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ANIMAUX DOMESTIQUES

Les animaux domestiques de la province sont peu nombreux, et peuvent se réduire à un petit nombre de Bœufs, de Chevaux, de Porcs, de Chiens, de Chafs, d'Oiwet de Poules,

Les grands animaux, tels que les Seeufs et les ChevauXy sont très-rares dans cette province ; la première cause de cette rareté, c'est le manque de chemins, qui forme un grand obstacle à leur introduction dans plusieurs pays; et la seconde, le défaut de pâturages nécessaires pour leur alimentation.

Dans les quelques régions où on les a introduits, ils se multipUent et se développent très-bien, quoique les habitants du pays exagèrent beaucoup les dommages que causent à ces animaux les vampires et les laiTes dé-

posées dans leurs chairs par les insectes. En effet, sur plusieurs points de la province, quoiqu'il y ait beaucoup de ces bêtes malfaisantes, au point d'être pour le pays un véritable fléau, et que les hommes mêmes soient obligés de se défendre contre elles, les bœufs ne laissent pas de s'engraisser admirablement, lorsqu'il y a des pâturages suffisants. Le Cochon est l'animal domestique le plus commun de la province littorale de Loreto. Si l'on excepte les régions habitées par les sauvages, on peut dire qu'il n'y -a pas un bourg, un village, où l'on n'élève des cochons. Dans la capitale même , c'est-à-dire à Moyobamba, on voit des troupes de cochons cheminer librement dans toutes les rues,

APPENDICE

et se nourrir de toutes les épluchures de yuccas et de bananes que l'on jette hors des maisons.

Le Chien, au contraire, semble ne pouvoir supporter le climat de cette province. Ainsi, quoique les Indiens qui habitent les bords du rio Huallaga introduisent un grand nombre de chiens des provinces de Uuanuco, de Pataz et de Ghachapoyas, ils ne se multiplient presque jamais , et il est nécessaire de ramener continuellement de nouvelles colonies de chiens.

Le Chat n'est pas non plus très-commun dans ce pays : il paraîtrait que le climat ne lui est pas non plus favorable.

Les Poules prospèrent parfaitement dans celte province : aussi n'y a-t-il pas un Indien

converti, ni un infidèle , comme on dit dans ce pays, qui n'en possède au moins quelques-unes. Ces oiseaux, comme presque tous les animaux domestiques de la province, se nourrissent de bananes.

Une anomalie très-commune se rencontre parmi les coqs et les poules des bourgades situées près des bords du Haranon. Us ont généralement cinq et même six doigts aux pattes. Il est naturel de croire que presque tous les coqs ou poules de ces localités proviennent d'une paire qui avait cette anomalie physique.

Les Oies et les Canards domestiques de la province littorale de Loreto sont les mêmes que ceux qu'on rencontre à l'état sauvage sur les bords de l'Ucayali et de l'Amazone.

ANIMAUX SAUVAÇES.

1« MAIIIIIFEBES.

Parmi les animaux sauvages, nous devons citer en premier lieu le Tapir ( Tapirus americanvSy Desm.] qui est connu au Pérou sous les différents noms de :

Gran Beslia (Grande Bétc), Vaca de Anta, Danta, Sacha Vaca,

Ou entin Vaca del Monte (c'est-à-dire Vache des Forêts ou Sauvage).

Cet animal , qui est de la taille d'un ftnc , vit dans les lieux sombres et marécageux. Il possède une grande force, principalement pour repousser ou entraîner. Comme il est susceptible d'être apprivoisé^ je ne doute pas qu'avec un peu de patience, on ne puisse en faire un animal utile pour les travaux de l'agriculture.

Les Indiens sont imbus de mille préjugés sur les propriétés médicinales de la corne du pied de cet animal, qu'ils considèrent comme une panacée universelle. On ne rencontrera peut-être pas un indigène qui n'ait à vous raconter des guérisons miraculeuses, opérées par la corne de la Gran Beslia. Ce qu'il y a de plus positif, c'est que Ton peut

manger sa chair, et que son cuir est excellent pour fabriquer des lacs {lazos]^ des rênes et d'autres ouvrages du ressort de la sellerie.

Le Cochon sauvage ou des forêts^ en espa* gnol : Chancho del monte, appelé également Sagino ou Huangana; c'est le Pécari à collier des naturalistes [Dycotyles torquatus, Cuvier). Il vit en grandes troupes dans l'intérieur des forêts de la province littorale de Loreto, et fournit aux habitants une chair très-estimée.

Le Ronsoco {Hydrochoerus capybara^Erô.), animal qui est presque de la taille d'un cochon. Il est amphibie et se nourrit d'herbes, de yuccas, de bananes, etc. Le Ronsoco peut s'apprivoiser facilement. J'en ai vu qui er-^ raient librement dans les champs et au sein des rivières, et qui tous les soirs rentraient fidèlement au domicile de leurs maîtres. La chair du Ronsoco est assez bonne.

Les Cerfs [Cervus) , qui vivent dans la province de Loreto, sont de deux espèces distinctes: l'une est le Cervus rufus (Cuvier), et l'autre le Cervus nemorivagus (Cuvier). Le premier vit dans les forêts les plus épaisses et les plus sombres; le second, au contraire, recherche les lieux découverts, où l'on ne rencontre que des arbustes.

GÉOGRAPfflE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU.

Le Taruka (Cervus atiisiensîs, Orb.) est une aulre espèce du uiôme genre. Il est trèsrare dans la province littorale de Loreto, où il ne se rencontre que dans les lieux élevés et froids.

Le Macaz [Coelogenys fulvuSy Fréd. Cuvier) et les Picvros ou Cuspi {Dasyprocla Aguii, Hillig; et Dasfjprocta variegata^ Tschudi), sont des animaux d'une taille moyenne, célèbres par les dégâts qu'ils causent dans les cbamps de yuccas. Les Indiens font la chasse à ces animaux pour les détruire et en môme temps pour se procurer du gibier, car leur chair est bonne à manger.

VOso Hormigvero, c'est-à-dire V Ours fourmilier [Myrmccophaga 7awawrfwa,Desm.),qui détruit une grande quantité de fourmis.

Le Perezoso, c'est-à-dire P« re5.se wx; c'est VAï des naturalistes [Bradypus trivittata; C ornai ia et Bradypus infuscaluSj Vag.), appelé par antiphrase : Perico ligero, c'est-àdire Perico agile^ et surnommé en français Pierrot coureur y à cause de la lenteur de ses mouvements.

