SION
Le bourg de Sion a été fondé à la môme époque que celui de El Valle ; il est peuplé d'Indiens Hibitos. Sa situation est à trois lieues S. S. E. du bourg del Valle, sur la rive droite et presque au confluent du rio Sion avec l'Huallaga. Le bourg de Sion est à quatre jours et demi de navigation , par le rio Huallaga, du port de Tingo -Maria: sa population actuelle est de 350 à 400 habitants. Les produits et le commerce de Sion sont les mômes que ceux du bourg del Valle.
50 BALSATACU.
Le bourg de Balsayacu renferme 200 habitants, et il a été fondé en 1788. Il a été peuplé par les Indiens Cholones du bourg del Valle. Sa situation est sur la rive droite du rio Balsayacu ou Matallon, près du confluent de cette rivière avec le Huallaga. Les habitants cultivent la coca et le tabac que l'on exporte dans la province de Pataz.
60 TOCACHE.
Le bourg de Tocache se trouve situé sur la rive droite de la rivière du môme nom, une lieue au-dessous de son embouchure dans le Huallaga. Du port de Tingo-Maria au bourg de Tocache, on descend par l'Huallaga en moins de quatre jours. L'élévation du bourg
de Tocache au-dessus du niveau de la mer est de 613 varas (51S mètres).
Tocache est un petit bourg qui ne renferme pas plus de 300 habitants. Ils sont très-paresseux, et, malgré la fertilité du sol et la douceur du climat, ils sont dépourvus de tout, môme des choses les plus indispensables à la vie. Ils se contentent de cultiver quelques bananes {platanos ) qui leur servent de pain , et quelques yuccas avec lesquelles ils préparent leur boisson favorite qu'ils appellent Masato, Cette boisson les enivre, et ils passent ainsi la moitié de leur vie plongés dans l'ivresse. Ces Indiens n'ont aucun amour pour la civilisation : rien ne peut les arracher à leur indolence; s'ils travaillent quelquefois, il fout payer leur journée très-cher. Pour se procurer un peu de toile de colon^ et couvrir ainsi leur nudité , ils cultivent un peu de coca et de tabac, deux articles qui leur servent d'échange.
Les habitants de Tocache possèdent entre leurs mains une source de richesses qui pourrait leur procurer des trésors immenses. Nous vouions parler du sel qu'ils poumient eux-mômes transporter et vendre dans la province de Pataz, qui en a un si grand besoin.
En effet, ils possèdent dans une vallée dont la rivière se jette dans l'Huallaga par la rive droite, des salines très-abondantes, situées à deux jours de navigation en amont de Tocache; mais leur apathie est telle qu'ils n'en tirent que ce qui est nécessaire pour leur propre usage. Si quelquefois ils vendent un peu de sel, ils exigent 4 réaux en argent par arrobe; et lorsqu'ils l'échangent contre des vêtements ils demandent une piastre par arrobe.
Les maisons de Tocache, comme celles de presque tous les bourgs de la province littorale de Loreto, sont formées de palissades et recouvertes d'un toit de feuilles de palmier. Le climat de Tocache est très-agréable, parce que, pendant les chaleurs de l'été, l'atmosphère est rafraîchie par un doux zéphyr.
Les Vampires.
Il est un fléau qui , bien que commun à presque toutes les localités de la province littorale de Loreto, sévit avec plus de violence ' dans les bourgs de Tocache, de El Valle et (fe
APPENDICE
Jevcros , je veux parler des, vampires. Plusieurs voyageurs ont mis en doute si les vampires suçaient également le sang de Thomme; moi-même j'avais eu peine à le croire; mais lorsqu'on parcourt les bourgs deTocache, de El Valle et de Jeveros, on pourra observer journellement ces faits. A Tocache et à Jeveros , où les maisons sont ouvertes près du toit , il est impossible de dormir dans une maison sans être piqué par ces animaux dégoûtants; et si Ton veut s'en débarrasser, il est absolument indispensable de couvrir le lit avec un rideau bien clos.
Les Indiens qui transportaient nos bagages se réveillaient tous les matins les pieds baignés de sang, qui coulait d'une ^ deux et même ti:ois piqûres aux doigts des pieds. Pour sucer le sang, les vampires recnerchent toujours l'obscurité : en effet , pendant les belles nuits éclairées par les rayons delà lune, nos Indiens se trouvaient complètement à l'abri des piqûres des vampires, même lorsqu'ils dormaient hors des cases, pourvu qu'ils fussent exposés à la lumière de la lune.
