‹ Géographie du Péron, corrigée et augmentéeChapitre 69 sur 321 · DES VÉGÉTAUX AU PÉROU · texte numérisé non relu

DES VÉGÉTAUX AU PÉROU

Pour naître et se développer quelque part, les végétaux ont besoin d'y trouver toutes les conditions favorables à leur existence. Ainsi le végétal demande une certaine quantité de calorique, de lumière, d'eau, d'air, et un terrain qui contienne les éléments nécessaires à sa nutrition; mais comme ces agents ne sont pas répartis d'une manière égale sur la surface de notre globe, et que le sol varie à chaque pas, suivant la constitution géologique du terrain, il en résulte que les plantes doivent varier d'un lieu à un autre, à mesure que varient les différents agents qui les entourent.

En effet, tous savent que la température diminue de l'équateur aux pôles, ou à mesure que l'on s'élève au-dessus du niveau de la mer ; que la lumière est plus intense dans les pays intertropicaux, parce que les rayons du soleil tombent plus perpendiculairement sur la terre, et qu'au contraire elle diminue

flÉOABAFBIB DU PftBOU.

d'éclat ;ï mesure que l'on s'avance vers le pôle, parce que les rayons de l'astre du jour tombent de plus en plus obliquement sur la surface de la terre ; que l'air est plus chargé de vapeurs aqueuses dans les pays inondés ou marécageux, ou situés dans le voisinage des rivières, des lacs et des mers , que dans les contrées arides et couvertes de sable; enfin, que l'air diminue de densité, à mesure que nous nous éloignons du niveau de la mer pour nous élever vers les hautes régions de l'atmosphère. On comprend, facilement alors que, dans des conditions si différentes, il doit croître des végétaux bien différents entre eux. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les plantes qui croissent dans les régions polaires, sur les hautes montagnes, dans les pays inter* tropicaux, dans les contrées inondées, ou ma* récageuses, et dans les lieux arides et cou* verts de sables, pour se convaincre de Tin* fluence exercée par les agents extérieurs sur

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

ia distribution géographique des plantes à la surface du globe.

En considérant Tinfluenee de la température sur la végétation, on voit qu'à mesure que nous nous éloignons de Téquateur pour nous diriger vers les pôles, les végétaux changent successivement d'aspect: leur taille décroît peu à peu; ils perdent les formes élégantes et les couleurs variées qui caractérisent les plantes des régions tropicales ; lés végétaux arborescents disparaissent insensiblement pour faire place à des plantes plus humbles ; le nombre des espèces diminue de plus en plus; d'un autre côté, on voit s'augmenter proportionnellement le nombre des plantes cryptogames, jusqu'à ce qu'enfin on arrive aux régions polaires, où la végétation parait presque éteinte et ensevelie sous un linceul de neiges perpétuelles.

A première vue, on s'imaginerait que la température sur la surface du globe clbange régulièrement avec la latitude, ce qui aurait lieu en effet, si la terre était homogène , et non pas composée de terres et de mers, de montagnes et de plaines; mais l'expérience la démontré le contraire, et grâce aux observations de Humboldt, on connaît aujourd'hui les lois de la distribution du calorique sur la surface de notre globe, et l'on a vu que les lignes isothermes, ou de température égale^ ne sont pas parallèles à l'équateur, ou ce qui est la même chose, ne se trouvent pas sous la même latitude ; car sous deux méridiens différents à égale latitude, on ne trouve pas la même température.

Ainsi, par exemple, New- York, dans les États-Unis, est situé à 40* 40' de latitude, et jouit d'une température moyenne de 12^ centigrades. Naples , en Italie , est située à 40® 50', ou si l'on veut presque sous la même latitude ; cependant cette dernière ville a une température moyenne de 17^ 4' centigrades.

Si à cela nous ajoutons, comme nous l'avons déjà dit, que la température diminue avec la hauteur du sol au-dessus du niveau de la mer, et qu'il suffit quelquefois de monter pendant quelques heures seulement pour passer par tous les degrés de température, on concevra facilement que deux points situés BOUS la même latitude puissent avoir une température très-différente, et qu'une mon*

tagne située sous les tropiques, au Pérou, par exemple, présente sur une petite étendue de terrain tous les intermédiaires, depuis la végétation tropicale jusqu'à celle des régions polaires.

La lumière est un autre agent qui exerce une grande influence sur la végétation ; en effet, elle joue un rôle très-important dans tous les phénomènes chimiques, en favorisant la décomposition de l'acide carbonique, et par conséquent la formation des tissus, des matières colorantes, des huiles essentielles, etc. Pour cette raison, les plantes tropicales, qui sont exposées à une lumière trèsintense, présentent dans leurs fleurs des couleurs plus vives et plus variées, et au con« traire les végétaux des régions polaires, qui ne reçoivent que peu de lumière , ne nous présentent que les formes les plus chétives et les couleurs les plus sombres.