Les étranges Quirquinchos^ ou, en français. Tatous {Dasypus cingulatus, Linné, et Dasypus Taiuay, Desm.), couverts de leur cuirasse géométrique et impénétrable, qui les met à l'abri des attaques des autres animaux.

Les Indiens de la province littorale de Loreto ne se nourrissent pas seulement de la chair des animaux que nous venons de nommer, mais ils mangent également celle de toute espèce de singe, et d'autres animaux.

Parmi les Singes communs dans ce pays, nous citerons la lugubre Maquisapa ou Marimonda (Aieles ater, Cuvier);

Le Chamek, appelé aussi Marimonda [Aieles pmtedaciyluSj Geoffroy Saint-Hilaire) ;

Le triste Chuva (Ateles marginatus, Geoffroy Saint-Hilaire) ;

VOki et le Choco {Lagofhrix Humholdtii^ Geoffroy Saint-Hilaire, et Lagotrix canus, Geoffroy Saint-Hilaire ) , deux espèces de singes très-rares dans le nord du Pérou, qui ne se rencontrent guère que dans les régions du Sud et dans les lieux assez chauds de la province de Lorelo;

Les Hurleurs ou Alouates, en espagnol AuUadores [Myceles] , dont une espèce est roimue sous le nom de Singe rouge, en espa-

gnol Mono Colorado ou Cotomono (Myceles seniculusy Geoffroy Saint-Hilaire) ;

D'autres espèces sont simplement désignées sous le nom die Cotomonos {Mycetes rufima- 7ÏUS et Mycetei Chrysurt^,Kuh\). Ces singes sont ainsi nommés à cause du grand développement de l'os hyoïde, qui a l'apparence d'un goitre (Colo). Au point du jour et au coucher du soleil, ils poussent des cris tellement horribles que quelques individus seulement, de leur voix rauque et stridente, font un bruit égal à celui que produirait un troupeau de cochons que l'on aurait blessés.

Noue citerons en outre les agiles Macaquilo {Cebus robusius, Kuhl), et Miquilo (Cebus capucinus, Erxl) ;

Les Frailecffos^ c'est-à-dire les petits frères ou les petits moines (Chrysothrix sciureus^ Kamp, et Chrysothrix entomophagus)^ animaux très-jolis et très-sociables; leur caractère est si doux que, dans l'état d'esclavage, ils paraissent heureux de la compagnie de l'homme;

Le Singe nocturne (JSyctipithecus trivirgatuSy Reng ), qui dort tout le jour, pour faire mille escapades pendant la nuit ;

Le Ouappo {Callithrix discolor, Isid. Geoffroy Saint-Hilaire), si léger et si leste , et ses congénères les Callithrix amictus elpersonntus (Geoffroy Saint-Hilaire);

Enfln ces gracieux petits animaux, connus sous les noms de Leoncito, c'est-à-dire petit lion [Hapale leonina, Humboldt) ; dePinchecito {Hapale œdipus) ; de Pinchrcillo {Hapale iabiatus, Geoffroy Saint-Hilaire), etc.

Si nous passons maintenant aux animaux mammifères redoutables pour l'homme, et que l'on rencontre dans cette partie du Pérou, nous nommerons parmi les principaux : Le Tigre sanguinaire ou Jaguar [FelisOncay Linné) ;

Le Lion des Péruviens , en espagnol Léon, et nu Pérou, en quichua, Pujna {Felis concoloVy Linné) ;

Le féroce Ulurunco, appelé également Tigrilfo, c'est -à-dire Petit-Tigre {Felis pardalisy Linné); l/Oscollo {Felis celidogaster, Temm.).

Tous ces animaux vivent de rapine, et attaquent les animaux domestiques comme les animaux sauvages.

APPENDICE

Le genre Ours a deux espèces qui le représentent :

UUrsus ornatus (Guvier), et VUrsus frugi- Ugus (Tschudi). Ces ours sont connus par les indigènes sous le nom de Hacamari,

VUrstu ornatus habite presque toujours les lieux froids, et se nourrit de Cerfs, de Vigognes et de Huanucos; il attaque également les veaux et les vaches de petite race;

VUrsusfrugilegus habite, au contraire, exclusivement les forêts; il se nourrit de matières végétales, principalement de fruits du Humiro ou Yarina [Phytelephas macrocarpa). n cherche également sa nourriture dans les champs de mals^ où il fait de grands dégâts ;

VAûaz puant {Mephitis Amazonica^ Licht.) : il se défend contre les animaux qui l'attaquent en exhalant une odeur suffocante et pestilentielle.

VOmeiro {Galictis barbara, Vagn.) ;

La Belette , en espagnol Comadreja ( Mustela agiliSj Tschudi) , animal au corsage long et flexible;

Et la Carachupa ou Mucamuca, en français la Sarigue ou Rat des bois [Didelphys azarae, Tenmi.), font de fréquentes invasions dans les basses-cours^ et détruisent un grand nombre de poules.

Enfin, un autre groupe d'animaux non moins nuisibles à Thomme que les précédents^ c'est celui des Chauves-Souris^ en espagnol Murcielagos, Ces hôtes dégoûtantes sucent non-seulement le sang de l'homme , mais aussi celui des animaux domestiques.

Les ChauveS'Souris ou Murcielagos sont si nombreux dans certaines parties du Pérou que l'on ne saurait dormir si l'on ne couvre entièrement le lit avec un moustiquaire ou cousinièrCy rideau pour préserver des moustiques.

Les espèces principales qui causent le plus de dommages appartiennent au genre des yampires{Phyllostoma). Elles sont désignées

en histoire naturelle sous le nom de Phyllosloma hastatum, Phyllostoma innominatumy et Phyllostoma erythromus (Tschudi). '

En dernier lieu, nous allons citer ici quelques mammifères, que le vulgaire considère comme des poissons, parce qu'ils vivent dans l'eau. Nous voulons parler des Dauphins^ en espagnol Bufeos , et des Vaches marines ou Lamantins.

Parmi les Dauphins, nous citerons surtout deux espèces : l'une est la Inia Geoffrensis (Blanv.), d'une longueur de plus de deux varas (1"*,68). On la rencontre dans le fleuve des Amazones , le Napo , l'Ucayali et autres rivières^ à plus de 600 lieues de la mer.

Une autre espèce un peu plus petite, c'est le Delphinus fluviatilis (Gervais), que l'on rencontre dans les mômes rivières. •

Les Vaches marines.

Les Vaches marines ou Lamantins {Manatus)y que l'on pèche dans les rivières de la province littorale de Loreto , appartiennent à deux espèces, savoir :

Le Manatus americanus (Tilisius), et

Le Manatus latirostris (Harlan).