Les vampires que l'on rencontre à Tocache sont de plusieurs espèces, et parmi elles nous citerons \e Pkyllostoma innominatum (Poep.) et le Pkyllostoma erythromus (Tschudi). Ces botes malfaisantes attaquent également tous les animaux domestiques : ils n'épargnent pas non plus les poules, dont ils épuisent entièrement le sang.
Villages des environs de Tocache.
A une demi - lieue de Tocache, dans la direction de l'Huallaga , se trouve un village appelé AlmendrOy qui renferme 50 ou 60 habitants.
En descendant le cours de l'Huallaga, sur une distance d'environ 4 lieues, à quelques cuadras au-dessous de l'embouchure du rio MixioUo, se trouve situé le port de Pizana^ où vivent 40 ou 50 Indiens. .
Entre Tocache et Pizana , il y avait autrefois un chef-lieu de mission appelé la Pampa Hermosa (la Belle-Pampa), dont on oe rétrouve plus même les ruines.
En suivant la vallée du rio Mixiollo jusqu'à la source de la rivière, on rencontre plusieurs cabanes éparses çà et là^ au milieu de l'épaisseur des bois; et à la source même du Mixiollo, on trouve le village de Utcubamba^ dont la population est de 200 habitants. Ce village est situé à 4^656 varas (1^384 mètres) au-dessus du niveau de la mer.
A gauche du chemin de Pizana, à Utcubamba, se trouve un village plus considérable que ce dernier, et nommé Ongon. Ce village, quoique bâti plus récemment que Utcubamba^ compte déjà plus de 500 âmes.
Les habitants de Utcubamba et de Ongon sont actifs et laborieux. Presque tous sont des indigènes de la province de Pataz, qui se sont établis dans ces lieux ^ qu'ils ont défrichés pour y cultiver la coca. Ils exportent cet article dans la province même de Pataz.
7o UCHISA.
Le bourg de Uchisa a été fondé , en 1791, par les Indiens de la tribu des Cholones sortis du bourg, aujourd'hui détruit, de la Pampa Hermosa, et quelques autres Indiens venus du bourg del Valle. Il est situé sur la rive droite du rio Malliz , à un peu plus de deux lieues au-dessous du confluent de cette rivière avec l'Huallaga. Uchisa renferme 250 habitants , plus industrieux et plus courageux que ceux de Tocache. Parmi tous les bourgs de ce district que nous ayons cités, celui d'Uchisa est celui qui fait le plus de commerce. Il exporte à Huamachuco, province de Huamalies, une quantité considérable de coca.
8o HUANUGO.
Le bourg de Huamuco est situé sur la rive droite de la rivière de ce nom, et à plus d'une lieue de distance du rio Huallaga; c'est ce bourg qui déter0iine la frontière méridionale du vaste district de Pachiza. Sa population est d'environ 200 âmes; la culture principale est la coca, que l'on expédie dans la province de Huamalies. Le bourg de Huamuco est situé à une journée de navigation en amont du port de Tingo-Maria.
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU
QDÂTBlilE DISTRICT.
DISTRICT DE TINGO-MARIÀ.
Ce district est peu étendu, et comprend seulement les petits bourgs de :
Tingo-Maria, Playa-Grande»
San Antonio, Taso et
Chicoplaya.
fo TINGO-BIARIA.
Quoique Tingo-Maria ait donné son nom au district, cette localité ne peut néanmoins recevoir le nom de bourgs n'étant qu'un simple village (Caserio) qui n'a d'autre importance que d'être le premier port pour ceux qui descendent l'Huallaga en venant par le chemin de Huanuco, dont ce port est éloigné de trente lieues. Tingo-Maria est situé sur la rive droite du rio Huallaga , presque en face de son confluent avec le rio Monzon. Son élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de 738 varas (617 mètres). Le commerce des habitants de Tingo-Maria consiste dans le tabac qu'ils exportent à Huanuco.
fio SAN ANTONIO.
Ce petit bourg est situé vis-à-vis de Tingo- Maria^ sur l'autre rive du rio Huallaga, de sorte qu'il n'en est éloigné que de quelques cuadras. Le bourg de San-Antonio a environ 200 habitants, qui s'occupent de la culture du tabac. Cet article se vend par paquets (Mazos) ; il s'appelle tabac Machambre, si les paquets sont formés de feuilles pourvues de leurs côtes ou nervures ; on lui donne le nom de Andullo (c^est*à-dire en carotte) si les Masos sont composés de feuilles dépouillées de leurs nervures.
