‹ Géographie du Péron, corrigée et augmentéeChapitre 199 sur 321 · CONSTITUTION PHYSIQUE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION PHYSIQUE

partie située au Sud et à l'Ouest de cette irovince présente un terrain entrecoupé

de vallées et de montagnes; la région placée au Nord et à TEst offre , au contraire, une plaine immense, couverte d'une riche végétation, et sillonnée dans toutes les directions, par des rivières au cours lent et paisible, et formant un magnifique réseau navigable.

La principale chaîne de montagnes qui traverse la province littorale de Loreto, et qui sert, pour ainsi dire, de limite entre la partie montagneuse et la région des plaines , a son origine dans la Cordillère de Cerro de Pasco. Cette chaîne, dont nous parlons, côtoie la rive droite du rio Huallaga, s'allonge dans la direction de l'Ouest à l'Est jusqu'à Muna; là elle se replie vers le Nord , et presque aussitôt vers le Nord-Est, pour revenir encore dans la direction du Nord. Elle suit parallèlement

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

l'Huallaga jusqu'à quelques lieues au-dessous du confluent du rio Mayo qui baigne Moyobamba. En ce point, la chaîne de montagnes se trouve coupée par le rio Huallaga, dont le lit se rétrécit , et passe à travers une espèce de gorge nommée Pongo de Aguirre. Au delà du Pongo d'Aguirre, le rio Huallaga coule vers le N. N. E. ; la chaîne de montagnes se dirige au N. 0. et passe au Nord de Moyobamba; enfin, au Nord de Ghachapoyas, elle se trouve coupée de nouveau, et forme le célèbre Pongo de llfameriche, sorte d'écluse par où passe le Maranon.

Cette chaîne de montagnes est formée, dans sa plus grande partie, de grès ou de sable, qui varie de couleur, et qui passe du blanc au jaune et du jaune au rouge. Sa consistance est aussi très-variable. Quelquefois, en effet, le grès est très-compacte, et dans d'autres cas il a si peu de cohésion qu'il se résout en sable sous la moindre pression des doigts. Le même phénomène se produit sous l'influence des pluies violentes, si fréquentes dans la région traYisandine. On peut voir un exemple remarquable de la désagrégation des roches de grès dans la ville même de Moyobamba, où les pluies produisent des ravins si profonds que la ville paraît divisée en plusieurs îlots.

Ces roches de grès appartiennent aux terrains désignés^ eti géologie, sous le nom de formation du trias. On rencontre , dans la chaîne de montagnes de la province littorale de LoretOy de même que dans les autres terrains de cette formation, plusieurs sources d'eau salée et de nombreux gisements de sel.

La région unie de cette province se trouve entièrement couverte d'un terrain d'alluvion, au milieu duquel on ne trouve pas le plus petit caillou. On peut voyager ainsi sur un espace de plusieurs centaines de lieues, au mi* lieu d'un pays où les cailloux et les pierres sont entièrement inconnus. Ce fait est si constant que les Indiens qui naviguent sur l'Ucayali, dans le but de pêcher et de saler le poisson , emportent toujours avec eux , dans leurs canots, une pierre pour pouvoir aiguiser leurs haches et leurs couteaux.

Sur les bords de l'Amazone, on trouve néanmoins quelquefois des morceaux de pierre

ponce, que leur porosité rend très-légers, et qui viennent en flottant sur l'eau, après avoir été arrachés au territoire de la république de l'Equateur par le rio Pastaza, affluent da Maranon.

Le climat de la province littorale de Loreto est chaud et humide: sa température moyenne est de 21° à 22® du thermomètre centigrade. L'atmosphère est si chargée d'homidité, qu'il sufQt de quelques jours pour que tous les objets, tels que les habits, les souliers et les livres, se couvrent d'une couche de végétaux microscopiques. Malgré l'élévation de la température propre à ce pays, la chaleur n'est pas insupportable, parce que l'air est continuellement rafraîchi par des pluies fréquentes , par une végétation extr^ mement active , et par l'évaporation continuelle de l'eau qui couvre une grande partie du sol; seulement, pendant les heures les plus chaudes de la journée^ sur les vastes plages sablonneuses que l'on voit une grande partie de l'année sur les bords de l'AmanDe et de l'Ucayali, on éprouve une chaleur sirffocante et insupportable, qui rend nécesnoe l'usage des bains. En naviguant sur l'Uaplii j'ai observé plusieurs fois que le thermomètre, placé dans le canot et à l'ombre, s'élcfait à 34° centigrades. Dans ces circonstances, le sable de la plage devient si chaud qu'il est impossible d'y faire un pas sans éprouver une véritable brûlure aux pieds.

Dans la province littorale de Loreto, les pluies sont très-fortes et très-fréquentes, et peut-être n'y a-t-il pas sur le globe un autre pays où il tombe une plus grande quantité d'eau. Le voyageur qui, après avoir parcouru la côte aride et sablonneuse du Pérou, traverse les chaînes élevées formées par les différentes ramifications de la gigantesque Cordillère des Andes , et descend au sein de cette région humide et chaude, est étonné de voir, d'un côté , la quantité exiguë d'eau qui descend vers la mer Pacifique , et de l'autre, U masse énorme de cet élément si utile qui, du versant oriental de la môme chaîne, roule vers l'océan Atlantique.

Cette grande différence dans la quantité d'eau qui descend des deux versants opposés de la Cordillère dépend assurément des pluies, qui sont si rares et si faibles sur b

APPENDICE

Côte qu'elles en méritent à peine le nom, et qui, au contraire, sont si abondantes et si fréquentes dans la région transandine. Mais oo demandera : a Quelle est la cause pour laquelle il ne pleut jamais sur la côte du Pérou, tandis qu'au contraire il tombe tant d'eau dans le Pays des Forêts ?» — La réponse à cette question n'est pas facile à donner. Plusieurs auteurs ont écrit sur ce sujet, mais personne n'a pu donner une explication satisfaisante. Quelques-uns ont prétendu que la cause du manque de pluie sur la côte du Pérou se trouve uniquement dans la persistance des vents soufflant du Sud au Nord. Mais, s'il en était ainsi, le môme phénomène se produirait sur la côte du Chili et de Guayaquil, et nous savons positivement le contraire, c'est-à-dire qu'il pleut suffisamment dans ces deux pays. D'autres ont soutenu que la raison pour laquelle il ne pleut pas sur la côte du Pérou est due au voisinage de la Cordillère : mais la même Cordillère s'étend le long des autres États situés au Nord et au Sud du Pérou, presque toujours à la même distance de la côte, et néanmoins il pleut dans ces deux régions.

Si l'on me demande mon opinion, je répondrai que la direction des vents est une des causes principales, mais non pas la seule qui occasionne cette sécheresse extraordinaire : la nature du terrain contribue également à la production de ce phénomène météorologique.

Nous venons de prononcer le mot de phénomène météorologique : eh bien , pour se former une idée claire de ces phénomènes, il suffit de posséder les notions les plus simples de la météorologie.

Ainsi, en remontant aux premières causes, je dirai : que la n\er est la principale source des vapeurs aqueuses répandues dans l'atmosphère. Ces vapeurs, en s'élevant au-dessus de la surface de l'eau jusqu'à un point où la température est un peu plus basse, se réunissent, s'agglomèrent et se condensent jusqu'au point de se rendre visibles sous la forme de nuages. Les vapeurs aqueuses éparses dans l'atmosphère, invisibles ou condensées sous la forme de nuages, demeureraient immobiles au milieu des airs sans les vents qui sont produits par la température inégale

des différents lieux ; par conséquent ce sont les vents qui transportent les vapeurs aqueuses à l'intérieur des continents. Le vent sera alors d'autant plus chargé de vapeurs que la surface de la mer sur laquelle il aura passé sera plus grande. Mais pour qu'un vent qui vient de la mer transporte à l'intérieur des terres une grande quantité de vapeurs, il est nécessaire qu'il ait une direction presque perpendiculaire à la terre. En jetant un coup d'œil sur une carte, et en s'arrétant à considérer la forme de l'Amérique méridionale et la direction de ses côtes, on voit que cette forme est celle d'un triangle , et que le côté formé par les rives de l'océan Pacifique, ou côte occidentale, se dirige, à une légère différence près, du Sud au Nord.

