LA LA6UNA
Le bourg de la Laguna est le plus considérable de tous ceux qui forment le district de Yurimaguas. Au siècle dernier , le bouig de la Laguna était le chef-lieu de toutes les missions de l'Huallaga. Il avait une population très-nombreuse^ composée d'Indiens des tribus Cocoifias^ CocamiUaSy Aguanoêy Panot et Chamicuros. Aujourd'hui sa population dépasse i^OOO habitants^ et tous sont Indiens de la tribu des Cocamillas : les autres tribus sont allées s'établir dans d'autres bourgades distinctes.
La Laguna est située à un kilomètre de la rive droite de l'Huallaga; elle possède,comme Santa-Cruz, un étroit canal navigable en canot seulement au moment de la crue. Ce petit canal (cano) sort d'un lac situé dans le voisinage du bourg, ce qui a valu à ce de^ nier le nom qu'il porte.
^ Les habitants de la Laguna sont dociles et intelligents : ils servent comme rameurs dans la navigation des rivières, et ils s'occupent à l'extraction du sel dans les salines de la Pilluana et de Callanayacu.
Le bourg de la Laguna est à une distance de cinq jours de navigation en aval sur l'Huallaga, à partir de Chasuta, et à quatre ou cinq lieues seulement du confluent de l'Huallaga et du Maranon.
Les bâtiments à vapeur peuvent remonter
APPENDICE
en toute saison de Tannée jusqu'à la Laguna, parce que THuallaga possède jusqu'à ce point une assez grande quantité d'eau. Mais, au-dessus de ce bourg, on rencontre des endroits où le rio Huallaga, pendant la saison d'été, n'a que peu de profondeur, de sorte qu'un bâtiment à vapeur pourrait s'échouer. En établissant la navigation à vapeur sur les rivières de la province littorale de Loreto, le bourg de la Laguna devra être le port principal de THuallaga , où s'arrêteraient les steamers , pour la raison déjà citée que l'Huallaga possède assez d'eau jusqu'au bourg de la Laguna, et de plus, parce que cette localité possède un grand nombre d'habitants.
En temps de crue , les vapeurs pourraient remonter jusqu'au bourg de Yurimaguas.
6^ CHAMICUROS.
Le bourg de Chamicuros est situé entre Santa-Gruz et la Laguna, à quelques lieues de distance du rio Huallaga. Il est éloigné de Santa-Gruz d'environ une journée de chemin; il faut également une journée de marche pour atteindre la Laguna , de sorte que Chamicu-
ros est comme situé au milieu de la route qui conduit d'un bourg à l'autre.
Chamicuros est un bourg d'environ 500 habitants, qui, outre leur travail de rameurs sur les rivières, s'occupent aussi à recueillir divers produits dans les forêts voisines , tels que la cire^ le caoutchouc, les résines de plusieurs espèces, etc.
PUCA BARRANQUITA.
En terminant la revue des bourgs qui composent ce district , nous ne pouvons passer sous silence le nouveau petit village de Puca Barranquita , fondé vers la fin de 1857, par quelques Indiens de fiorja, Balsapuerto, Jeveros et du bourg de San - Antonio , récemment détruit par les sauvages. Le petit bourg de Puca Barranquita est situé à quelques cuadras de la rive droite de l'Huallaga, entre Yurimaguas et Santa-Cruz. Quand je visitai ce pays, vers la fin de l'année 1859, il possédait déjà environ 100 habitants. Puca- Barranquita comnmnique avec l'Huallaga au moyen d'un petit canal navigable en grands canots, seulement au moment de la cme.
SmÈHE DISTRICT.
DISTRICT DE JEVEROS 0)-
Le district de Jeveros est un des plus étendus de la province : il comprend toute l'étendue du territoire de la province littorale de Loreto, situé à l'Ouest du rio Huallaga et au Nord de Moyobamba , jusqu'aux bourgs de Pinches et d'Andoas, situés sur les bords du rio Pastaza, à douze ou quinze jours de navigation , en remontant à partir de son confluent avec le Maranon. Les bourgs qui composent ce district sont :
Jeveros, Balsapaerto, ParanapuraSj Chayavitas,
Cahuapanas, Barranquita, Pinches et Aqdoas.
i» JEVEROS.
