DB LA COCA ET DE LA LLCCTA
La Coca (Erythroxylon Coca) est un arbuste de petite taille, dont les feuilles ressemblent à celles de l'oranger. Les Indiens mangent la coca, qui leur sert en grande partie d'aliment. Pour l'assaisonner ils prennent une petite calebasse remplie de cendres, qu'ils appellent Uucta^ et qui est pour la coca ce que le sel est pour l'œuf. La Uucta varie suivant les localités. Dans la plus grande partie du Sud de la république, on la fait avec de la cendre d'épiùes, celle* d'un arbre appelé ifo//^ et d'antres végétaux, et on la pétrit quelqueftab avee de la bouillie de pommes de terre. Toutes les épines ne sont pas bonnes pour €et nsage, car il y en a qui n'ont pas la vertu d* produire la llucta.
Au Nord du Pérou, les Indiens prennent, au Hea de Uueta^ de la chaux vive qu'ils portent dans des calebasses suspendues à leur cou.
Le goulot de cette espèce dé fiole , de la grosseur d'un tuyau de plume, est bouché avec un petit morceau de bois qui, lorsqu'on le retire, se trouve imprégné de chaux, que les Indiens sucent en guise d'assaisonnement.
Souvent, à force d'absorber de la coca et de la chaux, les Indiens demeurent comme en extase, c'est-à-dire semblables à des machines qui continuent leur travail, mais sans jouir de leur raison. On dît alors qu'il sont armés {armadosjj et on les respecte, parce qu'il y aurait du danger à les tirer subitement de leur léthargie.
La coca est très-nourrissante, et donne du ton aux organes digestifs ; elle peut arrêter, prise en infusion théiforme, les diarrhées qui ont pour cause l'atonie ou débilité du corps: mais, prise à dose un peu forte, la coca est préjudiciable à la santé. Bien qu'on ne connaisse pas exactement les eflfets réels de la coca, il parait plus rationnel d'admettre avec Weddel qu'elle opère comme excitant dans tout l'organisme; c'est pour cette raison, sans doute, que les soldats indiens résistent si bien aux fatigues des marches militaires en ne mangeant que de la coca. C'est, chez les Indiens, une passion plus forte que celle de la boisson.
La coca se mâche lentement dans un coin de la bouche. La quantité nécessaire pour un acullico (ainsi se nomme la ration que l'on mâche à la fois) est égale à la pincée de thé que l'on fait infuser [four un homme. De temps en temps on donne un coup de dent et l'on exprime le jus; puis on rejette le résidu. La joue, du côte où l'on mâche Vacullico^ reste enflée, et cette enflure se nomme pkcho. On voit peu de femmes indiennes mâcher la coca, surtout parmi les jeunes filles.
La eoca des Yungas de Bolivia est la meilleure que l'on connaisse en Amérique, pour sa force et sa saveur douce et agréable. Ils ne la mangent pas néanmoins; elle n'est en usage que dans les peuplades limitrophes, et elle est d'un prix assez élevé.
Avec un morceau de charqui (viande salée, découpée en grillades), un peu de cancha ou anca (maïs rôti), et un petit sac de coca, accompagné de la calebasse de ilucta^ les Indiens entreprennent des voyages d*une lon*^ gueur surprenante.
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU