PRODUCTIONS VÉGÉTALES
gne végétal dans la province littorale to est riche, varié et superbe : une 1ère constamment tiède et humide e pays un printemps perpétuel. La vé-
gétation est continuellement active. L*homme n'a d'autre travail que de recueillir et de jeter la semence, pour obtenir en très-peu de temps les moissons les plus abondantes.
VEGETAUX CULTIVES.
i» LE BANANIER.
i les plantes cultivées, on doit comp-
remier lieu :
nanier, — en espagnol Plalano, —
^aradisiaca, Linné; et Musa sapien-
nné).
la province littorale de Loreto, on cul-
;rand nombre de variétés de ce végétal
Parmi ces variétés, nous citerons :
^atano Guineo (Bananier de la Gui-
aiatw de la Isla (c'est-à-dire de Tile); alano Dominico ( c'est-à-dire du Sei-
atano BellajOy dont les fruits sont
latano Zoquete^ de petite taille, et \ régimes, ou grappes de fruits, touterre ;
aiano de Moyobamba, que nous désious ce nom parce que cette variété de r y est spécialement cultivée; unie P/atano de Jeveros y cultivé égadans le district de ce nom et qui a Is petits, dont la pelure est de la coula cire d'Espagne.
nanier (Piatano) est, pour les habi- ! la province littorale, un article de e nécessité. Ses fruits servent de pain, ce but on le prépare de plusieurs is. Avec la banane mûre, écrasée et ée, les sauvages de l'IJcayali prépae boisson alcoolique. La banane verte ée leur sert comme de colle ou de pour réunir les différentes pièces de iil où ils distillent le suc de la canne, 'éparer leur eau-de-vie. Enfin, avec la
banane, on alimente, dans la province littorale, les poules, les cochons et les chevaux.
8* LA YUCCA OU MANtOC
fl
La Yucca ou Manioc (Manthot Aipi, Polil.) est le second végétal indispensable à la vie des habitants de la province de Loreto. Les Indiens de cette province se servent de cette racine non-seulement pour faire du pain, en la faisant griller sur des braises, mais aussi pour préparer leur boisson favorite et dont ils ne sauraient être privés. Cette boisson s'appelle Masato.
Pour se faire une idée de la manière dont on prépare le MasatOy il faut entrer un mo* ment dans une de ces grandes cases habitées par les sauvages de l'Ucayali, un soir de fôte. D'un côté, on aperçoit des femmes, deminues, assises en cercle autour d'un tas de yuccas dont elles ôtent la pelure. D'un autre côté, une autre femme s'occupe à placer les yuccas épluchées dans une chaudière si vaste qu'un homme pourrait y entrer. Cette première opération faite, on met une petite quantité d'eau dans la chaudière, on couvre les yuccas avec quelques feuilles et on les laisse cuire. Quand elles sont cuites, on les broie pour les réduire en pâte, opération qui, dans les petites cases, se fait au moyen de pilons de bois dans des mortiers ou auges très-peu profondes; mais dans les grandes cases, comme celle où nous sommes entrés, on se sert pour mortier d'un tronc d'arbre, creusé en forme de canot, placé en travers de la case, et dans lequel on met la yucca. Alors plusieurs femmes en môme temps se mettent à la broyer, au moyen de grandes pièces de bois, ainsi que
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
Ton fait dans les mortiers de cuisine péruviens appelés piedras de hatan, La pâte de yucca étant une fois préparée, on passe à la plus importante, mais en même temps la plus dégoûtante de toutes les opérations. Les femmes, et quelquefois aussi les hommes, s'asseyent de nouveau en cercle ,autour de la yucca transformée en pâte. Chacun prend une poignée de cette pâte dans la bouche, la mâche sans l'avaler, jusqu'à ce qu'elle soit complètement remplie de salive et presque entièrement liquide, puis la crache sur le tas placé au milieu. On répète cette opération plusieurs fois, jusqu'à ce qu'on ait mâché et craché une certaine portion du tas que l'on veut transformer en Masato,
On ramasse» et l'on môle ensuite^ au moyen des mains, avec le reste du tas, la petite quantité de yucca mâchée, et l'on jette le tout dans des chaudières que l'on recouvre pour que la fermentation s'opère.