Jeveros est la capitale du district* A la fin
OÉOGRAPBIB DU PÉBOU.
du siècle dernier y il était la capitale de la province , et l'autorité principale y résidait. Jeveros porte le titre de ville , et se trouve situé à une lieue de la rive droite du rio Rumiyacu, affluent de l'Aipena^qui, àson tour, se jette dans l'Huallaga^ près du confluent de celui-ci avec le Maration.
La ville de Jeveros est éloignée de Moyobamba de moins de trente lieues, mais la route est si mauvaise qu'il faut au moins huit jours pour transporter les marchandises d'un point à un autre. Quoique la population de Jeveros soit composée d'Indiens qui vont presque nus , et qu'en général toutes leurs
(t) Le district de Jeveros est aujourd'hui (1862) divisé en trois districts, savoir : Jeveros, Balsapuerto et ^ndoas, (Note du Traducteur,)
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
casas soient bâties en charpente, avec des toits de feuilles de palmier, cette viHe a cependant un aspect agréable. Les maisons sont alignées le long de rues bien droites, plus larges môme que celles de Lima. Ces rues ont de 18 à 20 varas (de 15»,12 à J6",80) de largeur. Elles se coupent à angle droit , et presque à chaque point d'intersection on remarque une grande croix. Son église, quoique rustique, est assez grande et assez régulière : mais ce qui donne à la ville de Jeveros un cachet spécial , c'est la grande propreté qui règne dans les rues et sur la place. On y chercherait en vain, surtout le dimanche, un seul brin d'herbe. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est de rencontrer cette propreté dans une ville où il fait une aussi grande chaleur, et où il tombe des pluies si considérables. En effet, il suffit d'abandonner pendant bien peu de temps un terrain , pour qu'il s'y développe aussitôt la végétation la plus active. Une coutume antique, qui se perpétue d'année en année, conserve à la ville de Jeveros cette propreté remarquable.
La ville est divisée en deux parties : la ville haute et la ville basse. Tous les samedis les femmes des deux quartiers se réunissent sur la place, partagée par une ligne dans le sens de sa longueur. Celles de la ville haute se placent d'un côté de la ligne; celles de la ville basse de l'autre côté , et elles s'en vont, chacune dans leur direction, arrachant toutes les herbes qui ont pu pousser pendant la semaine, et, en s'éloignant peu à peu de la ligne tracée au milieu, elles laissent le sol entièrement net.
La ville de Jeveros a vu diminuer considérablement le nombre de ses habitants. On possède un recensement fait en 1840 par l'illustrissime senor évoque Arriaga, qui donne à Jeveros une population d'environ 5,000 habitants. Un autre recensement qui a eu lieu eu 1859, nous fait connaître qu'aujourd'hui Jeveros ne renferme pas plus de 3,000 âmes. Les Indiens de Jeveros sont intelligents, dociles et obéissants. Leurs occupations consistent à se placer, en qualité de domestiques^ dans les maisons de Moy obamba, à cultiver les champs qiai environnent cette dernière ville, et à servir de porte-faix pour le transport des marchandises qui arrivent par le rio
Aipena. Ils s'occupent également à fabriquer des sarbacanes pour lâchasse; à préparer des bougies avec une espèce de cire noire mêlée de résine de copal qu'ils recueillent dans les forêts; et enfin de grands cierges ou plutôt des torches pour s'éclairer en plein air, qu'ils disposent en forme de grands cylindres, composés de résine de copal, enveloppée dans des feuilles de palmier. Ces torches sont connues dans le pays sous le nom de Shvpive.
Les Indiens de Jeveros sont bien développés, et on peut les considérer comme les Indiens les plus aptes à toute espèce de iravaux. Le salaire qu'ils reçoivent ordinairement est de quatre piastres ( 20 francs ] par mois, lorsqu'ils travaillent hors de Jeveros, à Moyobamba, par exemple. Dans la ville de Jeveros , ils sont payés à raison de dix varas de toile de coton^ et de dix réaux en argent par mois. Le transport d'une charge de trois arrobes et demie (87 f livres) de Jeveros à Moyobamba vaut deux piastres (10 francs).