Les Vaches marines sont des animaux qui acquièrent une taille de près de 3 varas (2^fi2} de longueur. Elles sont d'une grande importance pour les habitants de cette province , parce que leur chair est saine et très-agréable à manger. Les Indiens des bords de lUcayali et de l'Amazone font souvent la chasse aux Vaches marines : ils en mangent la chair après l'avoir fait rôtir. Cette chasse a lieu au moyen d'une sorte de lance en bois, amincie par une extrémité, et d'un assez fort diamètre à l'autre bout pour lui donner plus de poids. On rencontre cette espèce de harpon dans toutes les cases des Indiens qui vivent sur les bords des rivières : elle est connue sous le nom de Fisga.

f OI8EA1JX.

En ce qui concerne les oiseaux, aucun pays ne saurait en posséder de plus riches ni de plus variés. En effet, un grand nombre nous

ment notre oreille par des chants harmonieux; d'autres enfin^par leurs couleurs brillantes et variées, ornent, embellissent et aiÀ-

foumissent une chair délicate ; d'autres char- | ment les différentes scènes qui se présentent

MO

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

à la vue du voyageur qui parcourt cette partie du Pérou.

Le naturaliste pourra observer, dans cette région, parmi les oiseaux de proie :

L'indomptable Harpyia destructor (Orbigny), dont les serres aiguës sont plus redoutables que les griffes mêmes du Tigre;

De nombreux Fauconsy parmi lesquels nous distinguerons Télégant Nauclerus fureatus (Vigors), oiseau d'un vol rapide et à la queue fourchue ;

La Ictinia plumbea (Vieillot) ;

Le Harpagus bidentatus (Vieillot) ;

L'agile Crécerelle , en espagnol Cemicalo {Falco sparverim, Linné) ;

Le sociable Caracara {Polyborus vulgaris, VieUlot), et

Le Chimango [Polyborus CMmangOy Vieillot).

Plusieurs espèces d^Éperviers, telles que :

Le Spizaetus uribitinga (Vieillot), et

Le Uypomorphnus rutilons (Cabanis) ;

Enfin V Aigle féroce à tête blanche (Oaliaetus leucocephalus).

Le chasseur pourra se procurer facilement dans les forêts de cette province :

Le gras Paujil (Ourax galeata, Cuvier);

L^élégant Piory [Crax alectory Linné) ;

La Pava grande y c'est-à-dire la GrawÂîc Dinde [Crax Temminckii, Tschudi) ;

La Pava del monte, c'est-à-dire la Dinde des forêts ou Dinde sauvage ( Pénélope cristalay Linné); ^

La Pava aôwrr/rfo, c'est-à-dire la Dinde chagrine [Pénélope aburris, Gonid) ;

La Acchakuallpa ou Gallina del monte^ c'està-dire Poule des forêts ou Poule sauvage {Pénélope adspersay Tschudi), et

La Pénélope rufiventris (Tschudi).

Le chasseur rencontrera également différentes espèces Aq Perdrix délicates, telles

que :

VOdontophorus (Tschudi) ;

VOrtygis ocellata (Meyer) ;

Le Cripturus alrocapillus (Tschudi) ;

Le Cripturus Kleei (Tschudi) ; et un grand nombre d'espèces de ce genre , également communes au Brésil.

Si Ton parcourt les bords de l'Ucayali et dâs Amazones, on remarquera sur les arbres le babillard Mamanschigua(Opisthocomuscris-

tatusy Illig.), dont la chair ne peut se manger à cause de son odeur forte et désagréable.

Sur les plages^ quand l'eau baisse et se retire, on dirait qu'un grand nombre d'oiseaux aquatiques s'y donnent rendez -vous; on remarque surtout :

Des troupes de Bandurrias , c'est-à-dire Mandores {Ibis Melanopis^ Forst.) ;

Le Yanahuayeo [ibis ordiy Bonaparte);

La magnifique Espatula {Platalea ajajùj Linné) ;

Le Toyuyo (Mictoria americanùy Linné) ;

Différentes espèces de Hérons^ en espagnol Garzas (Ardea);

Le Pajaro bobo^ c'est-à-dire VOiseau niais (i\ycticorax americanusy Bonaparte) ;

Le Tantalus loculator; et

Le bruyant et original Camungo (Palamedea cornutOy Linné), que l'on découvre de loin, à cause de sa voix forte, qui ressemble un peu au ricanement de l'Ane. Cet oiseau est également singulier par la corne étrange et aiguë plantée à la partie supérieure de sa tôte.

Sur les bords de TAmazoneetde l'Ucayali, on rencontre aussi plusieurs oiseaux palmipèdes, tai\t d'eau douce que de mer; parmi eux nous citerons :

Le Patorealy c'est-à-dire VOie royale [Anas moscatay Linné), que l'on appelle dans la province littorale dcLoretoPa/o NegrOy c'està-dire VOie noire. Cet oiseau vole par grandes troupes, et les Indiens leur font une chasse active pour se procurer leur chair;

Le vaillant et belliqueux Tibi {Stema magnirostris, Licht.)^ qui dépose ses œufs dans le sable, et poursuit à grands cris les Indiens qui s'approchent de son nid pour les lui eolever;

L'étonnant Picotijera , appelé aussi en espagnol AradoTy c'est-à-dire le LaboureuTy et Pescadory c'est-à-dire le Pécheur (Rhynehops nigray Linné). 11 vole à fleur d'eau, et attrape lestement et adroitement les petits poissons, avec son bec armé de deux mandibules inégales;

Quelques espèces de Goélands avides , en espagnol Gaviotas [Larus).Ce% oiseaux volent par bandes avec des cris continuels , et se disputent avec acharnement la proie qu'ils ont attaquée dans la rivière ;

APPENDICE

Enfin, une nouvelle espèce A*Oie, connue dans la province littorale de Loreto sous le nom de Huangana {Anas monogamay Raimondi). Cet oiseau est de la grosseur d'une oie ordinaire^ d'une taille assez svelte; il a le bec noir, la tête, le cou, la poitrine et la région anale couleur blanc sale et jaune; le dos et le ventre rougeâtres, les ailes d'un vert brillant avec une tache blanche, et les pattes rouges. Cette espèce d'Oie a pour caractère principal de ne pas se réunir en troupe: on ne les rencontre jamais que deux à deux, m&le^t femelle, sur les bords de l'Ucayali. Ces oiseaux sont très-farouches , et semblent toujours être sur leurs gardes. Ils poussent des cris pour s'avertir, et s'envolent avant que le chasseur ait pu s'approcher à une portée de fusil. Les Indiens font la chasse à cette espèce d'Oie au moment de sa couvée^ et s'emparent de ses petits, qui ne peuvent pas encore faire usage de leurs ailes pour voler, et les élèvent dans leurs cases.