Une autre cause qui modifie notablement la végétation, c'est lîiumidité ou état hygrométrique de l'atmosphère. L'eau peut exister à l'état de vapeurs répandues dans l'air ou condensée en forme de pluie, qui vient mouiller les parties aériennes du végétal, pénètre dans la terre, et peut produire de nouvelles vapeurs aqueuses au moyen de l'évaporation. La quantité de pluie qui tombe chaque année sur les différents points du globe est trèsvariée, et, sans aller bien loin, nous avons un exemple, au Pérou, de la grande différence qui existe entre la quantité de pluie qui tombe sur la Côte, et celle qui tombe pendant le même espace de temps dans la Montatka ou Pays des Forêts. Pour se convaincre de l'influence de l'humidité sur la végétation, il suffit de comparer l'aridité de la Côte, où il ne pleut presque pas, avec la vigueur de la végétation du Pays des Forêts^ arrosé par des pluies si fréquentes.

Enfin l'influence du sol concourt également, avec les causes que nous avons déjà si* gnalées, à varier la distribution des végétaux sur la surface de notre globe. Qui, en effet, n'a pas observé que les végétaux croissent en un lieu donné et non en d'autres, bien que peu éloignés du premier? Ainsi, par exemple, les bords de la mer sont ha« bités par des plantes charnues et salées qui ne croissent pas dans l'intérieur des terres.

Le terrain, non^eulement peut influer sur la végétation par les éléments qui entrent dans sa composition, mais encore par son état d'agrégation. S'il est perméable à l'humidité et à l'air, et si la couche de terre végétale est suffisamment épaisse, il pourra alimenter des végétaux de grande taille, qui ne pourraient croître dans un sol qui ne réunirait pas ces conditions. Une preuve convaincante de l'influence du sol sur la végétation dans un lieu donné, c'est que certains terrains tendent tôt ou tard à se couvrir exclusivement d'une seule espèce de plantes, parce qu'elles rencontrent là tous les éléments nécessaires à leur développement.

Humboldt, observant la tendance de quelques plantes à s'emparer pour elles seules d'espaces considérables de terrain, et à vivre réunies en véritables sociétés, a désigné ces végétaux sous le nom de Plantes sociales.

Parmi ces plantes, nous pouvons citer au Pérou la Poa Michauxii^ qui couvre de grandes plaines situées environ à 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces plaines forment une grande partie de la province de Tarapaca, et l'on désigne dans ce pays la plante dont nous parlons sous le nom de Grama^ et l'on appelle Gramadales les espaces de terrain qu'elle occupe.

De Gandolle a donné le nom û* Endémiques aux plantes qui ont une patrie très-peu étendue, comme leLarix Cedrus (Cèdre du Liban) qui ne croit que sur un point de la Syrie; VArauearia excelsa (Pin de la Nouvelle-Hollande), qui ne se trouve que dans l'Ile de Noi^folk. On désigne sous le nom de Sporadigmesou Cosmopolites les plantes qui croissent sur un grand nombre de points différents, c'est-à-dire qui ont plusieurs patries, comme le Ricimis eommunis (Ricin).

Pour conclure les considérations générales sur les causes qui peuvent influer sur la distribution des végétaux dans les différentes régions du globe, nous dirons que chaque plante possède une station ou localité, et une hMiaikm ou pairie. Par station, on entend un lieu qui réunit toutes les conditions physiques nécessaires à l'existence du végétal. Ainsi quand on dit qu'une plante croit dans les marais, au milieu des sables, sur les montagnes, on désigne par là sa station. Par

habitation, on entend le point géographique du globe où un végétal pousse spontanément, comme le Pérou, le Brésil, la France, etc. Enfin on donne le nom de régions botaniques aux divers points du globe où prédominent des plantes d'une même famille ou d'un même genre, et qui paraissent avoir été autant de centres de végétation primitive.

Ces notions générales étant connues, jetons maintenant un coup d'œil rapide sur la distribution géographique des plantes au Pérou. L'aspect physique du Pérou est très-varié : quoique situé sous la zone torride, ce pays présente, Ml l'inégalité d'élévation du sol, les climats de toutes les zones,depuis les glaciales jusqu'aux équatoriales. Le Pérou, région vraiment privilégiée par la nature poiu* ses productions naturelles si variées, est parcouru dans toute sa longueur par les gigantesques cordillères des Andes : ces montagnes forment deux chaînes, l'une occidentale et l'autre orientale; elles di>isentle Pérou en trois zones bien distinctes, tant par leur position topographique que parleur végétation.