La yucca mâchée, par les principes que contient la salive, sert de ferment, transforme d'abord la fécule en sucre, et celui-ci à son tour en alcool; opération qui dure deux, trois ou quatre jours suivant la température et la quantité de salive que contient la yucca. Cette pâte fermentée constitue ce qu'on appelle 3/a«a<o, et que les Indiens emportent avec eux dans tous leurs voyages. Quand ils veulent préparer leur boisson, qui porte également le nom de Masato, ils prennent une poignée de cette pâte, et la délayentavec les mains dans un peu d'eau.
La yucca ne sert pas seulement aux usages dont nous venons de parler : on l'emploie encore à la préparation d'une espèce de Chuno ou bouillie (panetela) qui porte dans la province littorale de Loreto le nom brésilien de Farina. Dans ce but, on ôte la pelure de la yucca ; on place ensuite celle-ci dans une espèce de panier très-élastique, que l'on peut étirer dans le sens de sa longueur, et qui sert en quelque sorte de pressoir. Au moyen de cette opération, on extrait de la yucca tout le liquide qu'elle renferme , et l'on fait légèrement griller la partie solide et farineuse qui reste dans le panier, et on la conserve en cet état pour le moment où l'on en aura besoin. La yucca, ainsi préparée, sert également d'article d'échange;
Sur beaucoup de points de la province littorale, on peut recueillir la yucca au bout de six mois de plantation. Ainsi les sauvages des rives de TUcayali plantent la yucca sur les bords mômes de la rivière : aussitôt que l'eau se retire, et avant la nouvelle crue, ils peuvent recueillir la yucca, sans avoir besoin de remuer le sol.
S*" LA GANBnf A SUCRE.
La Canne à sucre {Saccharum officinarum, Linné) est une autre plante d'une culture assez générale dans la province qui nous occupe. Elle n'est pas cultivée dans le but d'en extraire le sucre, article que Ton ne coniult guère dans cette partie du Pérou : on se contente d'en retirer une petite quantité iedu»caca (suc mielleux] ; tandis que la plus grande partie du jus de la canne est destinée à la distillation de l'eau -de -vie , liquide plus indispensable à l'Indien que Teau elle-même, et dont l'usage s'est tellement répandu , que les sauvages mômes de l'Ucayali possèdentd'ingénieux appareils à distiller, faits de terrecoite.
La Canne à sucre croit dans la province littorale de Loreto avec une vigueur extitordinaire : il sufQt de l'avoir plantée une fois pour obtenir de continuelles récoltes des rejetons qui repoussent indéfiniment. Aux environs de Jeveros , sur les bords du paisible Aipena, on voit très-souvent des touffes de plus de vingt cannes d'une grosseur remarquable, sortir d'une seule tige. La rapidité avec laquelle se développe fa canne à sucre est vraiment étonnante : sur certains points de la province, elle mûrit au bout de six ou sept mois de plantation.
40 CÉRISALES £T AUTRES PiLANTESb
Les céréales, si l'on en excepte le Blé, qui, à'cause de l'humidité excessive du pays, est sujet à la maladie connue sous le nom de rouille (polvillo), croissent admirablement^ Ainsi le Riz et le Maïs donnent des récoltes magnifiques au bout de cinq ou six mois.
La Coca [Enjthroxylon Coca^ Lamark) est cultivée dans les localités riveraines de l'Huallaga, depuis Tingo-: Maria jusqu'à Pacbiia. Elle est de très-bonne qualité ^ et donne jus-
APPENDICE
qu'à six récoltes par an, c^est-à-dire une tous les deux mois.
Le Tabac {Nicotiana tabacum^Linné) est cultivé dans toute la région de la rivière Huallaga; cette plante donne des produits magnifiques, que Ton expédie dans les départements voisins, et que l'on exporte en partie au Brésil.