Comment pourrons- nous maintenant citer en peu de mots cette innombrable variété d'oiseaux, de formes^ de couleurs, de mœurs, de chants si divers, qui peuplent les épaisses forêts de cette province?La liste de ces charmants oiseaux est si longue, que nous sortirions des limites que nous nous sommes imposées, si nous voulions seulement citer les espèces principales : nous nous contenterons donc d'en nommer quelques-unes. La partie unie du Pérou, baignée par le rio Ucayali et l'Amazone, n'est point séparée du Brésil par des chaînes de montagnes. Ces deux régions jouissent, par conséquent, du même climat, et les productions doivent être les mêmes. C'est ce qui a lieu , en effet : la Flore et la Faune de cette partie du Pérou sont presque semblables à celles du Brésil.

Parmi la multitude infinie des oiseaux qui habitent ce beau pays, nous citerons :

Les magnifiques Guacamayos (Macrocereus);

Le Cherecleer {Psittacus melanocephalus) ^ perroquet très -facile à apprivoiser, et qui imite parfaitement la voix humaine;

Plusieurs espèces de Perroquets bavards ^ tels que le Psittacus amazonfcus (Lalhum) ;

Le Psittacus pulverulentus (Gmelim) ;

Le Psittacus mercenarius (Tschudi);

Et le Loro real, c'est-à-dire le Perroquet Royal (Comurus liligeriy Tschudi) ;

Les bizarres Dios-te-de, en français Toucans ou Prédicateurs [Ramphastus)^ dont le bec est énorme;

Et leurs congénères, les Aracari (Ptero-* glossum) , dont le corps est revêtu des plus vives couleurs ;

Les superbes et taciturnes Pilcos (Trogon pavoninu% Linné). Les belles plumes de leur queue servent au Brésil d^ornements pour la tête;

Le Coq de rochers^ en espagnol Gallo de rocay et en quichua Tunqui [Rupicula peruviana , Ch. Dumont ). Cet oiseau est d'une belle couleur orange ;

Le Pajaro Toro, c'est-à-dire Oiseau-Taureau, en quichua Yanatunqui {Cephalopterus ornatusy Geoffroy Saint -Hilaire). Cet oiseau possède^ sur la tête, une élégante aigrette en forme de parasol ;

Les actifs Carpinteros, c'est-à-dire Charpentiers (Picus) , continuellement occupés à frapper l'écorce des arbres, pour en faire sortir les insectes qui s^y cachent;

Les belliqueux et magnifiques Coiinga (Ampelis), L'un d'eux, d'une belle couleur bleue avec la gorge violette, porte le nom de la province de Maynas, Ampelis Maynana (Linné).

Un grand nombre de brillants Tanagras, tels que le superbe Siete-Colores, c'est-à-dire Sept-Couleurs {Callospiza Yeniy Cabanis);

Le rare Pico de plata, c'est-à-dire Bec d* argent [Ramphocelus atrocericeus, Orbigny) ;.

Le modeste Fruteroy c'est-à-dire Fruitier [Tanagra frugilegusy Tschudi) ;

Et enfin le Cardinal, couleur de feu {Pfuenisoma azarae, Cabanis).

Les Oiseaux-Mouches.

En dernier lieu, nous indiquerons cette foule innombrables de. petits oisillons^ si jolis^ si mignons, si délicats, connus au Pérou sous le nom espagnol de Picaflores , c'est-àdire qui boivent dans la corolle des fleurs, et en France sous celui û' Oiseaux - Mouches ou Colibris (Trochilus). Ces gentils petits êtres sont de véritables bijoux animés : ils réunissent en eux, d'un côté l'éclat du métal insen-

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

sible et les belles couleurs des froides pierres précieuses, et de l'autre la vie la plus active avec les formes les plus élégantes.

Parmi les espèces d'Oiseaux -Mouches qui vivent dans cette partie du Pérou, nous pouvons citer :

Les Trochilus Pygmxus (Spix.) ;

Les Trochilus Chrymrui (Cuvier) ;

Les Trochilus Apicalis (Licht.);

Les Trochilus Anais (Lesson) ;

Les Trochilus Furcatus (Linné)

Les Trochilus Piaturus (Vieillot) ;

Les Trochilus Petasophorus (Prince Max);

Les Trochilus Amethystocolli (Tschudi).

S« REPnUE».

Quoique d'ordinaire les reptiles soient des animaux non-seulement inutiles, mais le plus souvent préjudiciables et dangereux, néanmoins cette riche province en possède plusieurs espèces d'une grande importance, qui fournissent aux habitants une chair saine et agréable, des œufs en abondance, et une matière grasse qui sert à différents usages. Ces animaux sont deux espèces de Tortues fluviatiles, connues dans le pays sous le nom de Charapa et de Charapilla,

La Charapa ou grande Tortue fluviaiile,

LsiCharapa (1) (Podocnemis expansa^ Fitz.) est l'espèce la plus grande. Elle atteint quelquefois une vara de longueur, et un poids de trois arrobes (75 livres). Elle vit de préférence dans les grands cours d'eau, tels que l'Amazone et l'Ucayali; on la rencontre aussi néanmoins dans les rios Huallaga, Napo,Morona , Pastaza , Pachiteac , etc. Sa chair est blanche, saine et agréable, de sorte qu'elle forme l'aliment principal d'origine animale pour tous ceux qui fréquentent les bords de l'Ucayali et de l'Amazone. Les sauvages des rives de l'Ucayali les prennent avec tant de facilité, qu'ils échangent volontiers une Charapa pour un objet de la valeur d'un demiréal.

Les Charapas sont très-abondantes au moment où elles viennent déposer leurs œufs. Cette époque correspond à la saison sèche , lorsque les eaux des rivières baissent, se re-

(1) Dans la Géographie proprement dite, page 37.0, province de Loreto, il est également question des Charapas. C^est par inadvertance que nous avons fait cet animal du genre masculin, et que nous lui avons donne au singulier la finale s du pluriel. {Note du Traducteur»)

tirent peu à peu , et laissent de chaque cdté de leur lit de grandes plages de sable. Pendant les mois d'août et de septembre, les Cha« râpas sortent de l'eau pendant la nuit , s'avancent sur la plage, et recherchent un lien convenable où elles puissent déposer leurs œufs : les Indiens^ qui connaissent les lieux fréquentés par les Charapas , vont les surprendre la nuit au moment où ces tortues déposent leurs œufs : ils les renversent sur le dos, et les empêchent ainsi de prendrela fuite. Le lendemain matin ils vont les recueillir.

