Lozano, de la Compagnie de Jésus, a adressé une lettre au P. Bruno Morales de la môme Compagnie, résidant à Madrid, et lui a raconté cette épouvantable catastrophe, une des plus effrayantes dont l'histoire des nations modernes fasse mention. Nous allons donner un extrait de ce qu'il y a de plus important dans cette lettre qui, du reste, est d'accord avec le rapport officiel du vice-roi de cette époque, le comte de Superunda, sauf quelque différence dans les détails. Nous avons eu sous les yeux l'original de ce rapport.

En moins de trois minutes tous les édifices élevés de Lima furent renversés : il ne resta debout que 25 maisons, et sur 60,000 habitants que renfermait alors cette capitale, il en périt environ 5,000. Toutes les églises furent ou bien lézardées de haut en bas, ou renversées totalement. Des deux tours de la cathédrale, la première se renversa à la hauteur de la voûte de la nef; la seconde à la hauteur où se trouvaient les cloches. Le reste de l'édifice était très-endommagé* Dans leur

chute, les deux tours effondrèrent les voûtes des chapelles latérales.

Cinq autres églises magnifiques appartenant à différents ordres religieux éprouvèrent le môme sort. Celles des Augustins et des P. P. de la Merci (Mereedarios) furent celles qui souffrirent les plus grands dommages. Le grand collège de San Pablo (St- Paul) perdit ses deux tours, la voûte de la sacristie et la chapelle de San-Igoacio. Presque toutes les églises, couvents^ monastère^ chapelles et hôpitaux ont éprouvé plus oa moins les mômes désastres. Tous ces édifices contenaient des richesses immenses en or, en argent, en pierres précieuses, etc. Le collège de San-Pablo récemment achevé, la maison du Noviciat, son église et la chapelle intérieure furent entièrement renversés de dessus leurs fondements. La maison des Desamparados (des Délaissés) devint inhabitable. La chute des grands édifices enveloppa dans leur ruine les maisons voisines, ctûmgeant presque toute la ville en un tas de décombres.

Au milieu de l'épouvante générale que pro* duisit une catastrophe aussi terrible, tons les habitants cherchaient leur salut oh ils pouvaient : mais les uns tombaient écrasés sous les murs, et les autres dans leur trouble allaient se briser contre les ruines.

Le magnifique arc de triomphe que le marquis de Vlllagunera avait fait construire sur le pont, et au sommet duquel il avait fait placer une statue équestre du roi d'Espagne Philippe V, œuvre admirable par la richesse de son architecture, fut réduit en poussière.

Le palais des vice-rois, qui renfermait les salles de la Audiencia , le Tribunal des Comptes, la Chambre royale, et les autres bureaux de l'administration publique, furent tellement ruinés, qu'il n'en resta aucun vestige.

Le tribunal de l'Inquisition, sa magnifique chapelle, l'Université royale, les Collèges et tous les édifices de quelque importance ne présentaient plus que de tristes ruines.

Pendant le tremblement de terre, et dans les jours qui suivirent, les habitants de la capitale, tremblants de se voir ensevelir par la chute des édifices, se réfugièrent sur la

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grande place {Plaza Mayor), En un instant des fortunes colossales furent détruites, et des capitaux immenses anéantis*

Les religieuses Récollettes ne voulurent pas abandonner leur cloître déjà en ruines^ et préférèrent mourir plutôt que de manquer à leurs vœux. Douze religieuses Carmélites, y compris la prieure, furent écrasées sous les décombres. Deux sœurs converses et quatre servantes eurent le môme sort. Deux religieuses de la Conception et une du Carmel périrent également sous les ruines de leur couvent. Les religieuses Dominicaines etAugustines perdirent treize de leur& sœurs : les Franciscaines deux, et les religieuses de la Merci également deux. Les Bénédictins, les Jésuites, les Augustins et les pères de Si- Jean de Dieu n'éprouvèrent aucune perte.

Soixante-dix malades de Thôpital Santa- Ana périrent sous les ruines de cet établissement. Un petit nombre toutefois de personnes de haut rang trouvèrent la mort dans cet affreux bouleversement.

La consternation générale fut si grande, la terreur si profonde, que les habitants ne songeaient ni à retirer des décombres les cadavres de leurs parents, ni leurs capitaux, ni leurs bijoux précieux.