Maintenant, si Ton observe la direction la plus constante des vents qui régnent sur la côte occidentale de l'Amérique, on voit, sauf quelques exceptions, que c'est celle du Sud au Nord ; de manière que les vents sui* vent parallèlement la direction de la côte, et par conséquent le vent du Sud, qui s'est chargé de vapeurs aqueuses en passant sur une certaine surface de la mer, ne fait que côtoyer les rivages du Pérou sans pénétrer dans l'intérieur des terres. Mais, d'un autre côté, les vapeurs aqueuses transportées par les vents aux régions élevées et froides des Cordillères, se condensent sous l'influence de la température, retombent en pluie et donnent naissance aux ruisseaux, qui, par leur réunion , forment des rivières. Si ces vapeurs, par les raisons que nous avons données plus haut, sont peu abondantes, elles ne peuvent assurément donner, par leur condensation, naissance à de grandes rivières, et l'on concevra facilement le manque de cours d'eau considérables sur le versant occidental de la Cordillère.

Voyons maintenant ce qui se passe sur la côte orientale de l'Amérique méridionale. En observant la configuration de la côte, nous voyons qu'elle forme à peu près un angle droit, dont l'un des côtés s'étend depuis le cap Horn jusqu'au cap San-Roque, et l'autre depuis le cap San-Roque jusqu'auprès de l'isthme de Panama. Le premier côté de l'angle droit dont nous parlons a une direction du Sud-Ouest au Nord-Est, de sorte

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU

qu'il regarde le Sud-Est ; le second a une direction du Sud-Est au Nord-Ouest, et regarde par conséquent vers le Nord-Est. En observant la direction des vents qui soufflent sur la côte orientale de l'Amérique méridionale, on voit que ce sont les vents les plus constants du globe : ils sont généralement connus sous le nom Vents alizés. L'un souffle directement du Sud-Est, et Tautre du Nord- Ouest ; de sorte que ces deux vents soufflent précisément dans une direction perpendiculaire aux deux côtés de l'angle rectangle qui forme la côte orientale de l'Amérique méridionale. Mais, comme le vent alizé du Sud- Est traverse la plus grande surface possible de la mer, c'est-à-dire le Grand Océan, et que le vent alizé du Nord-Est passe sur l'océan Atlantique , ces deux vents se dirigent vers les côtes de l'Amérique méridionale, complètement saturés de vapeurs aqueuses, et parvenus à la région élevée et froide des diverses ramifications de la Cordillère, les vapeurs dont ils sont chargés se condensent, se résolvent en pluies abondantes, et donnent naissance à un nombre infini de rivières qui sillonnent dans toutes les directions la partie orientale de l'Amérique méridionale, et qui, par leur réunion, forment les fleuves majestueux de PAmazone, de la Plata et de 1*0rénoque.

Après avoir reconnu la cause de la plus grande quantité d'eau qui descend du versant oriental de la cordillère des Andes, il nous reste encore à connaître pourquoi il ne pleut pas sur la côte du Pérou, tandis que dans les pays situés au Nord et au Sud du Pérou, et placés sous l'influence des mêmes vents, il tombe des pluies très-abondantes. Personne n'a encore songé à se rendre compte de l'influence que peut avoir la nature du terrain de la côte du Pérou sur le manque de pluie qu'on éprouve dans cette région. La côte du Pérou parait s'être soulevée et être sortie du sein de l'Océan, il n'y a pas longtemps, et se trouve recouverte sur toute sa longueur d'une épaisse couche de sable, qui a, sur quelques points , de quinze à vingt lieues de largeur. Celte couche de sable s'élève presque jusqu'à la cime des montagnes de la côte, et se trouve parsemée de débris de coquillages marins , semblables à ceux qui

vivent actuellement dans la mer qui baigne la côte.