Le Coton (Gossypium arboreum^ Linné, et Gossypium Peruvianum ^ Cavanilles] pousse spontanément aux environs de presque toutes les maisons : il sert à la fabrication de la toile de coton (Tocuyo), qui est un article de fréquent échange dans la province de Loreto.
Le Café (Coffea arabica^ Linné) croît avec une telle vigueur dans ce pays, qu'il semble avoir trouvé dans le Pérou une patrie adoptive : on est vraiment étonné de voir l'activité de sa végétation , et l'immense quantité de ses, fruits, sous lesquels ses rameaux sont accablés. Sa graine, bien préparée, exhale le parfum le plus délicieux.
LeCacao (rAeo^roma Cacao, Linné] • Cet arbre est cultivé dans presque tous les champs de Moyobamba : il croit cependant spontanément, et on en rencontre plusieurs variétés dans presque toutes les forêts de la province.
Le Bombonaje (Carludovica palmata, Ruiz et Pavon), dont les feuilles servent à préparer la paille pour la fabrication des chapeaux dits deGuayaquil. On le cultive généralement, mais on le trouve aussi à l'état sauvage dans presque tous les lieux chauds, humides et sombres de cette partie du Pérou.
Le Pischuayo (Guilielma speciosa, Mart.), palmier élégant, d'une taille assez élevée , et qui porte des épines. Il croit spontanément ; mais on le cultive aussi pour ses fruits, qui forment une drupe charnue quel'on mange cuite.
L'Aguajc (Mauritiaflexuosa, Linné) est un palmier dont les feuilles sont disposées en éventail. Il croit dans les lieux sujets aux inondations. Cet arbre utile produit des fruits écailleux de la grosseur d'un œuf de poule , et que l'on peut manger après les avoir fait euire. En faisant des incisions dans le tronc, on obtient un liquide sucré ^ susceptible de fermentation, et qui produit une boisson alcoolique. De sa moelle on prépare une espèce de farine analogue au sagou» et qui peut servir d'aliment.
Le Tutumo {Cresceniia cajetty Linné); Ses
fruits servent à fabriquer des vases pour conserver les liquides, et des tasses pour les usages domestiques.
On voit croître, dans la province littorale de Loreto, un grand nombre d'arbres fruitiers non-seulement indigènes , mais encore d'autres apportés d'Europe, tels que:
Les Orangers {Citrus aurantium^ Risso) ;
Les Citronniers (Citrus limonum et limetta^ Risso) ;
Les Avocats ou Bois d'anis [Persea gratissifiitty Gartn.);
Des Pacaes de plusieurs variétés {Inga vera^ insigniSy fastuosa^ etc.) ;
Des Lucumos {Lucuma obovata^ Kunt.);
Le Maranon ou Anacardium {Anacardium occidentale^ Linné); ses réceptacles charnus sont bons à manger, et l'écorce de ses graines contient un principe résineux, de propriétés! acres , et dont on se sert dans quelques parties de cette province pour préparer de petits vésicatoires;
Le Papayo (Caricapapaya, Linné);
Des Pruniers du Pérou, de différentes variétés (Bunchosia), dont les fruits ressemblent à ceux des Pruniers d'Europe ;
Des Cerisiers du Pérou [Malpighia selosa^ Linné), dont les fruits sont semblables à la cerise ;
L'Arbre à Pain (Arlocarpus incisa y Linné), etc. /
Enfin on cultive dans cette province PAnanas {Brotnelia ananas^ Linné), que l'on rencontre en abondance surtout dans les environs de Sarayacu , et qui acquiert des proportions énormes. Ses fruits pèsent quelquefois jusqu'à dix-huit livres.
On trouve également dans cette province plusieurs espèces de Piment {Capsicum) ;
De Haricots {Phaseolas);
Et l'Achiote (Bixa Orellana^ Linné). Cette dernière plante s'emploie non-seulement pour colorer le manger^ mais elle sert encore à d'autres usages. Les sauvages de l'Ucayali , par exemple, et les Indiens soumis qui vivent sur les bords de l'IIuallaga, emploient l'Achiote pour se peindre la tête. Ils font, avec cette matière, des raies, des points et des dessins capricieux de couleur rouge ; ce qui leur donne un aspect horrible, qui, suivant cuxj inspire de la terreur à leurs ennemis;
GÉOGRAPHIE DE LA i^PUBUQUE DU PÉROU.