Comme il n'était pas possible d'enterrer séparément chaque victime, on ouvrit des fosses communes au milieu des rues et dos places. Tous ces corps en putréfaction entassés au milieu de la ville, les cadavres de 3,000 chevaux, mulets et ânes qui avaient également péri, causèrent dans l'air une telle corruption, qu'elle causa à son tour la mort d^un grand nombre de personnes.

Ce premier fléau fut naturellement suivi d'un second presque aussi terrible, nous voulons dire la famine : une grande disette de vivres se fit alors sentir; les brigands profitèrent de ces jours d'alarmes pour commettre leurs vols. En conséquence le vice-roi fit dresser deux potences à Lima, et deux autres au Callao pour punir les malfaiteurs.

Rien de ce que nous venons de peindre n'est comparable aux désastres éprouvés le même jour par les habitants du Callao. L'Océan s'éleva k une hauteur prodigieuse, envahit le sol sur lequel était bâtie la ville , jusqu'à une lieue dans l'intérieur des terres.

En refluant dans son lit, il balaya dans sa fureur la ville, les murailles et les habitants. Il laissa à peine debout quelques pans des murs qui entouraient cette splendide cité. Six couvents, savoir : celui des Jésuites^ de San-Juan de DioSy deSan-FranciscOy de Sanfo Domingo et de San^AgusHUy furent ensevelis dans les ondes. Le P. Arispe , religieux Augustin , échappa seul à ce nouveau déluge.

Près de sept mille habitants périrent dans cette horrible catastrophe : cent personnes à peine purent se sauver; car celles qui s'enfuyaient pour se réfugier à Lima furent surprises en chemin par les ondes envahissantes. Cette sortie furibonde de l'Océan hors de son lit eut lieu peu de temps après le tremblement de terre.

Il y avait alors dans le port 23 bâtiments. Sur ce nombre, 19 furent irisés et coulés à fond, et les 4 autres vinrent s'échouer à terre, où l'on parvint à sauver seulement la cargaison qui consistait en blés, suifs, etc.

Pour donner une idée de la fureur et de la violence des vagues de l'Océan, il nous suffira de dire que l'église entière de San- Agustin fut entraînée jusqu'à l'île de San Lorenzo. Quelques habitants réussirent cependant à s'échapper dans une autre île qui se trouve dans la rade du Callao.

On évalue à 600,000,000 de piastres (3,000,000,000 de francs) les pertes éprouvées à Lima et au Callao le 28 octobre 1746. Les secousses furent continuelles et durèrent jusqu'au 29 novembre.

Le vice-roi se conduisit héroïquement au milieu de cette affreuse calamité. Partout plein de courage et de sollicitude à la fois, il tâchait de remédier aux maux immenses qui affligeaient les deux cités, et de porter des secours prompts et efficaces aux malheureux habitants.

La ville actuelle du Callao peut se diviser en deux parties : la ville neuve et la vieille ville. Le quartier neuf renferme des îlots de maisons réguliers, puisque toutes les rues se coupent à angles droits. Ces rues sont d'ailleurs larges, et suffisent amplement aux besoins de la circulation. La vieille cité au contraire a des rues étroites qui forment une espèce de labyrinthe, comme dans les villes anciennes de l'Europe.

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Dans cette ville se trouvent les fameuses forteresses du Callao, qui ont coûté plusieurs millions de piastres, et célèbres par le siège que soutint, pendant treize mois, Rodil^ chef des troupes espagnoles, contre Parmée patriote envoyée par le général Bolivar. Rodil ne se rendit que le 22 janvier 1826, vaincu par la famine et les fatigues, après avoir combattu presque tous les jours. Ces citadelles servent aujourd'hui de bâtiments à la douane^ et renferment de vastes magasins de dépôt.

La rade est vaste ^ et peut contenir un nombre immense de vaisseaux. Elle est parfaitement abritée contre tous les vents. Le mouillage est sûr, sans écueils ni bas-fonds. On a observé que les ondes présentaient une couleur olivâtre. Elle provient, selon Duperrey, d'une matière organique en suspension qui, brûlée, laisse une cendre blanchâtre, très-semblable à la terre végétale qu'il y a entre le Callao et le Morro-Solar.

Le quai du port est très-commode pour l'embarquement et le débarquement des passagers et des marchandises. Sous d'autres rapports, celte ville n'a rien de particulier : mais nous pouvons affirmer qu'elle progressera proportionnellement plus vite que Lima, à cause de l'esprit entreprenant de ses habitants et de leur union en tout ce qui concerne le bien public.

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