On donne le nom de Costa (la Côte) à la partie Cisandine du Pérou qui s'étend le long des rivages de l'océan Pacifique; on désigne sous le nom de Sierra (Pays des Montagnes), la région Interandine du Pérou, c'està-dire la partie de ce pays comprise entre les deux chaînes des Andes, et située à une hauteur qui varie entre 8,000 et 11 ,000 pieds audessus du niveau de la mer. Enfin on appelle la Montaûa (Pays des Forêts), la région Transandine du Pérou, c'est-à-dire, celle qui se trouve placée à l'est des Andes, et située à une hauteur qui varie de 5,000 à 1,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces trois zo • nés principales se subdivisent encore en zones secondairesi comme nous le verrons tout à l'heure*

Le voyageur qui visite pour la première fois le Pérou, pendant la saison du printemps, demeure étonné de l'aridité de la Côte ; en effet, un immense désert de sable {Arenal)^ dépouillé de toute végétation, entrecoupé seulement par quelques légers vallons cultivés, s'étend sur toute cette région, dont la triste monotonie n'est interrompue que par la vue de quelques sèches Tillandsias, de quelques espèces de Cactus^ et de quelques tiges

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

égaréesçà et là de VArgemone ilffxïcaTta (Chardon bénit). Si levoyageur parcourt les rivages delà mer, il pourra remarquer la 5a/tcor/iia Peruviana^ plante très-charnue ; quelques espèces de SaUota^ deSesuvium; le Macroeystis Hwnboldfii (sorte de Varech), avec ses grandes vessies remplies d'air, et rejeté sur la plage par la force des vagues, dans les grandes marées.

Mais lorsque le printemps est écoulé, et quand quelques petites pluies flnes, appelées dans le pays Garvas, et qui annoncent sur la côte du Pérou le retour de Thiver, ont humecté les terres, le voyageur verra les flancs des montagnes, qui jusque-là étaient restés complètement arides, se couvrir comme par enchantement d'une riche végétation, et s'émailler d'une multitude de fleurs diverses.

Parmi ces fleurs il remarquera surtout l'odoriférante Ismene Amancacs (Amancay), ornée d'un grand calice jaune; la charmante Bégonia geranifolia (Papita de San Juan), dans laquelle la belle couleur rouge des pétales externes contraste si agréablement avec le blanc si pur des pétales internes ; le QuamoclU ccccinea aux fleurs campanulées d'un rouge de feu très-vif; les Valeriana officinalis eipinnata; la belle Bomaria ovata, dont les fleurs sont disposées en ombelle; diverses espèces d'Oxalis et de Solanum; la gracieuse Commelina fasciculaia: un grand nombre d'espèces de Piper, parmi lesquelles on distingue le Pip^rCry^/aZ/mu/M, si remarquable par sa tige transparente et par sa forte odeur d'anis, qui le fait découvrir facilement; enfin un grand nombre d'autres plantes qu'il serait trop long d'énumérer ici.

La grande région sablonneuse qui forme le pays appelé laG6te,est entrecoupée, comme nous l'avons dit, de distance en distance, par de belles vallées, dont la température moyenne est de 19^ à 20'^ centigrades ; dans ces charmants vallons le voyageur pourra reposer sa vue^ fatiguée par la réverbération des rayons du soleil sur les sables , en contemplant le beau feuillage d'une végétation luxuriante : là, les fruits rafraîchissants de la Passiflora ligularis (Grenadille, ou fleur de la Passion) et du Citrtis aurantium (Oranger) apaiseront sa soif ardente : il pourra reposer ses membres exténués à l'ombre du délicieux pa-

rasol formé par les rameaux verdoyants de la Musa Paradisiaca (Bananier ; — au Pérou : Plalano\

Il verra cultiver au sein de ces vallées, non-seulement les végétaux des régions tropicales, mais encore ceux des zones tempérées. Il rencontrera encore, outre les plantes que nous avons déjà citées, IsiAnona Chérimifolia (Chirimoyo, Cachimentier] , la Anona muricata (Guanabana, Assiminier); la Persea gratissima (Palto, Bois d'anis), remarquable par ses drupes volumineuses et délicates; la Malpighia setosa (Cerezo, Cerisier); la Bunchosia armeniaca (Ciruela de frayle, Prunier aux fruits longs et doux, de couleur toujours verte); la Spondias purpurea (Ciruela agria. Prunier aux fruits aigres), dont la drupe est très-savoureuse.

A côté de ces végétaux qui ne croissent que dans les régions chaudes, il trouvera les arbres fruitiers de l'Europe tempérée : IMmygdaluM persica (Pêcher), le Pyrut commenis (Poirier) ; le Malus eommunis (Pommier); la Cydania vulgarts (Coignassier); la Viiit vinifera (Vigne).

Parmi les graminées, on trouve au premier rang le Saccharum officinarum (Canne à sucre), la Zea maïs (Maïs), et la Oryza saliva (Rii). Parmi les plantes à racines charnueSy aux tubercules riches en fécule, il remarquera le Jfenihot Aipi (Yuca, sorte de batate) ; le Solanum. Tuberosum (Pomme de terre), et la Balatas eduUs (Camote), autre espèce de tubercule.

