DE UL QUENA
La Quena, instrument de musique particulier à llndien, est une espèce de flûte faite d'un roseau qui ne se trouve que dans la région appelée Sierra et au Sud du Pérou. Sa longueur est d'ordinaire d'un pied et demi ou environ, et son diamètre de § de pouce. Les deux orifices sont ouverts, et l'embouchure est un ressort en forme de rectangle, mais dont le côté supérieur est échancré, et le côté inférieur coupé en biseau, comme dans les clarinettes.
On trouve cependant de petites quenas de 9 à 10 pouces de long, qui donnent un son beaucoup plus aigu.
La quena n'a que cinq trous sur la ligne de l'embouchure , et un sur le côté : de là vient qu'elle ne produit que des demi-tons mélancoliques et funèbres. Presque toujours cet instrument lugubre est joué par deux personnes, et de ce duo résulte le concert le plus attendrissant qui pénètre dans les profondeurs les plus intimes de l'âme, et la plonge dans une douleur qu'on ne saurait décrire.
Quelquefois ceux qui jouent de la quena percent deux trous aux flancs d'une cruche de terre pour introduire par là leurs mains, et toucher ainsi leur instrument dont les sons plaintifs retentissent à l'intérieur de la cruche. L'écho de la quena est alors la voix môme des sépulcres. Les sons lancés par cette flûte agreste et sauvage brisent le cœur en mille éclats : sans doute la Mort n'aura pas d'autre trompette pour annoncer à la fin des temps sa funeste mission.
Les accents douloureux de la quena sont l'expression môme du désespoir et de l'affreuse condition où se trouve réduit le malheureux Indien. Depuis le temps où régnaient les Incas , il souffre le même traitement que les hôtes de somme ; il est constamment la victime de la rapacité et de la fourberie de tous ceux qui ne sont pas de môme race que lui, et bien plus, chose horrible à raconter, de ses parents eux-mêmes, quand ils exercent le moindre commandement. Et personne de ces êtres inhumains ne songe que l'Indien est le maître primitif du territoire du Pérou t
Sans voix pour se plaindre, sans force pour se défendre, sans moyen ni protection pour
demander et obtenir justice, les descendants de Manco Capac vivent livrés à la mélancolie la plus profonde, couverts du noir vôtement de la douleur, recherchant les hautes cimes desmontagnes aux neiges étemelles pour y cacher leur honte, et verser d'amères et d'abondantes larmes qui puissent alléger du moins le poids qui, depuis des siècles et dans une capti\ité aussi cruelle, écrase leurs épaules.
Là, sur ces hauteurs escarpées, l'Indien se lamente au son de la sépulcrale quena ; Ufait entendre des plaintes si lugubres et si attendrissantes que l'homme le plus dur, le plus féroce, pleurerait en les écoutant. Là, dans ces régions de montagnes arides et glaciales, il dévore ses cruels chagrins, et s'abreuve de ses tribulations sans nombre. Ses danses, ses chants et ses divertissements ne sont pas les danses , les chants et les divertissements de l'homme sur le reste de la terre : non, tout cela pour l'Indien n'est que la vive expression de l'état affligé de son esprit, en se voyant sans honneur, sans liberté et sans patrie ! Si ces infortunés s'abandonnent à l'ivresse, c'est pour oublier leurs douleurs, et repousser de leur mémoire les souvenirs de la patrie.
La Quena, c'est le peuple indien : ils sont identifiés par une conséquence naturelle du malheureux état de cette nation. Rarement la Quena fait entendre ses accents de douleur pendant le jour : elle attend l'heure des ténèbres, et recherche la solitude pour que personne ne vienne interrompre sa voix : fidèle symbole du caractère mélancolique de l'Indien, elle fuit le tumulte du monde, l'éclat de l'astre du jour, et, telle que Philomèle, elle n'aime et ne recherche que la solitude, les ténèbres et le silence. Et quand toute la nature est en repos, c'est alors que la Quena s'éveille, qu'elle envoie ses tendres accents ; on dirait qu'elle ne veut être entendue de personne. Sa couleur môme a quelque chose de lugubre-: elle est d'un jaune obscur, comme le teint des habitants des sépulcres ; il y a là assurément une singularité bien étonnante.