Les Charapas ont un avantage sur tous les autres animaux, c'est qu'elles peuvent vivre pendant des mois entiers sans prendre aneun aliment; cette propriété remarquable permet de les transporter vivantes au fond des embarcations , sans aucun inconvénient^ et l'on est à même d'avoir de la viande fraîche quand on le désire. Comme on ne prend les Charapas qu'au moment où elles déposent leurs œufs , on ne pourrait profiter de leur chair pendant toute l'année, si l'on n'avait eu l'idée de tirer avantage de la propriété que possèdent ces tortues de résister à la faim pendant très-longtemps. Dans ce but on construit des espèces d'enclos , entourés de murs , ou plutôt des étangs, auxquels on donne le nom de CharaperaSy c'est-à-dire réservoirs ou viviers à Charapas^ et où on les conserve à volonté, jusqu'à la prochaine saison sèche.

A Sarayacu, les RA. PP. Missionnaires ont fait construire un vivier pour les Charapas , d'une assez grande dimension. Sur les bords ils ont formé une plage artificielle avec du sable. Pour que les Charapas puissent se conserver en bon état pendant toute l'année, ils jettent dans l'étang quelques graminées qui servent d'aliment à ces animaux^ ou même, ce qui vaut mieux, des fruits de V Arbre d pain

APPENDICE

[Artocarpus încisa)y nourriture dont IcsGha- :*apas paraissent très-avides. J*ai visité le vitrier des PP. Missionnaires, et j'ai été témoin ie l'empressement avec lequel toutes les Cha- •apas accouraient, montant les unes par dessus les autres, et formant une véritable coline de carapaces, lorsqu'on leur jetait un de :;es fruits.

Au moyen de ces soins intelligents, les PP- \lissionnaires de Sarayacu sont parvenus à obtenir que les Charapas vinssent déposer également leurs œufs, même à Tétat d'esclak'age,sur la plage artificielle qu'on leur a pré. parée. Ce résultat est très-important: en effet, il promet de faire des Charapas une espèce de tortue domestique.

Les Charapas ne sont pas seulement utiles par leur chair agréable , mais encore par le grand nombre d'œufs qu'elles pondent. Cette nourriture est très-estimée des Indiens. Les Charapas, ainsi que nous l'avons déjà dit. déposent leurs œufs sur les plages sablonneuses que laissent à découvert les eaux des rivières quand elles baissent pendant la saison sèche. Ces œufs se trouvent enterrés à une profondeur de plus d'un pied, et sont entièrement recouverts de sable. Chaque nid contient de 120 à i50 œufs, de forme sphérique d'un diamètre de j^ de vara, ou de 40 à 43 millimètres environ. Ces œufs sont enveloppés d'une espèce de membrane, de la consistance du parchemin.

Il semble presque impossible qu'un animal aussi lent que la Charapa puisse, en une seule nuit, sortir de la rivière , parcourir quelquefois une dista;ice de plusieurs cuadras (hectomètres), creuser un trou de plus d'un pied de profondeur, y déposer plus de 120 œufs, recouvrir ce nid de sable , niveler le terrain pour le cacher, et parcourir de nouveau la même distance pour retourner au sein de la rivière. Ce qui prouve cependant d'une manière évidente que les Charapas font toutes ces opérations dans une seule nuit, c'est que jamais on n'a rencontré un nid inachevé.

Les Indiens découvrent avec une grande facilité les nids des Charapas. Ils sondent le terrain avec le talon ou avec un bâton , et là où ie sol s'enfonce ou se creuse aisément, ils fouillent aussitôt avec la certitude d'y trouver des œufs. S'il n'a pas fait de vent pendant la

nuit, on découvre encore plus facilement les nids, en suivant les traces que les Charapas ont laissées sur le sable soit en venant de la rivière sur le rivage pour y déposer leurs œufs, soit en s'en retournant au sein des flots.

Les œufs de Charapas ne servent pas seulement comme aliment : les Indiens en retirent encore une matière grasse, connue dans le pays sous le nom de Manteca de huevos de Charapa, c'est-à-dire graisse d'ceufs de Charapa, Pour recueillir ces œufs, les Indiens attendent une époque favorable, c'est-à-dire le moment où la ponte est terminée. On en ramasse alors d'énormes quantités, jusqu'à en remplir des canots entiers. Puis avec les pieds et de grosses pièces de bois, on les écrase : on ôte ensuite les enveloppes, et on laisse exposée au soleil, pendant quelques heures, la matière contenue dans les œufs. Alors une sorte d'huile se sépare de la masse et vient nager à la surface. On la recueille au moyen de coquilles, et on la vide dans de grandes marmites en terre. Pour la purifier on la fait bouillir, et on la filtre à travers un linge. Cette graisse, lorsqu'elle est fraîche, peut être employée pour assaisonner les aliments; mais elle ne tarde pas à devenir rance, et elle ne saurait plus serrir qu'à l'éclairage. La Manteca de Charapa se vend, au Brésil, au prix d'une piastre par marmite qui contient un peu plus d'une arrobe.

• La Charapilla ou petite Tortue fluviatite,

La Charapilla {Podocnemis tracaxa, Fitz.) diffère de la Charapa par sa taille, qui' est beaucoup plus petite. Cette nouvelle espèce de tortue n'atteint jamais le poids d'une arrobe (vingt-cinq livres). D'un autre côté, ses œufs ne sont pas sphériques comme ceux delà Charapa, mais de forme eHiptique, dont le grand diamètre est d'environ -^ de vara (de 45 à 48 millimètres), et le petit diamètre de jfy de vara (de 32 à 35 millimètres). L'enveloppe des œufs de la Charapilla est plus dure que celle des œufs de la Charapa : elle a la consistance de la coque des œufs de poule. Les nids des Charapillas sont aussi moins profonds, c'est-à-dire qu'ils n'atteignent pas un pied. Ils ne contiennent guère que trente ou quarante œufs.

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

LesCbarapillas déposentleurs œufsquelque temps avant les Charapas, c'est-à-dire dans les mois de juin et de juillet. Cette espèce de tortue se trouve en abondance dans le rio Huallaga, au-dessous du Pongo de Aguirre.

Reptiles venimeux.

Si la province de Loreto possède, ainsi que nous l'avons \n, des espèces de reptiles trèsutiles, elle en renferme d'autres qui sont Tépouvante des Indiens par leur voracité ou l'activité de leur venin.