Mais ce qui étonnera le plus le voyageur botaniste qui parcourt la côte du Pérou, c'est le petit nombre de végétaux arborescents indigènes de cette région. En effet, si l'on excepte quelques bosquets rares et peu étendus de Prosopis dulcis et horrida (Caroubier), ou d'Acacia punclata (Guarango),on'ne rencontre point dans ce pays ces grandes forêts qui caractérisent la végétation des zones tempérées et tropicales. On ne trouve que quelques arbres isolés, dispersés çà et là,comme la Compomanesia cornifolia (Palillo); l'odoriférant Schinm Molle (Molle); la Carica integrifoliâ (Mito); VAlnusacuminala (Aulne).

Mais ce qui distingue la végétation de cette région, ce sont les plantes qui croissent spon. tanément dans ces vallées, et parmi lesquelles les plantes composées se font remarquer par

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

iOl

leur grand nombre de genres, d'espèces et d'individus différents. Les principales sont : le Bûecharis Fevillei {Ch\lco\j la Tessaria legititna (Pajaro-bobo), qui peuvent être considérées comme des plantes sociales, parce qu'à elles seules elles occupent de grands espaces de terrain ; la Mikania rariabilisy la Flaveria eanirayerta^ la Encelia canescenSy le Spilanikesdiffusa^ les PiqneriaAriemùoïdes elqvinguefiora^ la Calinsoga parvifloray la Wcdelia hispiday VAmbrasia peruviana^ le A'anthium AmbrasicïdeSy plusieurs espèces de SeneciOy de Gnaphalium^ A'Eupalorium^ de Melananikeray d'Ageratunij de Biden^, etc.

Les Solanées sont très-nombreuses ; nous citerons particulièrement : les Nicotiana patdetUataei glvtinasa (Tabac sauvage); la gracieuse et odoriférante Datura arborea (Floripondiô) ; la Datura étramonium (Cbamico); le Pkysalis Peruviana (Gapuli) ; les Physaiis prosiraia et angulata ( Gapuli sauvage) ; la Xicamdraphysalotdes (Gapuli sauvage à fleurs d'azur) ; le lyeopersicum peruvianum^ le Hebeeladus unÂellatuSy VAcnistus aggregatus (Quiebra oUas); le Cestrum hediondinum (Herbe sainte ou puante); une grande variété de Solanum^ comme le Solanum tuberosum (Pomme de terre], et les Solanum nigrum, phyUanthum^ montanuniy corymbosum, mutitfidumy etc.

Les Verbenacées sont représentées par la Verbena officinalù, la Lantana camara (Yerba de la maestranza), et différentes espèces de LippiOy comme les Lippia nodifloray geminatay eaneseensy etc. Parmi les Scrofulariacées on remarque la belle Calvezia limensis^ la capricieuse Ca/c«ofaria pînnato (Yerba bolsilla); la Seoparia dulciSj la Browallia abbreviata^ les Buddieia oceidentalis et spicata.

Les légumineuses ont pour représentants : le Doliehos glgeiwHdeSj le Hedysarum uncinoêum^ la Psoraleapubescens^ la Genista sparfium (Genêt).

Enfin un grand nombre d'autres familles ont plusieurs représentants dans la végétation de la Côte. Nous citerons particulièrement l'élégant Myrsine MangliUa (Manglilla); les Panifiera liitoralùj fatida et punctata (fforbos); la Mirabilis Jalapa (Buenas t-irdcs) ; les Boerkaavia hirsuia et scanden» ; le Tropœùliêm nu^ (Capucine); la M alm peru-

viana; la Salvia rhombifolia; les HelioirO' pium eorymbosum^ pilosum^ $ynzystachium et curassavicutny etc.

Si le voyageur, quittant le bord de la mer, se dirige vers la Cordillère, il verra^ à mesure que le sol s'élève, disparaître peu à peu les plantes des régions tropicales, pour être remplacées par d'autres des zones tempérées. La canne à sucre, par exemple, qui pousse bien jusqu'à une hauteur de 3,600 pieds, ne saurait être cultivée au delà de cette limite. Les CactuSy au contraire, bien qu'ils soient des plantes des pays intertropicaux, semblent être favorisés dans leur développement par un climat plus tempéré. Ainsi on voit les Cactus augmenter en nombre et en grandeur jusqu'à une hauteur de 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer; c'est là que l'on rencontre le colossal Cactus peruvianus^ qui s'élève çà et là au milieu d'un sol pierreux et entièrement aride.

A cette hauteur commence une zone différente de la Côte, par ses conditions climatologiques, caractérisée par de fortes pluies au mois d'octobre, époque opposée à l'hiver de la Côte ; de manière que les habitants de ces lieux élevés donnent aux saisons des noms contraires à ceux que l'on donne sur la Côte : ainsi ils appellent printemps la saison sèche, quoique plus froide.

