ILES, CAPS ET PORTS
Le Pérou ne possède pas d'îles habitées sur son littoral : aucune d'elles d'ailleurs n'est susceptible de culture; mais, en récompense, la nature les a dotées de produits qui forment aujourd'hm la richesse nationale, et qui, bien exploités, contribueraient à la prospérité et à la grandeur de notre patrie.
Les îles les plus remarquables sont:
Lobos de Afuera et Lobos dt Ad^niro^ sur la côte septentrionale. Ces lies contiennent une grande quantité de guano : toutefois il n'a encore été exporté que comme échantillon.
Les îles de GuaHape^ situées également an nord. Elles contiennent aussi du guano.
Les îles de Chincha^ formant trois groupes, savoir : les Jles du Nord^ du Milieu et du5tr(f. C'est dans ces trois groupes d'Iles que sont renfermées toutes les richesses du guano. On trouvera plus loin, à l'article où nous parlons des prt)ductions, de l'industrie et du commerce, on trouvera, dis-je, des renseignements sur les propriétés et l'analyse chimique de ce riche engrais, et enfin sur son origine.
Les îles de Chincha sont situées sous le 13» 38' lat. S. et le 79» 13' long. 0. de P. Elles sont voisines du port de Pisco, où l'on embarque tous les vivTcs et les objets nécessaires aux ouvriers qui travaillent à l'extraction et au chargement du guano. On a établi un quai assez régulier pour faciliter les conmiunications.
Les îles Hormigasy en face du port de Callao.
L'île de San-Lorenzoy à 6 milles de Callao; elle est aride et déserte. On y a construit dernièrement des digues flottantes.
Les autres îles ne méritent point de mention spéciale.
La côte du Pérou étant assez développée, et remplie de sinuosités, contient un grand nombre de caps. Les principaux sont: le Malpeloy le BlancOy Punta de AgitjaSy Lechuza, Morro Solar. Les cartes de Fitzroy déterminent leur situation d'une manière assez exacte.
Les grands ports de la république sont: Paiiay San-José (de Lambayeque), Huanchaco (de Trujillo), le Callao, Islay^ Arica et Iquique.
Les ports d'une classe inférieure sont:
Tumbezy Pacasmayo, Casma, Uuacho, Chaia, Ilo et Pisco.
Enfin les petits ports autorisés à faire l'exportation des fruits du pays et l'importation des marchandises libres sont : Sechura^ Santa, Samanco, Huatmeiy Supe^ Chancay, Ancon, Cerro-Aznl, Chincha, Caucaio, Ifazca, Quilca, Cocotea, Morro de Sama, Pisagw^
GÉOGRAPfflE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU.
Eten, Pimentel, Cherrepe, Malabrigo, Santiago de Cao, GwtAape, CMmbote, Patitlos, Jvnin, Chveutnata, Molle et Mejillones,
Le venl régnant sur ïa côte du Pérou est le vent du Sud, cessant toutefois de souffler h. certaines époques et à certaines heures, ainsi que nous le dirons en parlant des différentes localités.
Le Pérou contient d'immenses déserts de sable et unegrandemullitude de montagnes: sa configuration physique se trouve donc diversifiée à l'infini, et son climat varie selon les points, ainsi que nous l'exposerons en pariant de chaque province respective.
EACES DC P^ROIT.
lâ plus grande partie des habitants du Pérou se compose de la race indigène primitice, qui conserve son idiome et ses coutumes.
L'autre partie se compose'de descendants des Espagnols, qui, mêlés plus ou moins avec les Indiens et les Africains, ont donné naissance à des races de différentes couleurs et de physionomies diverses, savoir :
Le meslizo (métis] ou cholo, né d'un blanc et d'une Indienne, ou vice versa;
Le mulaio (mul&tre), né d'un blanc et d'une négresse, ou vice versa. On donne aussi le nom de terceron, cuarteron (quarteron), pardos, ckino-tholos, etc., aux enfants nés d'un sang mêlé, suivant la race qui prédomine.
Nous ne chercherons point h déterminer ici combien il se trouve aujourd'hui au Pérou d'habitants de différentes races, car nous manquons de données certaines ji ce sujet.
L'espagnol est la langue de la race non indigène. Quant aux indigènes, ils parlent encore le gviehua, Vaymara et d'autres dialectes.
L'idiome guichua est doux, parfait, trèsriche en expressions, sans néanmoins manquer de concision. Il possède des déclinaisons et des conjugaisons, comme les langues les plus savantes : aussi existe-t-il une grammaire de la langue guichua. II en a été de cette langue comme de toutes les autres : étant en asage panni différentes nations, chaèoDe d'elles lui a imprimé im cachet parlicu-
licr, d'ob sont résultés plusieurs dialectes. Les principaux sont :
Le guiteAo, qui est le moins pur de tous; le lamana, qui est parlé dans quelques localités du département de la Libertad ; le yunca, dans le diocèse de Trujillo ; le chiachaysuyv, dans le Cerro de Pasco; le cauqui, dans la province de Yauyos; le calc/uigui, dans le Tucuman, et le cuzgucilo, dans le département de Cuzco, qui est le dialecte le plus parfait de tous, et, à proprement parler, la vraie langue quichua que parlaieat les anciens Péruviens.
II serait très-important de faire une étude philologique de cette langue, pour découvrir ses affinités avec les autres et tirer de là quelques éclaircissements sur l'origine dès Péruviens. Prenons pour exemple le mot ynti, qui en quichua signifie le soleil; qui ne voit là un dérivé du mot indh, qui en sanscrit signifie briller, reluire? Mais il ne suffit par de citer un mot unique dont l'analogie pourrait être l'effet du hasard; il est nécessaire de rechercher un bien plus grand nombre de ressemblances, d'étudier la structure et le caractère propres de la langue, afin que, par un examen consciencieux, on puisse découvrir quelque chose de plus dans les ténèbres qui environnent l'histoire primitive du Pérou.
Pour faire connaître un peu l'idiome antique de notre pays, nous copierons dans les Antiijûedades peruanoi (Antiquités péruviennes) du sefior Rivcro, l'Oraison dominicale et une petite pièce de poésie du seiior D. M. Mariano Basagoitia. On pourra ainsi se faire une idée de la prose et de la poésie quichua.
Oraison dominicale en quichua ou langue péruvienne primlUce.
Tay aca haoac pachacunapi cac; suUyqui muchhae- C& cachuD; (xapaccayfiiyqui fioosycumao hamuchun; muDayfiiyqui rurasca cachua ; imaioam ha- Dacpachapi, hinalac, cay pachapipas ; ppuachauDiDcuDa llanlaycucla cunan cohuaycu ; huchaycuctari pAmpachapiihuaycii imanam iiocayciipas, iiocaycumail huchallicuccunacta, pampachaycu hina. Amatoc cncbarihunycuchu huateccayman urmanccaycupac ; yallinrac, maua alIlimaDtac queapichihueycu. Amcu.
Nous sommes heureux de citer un essai moderne de poésie quichua, en insérant ici un dizain du seûor D. M. Mariano Basagoi-
GÉOGRAPHIE DE LA RËPUBUQUE DU PÉROU
lia, enrhonneur du seûor Cabrera, prêtre (1). Nous y joindrons la traduction espagnole en
Mana cacemanta cachispa Pacha eamaccman rlcchanqui; Chlri'liaqtUcpa rafframpi Fmchaia ceapace yachispa, Buktnîia alfmecaee churMa Tuta-pptmekttu pq^êpanpik Buatan-huatan, nausai^ iiampi Tatinque ccoric ccorinta.
Mana cacemanta cachispa Paeha^amaceman rlcchanqui.
vers du môme auteur, et notre traductiod française littérale des vers espagnols.
A un Dio8 imitas en sa poder extenso»
De la nada arrancaodo un ser viviente ; Entre auras crudas y en soledad pacienle Descorres de natura el vclo denso.
Tu lo descubres ricovalor... nmmenso!
En la Paco-vicuàa, que tu afan présente Ofrece de caudal, cual una fuente Que de oro corre, hasta el mar mas denso :
Este tesoro, que al mismo oro excède, Es el hallazgo de tu desvelo intenso Entre tinieblas y entre luz naciente.
Para honra tuya à tu memorîa quede, R Que à un Dios imitas en su poder extenso, De la nadaarrancando un ser yiviente. »
Tu imites on Diea dans sa puissance sans bornes, En tirant dn n^nt un être vivant:
Soos le sonffle glacé des vents, et au sein de la solitude, Tu déefaircs le voile épais de la nature.
Tu le déooavresce riche trésor... ee trésor immensel Dans la Paco-vicuâa, que tes soins de tons les jours Ont multiplié, comme les flots d'une fontaine d*or Qui rouleraient jusqa*au sein d'une vaste mer.
Ce trésor, qui surpasse Tor lui-même»
Est la récompense de ta vigilance profonde Entre les ténèbres qui s'évanouissent et la lumière qui naît
Pour célébrer ta gloire, la postérité dira: (c Que tu imites un Dieu dans sa puissance sans bornes, R Eu tirant du néant un être vivant ! »
Vatjmara possède aussi des déclinaisons et des conjugaisons comme le quichua ; mais sa prononciation est très-gutturale, plus forte et plus mâle que celle du quichua ; aussi énergique que quelque langue que ce soit, Taymara peut surtout soutenir la comparaison dans les expressions significatives.
Il est bon de remarquer ici que Ton ne parle Taymara que dans la région parallèle à Arica, savoir : sur les hauteurs de Tacna, Torala, Candarave, Gamilaca, Araca, Juli, Ilave, Pomata, Chucuito, la Paz, etc.
A Efen, bourgade de Lambayeque, près de
(1) Cette pièce fut adressée au seùor Cabrera, pour le féliciter d'avoir formé un troupeau de Paco-vicuiia. Cet animal était connu depuis 1826 : le préfet qui commandait alors le département de Puno présenta plusieurs Paco-vicuûas au général Bolivar. Le se&or Rivero en emmena une à Lima. La laine de la Paco-vicuna, blanche ou noire, est très-fine, et d'un long poil : on a conduit plusieurs de ces animanx en Europe, et il s'en trouvait à Pcorpositkm de Londres en 1855.
la côte, on parle une langue qu'aucune autre localité du Pérou ne peut comprendre. On rencontre aussi au Pérou des populations parlant un idiome appelé lepuguinoy mais elles sont peu nombreuses.
Quoique le quichua soit la langue générale deà Indiens au Pérou, la plus grande partie d'entre eux comprend et parle l'espagnol, sauf ceux qui sont le plus éloignés de la côte. D. Mariano Rivero, Péruvien, savant recommandable à tous égards, parle avec étendue de la langue quichua, dans le chapitre 5 des Antiquités du Pérou (AnligûedadesPeruanas).