Les reptiles de cette classe qui méritent d'être cités sont les Lézards terribles et voraces (Champsa). Quoique ces animaux soient connue indistinctement dans le pays sous le nom de Lézards^ en espagnol Lagarios, ils appartiennent néanmoins à trois espèces différentes, savoir :

La Champsa sclerops,

La Champsa fissipesy et

La Champsa nigra (Wagl.)

Cette dernière espèce , c'est-à-dire la Champsa nigra, est la plus grande; elle atteint quelquefois plus de cinq varas de longueur (4»,20).

Parmi les différentes espèces de serpents qui font la terreur de ce pays, nous citerons :

Le gigantesque Yacumama (c'est-à-dire Mère de Veau^ des mots quichua Marna mère,

Yaeu de Teau). Il est connu des naturalistes sous ]e nom de Boa marina (Linné). Ce reptile formidable n'est pas venimeux, mais il est terrible à cause de sa force prodigieuse. Les Indiens exagèrent beaucoup la taille de cet animal^ dont la longueur ne dépasse presque jamais cinq varas (4",20, ou 12 à 13 pieds); sa grosseur est généralement celle de la cuisse d'un homme. Les Indiens sont persuadés que le Yacumama ou Serpent Boa peut attirer un homme par la force de son haleine;

Le mortel Serpent à sonnettes ou Crotak, en espagnol Culebra de caseavel (Crotaliu horridusy Dand.), possède un venin excessivement actif, qui tue ou plutôt foudroie surle-champ les animaux. Mais heureusement que ce reptile redoutable ne peut cacher sa présence, à cause du bruit particulier que produit le choc des anneaux de nature cornée qui se trouvent à l'extrémité de si queue ;

La dangereuse Echidna ocellata (Tschudi) : sa taille est petite, mais son venin est néaih moins mortel ;

Le venimeux Jergon{Bothropspi€tu$Jhm,};

Le Flamon (Lachesis rhombeata^ Pr. Mai), reptile également venimeux;

L'élégante Coralillo {Elaps af finis; Filz.);

Enfin plusieurs espèces de grands Botkrops^ presque aussi dangereuses que le Serpent à sonnettes.

4° poissonrs.

Les grandes rivières qui arrosent la province littorale de Loreto abondent en plusieurs espèces de poissons : mais ces animaux aquatiques sont moins connus que les animaux terrestres. Nous nous bornerons donc à citer les principales espèces, ce sont :

Le vorace Candiru (Serrasalmus rhombeus, Fitz.);

Le Piranha (Pygocentrus Pyraga, Fitz.), poisson également vorace ;

Le Serrasalmtts aureiés, et le Serrasalmus nigricans {Spi\.) ;

VHydrocyon brevidens (Cuvier).

Ces poissons vivent dans l'Amazone et dans rUcayali.

Le célèbre Gymnote électrique {Gymnotus

electricusj Linné) ; ce poisson habite dans les lacs et les petits afQuents de l'Amazone et de l'Ucayali. Il possède un terrible moyen de défense contre ses ennemis, dans les fortes décharges électriques qu'il produit, et avec lesquelles il peut tuer les petits animaux, et engourdir ceux d'une plus grande taille.

Un grand nombre de poissons qui habitent les rivières de ce pays appartiennent au genre des Silures, Parmi eux nous citerons :

Le Platystoma planiceps (Agas.) ;

Le Platystoma platyrhinchos (Cuv. et Val.);

Le Doras coslatus (Linné);

Le Doras carinatus (Lacépède) ;

Et un grand nombre d'autres connus sous les noms indigènes de ZungarOy Cun^\

APPENDICE

Moitty etc, qui vivent dans TÂmazone^ TUcayali, THuallaga, etc.

La Pêche du Paichi.

Mais, parmi tous les poissons qui habitent les rivières et la province littorale de Loreto, aucun n'atteint les proportions et n'acquiert l'importance de celui qui est connu dans la province sous le nom de Paichi, et au Brésil sous le nom de Piracucu ( Vautres gigasy Cuvier et Val.).

Le Paichi atteint quelquefois une longueur de plus de trois varas (3 m. ïA ccnl.) et un poids de plus de 200 livres. On le rencontre dans toutes les grandes rivières, telles que l'Amazone, TUcayali, le Napo, le Yavari, le Huallaga, etc.; et dans les lacs qui communiquent avec ces rivières au moyen d'un canal.

LePairAiest celui dont on emploie la chair pour préparer le poisson salé, que Ton consomme dans toute la province et que Ton exporte également au Brésil.

C'est une chose vraiment étonnante que l'on ne s'aperçoive pas de la diminution des Paichi au sein des rivières que nous venons de nommer, malgré la pèche active que Ton en fait tous les jours, pour la préparation de l'énorme quantité de poisson salé que l'on consomme dans ces régions.

* Dans la province littorale de Loreto^ on pêche le Paichi au moyen de l'espèce de harpon appelé Fisga, dont nous avons parlé plus haut ; on achève de les tuer en leur déchargeant des coups de hache sur la tète.

On les tire aussitôt à terre et on les dépouille de leur peau. Ensuite on coupe leur chair par tranches longues et minces, que Ton sale et qu^e l'on expose au soleil sur des claies {barbacoas) de Cana brava pour les faire sécher.

Il est difficile de donner une idée du mouvement commercial que produit cette importante industrie. Les habitants de Moyobamba, de Tarapoto, de Saposoa, etc., qui s'occupent de la préparation du poisson salé, s'éblissent, pendant la saison sèche^ sur les bords de l'Ucayali. Ils emportent avec eux cfe la toile de coton^ des couteaux, des hameçons, etc., pour faire des échanges avec les infidèles qui habitent les bords de cette rivière^ et obte-

nir par là les aliments de première nécessité, tels que les bananes et les yuccas^ ou même l'aide personnelle de ces sauvages.

A l'époque de la pêche, on improvise sur les bords du majestueux Ucayali un grand nombre de baraques , remplies de toutes sortes d'objets d'échange. Tout ce mouvement transforme alors ces régions solitaires en un immense champ de foire, où régnent l'animation et la joie.

Les morceaux de salé, que Fon retire du Paiehi, sont de deux dimensions : les plus grands sont connus sous le nom de pièces du Brésrly et on ne peut généralement en couper plus de quatre. Ces grandes tranches sont expédiées, comme leur dénomination l'indique, sur les marchés du Brésil. Les morceaux que l'on consomme dans la province sont plus petits. On peut retirer du Paichi jusqu'à huit et même dix de ces petits morceaux. 11 y a quelques années, quand l'exportation de cet article au Brésil n'avait pas encore lieu, le poisson salé était beaucoup meilleur marché : on le vendait généralement par tranches, sans avoir égard au poids; mais aujourd'hui on pèse les morceaux, et on les vend au Urésii à raison de 19 à 20 réaux l'arrobe (25 livres). A Moyobamba, ce même poisson se vend trois piastres, et même trois piastres et demie.