VEGETAUX CtUI CROISSENT SPONTANEMENT.
Toutes les plantes que nous avons citées ne sont rien en comparaison du nonr^bre infini de végétaux qui croissent spontanément dans cette région si favorisée. En effet , que de tableaux magnifiques , que de scènes grandioses et variées se présentent à la vue de celui qui pénètre au milieu des forêts solitaires de cette province I La végétation , ne trouvant plus de terrain libre pour se développer, b'accumule^ s'entasse /se superpose pour ainsi dire , et forme des forôts\sur des forêts. Ainsi, sur quelques points^ le sol se trouve couvert d'herbes et d'arbustes qui croissent à l'ombre des arbres au feuillage touffu ; ceux-ci sont à leur tour dominés par les dômes superbes d'élégants palmiers, dont la tête s'élève gracieusement dans les airs.
De cette manière, trois séries distinctes , ou zones de végétation, se trouvent superposées dans un seul et même lieu.
Dans la première, c'est-à-dire celle des herbes et des arbustes, on remarque les magnifiques ^e//con?a5, avec leurs grappes de fleurs, émaillées des plus vives couleurs et cachées au milieu de grandes feuilles. Ces feuilles sont employées dans la province littorale, sous le nom de Bijao, pour envelopper le poisson salé que l'on expédie au Brésil.
Au milieu de ces plantes magnifiques, nous voyons s'élever çà et là les élégantes -4/pinias^ Marantas, CarludovicaSy Justicias^ et différenles espèces de Coslus, plantes qui pourraient toutes servir à l'ornement de nos jardins.
D'un autre côté, on remarque : ,
VIpécacuanha {Psychotria emetica, Linné), si utile en médecine, et ses congénères les Psychotria sulfurea, virgata^ tinctoria, etc., que les habitants des forêts de Huanuco emploient pour teindre en jaune;
La Yarina ( Phyielephas macrocarpa , Ruiz et Pavon), si utile dans Pindustrie, et connue dans les autres parties du Pérou sous les noms de HumirOj Pulipunto, Cabeza de iVcgro, c'est-à-dire tête de nègre, et Ivoire végétal; en espagnol : Marfil végétal. Cette
plante a l'aspect d'un palmier sans tronc. Ses feuilles, entrelacées, servent à construire le toit des maisons, et les noyaux de ses gros fruits remplacent l'ivoire dans la fabrication de différents petits articles;
Le Barbasco {Jaquinia armillaris, Jac.).On emploie la racine de cette plante pour la pêche, de la même manière que I'od se sert en Europe de la coca du Levant, c'est-à-dire qu'on la jette dans l'eau pour enivrer les poissons^ qui viennent flotter à la surface de l'eau, circonstance qui permet de les prendre avec facilité.
Au milieu de cette végétation si variée, s'élèvent, en enroulant autour des troncs leurs tiges sar menteuses , armées de grandes épinés, plusieurs espèces précieuses de salsepareille, telles que les Smilax obliquata^ JMziàna, Poeppigiiy etc., qui forment l'objet d'un commerce lucratif avec le Brésil et l'Europe.
A côté de ces plantes, si employées en médecine, il en poussé^ d'autres non moins importantes dans la thérapeutique des Indiens, savoir : le Huaco (Mikania Guako^ Humboldt), si employé contre la morsure des serpents venimeux , et le Sanango ( TabemœmàntaM Sananho , Ruiz et Pavon ]^ dont les feuilles, légèrement grillées , sont employées avec succès contre le rhumatisme , maladie trèscommune dans ces régions humides.
En pénétrant dans la partie la plus sombre et la plus humide des forêts, on remarque l'odorante Vanillé (VanUla aromatica, Linné) et la voluble Habilla (Fevillea hederacea, Poir.) , dont les gros fruits renferment plusieurs graines aplaties, d'où les indigènes tirent une huile qui sert à leur éclairage.