A Tingo-Maria et à San-Antonio , le tabac machambre vaut un demi réal le mazo ou paquet, et Vandullo un réal. A Huanuco^ ces espèces de tabac se vendent à un prix au moins double de celui du Heu de leur production.
3<> PLATA-€RANDE OU PUEBLO-NUETO.
Le bourg de Playa - Grande est également connu sous le nom de Pueblo-Nuevo; il a été fondé en 1782, et peuplé par les Indiens de la tribu des Cholones , sortis du bourg antique de Cuchera. Playa-Grande se trouve située sur la rive gauche du rio Paiairondos, à une demi -lieue du rio Monzon, et à un pen plus de trois lieues de Tingo-Maria. En 1805, Playa-Grande fut ravagée par la fièvre jaune, qui réduisit le nombre de ses habitants à 70 ou 80 , mais* depuis cette époque la population a augmenté de nouveau. Playa-Grande est le port de ceux qui viennent, par lesforéb de Monzon, s'embarquer sur l'Huallaga.
A^ TASO.
Le petit bourg de Taso est fondé depuis peu de temps : il est situé sur la rive droite du rio Monzon, à quatre lieues au-dessus de Playa-Grande.
iJ« GHIGOPLATA.
Le bourg de Chicoplaya a été fondé en 1777, et peuplé par des Indiens de la tribu des Cholones, sortis du bourg antique de Pampa Bermo$a. Ce bourg est situé sur la rive droite du rio Monzon, à six ou sept lieues au-dessus de Playa-Grande. Le port de Chicoplaya se trouve à une lieue de la localité , et de ce point on peut descendre en petits canots le rio Mon* zon.
Ces trois dernières petites bourgades commercent avec la province de Huamalies. Leurs habitants cultivent la coca et la canne à sucre. La canne à sucre sert à fabriquer de la chancaca, mais principalement de l'eau-de-vîe que Ton consomme dans le pays môme : l'eaude-vie étant , dans les fêtes des Indiens , un élément plus nécessaire que l'air môme qu'ils respirent;
APPENDICE
GDIQDIÈIE nSTRICr.
DISTRICT DE YURIMAGUAS 0).
Ce district est formé par les bourgs riverains de THuallaga, situés au-dessous de Chasuta, savoir :
Tarimaguas»
Maniches,
Santa Cniz, La Laguna et
Chamicaros.
Le district de Yurimaguas et celui de Jeveros dont nous parlerons tout à Theure, sont compris dans la région appelée autrefois province de Maynas, et découverte au commencement du dix-septième siècle. Néanmoins on trouve dans Thistoire que, dès Tannée 1559, Pedro Orsua, envoyé par le vice-roi D. Andres Hurtado de Mendoza, marquis de Canete, avait descendu THuallaga. Mais Orsua n'a pu reconnaître tous ces bourgs, car, avant d'arriver à Yurimaguas, il fut assassiné par un certain Aguirre qui l'accompagnait.
io YUR1MA€IJAS.
Ce bourg est situé sur un terrain élevé , et sur la rive gauche de THuallaga, entre l'embouchure du rio Sanusi et celle du Paranapuras, à deux jours de navigation en aval de Chasuta. Yurimaguas est celui de tous les ports du rio Huallaga qui présente la vue la plus belle de la rivière. Il n'y a pas de mots pour décrire le paysage superbe qui se déroule aux yeux du voyageur, qui s'arrête sur l'esplanade sur laquelle est bÂti le bourg de Yurimaguas. De ce point , sa vue s'étend au loin sur le rio Huallaga^ parsemé de nombreuses petites lies couvertes de la végéta^ tion la plus luxuriante et la plus magnifique | Il admire les eaux de cette immense rivière qui roulent lentement à ses pieds , et pour* suivent en silence leur marche majestueuse au milieu de cette région si riche, mais malheureusement déserte I Eu contemplant ce beau tableau de la nature viefge , l'observa-
teur éprouve un vif sentiment de mélancolie : il voudrait changer cette scène muette en une autre plus vivante et plus animée; il voudrait voir ce courant si paisible et si tranquille sillofané par de nombreux bâtiments à vapeur , apportant avec eux le commerce et la vie dans le sein de cette région solitaire et séparée du reste de la civilisation.