On s'étonne tout d'abord que cet article soit vendu meilleur marché au Brésil, qui est beaucoup plus éloigné, que dans la capitale même de la province où on le pêche ; mais, en réfléchissant, on se rendra facilement compte de cette différence. En effet, pour se rendre à Manoa ou au Para, qui sont les deux localités principales du Brésil où l'on vend le poisson salé , on descend par le fleuve des Amazones, sans y rencontrer aucun obstacle. Mais, pour parvenir à Moyobamba^ on n'a pas oublié que non-seulement il faut remonter le cours des rivières, mais encore qu'on est réduit à porter les marchandises à dos, par les chemins les plus escarpés et les plus dangereux que Ton ait jamais vus, surtout dans les deux sections de Chasuta et de Balsapuerto à Moyobamba. Ces difficultés, que l'on a à vaincre pour le transport, augmentent considérablement les frais de toutes les marchandises que l'on dirige sur la capitale de la province.

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU

&<" IUrSECTI».

Quand on connaît rexuî)érance des végétaux et des animaux de celte province, on peut déjà se former une idée du nombre immense d'insectes qui peuvent s'y développer, attendu qu'ils trouvent là^ dans les différents êtres du règne végétal, un aliment copieux et infiniment varié.

En effet, on ne peut faire un pas sans jrencontrer, d'un côté, quelqu'une des nombreuses espèces de fourmis prévoyantes et laborieuses , recueillant des matériaux pour bâtir leur ville , ou moissonnant pour remplir de provisions leurs magasins souterrains; de l'autre, l'industrieuse abeille, qui s'envole vers la ruche, avec sa récolte de pollen qu'elle a diligemment amassée (}ans la corolle des fleurs, remplie de miel et de parfums, ou bien la guêpe venimeuse occupée à la construction des cellules géométriques de son guêpier; plus loin, un tronc séculaire, gisant sur le sol, envahi par une armée de coléoptères de toute espèce. Ici, au milieu des rameaux des arbustes, les araignées avides de sang, se tiennent à l'affût au centre de leur, toile, d'un travail admirable, et attendent avec une patience infatigable la prise de quelque victime ; là , sur les bords des rivières, des nuées de moustiques insupportables, qui, dans leur ingratitude, ne savent rendre que du venin et dupoison à celui qui, malgré lui il est vrai, leur a fourni un aliment. Enfin, de toutes parts on voit s'agiter dans les airs les innocents et gracieux papillons qui, avec leurs formes délicates et leurs couleurs harmonieuses, font l'ornement de la Nature vierge encore, dans ces lieux solitaires.

Parmi les insectes utiles ou nuisibles, nous

citerons :

Les Abeilles,

On en connaît plusieurs espèces dans la province littorale de Loreto, et elles appartiennent presque toutes au genre Melipona.

Deux espèces surtout sont remarquables

par leurs produits : Tune vit dans les forêts, et habite l'intérieur du tronc de la Setica {Cecropiapeltata) où elle dépose son miel el sa cire. Cette cire, à l'état naturel, et telle que la recueillent les sauvages des bords de TUcayali, est aussi blanche que la meilleure cire produite par les abeilles d'Europe. Les Indiens des bords de l'Ucayali , et d'autres points de la province littorale de Loreto, où vit cette espèce d'abeilles, recueillent la cire, la font fondre et la moulent en petits pains qu'ils échangent ensuite contre divers objets. Généralement celte cire, ainsi préparée, vant deux varas (i°',68) de toile de coton.

Une autre espèce de Meliponaj de couleur noire, bâtit sa ruche de terre pétrie avec des matières gommeuses et séreuses, soit pKni des maisons, dans les murs, ou sous les toits des églises. Le miel de cette espèce d'abeille est purgatif, et, dans la province littorale de Loreto, on s'en sert pour purger les petits enfants. La cire que produit cette mémeibdlle est noire ; on s'en sert pour recouvrir les sarbacanes, pour fabriquer des bougies, et ducerat pour les cordonniers.

Les Foumiis.

Parmi les fourmis, nous citerons d'abord une espèce remarquable par les ravages qu'elle cause dans les champs de coca.

Cette espèce de fourmi est d'une taille audessus de la moyenne ; elle est pourvue d'une grosse tête, armée de mandibules vigoureuses et excessivement tranchantes, avec lesquelles elle coupe, comme avec des ciseaux, les feuilles de coca, pour les transporter jusqu'à sa fourmilière. Cette fourmi porte, en histoire naturelle, le nom d'OEcodotna cephalofes (Lepel. Saint-Farg.). Elle est connue dans les forêts de Huanuco sous celui de Culaca^ et dans le district de Tocache sous celui de Ronguera, Dans la partie septentrionale de la province, elle porte encore deux noms différents : ici, elle s'appelle Curuhuitui^ et là, Runalminsù

Une autre espèce appartenant au genre

APPENDICE

Alia^ et connue dans les forêts de Cuzco sous le nom de Chaco (c'est-à-dire bande, tnmpe, en quichua), envahit les maisons à certaines époques, et donne la chasse aux cloportes, aux araignées, et aux autres insectes qu'elle rencontre.

Une troisième espèce, de couleur noire, est comiue dans les forêts de Cuzco sous le nom de Opasisi ( Cryptocerus airains) Fabric. ] .

Une autre espèce, beaucoup plus grande, dont la taille dépasse la longueur d'un pouce^ porte le nom de hula : elle est redoutable à cause de ses piqûres^ qui sont extrêmement douloureuses.

Enfin, dans l'intérieur du tronc et dans les rameaux de certains arbres connus, dans les forêts de Cuzco, sous le nom de Palo sanio (Arbre saint], et sous celui de Tangarana (Triplaris peruviana, Fisch., et Triplaris Poeppigianay Wedd.), dans la province littorale de LfOreto, on trouve une espèce de fourmi {Myrmica iriplarina ) qui porte le nom de l'arbre sur lequel elle vit : on l'appelle Fourmi du Palo sanio dans les forêts de Cuzco, et Fourmi du Tangarana dans la province Littorale de Loreto. Cette espèce de fourmi est d^une couleur jaunâtre^ de petite taille et d'une très-grande agilité. Ses piqûres sont excessivement douloureuses. Il suffit de donner un petit coup sur le tronc de l'arbre pour qu'elles sortent aussitôt, et cherchent à piquer tout animal qui s'approche de leur demeure.