Cette région que l'on pourrait appeler la .Sierra occidentale (pays des montagnes occidentales) est comprise entre une hauteur de 4^000 et de 11,500 pieds au-dessus du niveau de la mer. La température moyenne pendant la saison sèche est de 20° centigrades à midi, et le thermomètre descend jusqu'à 10<^ centigrades pendant la nuit.

Dans la partie inférieure de cette zone, nous pouvons néanmoins citer encore différentes plantes qui caractérisent la végétation tropicale,comme VAnona Cherimifolia{Chinaïojo.

— Gachimentier); la Passiflora ligularis (Grenadille), etc. ; mais à mesure que nous nous avancerons dans cette région, nous les verrons diminuer continuellement en nombre, et flnir par disparaître presqu'entièrement. Les plantes de l'Europe, au contraire, croissent avec tout le luxe de leur végétation, à cause delà ressemblance du climat européen avec celui de la zone où nous sommes parve-

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

nus. Les espèces qui ont disparu ont été remplacées par d'autres moins délicates. Ainsi à la Tillandsia purpurea a succédé la Tillandsia usneotdes; V Heliotropium corymbosum a été remplacé par l'odoriférant Heliotropium peruvianum (Vanilla) , et la ISicoiiana paniculata par la Nicotiana rustica.

. Mais ce que le voyageur, qui parcourt cette région, ne pourra s'empêcher d'admirer, c'est la quantité considérable de plantes tuberculeuses, dont la nature a favorisé les habitants de ce pays, en leur préparant dans les tubercules un aliment sain et abondant.

En effet, on peut considérer cette partie du Pérou comme la patrie de la plus utile de toutes les plantes tuberculeuses, c'est-à-dire du Solanum luberosum (Pomme de terre), qui a chassé la famine de toutes les contrées de l'Europe où l'on en a introduit la culture. A côté de cette précieuse solanée, on trouvera d'autres plantes tuberculeuses non moins intéressantes, comme les Oxalis crenata et luberosa (Ocas); Vllllucustuberosus (Olluço); le Tropaeolum luberosum (Massua); la Poltjmnia sonehifolia (Llacon ou Yacon). La végétation de cette zone varie à chaque pas, et les plantes nouvelles se succèdent les unes aux autres avec une si grande régularité^ que plusieurs points pourraient servir au voyageur botaniste à déterminer la hauteur^ au-dessus du niveau de la mer, du lieu où ii se trouve. Ainsi dans une vallée ouverte, et à 6,000 pieds d'élévation, la Musa paradisiaca (Bananier), et YAnona clierimifolia (Chirimoyo, — Cachimentier), portent difficilement des fruits. En poursuivant sa route vers la Cordillère, le voyageur verra bientôt apparaître une magnifique bignoniacée à fleurs jaunes, la Tecoma rosœfolia ; d'autres également jolies et brillantes, composées de fleurs jaunes et rouges; les Mutisia acuminata et viciœfolia^ le Curcas purgans (Pinon) ; V Agave americana (Maguey) ; le Tagetes minuta (Huacatay); VEsealonia resinosa, plusieurs belles espèces de Cantuay telles que les Cantua buxifolia, pyrifolia et quercifolia.

Parvenu à un point où le fruit de la Vitis vinifera (la Vigne) ne saurait venir à maturité, le voyageur est averti qu'il se trouve à une hauteur de plus de 9,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Toutefois il pourra en-

core à cette élévation goûter des fruits de VAmygdalus persica (Pêcher) , du Pynu communis (Poirier), du Malus communis (Pommier), etc. Mais à mesure qu'il s'avance vers la majestueuse chaîne des Andes, il verra la végétation prendre peu à peu un caractère alpestre, mais très-distinct cependant de celui que présente la végétation des Alpes eo Europe. Il ne rencontrera point au Pérou ces vastes forêts de conifères, formées par la réunion du Pinus, du Larix^ de VAbies^ etc., dont le feuillage perpétuel et d'un vert sombre caractérise spécialement cette zone dans les Alpes. Le Pérou ne possède aucun représentant de la famille des Conifères, de sorte que ses zones alpestres présentent un aspect tout différent. Quelques rares tiges de 5ambucus peruviana (Sureau du Pérou), de Buddleia incana, de Polylepis racemosa (Quinuar) : voilà tous les végétaux arborescents que l'on rencontre dans cette région.

Bien que la température ait sensiblement baissé, bien que nous nous approchions toujours davantage de la zone des neiges» nous trouverons cependant encore dans cette région un reste de la végétation tropicale, je veux dire la Carica integri folia (Mite), qui, quoique modifiée dans ses formes, et ne portant plus son tronc droit et élancé, mais plus ou moins tortueux, ne laisse pas néanmoins d'acquérir une certaine grosseur.