Il y aune grande rareté de vivres à Jeveros. Les animaux domestiques surtout sont peu nombreux; cela tient à ce queleste^ rains des environs sont peu susceptibles de culture, attendu qu'ils sont très-bas, se trouvant situés à l'angle formé par le confluent du Maranon et de l'Huallaga. Au moment de la crue, tous ces terrains sont sujets à être inondés. En manquant de terres pour la culture, on manque nécessairement de tout: car sans culture il n'est pas possible d'élever d'animaux.
La ville de Jeveros peut communiquer avec le Maranon par deux voies distinctes. La première est le rio Aipena , qui , comme nous l'avons dit plus haut, est navigable en bâtiments à vapeur sur toute son étendue.
Quoique cette rivière ne soit pas très-considérable, elle possède néanmoins^ ainsi que nous l'avons déjà vu en parlant des rivières, un cours aussi régulier que celui d'un canal artificiel, d'une profondeur de huit à dix varas au milieu de son lit ^ et de quatre à cinq varas sur ses bords. D'un autre côté, en remontant toujours le cours de l'Aipena jusqu'au-dessus de l'embouchure du Rumiyacu, qui conduit à Jeveros , on arrive à un point appelé El VaraderOy c'est-à-dire le Bassin ou
APPENDICE
i Port de TAipena. Là, en temps de crue u rio Maranon, il s'établit une communiition entre ces deux rivières, qui permet L navigation en canot de l'une à Pautre. e Jeveros au Varadero du rio Aipena , on out franchir la distance en un seul jour; de B point au MaraFion il n'y a guère que deux u trois lieues : mais le chemin par terre est •es - mauvais , parce que cet espace de terlin se trouve rempli de marécages.
Par la voie du Varadero de l' Aipena, soit ar eau, soit par terre, on arrive sur les bords u Maranon en un point situé un peu au-desis du confluent du rio Pastaza; de sorte que, tt suivant cette route, on raccourcit beaucoup i distance qu'il faut franchir pour se rendre ox bourgs d'Andoaset de Pinches, qui se *ouveDt situés sur le bord du rio Pastaza.
^^ BALSAPUERTO.
Le bourg de Balsapuerto, c'est-à-dire le *ort aux Radeaux y se trouve situé sur la ive gauche du rio Cachiyacu , affluent du ^aranapuras, presque au milieu de la route e Moyobamba à Jeveros. Balsapuerto a élé utrefois une localité assez considérable : lais actuellement elle va continuellement D diminuant; elle se dépeuple d'une manière *appante. Ainsi, en 4840, Balsapuerto rensrmait 400 familles , ce qui donne une pouiation d'environ 2,000 âmes. Mais peu à eu plusieurs de ces familles ont quitté Balipuertopour aller s'établir ailleurs. En 1846,
y eut une grande émigration : cent huit faillies abandonnèrent le reste de la populaon. Depuis cette époque , ce bourg a consomment vu diminuer le nombre de ses hailants: aujourd'hui il ne reste plus guère u'une centaine de familles, formant une poulation d'environ 500 Âmes. Les familles qui nt abandonné Balsapuerto ont été s'établir
Tarapoto , Yanayacu , Santa -Catalina, Saayacu, aux environs de Loreto, et môme aux routières du Brésil.
Par suite de cette grande émigration, la (lus grande partie des maisons deBalsapuerto Dmbent en ruines , ou sont complètement bandonnées. La cause principale de cette déertion, c'est le travail dur et continuel qu'on mpose aux habitants, en les obligeant, pres-
que de vive force, à servir de portefaix pour transporter à Moyobamba , par les chemins affreux que nous avons décrils, les marchandises qui viennent du Brésil, et les cargaisons de poisson salé que l'on prépare sur les bords de rUcayali , et que Ton expédie en grande quantité à Moyobamba , pour la consommation d'une grande partie de la province littorale de Loreto.
Les habitants de Balsapuerto parlent un idiome tout à fait différent de ceux de Jeveros; leur prononciation est très-distincte et intermittente.
Dans le voisinage de Balsapuerto, il y a de bons pâturages pour les bœufs et les vaches. Ces animaux y sont très - faciles à élever, et si l'on manque de viande dans ce bourg, c'est uniquement la paresse des habilants qui en est la cause. Quelques tètes de la race bovine, expédiées de Yurimaguas , en très -mauvais état d'ailleurs , engraissèrent d'une manière extraordinaire, peu de temps après leur arrivée à Balsapuerto. En outre, il existe des statistiques qui prouvent clairement qu'fiutrefois on élevait, aux environs de Balsapuerto, un grand nombre de bœufs et de vaches.