Enfin la Quena est le Super flumina Baby^ lonis du Péruvien, car on croirait entendre, dans ses tristes et funèbres accents, les voix des fils de Sion redire pendant leur captivité ce chant de l'exil ;
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU
YApendfaiicolgadosen silencio, Sin qae nadie escuchase sus tonadas, Los înstmmeDtos todos que en otro tiempo Coa sus soDidos duloes deleitabaD.
Porque los mismos que nos han vencido T que nuestra nadon han hecho esclava, Pteteaden que cantemoe por la fuena Noetlras canciones iiernas en la flauta.
Los miamoB que del suelo natalicio Nos arranean oon violencia tanta, Nos repiten : « Ointadnos los cantares Que se suelen eantar en vuestra patria. »
[Pàrafhui del salmo 190.)
DBS TAEATIS.
Le Yaraviesi une musique nationale, triste et monotone, dont les tendres accents accompagnent des romances où régnent la douleur et le sentiment. Inspirée soit par la cruauté de l'objet aimé, soit par son ingratitude, soit enfin par son absence, elle pénètre jusqu'au fond du cœur, et le brise en mille éclats, surtout lorsque la personne qui chante est celle-là même qui a allumé Tamour dans Tàme de celui qui l'écoute.
Cette musique tendre et mélodieuse est presque toujours en mode mineur, passant rarement au mode majeur. Dans ce dernier cas, le grave bémol ^ le dièse si doux et l'agréable bécarre entrent dans sa composition. Elle admet des /brfe prodigieux, des points d'orgue Hé$9 et les cadences les plus jolies. Elle n'a presque point de mesure déterminée, et n'est point soumise aux principes rigoureux de la musique, bien que l'on trouve plusieurs yaravîs en trois-huit, six-huit et trois-quatre. On peut dire que ce sont des caprices ou des fimtaisies musicales.
Le principal mérite du yaravi consiste dans l^MCord admirable de la musique avec les paroles. Les notes tendres et pénétrantes du yaravi remplissent l'&me de mille tourments inefliàbles, tourments bien doux puisqu'ils HiisMnt de l'amour.
On chante généralement le yaravi au son de la guitare, et ce chant est souvent accompagné par deux personnes dont Tune joue Valto et l'autre la basse.
Quand les personnes qui chantent ces airs nationaux sont l'objet de l'adoration de quelsAMBAran DU pAtou*
Ils sont maintenant suspendus en silence, Sans que personne prête l'oreille à leur harmonie, Ces iustruments qui, dans d'autres temps. Charmaient par leurs sons mélodieux )
Car ceux-là même qui nous ont vaincus, Ceux qui ont rendu notre nation esclave, Nous commandent de chanter Sur la flûte les hymnes de la patrie;
Ceux-là même qui au sol natal Nous ont arrachés avec tant de violence, [tiques Nous répètent sans cesse : « Chantez-nous donc les can- Que l'on a coutume de chanter dans votre patrie! »
{Paraphrase dn psaame 180.)
qu'un de ceux qui les écoutent, alors Tàme de ces auditeurs privilégiés se trouve inondée des torrents de l'amour le plus enthousiaste. Souvent, au milieu de la nuit, le yaravi a servi de sérénade; souvent il a réveillé doucement une amante endormie. Le mètre employé dans les vers des yaravis est d'ordinaire de six et de huit syllabes. Ces vers forment des strophes tantôt de quatre vers, tantôt de cinq, d'autres fois de huit, ou môme de dix, avec un refrain. Souvent, quand on emploie les vers de huit syllabes, on a coutume de mettre, tous les deux grands vers, un autre vers plus petit composé de cinq syllabes, nommé pied brisé. Le pied brisé joue un rôle très-important : car c'est pendant qu'on le chante qu'on produit des cadences et des forte d'un charme inexprimable.
A Aréquipa, Cuzco, Puno et autres villes intérieures du Sud, dans le Bolivia, et môme dans plusieurs localités du Nord de la République, on chante beaucoup les yaravis.