A cette hauteur où nous sommes parvenus, qui est d'environ 40,500 pieds, le climat est très-favorable à la végétation des plantes fourragères. Le Medicago saliva (Luzerne) y pousse admirablement; VHordeum sativum (Orge) semble croître là dans sa véritable patrie, et une graminée indigène non moins utile, la Stipa ichu (Ychu), pousse à côté de la précédente. Cette zone finit à une élévation un peu plus grande, et avec elle cesse la culture du Medicago saliva, qui semble marquer les limites de la Sierra occidentale.

Le voyageur entre alors dans une autre petite zone, située entre 11,500 et 14,000 pieds d'élévation, que les indigènes appellent Ceja de la Cordillera {Sourcil de la Cordillère), et qui, par son élévation au-dessus du niveau de la mer, correspond à une autre région très-éténdue, située au versant oriental de U Cordillère^ et connue sous le nom de Pvnf.

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

Au moment où il pénètre dans cette nouvelle zone, il verra la végétation diminuer graduellement, revêtir les formes les plus humbles , les arbres devenir de plus en plus rares^ et se réduire à deux espèces uniques, le Sambueuê peruuianus (Sureau du Pérou), et le Polylepit racetnosa (Quinuar). Parvenu à une hauteur de 13,500 pieds, il verra disparaître la culture de Torge^ qui sous une température aussi froide ne peut plus se développer ; enfin un peu plus haut le Sambucus peruvianus cessera également de figurer dans le paysage de cette région Andine, et le dernier de tous les arbres, le lugubre Polylepis racemosa, au feuillage triste et sombre, disparaîtra bientôt à son tour !

La scène qui se présente à nos regards devient de plus en plus triste : plus d'arbres, plus de grands végétaux : nous ne rencontrons plus que des arbustes épineux, dont la vue vous remplit T&me de mélancolie. Ce sont par exemple les Chuquiragua spinosa et micropkjflla^ qui couvrent un sol arideet rocailleux; heureusement quelques élégants Lupinut (Flor de la pluma), avec leurs vives couleurs, tiennent réjouir les yeux au milieu de la monotonie de cette végétation rachitique, caractérisée par les Chuquiragva^ dont nous venons déparier, une espèce de Baccharis (Tola) et le Bolax glebaria (Yareta). La nature, dans sa sage prévoyance , a doté ces pauvres plantes de la propriété de distiller une matière résineuse, qui recouvre leur écorce comme d'un vernis, et empêche de cette manière l'évaporation rapide à laquelle sont sujets tous les êtres dans ces hautes régions, où la pression atmosphérique est si faible.

A la hauteur des 14,000 pieds (c'est-à-dire un peu plus d'une lieue) au-dessus du niveau de la mer« commence la région glaciale de la Cordillère, qui s'étend jusqu'au sommet des crêtes les plus élevées de la chaîne.' Cette froide région s'étend également au versant oriental, depuis les plus hautes cimes jusqu'à ce que l'on rencontre en descendant la même élévation de 14,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. La température moyenne de cette zone glaciale est, dans la saison sèche, de iV* centigrades au-dessus de zéro, pendant le jour, et de 7^ centigrades au dessous de zéro, pendant la nuit. Dans la saison

des pluies, la température est de 7%5 centigrades au-dessus de zéro pendant le jour, et de 2*^,5 centigrades au-dessous de zéro pen* dant la nuit.

La végétation, déjà bien réduite en entrant dans cette région, s'appauvrit de plus en plus. Les arbustes maigres et épineux des Chuqui. ragua diminuent encore de taille ; quelquca Géranium^ dépourvus de tige, humbles et ram pants, appelés dans le psLjsMistka-MistkajCOUr vrent en différents endroits le sol d'un simple tapis vert ; des brins de Deyeuxia lalifolia^ de firomi» ^d?nA;eanti« et d 'autres graminées poussent çà et là au milieu des rochers. Enfin on ne rencontre plus que des végéUiux d'une forme tout à fait étrange, comme le Cryptœhaete Andicola (Huamanripa) qui ouvre ses fleurs au milieu de la neige, et les Culcitium canescens, rufescens et nivale (Pulluagua), entièrement velus, et couverts d'une matière cotonneuse ; leurs feuilles adhérentes à leurs tiges, et leurs fleurs recourbées vers le sol donnent à ces pauvres plantes l'air de ramener leurs membres sur elles-mêmes, afin de concentrer un peu de chaleur, pour résister au froid de cette région glacée. A partir de ce point, nous verrons les plantes phanérogames devenir de plus en plus rares, et disparaître enfin entièrement à une hauteur de 15,000 pieds environ. Là nous ne trouverons plus que de simples cryptogames qui nous rappelleront la végétation des régions polaires.

Le voyageur entre alors dans le royaume des Lichens, de ces plantes sèches, coriacées, de nuances variées, mais presque toujours dépourvues de couleur verte, qui produit une sensation si douce et si agréable à nos yeux ; enfin de ces plantes qui paraissent manquer de vie, toujours chargées de sels calcaires, d'oxyde de fer et d'autres principes minéraux, de sorte que l'on pourrait dire qu'ils consti» tuent la transition entre les êtres vivants et les corps inanimés, entre la nature organique et la nature inorganique.