Les portefaix étant plus rares à Balsapuerto qu'à Jeveros, le transport d'une balle de marchandises jusqu'à Moyobamba se paye plus cher à Balsapuerto. On paye 12 réaux de Balsapuerto à Moyobamba , et de Jeveros à Moyobamba seulement 2 piastres (10 francs), quoiqu'il y ait le double de distance.
30 PARANAPURAS.
Le petit bourg de Paranapuras se trouve silué sur la rive gauche de la rivière du même nom. Sa population est de 200 habitants, qui se livrent au même travail que ceux de Balsapuerto. On peut se rendre de ce dernier bourg à Paranapuras, soit par terre, soit par eau. Pour 8*y rendre par eau, on descend le rio Cachiyacu jusqu'à son confluent avec le Paranapuras, et on remonte ce dernier, pendant trois jours environ de navigation, pour arriver au bourg de Paranapuras. Par la voie de terre, il n'y a guère que six lieues qui demandent deux jours pour les parcourir^ attendu que le chemin est très-mauvais.
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40 CHAYAVITAS.
Le bourg de Chayavitas est situé sur la rive gauche du rio Paranapuras, et non loin de sa source. Il est éloigné de sept ou huit lieues de Jeveros , distance que Ton peut parcourir en deux jours ; il y a environ neuf lieues à partir de Balsapuerto , et Ton peut les franchir commodément en trois jours. On peut également aller de Balsapuerto à Chayavitas par eau, en remontant le rio Paranapuras audessous du bourg de ce nom. Chayavitas renferme 250 à 300 habitants, qui font peu de commerce, attendu que ce bourg se trouve en dehors de tous les chemins de grande communication.
&<* GAHfJAPANAS.
Le bourg de Cahuapanas se trouve situé sur la rive gauche de la rivière du môme nom, qui se jette dans le Maranon presque en face du bourg aujourd'hui ruiné de la Barranca. Le bourg de Cahuapanas renferme environ 400 habitants , et est éloigné de Chayavitas de deux jours de marche à travers de bien mauvais chemins.
6« BARRANQCITA.
Le bourg de Barranquita a été fondé en 1844, également sur la rive gauche du rio Cahuapanas, à six ou huit lieues au-dessous du bourg de Cahuapanas. Le bourg de Barranquita possède actuellement 200 habitants environ.
60 ET 70 PINCHES ET ANDOAS.
Ces deux bourgs sont situés sur la rive gauche du rio Pastaza , qui descend de la République de TÉquateur et se jette dans le Maranon avant le confluent de ce dernier avec le rio Huallaga. Le bourg de Pinches se trouve au confluent de la rivière de ce nom et du rio Pastaza , et à douze jours de navigation en amont de Tembouchure de ce dernier dans le Maranon. Le bourg de Pinches renferme de 150 à 200 habitants.
Le bourg d*Andoas est situé à trois jours de navigation au-dessus du bourg de Pinches. Sa population est de 250 à 300 habitants.
Comme on le voit, ces deux bourgs sont très-éloignés de la capitale du district, et il y a peu de temps encore, les autorités de Jeveros n'avaient de communication avec Pinches et Andoas qu'une fois tous les deux mois. Mais depuis, ces communications sont devenues encore plus rares, par crainte des sauvages de la tribu des Jivaros, qui ont récemment détruit plusieurs localités situées sur les rives du Maranon et du rio Pastaza.
Outre les bourgs de ce district que nous avons nommés, nous en citerons encore deux autres qui se forment actuellement. Le pr^ mier est le Varadero (Bassin) du Paranapih ras, qu'il ne faut pas confondre avec le faradero de VAipena dont nous avons parlé plus haut.
80 EL VARADERO DU PARANAPURAS.
Le Varadero du Paranapuras est situé sur la rive gauche de la rivière qui porte le même nom , à quelques cuadras (hectomètres) audessous de son confluent avec le Cachijacu. Cette bourgade naissante est d'une grande importance, tant pour ceux qui remontent le rio Paranapuras, de Yurimaguas à Balsapuerto, que pour ceux qui viennent de Jeveros à ce môme bourg de Balsapuerto. Ils trouvent au Varadero du Paranapuras tout le ravitaillement nécessaire pour continuer leur voyage.