Un certain nombre de plantes vénéneuses, qui croissent dans les régions chaudes de cette province, ne sont pas moins dignes d'intérêt. Ce sont, par exemple, plusieurs espèces de Cocculus^ tels que les Cocculus convoi' vulaceus^ chondodendron et loxico/ervs; quelques espèces de Strychnos, telles que les Strycimos brachiata et Castelnœana.
Le Cocculus toxico férus ( Weddell), connu
APPENDICE
sous le nom de Pani, et le Strychnos CasteU nœana (Weddell), appelé Ranu par les indigènes, servent^ comme nous Tavons déjà dit, à la préparation du poison actif dont se servent les Indiens Ticunas qui habitent les bords de TAmazone.
Que dirons-nous maintenant de la variété infinie des végétaux arborescents qui se développent librement au milieu de ces forêts vierges, entrelaçant leurs immenses rameaux, et formant des voûtes de verdure qui interceptent les rayons du soleil aux herbes et aux arbustes qui croissent sous leur ombre?
Combien de produits utiles à la médecine, aux arts, àrindustrie et à l'économie domestique la Nature active ne prépare-t-elle pas en silence dans ces lieux solitaires ! On ne peut faire un pas sans rencontrer des végétaux différents.
Voici Todorant Pucheri (Nectandra PtAchuri, Nées), dont les fruits sont employés par les indigènes pour guérir la dyssenterie;
Voilà la balsamique Quina-Quina {Miroxy- Ion peruifet'utn , Ruiz et Pavon), du tronc de laquelle on extrait le baume du Pérou, et dont le bois sert aux indigènes pour fabriquer divers objets;
Plus loin, nous rencontrons le gigantesque Copayer , en espagnol Copaibo {Copahijera officinalisy Wild.) , qui produit le baume de CopahUy si utile et si estimé.
Dans les parties les plus élevées de la province littorale de Loreto^ croissent plusieurs espèces de Quinquinas, en espagnol Cascarilla (Chincona), dont l'écorce fébrifuge est très-estimée en médecine;
Le célèbre Matico ( Arthanle elongala , Mi« quel), employé par les indigènes pour la guérison des blessures ;
Le Laurier (Myrica polycarpa], arbre trèsutile, des fruits duquel on extrait la cire végétale.
Si nous cherchons maintenant quelques arbres qui nous fournissent du bois de construction , nous trouverons facilement le précieux Acajou^ en espagnol Caoba, en angla s Mahogany {Swietenia Mahagoni^ Linné] , appelé dans la province littorale Aguano;
Le Cèdre ( Cedrela odorala , Linné) , dont le bois incorruptible sert à la construction des canots;
GÉOGRAPBUt DU PÉROU.
Le Palo amarillOy c'est-à-dire le Bois jaune {Olmedia aspera, Ruiz et Pavon) ;
Plusieurs espèces de Noyers (Juglans);
Le Palo de Balsa , c'est-à-dire le Bois aux radeaux ( Ochroma piscatoria ) : ce bois est d'une nature très-légère; on l'emploie» comme son nom l'indique , dans la construction des radeaux ;
Et enfin, un grand nombre d'autres arbres propres à construire , connus sous les noms indigènes de : Azarquiro^ Palte Moaina, Tarra Moaina, Rumicaspij Rumiguiro, Capi^ rona, Palo de Cruz, c'est-à-dire V Arbre de la CroiXy etc. On les emploie à différents usages.