A cette élévation se dessine aux yeux du voyageur une ligne sinueuse, qui forme la limite entre la végétation des Lichens et les neiges perpétuelles. Nous voici enfin arrivés au sommet de la grande muraille qui sépare les eaux du Pacifique de celles de TAtlanlique, muraille qui n'est pas, comme Ta cru

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

Wildenow, un centre de végétation où se séparent et d'où s'étendent les plantes aux régions inférieures^ mais une crête servant de frontière entre la Faune et la Flore d'un pays, et la Faune et la Flore d'un autre. Dans cette région élevée, un silence de mort nous environne ; pas un seul arbuste, pas une seule herbe ne vient animer cette triste scène : la vie y semble entièrement éteinte, et à la vue d'un spectacle si majestueux et rempli d'un vaste silence, l'homme sensible sent réveiller en lui l'idée de sa petitesse et de son néant. ' Bi maintenant nous dirigeons nos regards vers l'Est, nous apercevons au loin une tache obscure à l'horizon, qui nous annonce la végétation de la Sierra, et semble nous inviter à goûter un climat plus fortuné et plus salubre. Le voyageur qui, après avoir franchi la cime de la Cordillère, descend sur le versant oriental, sentira, en entrant dans la grande zone interandine , la température s'élever peu à peu, et avec elle se ranimer la \\e de la nature. De distance en distance il apercevra plusieurs points obscurs : ce sont des parties de ce versant oriental couvertes d'un tapis de verdure; tel, après un rude hiver, on voit renaître le printemps dans les contrées septentrionales de l'Europe. Descendu à une hauteur de 14,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, il entrera dans une vaste région, connue au Pérou sous le nom de Puna,

Cette région est formée par des plaines froides, situées entre 14,000 et 11,000 pieds d'élévation, n est difficile d'établir sa température moyenne, à cause des fréquents changements météorologiques auxquels elle est soumise; néanmoins on peut la considérer comme un peu plus élevée que celle de la Cordillère. Sa température la plus élevée est de 2** centigrades au-dessus de zéro, et sa température la plus basse de 6^ centigrades audessous de zéro. La région de la Puna offre un aspect tout particulier, qui a néanmoins beaucoup d'analogie avec celui des grandes plaines de l'Asie et des Pampas de la république Argentine.En effet, ce pays ne se compose que d'immenses plateaux, dont les limites se perdent à l'horizon, et qui présentent à l'imagination de l'homme isolé l'idée de l'infini. Une végétation rabougrie et mono-

tone dans son uniformité caractérise cette partie du Pérou.

Là le voyageur botaniste pourra trouver les vrais types des plantes sociales, qui occupent une grande étendue de territoire, telles que la Stipa ichu (Ychu), différentes espèces de Deyeuxia^ de Bromiis^ ù^Avenay de Poo, connues dans le pays sous le nom de Ptga (Paille), et qui constituent d'excellentes plantes fourragères, dont se nourrissent les nombreux troupeaux qui fonnent la richesse de cette partie du Pérou. Outre ces graminées si utiles, le voyageur rencontrera encore dans cette région des ^acrAamrésineux (Tola);Qne espèce à'Astragalus [Garbancillo] vénéneuse pour les troupeaux, principalemeot pour les moutons ; différentes espèces i*Azorella et de Bolax (Yareta) ; la Verbenà nttriima, etc. Dans la partie inférieure de cette zone, sa vue se reposera sur les élégantes Mufisia vicUefolia eiacuminata (Chinchinculma), dont les charmantes fleurs sont colorées de jaune etde rouge ; sur les magniflques Lupinus (Flor de la Pluma); sur l'épineux Bomoianfkus mv/Ztflorus (Scorzonère) . Un peu plus loin, il trouvera quelques champs cultivés d^Oxalis fube^ rosa (Ocas); û'Hordeum sativum (Orge); de Chenopodivm Quinoa (Quinoa) ; et çà et là, quelques tiges de Buddleia incana (Quisuar), et de Pohjlcpis racemosa (Quinuar) , commenceront à donner un peu de vie au paysage, et feront connaître au botaniste qu'il se trouve déjà sur les limites de cette zone encore peu favorisée de la nature.

L'élévation de la température, Tabsence de neige et l'apparition de végétaux arborescents et de champs cultivés, avertiront le voyageur de son entrée dans une nouvelle région : c'est la Sierra, Cette partie du Pérou, remarquable par son climat tempéré et salubre, est située dans la grande zone interandine entre 11,000 et 8,000 pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Bien que sa température varie beaucoup du jour à la nuit, elle se maintient plus ou moins constamment aux différentes époques de l'année. La tero* pératurc la plus élevée est, à midi, de 17* centigrades au-dessus de zéro, et la plus bassu est de 4"* centigrades au-dessous de zéro pendant la nuit. La Sierra est coupée en diflérents points par des gorges étroites, profon •

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

des et bien abritées , dans lesquelles on trouve les productions des pays chauds, bien que ces gorges soient situées à une certaine hauteur aundessus du niveau de la mer.