Le Varadero du Paranapuras possède actuellement plus de 100 habitants qui louent leurs bras en qualité de rameurs sur les rivières.
90 UNGURAGUI.
L'autre bourg qui se forme actuellement se nomme Unguragui. Il est situé sur la rive gauche du rio Cahuapanas, à une demi-lieue au-dessus du confluent du rio Sillay.Ce point est éloigné des bords du Maranon d'environ trois jours de navigation en amont, et d'un jour de navigation en aval. Les fondateurs du bourg naissant de Unguragui sont quelques habitants du bourg aujourd'hui détruit de la Barranca , qui ont transporté dans leur nouvelle patrie les images et les cloches de l'église du bourg qu'ils ont été forcés d'abandonner au moment de rinvasion des sao-
APPENDICE
vages. En 1859, il s'était déjà établi à Unguragui une colonie composée de six fa* milles.
ItouiVS 4uA n'existent plus aujourd laui.
En dernier lieu, nous allons rappeler au souvenir de la postérité les noms des bourgs qui appartenaient à ce district^ et qui n'existent plus, parce qu'ils ont été détruits par les sauvages.'
Ces bourgs étaient ceux de Borja, de La Barranca et de San-Antonio,
|o BOIUA.
L'ancien bourg de Borja était situé sur la rive gauche du Maranon, à la sortie du Pongo de Manseriche. Cette localité a été détruite il y a environ vingt ans par les sauvages de la tribu des Huambisas,
fio LA BARRANCA.
Le bourg de La Barranca était situé sur la rive gauche du rio Marafion, un peu au-dessous de l'embouchure du rio Morona. La Bar-
ranca paraît avoir été détruite deux fois : elle a été complètement abandonnée en 1857.
30 s AN- ANTONIO.
Le bourg de Satir Antonio était situé sur la rive gauche du Maranon, au-dessous de La Barranca, et un peu au-dessus du confluent du rio Pastaza. Ce bourg n'a été détruit par les sauvages de la tribu des Muratos qu'en 1857, six mois seulement avant la dernière invasion qui a également amené la ruine du bourg de La Barranca. On trouve encore, dans les champs où fut San -Antonio, quelques maisons en bon état.
Les habitants de La Barranca et deSan-Anlonio se sont dispersés en différents endroits; quelques-uns se sont établis dans le nouveau bourg de Puca Barranquita, sur les bords de THuallaga; d'autres dans le bourg naissant de Unguragui, sur la rive du rio Cahuapanas ; enfin quelques-uns sont en train de défricher un lieu appelé Limon, sur les bords du Maranon , dans le voisinage du Pongo de Manseriche. Ils ont été rencontrés en 1859 , armés de lances et vêtus comme les sauvages eux-mêmes, par l'expédition du Maraiion que dirigeait rillustrissime évoque de Chachapoyas.
SEPTIÈIE DISTRICT.
DISTRICT DE NAUTA.
Le district de Nauta est formé des bourgs situés sur les bords du Maranon, dans la partie de cette rivière située au-dessous de son confluent avec l'Huallaga.
Ces bourgs sont :
Nauta, Urarinas,
Omaguas.
Parinari, San-Réjis et
i» NAUTA.
Le bourg de Nauta n'a été fondé qu'en 1 830 , et il renferme aujourd'hui environ 1,200 ha-
bitants. Par sa position, qui est sur la rive gauche du Maranon , et presque en face de l'embouchure de TUcayali, le bourg de Nauta est appelé à s'agrandir considérablement. En effet , c'est un point de passage pour toutes les embarcations qui descendent au Brésil chargées de chapeaux de paille et de poisson salé , et pour toutes celles qui en viennent avec des cargaisons de marchandises de toute sorte. De plus, situé presque à l'embouchure de l'Ucayali, où se doiment rendez-vous tous les pécheurs de la province, le bourg de Nauta commande l'entrée des deux plus gran-
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
des rivières du Pérou , et ne fait qu'acquérir chaque jour plus d'importance.
Aujourd'hui même , à Nauta , on voit plusieurs maisons étrangères établies avec un assortiment considérable de marchandises, telles que des toiles de coton , de lin , de chanvre, etc., des haches, des sabres, des couteaux, des aiguilles , des grains de verre rouge , des hameçons , enfin de toute espèce de comestibles que l'on ne vend pas môme dans la capitale de la province.
Toutes les marchandises sont meilleur marché à Nauta qu'à Moyobamba, ce qui est dû à ses moyens de communication avec le Brésil, les États-Unis et l'Europe. Toutes ces marchandises sont transportées par eau à Nauta, tandis que, pour arriver àMoyobamba, il faut traverser des chemins difficiles et dangereux, soit par terre, soit par eau.
Le commerce principal des maisons étrangères établies à Nauta consiste en marchandises d'Europe et des États-Unis, qui servent de monnaie dans toute la province littorale , et qu'on livre en échange des produits du pays, tels que les chapeaux de paille, le poisson salé, la salsepareille, la vanille, le baume de copahu, la résine de copal, le goudron , la cire , etc. , etc. Ces marchandises servent également , comme nous l'avons déjà dit, à payer le travail journalier des Indiens occupés à recueillir dans les forêts quelques-uns des produits naturels que nous venons d'énumérer. Ainsi , par exemple, tous les habitants de Moyobamba et de Tarapoto, qui vont sur les bords de l'Ucayali dans le but de préparer du poisson salé , se fournissent de marchandises dans ces maisons, et, en donnant aux sauvages qui habitent les bords de l'Ucayali quelques bagatelles , ils obtiennent d'eux en échange les aliments les plus indispensables, tels que des bananes et des yuccas, ou môme l'aide de leurs bras.
Si l'on se demande maintenant quelle est la cause pour laquelle le bourg naissant de Nauta s'est développé en si peu de temps, la réponse saute aux yeux sur-le-champ : Cest la facilité des moyens de cormnunication. Avant 1851, Nauta était un petit bourg inconnu : mais à cette époque le gouvernement du Pérou fit un traité de navigation
avec l'empire du Brésil (1). Ce traité, quoique onéreux pour le Pérou, contenait néanmoins plusieurs articles relatifs à la navigation de l'Amazone, au moyen de bâtiments à vapeur. Depuis, par une convention passée a?ec la Compagnie des bâtiments à vapeur, il iîit stipulé que, tous les deux mois , un steamer descendrait l'Amazone jusque dans les eaux du Pérou, et il fut également déterminé que le bourg de Nauta serait le port où les vapeurs jetteraient l'ancre. Cette clause fut remplie, et en effet , depuis cette époque, le bourg de Nauta commença à sortir des ténèbres. Les commerçants de la province descendirent à Nauta pour y embarquer leurs chapeaux de paille ; on y débarqua toutes les marchandises que le bâtiment à vapeur apportait du Brésil ; de sorte que la province littorale de Loreto doit son commerce actif de chapeaux de paille avec l'empire du Brésil, à ce premier traité qui a concédé au Pérou la faveur de la navigation de l'Amazone.
En 1853, le gouvernement du Péroo, voulant protéger l'industrie naissante de la province littorale de Loreto, fit construire aux États-Unis deux petits vapeurs, l'^icnj/ojaet le Tirado, dans le but de faciliter la navigation sur les rivières de la province qui nous occupe actuellement. Mais malheureusement, par suite de leur mauvaise construction, ils furent bientôt détériorés, et dès 1836, ils furent abandonnés. On peut encore en voir les débris sur les plages de Nauta et d'Omaguas.
Pendant ce temps-là, le mouvement commercial prenait un plus grand essor, et Nauta s'agrandissait d'une manière extraordinaire. Mais, à la fin du premier semestre de l'année 1858, le terme assigné à la durée de la convention avec la Compagnie des bâtiments à va-
peur était expiré, et d'un autre côté, attendu qu'elle était onéreuse pour le Pérou, elle ne fut pas renouvelée. A partir de ce moment, le mouvement commercial de Nauta tomba en décadence , de sorte que , en octobre 1859 (époque à laquelle je visitai celte ville), plusieurs maisons songeaient à liquider leurs marchandises, car le commerce était entièrement abattu. Toutefois , en ce temps-là
( l) On trouvera plus loin le texte de ce traité de ungation.