Voici encore quelques espèces d'arbres très-utiles pour les indigènes, savoir :
L'arbre connu sous le nom de Llanchama, dont l'écorce battue ressemble à un véritable tissu, et sert de lit à la plus grande partie des Indiens de la provinceiittorale deLorelo;
Le Tahuariy autre arbre dont les Indiens divisent le liber ou écorce intérieure, en feuilles très -minces; ce liber remplace le papier dans la préparation des cigarettes;
Le Huimba (Bombax). La matière cotonneuse qui entoure ses graines^ sert à envelopper l'extrémité de la petite flèche empoisonnée que les Indiens lancent au moyen de la sarbacane;
Le Huimba-Quiro y arbre de la famille des Bombacées, dont l'écorce fibreuse et tenace sert aux indigènes de câble pour haler leurs canots ;
Le Vilu ou Jagua (Genipa oblongifolia^ Ruiz et Pavon), dont les fruits servent aux Indiens qui habitent sur les bords des rivières, pour se peindre le corps en bleu foncé , dans le but de se délivrer des moustiques;
La Setica (Cecropia peKakiy Linné), dans les troncs creux de laquelle vit une espèce d'abeille qui produit une cire très -blanche, qui constitue un des principaux articles de commerce de la province ;
L'Arbre au Caoutchouc {Siphoniaelaslica, Pers.], en espagnol Arbol del Caucho, dont le suc épaissi nous fournit la précieuse matière connue sous le nom de Caoutchouc ou gomme élastique ;
L'Arbre de la Gomu Sandi, autre cspè<:e de Siphoniui les Indiens emploient son suc lai-
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
teux comme ud vernis , pour rendre imperméables leurs vases de terre;
La Tangarana ( Triplaris americana , Linné ) : dans le creux de ses rameaux vit une race de fourmis très- venimeuses;
Le Patagua (Hura aculeata ) , arbre vénéneux, dont les graines, prises en petite quantité, servent de purgatif drastique ;
Le Hojé{ Ficus), dont on emploie le suc laiteux pour chasser les vers intestinaux;
Les Llanguas : leurs feuilles servent , dans la province^ à teindre en bleu d*azur. Il y a deux espèces de Llanguas : la première espèce est un arbre qui appartient au genre Bignonia; la seconde est un arbuste du genre Indigo fera;
La Schacapa [Cerbera Peruviana^ Pers.), dont les fruits sont vénéneux. Les deux parties du noyau servent de castagnettes aux Indiens; EnOn, un grand nombre d'autres végétaux produisent différentes espèces de résine trèsutiles^ connues dans le pays sous les noms de Copaly Lacre caraûa, Estoraque (Storax), etc. L'élégante famille des Palmiers possède un grand nombre de représentants dans cette vaste province. Parmi les principaux nous citerons :
Le Palmier à cire ( Ceroxylon andicola , Ilumboldt) , en espagnol : Palma de la cera. Cet arbre majestueux croit dans les parties élevées et froides de la province. De son tronc suinte une matière céroïde , que les habitants du pays ont soin de recueillir^ et qui sert aux mêmes usages que la cire;
La Chonta [Bactris ciliatay Mart.), palmier dont le tronc est très-dur et très- épineux. Les naturels se servent de son bois pour fabriquer des arcs et les pointes de lem^s flèches. Le cœur ou chou de ce palmier est très -tendre; lorsqu'il est cuit, il sert d'aliment aux naturels ;
L'odorante Sia-Sia {Morenia fragrans^ Ruiz et Pavon), et sa sœur la Morenia Poeppigiana (Mart.) ;
L'humble et aromatique ChutasUiun [Chamœdorea fragrans, Mart.) , dont l'odeur ressemble à celle de ta racine du lis, et ses congénères les Chamœdorea lanceolata et linearis (Mart.) ;
Les délicieux Palmistes, savoir : 1» VEuterpe o/erocea (Mart.)) dont on mange le chou tendre
qui se trouve à la cime , et 2* VEuterpe eiulis (Mart.), dont les fruits sont également boDs à manger. Ce dernier est souvent accompagné de VEuterpe ensi/ormis (Mart.) ;
L'élégante et majestueuse Huacrapona, appelée dans d'autres régions Camona (Iriariea deltoîdea^ Ruiz et Pavon) , dont le tronc s'élève dans les airs au sommet d'un cône de racines, qui jaillissent du sol jusqu'à une hauteur de six ou huit pieds;
Le Tarapoto {Iriartea ventrieasaj Mart.), dont le tronc, souvent employé dans la construction des maisons, se dilate à une certaine hauteur^ et forme une sorte de ventre ou de renflement ;
La superbe Catirina (Attalea), dont la cime élégante est une sorte de parasol formé de grandes feuilles^ qui possèdent à leur base une matière filamenteuse. Les indigènes emploient cette matière en guise d'amadou. Ils tirent des fruits osseux de cet arbre une espèce de vers qui sert à amorcer leurs hameçons;
L'épineuse Chambira {Âstrocaryum), des feuilles de laquelle on tire un ni tenace, qui porte le môme nom que la plante, et dont on se sert pour tisser des hamacs et des sacs appelés Pillajas ou lieras;
Le Palmier royal, en espagnol Palma rtal {Cocos butyracetty Linné) : on tire de ses fruits une matière grasse qui , lorsqu'elle est fraîche , sert pour assaisonner les aliments , et peut, au besoin^ remplacer le beurre ;
Une autre espèce du même genre, le Coww oleracea , Mart.), dont on mange les jeunes pousses;
Enfin, le gracieux Desmoncus prunifer (Poepp.) : ses drupes aigres -douces servent également d'aliment aux indigènes.