Le bourg de Yurimaguas contient au plus une population de 250 habitants. Ce petit peuple est actif et industrieux ; il possède les plus habiles navigateurs de THuallaga. Les habitants fabriquent des cruches et toute espèce de vases de terre avec un art admirable. Les cruches dont on se sert à Moyobamba pour mettre l'eau sont généralement fabriquées à Yurimaguas. Ces cruches sont vernies extérieurement; et possèdent^ sur un fond blanc, de capricieux dessins de couleur noire et rouge.
La principale occupation des habitants de Yurimaguas consiste à servir de rameurs dans la navigation de THuallaga et du Paranapu* ras. Plusieurs font des voyages aux salines de Callanayacu et de Pilluana, situées un peu au-dessus, pour en rapporter des cargaisons de sel.
A Yurimaguas , on emploie comme monnaie les aiguilles, les hameçons, la toile de coton (tocuyo), les coutelas, etc. Les choses de peu de valeur, comme les bananes {plor ianos)y les yucas^ etc., se payent avec des aiguilles ou des hameçons; ainsi, par exemple^ cinq grandes aiguilles représentent la valeur d'un demi-réal, et avec cette somme on peut acheter un régime de bananesi Letra«
(1) Ce district |K)rte actuelleliienl(ta62) le nom àé District de La Laguna^ et sa nouvelle capitale est le bourg de La Laguna, dont il est question page! 400 et 401.
(Note du Trùdudeur.)
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
vail personnel est payé avec de la toile de coton, des coutelas, des haches, etc. Les toiles de coton {iocuyos) qui servent de monnaie dans toute la province littorale de Loréto sont de plusieurs espèces, mai§ il y en a surtout trois espèces très-répandues, savoir : celle du pays, celle d'Angleterre et celle de TAmérique du Nord. La toile de coton, fabriquée dans le pays, est très-grosse et double; celle d'Angleterre est plus fine, mais elle n'est pas serrée ; celle de l'Amérique du Nord est de deux sortes : la fine et la grosse. . La toile de coton du pays coûte, achetée en gros à Tarapoto, qui est le marché principal, un réal et demi la vara (84 centimètres), et sur d'autres marchés , deux varas. La toile de coton anglaise vaut , en gros , un réal le yard (400 yards sont égaux à i08 varas) ; la toile de coton américaine, qui est celle dont on fait le plus usage, vaut également un réal le yard. Les Indiens reçoivent toutes ces espèces de toiles , au taux de deux réaux la vara , pour salaire de leur travail, ou encore en échange d'autres matières. Ainsi, par exemple , la cire d'abeilles , que les Indiens recueillent depuis Tarapoto jusqu'à l'Ucayali, vaut quatre réaux la livre , et ils l'échangent contre deux varas de toile de coton. Le commerçant préfère la toile de coton de l'Amérique du Nord, parce qu'elle plaît davantage aux Indiens , et de plus , en la vendant aux Indiens au prix de deux réaux la vara, il gagne plus de cent pour cent; tandis que , sur la toile du pays, qui coûte en gros un réal et demi ou même deux réaux la vara, il gagne moins ou la revend le môme prix qu'elle lui a coûté.
A Moyobamba et à Rioja, la cire vaut jusqu'à une piastre et dix réaux la livre : on consomme une grande quantité de cette matière, soit pour les cérémonies dans les églises, soit pour l'éclairage des maisons. Comme cette province ne connaît pas le suif, les gens pauvres s'éclairent avec de l'huile de ricin, et les gens riches avec des bougies de cire.
2o HUNICHES.''
Le bourg de Muniches est situé sur la rive droite du rio Paranapuras, à deux jours de navigation en amont de son embouchure dans
le Huallaga. Quoique Muniches possède une population qui ne dépasse, pas 150 à 200 habitants, ce bourg est néanmoins très-important à cause de sa position; c'est un lieu de ravitaillement pour ceux qui remontent le no Paranapuras pour aller à Balsapuerto.
5» SANTA CRCZ.
Ce bourg est habité par 300 Indiens de U tribu des Aguanos : il est situé à sept ou huit cuadras (7 à 8 hectomètres) de la rive droite du rio Huallaga, et à trois jours de navigation en aval de Chasuta. Le bourg de Santa-Cruz communique avec l'Huallaga au moyen d'un étroit canal , et leurs habitants travaillent en qualité de rameurs dans la navigation des rivières.