APPENDICE
môme, le gouvernement péruvien avait passé une nouvelle convention avec la Compagnie des Vapeurs brésiliens , et Ton attendait de jour en jour avec impatience de voir apparaître de nouveau, en face de Nauta , sillonnant et agitant les ondes tranquilles du Maraîlon, un bâtiment animé par la vapeur, animant à son tour les régions qu'il traverse, et donnant une nouvelle vie au commerce languissant de la province littorale de Loreto.
Le bourg de Nauta est situé sur un terrain peu élevé, à 153 varas (128 mètres) au-dessus du niveau de la mer. Les cases des indigènes sont construites avec la Cana brava (Gyneriurn sagittatum, Beauv.) ; celles des étrangers sont en briques crues, et présentent seules quelque commodité. Les maisons ne sont pas (disposées par ordre; il n'y a qu'une rue assez régulière, c'est celle qui conduit de la place au bord du Maranon, En temps dé crue le port est très-commode : on y aborde facilement ; mais quand le Maranon baisse , son accès est très-difficile à cause de la grande quantité de vase que les flots laissent en se retirant. Dans la saison des basses eaux , on mouille dans une petite anse, à quelques varas au-dessous de Nauta.
La principale occupation des habitants de Nauta, c'est de servir en qualité de rameurs sur le Maranon et l'Ucayali. Mais quoique Nauta compte environ 300 hommes propres à ce travail, ils ne suffisent pas néanmoins à la tâche : aussi les commerçants rencontrentils de nombreuses difficultés pour le transport de leurs marchandises. La cause principale de ce manque de bras, c'est qu'un grand nombre d'Indiens vont sur les bords de l'Ucayali pour préparer le poisson salé , et que d'autres sillonnent continuellement le Maraiion et i'Huallaga pour se rendre aux salines de Callanayacu, et y charger le sel nécessaire à la préparation du poisson.
Ce manque de bras est un grand obstacle au progrès de la province, parce qu'il arrête quelquefois, pendant plusieurs jours, la marche des commerçants , et par conséquent la vente prompte de leurs marchandises.
Un grand avantage pour le commerce de toute la province serait la création de barques à vapeur, assez aplaties, de manière
qu'elles s'enfoncent peu, et qu'elles puissent néanmoins transporter de grandes charges sans employer un grand nombre de bras.
Malgré la rareté des hommes de peine, le travail est peu payé : il peut être évalué à un demi - réal par jour et la nourriture. Cette dernière consiste en platanes et en poisson salé, que l'on trouve en abondance dans toute la province. Ce modique salaire peut encore descendre au-dessous d'un demi-réal, quand on est payé en marchandises. Ainsi, par exemple, pour une hache du prix de douze réaux achetée à Nauta, un homme travaille pendant
un mois.
8» URARCfAS.
Le bourg de Urarinas est assez ancien : c'est le premier que l'on rencontre sur les bords du Maranon, en descendant par I'Huallaga. 11 est situé sur la rive gauche, à moins d'un jour de navigation en aval, à partir du bourg de La Laguna.
Urarinas est une petite localité, composée de cases construites en caûa (canne), avec un toit de feuilles de palmier. Les habitants, hommes, femmes et enfants réunis, ne s'élèvent pas au-dessus de 100 personnes. Quelques-uns servent en qualité de rameurs sur les rivières; d'autres s'adonnent à la pêche, et dans ce but ils remontent les petits affluents du Maranon, jusqu'à ce qu'ils aient rencontré un lac , où ils trouvent du poisson en plus grande abondance , parce que ces lacs sont peu fréquentés. Urarinas est une localité également utile pour les voyageurs, qui y trouvent des provisions de bananes et de yuccas.
Les habitants d'Urarinas parlent un langage entièrement distinct des autres bourgs que nous avons cités jusqu'à présent : il est semblable à celui des sauvages qui habitent la vallée de Chanvirayacu , arrosée par une petite rivière qui se jette dans le Maranon par la rive gauche. La similitude du langage fait ainsi connaître l'origine des habitants d'Urarinas.