Ce sable mouvant est un bon conducteur du calorique, de sorte que, sous l'action des rayons solaires, il s'échaufTe beaucoup et produit un courant d'air ascendant, dont la température élevée empêche toute condensation de vapeurs aqueuses : celles-ci, se dispersant dans les couches supérieures de l'atmosphère, sont emportées jusqu'à la cordillère, où elles se condensent sous l'influence d'une température plus basse et tombent sous forme de pluie, de grêle et de neige : ainsi, quand l'été règne sur la côte, c'est la saison des pluies dans la région élevée du Pérou.

Quand, au contraire, l'hiver règne sor la côte, l'atmosphère étant plus froide , il se présente d'autres phénomènes. Alors le sable, qui est meilleur conducteur du caloriqueqae l'eau de mer, se refroidit plus que cette de^ nière, et les vapeurs qui s'élèvent de la svffface de la mer se condensent dans le voisinage du sol, sous l'influence de la basse tanpérature du sable, et produisent ces bromilards épais, si communs pendant rhiveriar la côte du Pérou. En même temps, et ponrla même raison que le sable est plus froid qoe l'eau de mer, il se produit un courantatmosphérique de la terre à l'Océan, c'est-à-dire qu'alors la direction des vents change et que le vent du Nord souffle fréquemment. En venant de la terre, il empêche l'accumulation de nouvelles vapeurs apportées par les vents maritimes du Sud : ainsi, pour cette nouvelle raison, il ne peut pas non plus tomber, pen* dant l'hiver, de fortes pluies sur la côte du Pérou.

Pour avoir une preuve convaincante de ce que nous venons d'exposer, qu'on se rap* pelle les phénomènes météorologiques qui se passent en Egypte. L'Egypte, en effet, est un pays où il ne pleut jamais ; là, les mêmes causes produisent les mêmes effets que ceux que nous venons de décrire au Pérou. On sait que le sol égyptien, à l'exception de la vallée arrosée par le Nil, est sablonneux et stérile comme la côte du Pérou.

Si l'on désire encore un autre exemple, qu'on examine la côte orientale d'Afrique. Si, une mappemonde sous les yeux, on compare la côte orientale d'Afrique à celle de

APPENDICE

'Amérique méridionale, on verra qu'elles )nt à peu près la môme configuration et la nême direction; de manière que la partie ituée au sud de Téquateur, comme la côte orientale de TAmérique du Sud, reçoit perlendiculairementle vent alizé du Sud-Est qui, raversant le Grand Océan, se trouve très- :hargé de vapeurs aqueuses. Néanmoins, dans ;es conditions égales, on ne remarque pas, sur a côte orientale d'Afrique, ces grands fleuves piî arrosent la partie orientale de TAméîque du Sud. Cette différence est due à ce jue, dans cette partie de TAfrique, il n'existe |)as de chaînes de montagnes élevées, qui [missent condenser les vapeurs aqueuses, mais seulement de grandes plaines^ peu élevées, stériles et sablonneuses, qui, échauffées par les rayons solaires, forment un courant atmosphérique ascendant, qui emporte ces vapeurs sans leur permettre de se condenser. Ces vapeurs, se répandant alors dans les régions élevées de l'atmosphère, donnent lieu à des courants contraires à ceux que Ton éprouve à la hauteur du niveau de la mer.

De tout cet exposé, il résulte que le phénomène des pluies ne dépend pas seulement des vents, mais encore de la nature du terrain.

Page 1