Mais toutes les plantes que nous venons de citer ne donnent qu'une très-petite idée de la végétation de cette partie du Pérou, parce que l'énumération seule des espèces principales exigerait l'étendue d'un volume. Néanmoins^ pour donner une faible esquisse de la' riche et luxuriante végétation de cette province, il faut que nous parlions aussi de ce grand nombre de plantes parasites qui vi-^ vent entassées les unes sur les autres, jusqu'à couvrir entièrement la surface du végétal qui les supporte, ou qui leur prête seulement on appui.
APPENDICE
Nous pouvons citer^ par exemple, une multitude innombrable de belles et capricieuses Orchidées, qui ornent de leurs brillantes fleurs les troncs antiques. Nous nous bornerons à citer plusieurs espèces de :
Oncidium^
Maxillaria,
Stanhopœa,
Sobralia,
Peristeria,
Anguloa,
Catasetunij
Bletia,
Epidendrum,
Masdevallia,
Cypripedium,
etc.
Et, pour compléter en quelque sorte le tableau, qu'on s'imagine voir serpenter, d'Un arbre à l'autre, ces immenses lianes qui s'élancent jusqu'aux sommets les plus élevés, descendent ensuite pour remonter encore, s'entrelacent les unes dans les autres, s'enroulent autour des rameaux et s'y cramponnent, relient toutes les plantes entre elles et forment un tissu embrouillé de végétation tellement impénétrable, qu'on ne peut faire un pas dans la forêt sans avoir la hache à la main.
Quand on suit, en canot, le cours paisible de l'Ucayali ou du fleuve des Amazones , on peut alors examiner à l'aise ces scènes si variées que présente l'exubérante végétation de la province littorale de Loreto. C'est là qu'on voit s'élever ces gigantesques Figuiers ( Ficus giganteay Runth) , dont le tronc énorme et les rameaux immenses, entièrement couverts par les feuilles des plantes grimpantes, telles que les Cissvsj les Mikania, les Anguriay les Passiflora, les Ltiffa, les Bignonia, etc., présentent à la vue un monument colossal de verdure.
D'autres fois, ces mêmes plantes, ayant . revêtu complètement un grand nombre d'arbres de grosseurs différentes , passent d'un tronc à Pautre, et forment de gracieuses guirlandes, suspendues de mille et mille manières, affectant les formes les plus capricieuses. Elles offrent aux regards du voyageur enthousiasmé, ici un château, là un arc de triomphe; plus loin, un pont avec ses nombreuses arcades ; d'un côté, des piédestaux, des colonnes ; d'un autre^ des sanctuaires, des grottes, etc.
Dans la saison pluvieuse, quand les eaux des rivières sont très^levées , tout à coup
elles sortent de leur lit, envahissent les terres voisines, entraînent peu à peu avec elles tous les végétaux qui croissent sur le sol qu'elles inondent; ensuite elles se retirent, et laissent après elles une couche de limon fertile, où, en très-peu de temps, se développe avec force une nouvelle végétation.