30 PARINARI.
Le bourg de Parinari est situé sur la rive droite du Maranon , à deux jours de navigation en aval à partir d'Urarinas, et à trois jours
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à partir de La Laguna. Cette localité se trouve en face d'une grande île, de sorte qu'elle est bâtie sur le bord d'un petit bras de cette grande rivière. Parinari a été fondé en 1830, par les Indiens Cocamas, sortis du bourg de La Laguna, et qui ont aussi fondé Nauta. Le bourg de Parinari renferme actuellement 400 habitants, qui s'occupent principalement à la culture des champs et à la navigation à la rame. Le bourg de Parinari est très - bien fourni de vivres. Il en possède non-seulement pour l'usage de ses habitants, mais il en exporte une grande quantité à Nauta, où il y a souvent disette. Quand le rio Ucayali est grossi par les pluies, les eaux du Maranon, rencontrant un obstacle dans leur cours, produisent un reflux dont l'effet se fait sentir à plus de sept ou huit lieues de distance en amont. Alors le niveau des flots du Maranon s'élève; cette rivière inonde tous les terrains bas des environs de Nauta, les rend impropres à la culture pendant une grande partie de l'année, et cause ainsi une grande disette. Le bourg de Parinari se trouvant assez éloigné du confluent de rUcayali, et possédant des terrains élevés, n'est pas sujet à ces désastres. Il peut donc suppléer aisément, par son abondance, au manque de vivres qui se fait de temps en temps sentir à Nauta.
40 SAN-RÉJIS.
Le bourg de San-Réjis est situé sur la rive gauche du Maranon , à une journée de navigation en aval à partir de Parinari, et à un peu plus de quatre jours à partir de la Laguna. Les habitants de San-Réjis parlant une langue entièrement distincte des autres Indiens, langue connue sous le nom de Llameo. La prononciation en est très-difficile.
Le bourg de San-Réjis est très-ancien; et, au lieu d'augmenter, sa population a été continuellement en diminuant. En effet, au siècle dernier, San-Réjis avait une population qui ne descendait pas au-dessous de 500 âmes. Plusieurs missionnaires y résidaient : mais aujourd'hui il ne reste plus de la mission qu'un édifice assez vaste, maintenant déî^ert, appelé El Convenio (le Couvent). La popula-
tion atteint à peine au chiffre de 150 habitants. Ils se livrent aux mêmes occupations que ceux de Urarinas et de Parinari.
»o OMAGUAS.
Le bourg d'Omaguas est le dernier du district de Nauta. Il est situé sur la rive gauche de l'Amazone, à six heures de navigation en aval au-dessous de Nauta. Le bourg d'Omaguas est assez ancien. R a été fondé par les missionnaires au commencement. du dix-septième siècle. Ils trouvèrent dans les Indiens Omaguas un caractère très - doux, et la coutume étrange de comprimer le crâne de leurs enfants au moyen de planchettes. La population d'Omaguas ne dépasse pas 300 personnes, hommes, femmes et enfants. Us appartiennent à une tribu particulière qui porte le nom du bourg, et très-distincte des Cocamas qui habitent Nauta.
Le port d'Omaguas, ainsi que celui de Nanti, est un peu incommode, à cause de la vase que dépose l'Amazone quand les eaux baissent ; de sorte que le point de débarquement varie suivant les saisons.
A Omaguas , l'Amazone se retire de jour en jour du voisinage de cette localité. On a déjà transféré les habitations plus près du fleuve, et, malgré cela, il se trou veencore aujourd'hui à plusieurs cuadras (hectomètres) de distance. Un monument qui atteste l'éloignement continuel du fleuve , ce sont les débris du vapeur El Tirado dont nous avons parlé plus haut. Ce bâtiment s'étant échoué sur cette plage en 1856 , se trouve actuellement (1862) sur le bord d'un petit lac, à plus de deux cuadras du lit de l'Amazone.
En 1859, étant de passage par ce bourg, je vis les restes de ce malheureux vapeur. Une grande partie du pont, la chaudière et la machine étaient encore presque intacts. On avait entassé dans le local de la municipalité (Cabil(lo)yUne grande quantité d'objets qui avaient appartenu à ce steamer : on y voyait des portes, des fenêtres, des câbles, des ancres, etc., etc.
Les habitants d'Omaguas exercent les mômes industries que les autres bourgs de ce district.
APPENDICE
MO
UUITIÈIE DISTRICT.