La guitare est l'instrument favori dont on se sert pour accompagner la voix : on chante également les yaravis avec accompagnement de piano , de deux quenas formant duo , ou au son de la bandurria (mandore ou mandoline), espèce de guitare dont les cordes sont en fil de laiton, et qu'on touche avec une plume taillée comme pour écrire. Les personnes qui chantent cette musique nationale possèdent-elles une voix plaintive, de belles formes et des traits charmants, alors les larmes s'échappent des yeux par torrents et des soupirs entrecoupent la respiration.
Chaque note est un poignard aigu qui traverse le cœur de part en part : chaque forte
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jette une vive émotion dai^s Tàme, et il n'y a pas une beauté 8i Ûère qui , touchée d'une mélodie si attendrissante, ne se jette aux pieds de celui qui la produit.
Ce que dit un amant de cette poésie , dans le tome IV du Mercurio peruano, est bien caractéristique :
«Pour moi, j'avouerai avec ingénuité que,
quand j'entends chanter ces romances, mon âme est abattue, mon esprit est subjugué, mon cœur se remplit de tristesse, mes sens s'endorment et des pleurs viennent mouiller mes paupières. »
Nous donnons ici la traduction espagnole et française d'un yaravi tiré da tome IV do Mercurio peruano :
Cuando â sa consorte pierde Triste tortolilla amante, En sus ansias Iropezando Corre, \ucla, torna y parte.
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Sin sosiego discursiva, Examina todo el parque, No reservando à su visia Tronco, planta, rama, 6 sauce.
Perdida ya la esperanza, Y el corazon palpitante, Liora sin intermision Fuentes, nos, golfos, mares.
Asi vivo yo ( I ay de mi ! ) Desde aquel funesto instante, Que te perdi por desgracia, Dulce hechizo, encanto amable.
Quand une pauvre tourterelle
Perd Vobjet de ses amours, *
Dans sa douleur t\\^ bat de l'aile au hasard ,
Kl le court, vole, retourne et repart encore !
Sans repos, elle voltige partout.
Elle parcourt tout le bocage,
Sans oublier de visiter [seul arbre.
Tn seul tronc, une seule plante, an seol rameau, «b
Mais déjà sans espérance
Et le cœur palpitant,
Elle pleure sans cesse
Des fontaines, des ruisseaux^ des golfes et des men.
Ainsi j6 vis, hélas!
Depuis cet instant funeste
Où je te perdis dans mon malhedr.
Charme ai doux, enchantement si aimable !
Lloro, pero sia consuelo, Porque es mi pena tan grande.
Que solo respiro triste Penas, sustos, ansias y ayes.
La memoria me maltrata, Cuando à tu adorada imagen Siempre me la représenta Muerta flor, helado jaspe.
Si salgo a llorar al campo.
Se aumentan mas mis pesares, Porque me acuerdan de ti Bosques, montes, prados, valles.
Si acaso me veo sola.
Te miro en mis soledades, Procuràndome consuelo Grato, dulce, tiemo, afable.
Je pleure, mais sans consolation ,
Car mon chagrin est si grand
Que dans ma tristesse je ne respire
Que peines, terreurs, angoisses et cris de doalear.
Mes souvenirs font mon tourment.
Quand ton image adon'e
Se présente à mes yeux
Sous les traits d'une fleur morte ou du jaspe glacial'
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Si je sors pour aller pleurer dans les chanpSy
Ma douleur qe fait que s'augmenter :
Car je trouve partout tes traces, (vAUée»<
Dans les l>oi$, sur les collines, dans les prairies et le^
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Si parfois je me toùve seule, Je crois te voir dans masotitude Me donner toute espèce de consolation Agréable, douce, tendre, affable.
OÉQCJHAPHIïl.DE LA RÉPUBLIQUE :PU PRROU.
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Entré KueAos mi reposo Me perturbas y eomliates, Purs que creyéndoto vivo Siento zelos, farias, maies.
Si aeoffd&adoiiie de ti - Mi espirita se oomplàee»
No importa que el corazon SieDta, sufra» llore y calle.