La première plante qui pousse dans ces terrains que les eaux ont abandonnés, est presque toujours la Cana brava [Cynerium sagiltatum^ Beauv.). Cette plante croit en abondance sur les bords des grandes rivières de la province littorale, et l'eau, en se retirant, en dépose un grand nombre sur la plage. La Caûa brava jouit d'une grande vitalité, et, se trouvant sur un sol humide, c'est-à-dire dans les conditions favorables à son développement, elle pousse des rejetons de tous ses nœuds, et, en très-peu de temps, elle a recouvert tout le sol. Pendant que la Caûa brava grandit, on voit croître autour d'elle une multitude de Cgpéracées, de Graminéesy de Jussiées et d'autres plantes herbacées, de sorte que, au bout d'un mois, le terrain abandonné par les eaux se trouve entièrement chargé de végétation.
En même temps, commencent à naître les premiers végétaux ligneux. Ce sont quelques espèces de Chilcos ( Baccharis) et le Pajaro Bobo (Tessaria légitima, Delan.).
A ces premiers végétaux succèdent les Seticas (Cecropia), qui, élevant rapidement leurs élégants parasols, formés de grandes feuilles, produisent un peu d'ombre, et maintiennent ainsi Phumidité du sol.
Dans ces nouvelles conditions, d'autres plantes peuvent maintenant se développer, telles que les Heliconia, les Alpinia, les Costusy les Salsepareilles, les Carludovica, etc.
Immédiatement leur succèdent \e Palmier y le Cèdre, VAcajoUy le Figuier géant, le Capirona^ etc.
En peu de temps la forêt devient si épaisse qu'elle semble n'avoir jamais été envahie par les eaux, sauf qu'on n'y remarque point ces arbres séculaires qui n'appartiennent qu'aux forêts primitives.
Ce qui est digne d'observation, c'est que, quand les Cecropia se sont un peu développées, et que la terre ne reçoit plus directement les rayons du soleil, les conditions
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PEROU
d^existeDce des plantes qui ont poussé les premières, telles que les Cypéracées, les Graminées, les Caûas bravas , changent entièrement : elles diminuent peu à peu et finissent par disparaître complètement. En effet, ces
végétaux sont amis de l'air et de la lumière; ils croissent toujours dans les endroits découverts et exposés au soleil, tels que les bords des rivières, mais jamais dans rintérieur des forêts, où l^ombre règne continuèllemenL
RÈGNE ANIMAL
Le nombre des animaux se trouve en raison directe du nombre des végétaux. En effet, là où il y a beaucoup de matière végétale, peuvent vivre un grand nombre d'animaux herbivores, frugivores ou phytivores, et dans les lieux où vivent une multitude de ces derniers, il y a nécessairement un grand nombre d'animaux carnivores. Tous les êtres de la nature se trouvent en lutte continuelle pour leur existence, et cette lutte est nécessaire pour maintenir l'admirable harmonie du monde organique.
En effet, siy dans la province qui nous occupe, il y a une exubérance de vie végétale, il doit également y avoir une exubérance de vie animale. En effet, dans ces forêts, un murmure continuel frappe nos oreilles, et partout où nous pouvons porter les yeux, nous apercevons quelque chose qui se meut.
quelque chose qui s'agite. Ici, c'est le cerf rapide qui s'enfuit au milieu des broussailles; là, un singe agile qui se joue sur les arbres ; d'un côté, le timide écureuil qui saute ^u milieu des rameaux; d'un autre côté, uo oiseau au brillant plumage nous charme par son chant agréable : de loin^ on entend le rugissement du féroce jaguar qui nous glace d'épouvante; enfin, dans une autre région, on entend l'horrible sifflement du serpent venimeux, dont la dent empoisonnée doone instantanément la mort.
De quelque côté qu'on se tourne, la vie animale se manifeste par d'innombrables légions d'insectes qui, de toutes parts, rampent, marchent, grimpent, volent, et, armés des instruments les plus délicats , perforent, coupent, divisent et détruisent tout ce qui tombe sous leurs petites mandibules.