Les Termites.

En dernier lieu , nous citerons parmi les insectes nuisibles à l'homme, qui habitent la province littorale de Loreto, le Termiie {Termes obscurum) qui cause de si grands ravages, et qui est connu dans le pays sous le nom de Comejen.

Ce petit animal construit avec de la boue de grandes fourmilières, qui se trouvent quelquefois placées au milieu des branches des arbres^ et ont plus de deux pieds de diamèti'C. D'autres fois ces nids sont collés au

tronc des arbres, et quelquefois même l'entourent à la façon d'un anneau, ou encore s'élèvent au dessus du sol, comme de petites huttes. Cette demeure est en communication avec le sol au moyen de tubes ou conduits faits de boue, que lesTermites ont construits euxmêmes^ et qui quelquefois descendent le long du tronc, depuis la partie la plus élevée de l'arbre. Mais ce qui rend ce petit animal encore plus nuisible pour l'homme, c'est qu'il ne se contente pas de construire ses galeries sur les arbres, mais qu'il va jusqu'à les établir dans les maisons elles-mêmes, creusant les poteaux et les poutres, et détruisant en peu de temps les pièces de bois les plus solides. Quand les Termites ne sont pas chassés par l'homme ,' ils construisent en peu de jours leurs galeries couvertes sur les principales pièces de bois qui entrent dans la construction d'un'e maison, et ils travaillent ensuite dans l'intérieur mênie du bois avec une activité extraordinaire : de sorte que, peu à peu, une poutre entière est réduite en poussière, perd toute sa solidité, et se rompt tout' à coup sous le poids du toit de la maison.

Dans tous les lieux infestés dé ce fléau redoutable , on pourrait éviter la destruction des maisons, des ponts^ des églises, etc., en soumettant le bois que l'on emploie dans ces constructions à une opération chimique. Cette opération consiste à faire absorber par le bois une solution d'alun ou de sulfate de cuivre, suivant le moyen simple et facile proposé par M. Boucherie. C« moyen se réduit à mettre en communication la partie inférieure d'un arbre nouvellement coupé, et encore pourvu de ses feuilles, avec un tonneau renfermant le liquide que l'on veut faire absorber par le bois.

Dans les eaux à demi stagnantes de quelques points de la province littorale de Lo^ relo^ comme, par exemple^ dans les environs de Jeveros, on rencontre une espèce de sangsue, connue dans le pays sous le nom de CaliO'Caiio {Hœmenieria Chiliani, Filippi).

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

COMMERCE

DE LA PROVINCE LITTORALE DE LORETO

Le commerce de la province littorale de Loreto se trouve encore actuellement (1862) dans Tenfance : il n'a commencé, pour ainsi dire^ à naître qu'au moment de Tarrivée au port de Nauta des vapeurs de la Compagnie brésilienne de navigation sur TAmazone, en vertu d'une convention internationale conclue entre le Brésil et le Pérou^ vers la fin de Tannée 1851. Ce commerce augmente sensiblement chaque jour, et «finira par prendre une grande extension si Ton parvient à faciliter les moyens de communication, en ouvrant de bonnes routes qui conduisent aux ports des rivières navigables^ en favorisant le transport des marchandises sur tous les affluents de TAmazone au moyen de barques à vapeur, et en évitant par tous les moyens possibles le fléau du monopole.

Le commerce d'exportation a lieu soit par la voie de TAmazone, soit par les ports du Pacifique.

Les articles exportés de la province littorale de Loreto consistent en :

1<* Chapeaux de paille ^ semblables à ceux de Guayaquil, et connus dans la province sous le nom de Sombreros de Bomlnmaje (Chapeaux de Bombonaje), parce que la plante d'où Ton extrait la paille ^s'appelle ainsi dans le pays. En botanique, elle est désignée sous le nom de Carludovica palmata (Ruiz et Pavon). Ces chapeaux de paille se vendent au Brésil au prix moyen de 3 piastres (15 francs).

2® Salsepareille. Dans les environs de Sarayacu, où elle se trouve en abondance, on peut en obtenir un ballot du poids d'une arrobe ( 25 livres) en échange de trois à quatre varas de tocuyo ( toile de coton ). A Nauta, une arrobe de Salsepareille vaut déjà presque 3 piastres (15 francs), et au Para elle s'élève au prix exorbitant de 14 à 15 piastres (42 à 45 francs).

y Poisson salé. 11 se vend au Brésil, sous le nom de Piracucu, et au prix de 19 à 20 réaux Tarrobe (25 livres).

i"" Tocuyo (toile de coton) du pays: il fini 1 réal (62 J centimes) environ par vara (0*,84).

5® La Paille de Bombonaje : elle se Tend au prix de 1 réal (62 \ centimes) la livre.

6* Tabac en carottes. Chaque carotte de ttbac se vend au prix de 4 réaux. Le Tabac cm feuilles vaut 18 piastres (54 francs) l'arrobe.

7® Hamacs en toile de Chambira. Ils coûtent, dans le lieu même de leur fabricatioD, 4 réaux chacun ; au Para, ils valent 2 piastres et demie et môme jusqu'à 3 piastres (de 12 fr. 50 à 15 francs).

8® Café. Dans la province on le vend i piastres (10 francs) l'arrobe, et au Para 3 piastres (15 francs). Il vaut môme quelquefob 3 piastres et demie.

9"" Huile d'œufs de Charapa. Elle vaut an Brésil 5 piastres (25 francs) Ir cruche {elpoio).

10*" Cacao. Il se vend au prix de 3 piastres (15 francs) l'arrobe.

11° Farine, Elle vaut 5 piastres (25 francs) le quintal.

Pour donner une idée du commerce de cette province avec l'empire du Brésil, faute de meilleurs documents, nous produirons un premier tableau qui représente le mouvement commercial pendant l'année 1855, et un second qui fait seulement connaître les articles exportés de la province littorale de Loreto, embarqués sur les vapeurs de la Compagnie brésilienne , pendant le premier trimestre de l'année 1858.

Cette statistique est tirée d'un Mémoire publié au Para, et qui porte pour titre en po^ tugais : Relatorio lido pelo Excmo. Sr. Viceprésidente da provincia, don Ambrosio Leitam da Cunha^ na abertura da primeira sessâo ordinar ia da XI legislatura da Assamblea legii' lativa Provincial^ etc., c'est-à-dire : Rapport lu par Son Excellence le Vice-Président de la province , don Ambrosio Leitano da Cunha, à l'ouverture de la première session ordinaire de la XI* législature de TAssemblée législative provinciale, etc.

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