La végétation va graduellement en augmentant; IsL Buddleia incana (Quisuar), et le sombre Polylepis racemosa (Quinuar), trèsrarestout àl'heure, deviennent de plus en plus communs, à mesure que nous descendons le versant oriental. Bientôt viendront se joindre à euxle Sambucusperuvianus (Sureau du Pérou), VAlnvs aeuminaia^ le Cerasus capuli (Capuli),et un peu plus loin apparaîtra sur la scëneIe5a/ûr0iim6oM^tana(Saule)qui, par la belle couleur verte de son feuillage, nous annoncera un climat plus tempéré et plus doux.

Un peu au dessous de cette zone nous trouverons éultivée la plus grande partie des végétaux les (Ans utiles de l'Europe. Ainsi les arbres fruitiers les plus communs, VAmygdalvs Ptrsica (Pécher, — Mclocoton); le Pyntscommvnis (Poirier), le Malus communes (Pommier), etc., produisent sous un climat aussi doux des fruits abondants et savoureux. La Faba vulgaHs (Fève) est cultivée sur une grande étendue de terrain ; les plantes fourragères comme le Medicago sativa (Luzerne) eiVHordeum sativum (Oi^e), croissent avec un luxe de végétation extraordinaire ; le Triiicum sativum (Blé) nous présente d'abondantes moissons qui ondoient au moindre souflle de l'air, et dont les épis dorés et flottants couvrent au loin d'immenses plaines. Si à ces plantes nous ajoutons encore la culture de deux précieux végétaux indigènes Ja Zea maXs (Mais), et le Solanum tuberosum (Pomme de terre), nous pourrons dire que cette zone , par son beau ciel et ses riches productions, est l'emblème de la santé et de l'abondance.

Cette région fournit non-seulement à ses habitants des aliments en grande abondance pour subvenir à leurs premières nécessités, mais encore des remèdes actifs pour rétablir leur santé quand elle se trouve altérée. Ainsi c'est dans cette zone que l'on trouve la belle Pkarbitis pubescens (Papiru), dont les racines tuberculeuses sont purgatives ; le Niphobolus ealaguala (Calaguala) ; la Krameria triandra (Ratania) ; le Pumacucho ou Aniacushmay qui couvre les rochers arides de ses buissons Ii«

gneux et touffus; les Valerianapilosa^ serrata^ giobifloray etc.; une espèce de Gatium (Yerba cenlclla) employée dans le pays pour teindre en rouge, etc.

Le voyageuf botaniste trouvera dans cette région un grand nombre de plantes pour enrichir ses collections. En se promenant le long des haies, il pourra recueillir le Lycium obovatum (Aubépine) ; la Calletia ephedra^ remarquable par ses rameaux épineux dépourvus de feuilles ; la belle Cantua buxifolia ( Ccanta ) ; l'élégant Solanum tomenlosum (Hormis), dont les feuilles sont couvertesd'un duvet rougeâtre, et la belle Tacsonia speciosa (Gurupita), dont la tige tortueuse embrasse capricieusement les plantes voisines, et les embellit de ses fleurs larges et brillantes. S'il visite les montagnes, ses yeux seront réjouis par la Mie des gracieuses Hedyotis thymifolia et conferla, des Sahia longiflora^ plumosa^ et opposUifolia; de VAnthericumglaucum; delà charmante Nothoclœna nivea, etc., etc. Dans les endroits inondés ou marécageux, il remarquera les Calceolaria pinnata, scabra et viscosa; enfin, il trouvera éparsesçàet là en différents endroits la bel le Salvia sagittata (Sauge royale) avec son large épi de fleurs d'azur; le Solanum candicans (Amasaca) ; la narcotique Datura sanguinea (Ploripondio encarnado ou Guarguar), dont la graine produit une sorte d'ivresse ; le Margyricarptts sctosus (Yerba de la perlilla); la Pineda incana (Lloqui), remarquable par son bois dur ; différentes espèces de Cassia; la Tecoma rosœfolia^ etc.

Si maintenant le voyageur entre dans une de ces gorges profondes, il verra avec admiration les produits des régions tempérées réunis à ceux des régions tropicales, et parmi les végétaux cultivés, il trouvera VAnona Cherimifolia (Chirimoyo) ; la Persea gratissima (Bois d'anis), et le Saccharum officinarum (Canne à sucre), etc.

Nous avons déjà dit que la Sierra est située entre les deux Cordillères, de sorte que si nous voulons \isiter la région transandine, connue dans le Pérou sous le nom de Montafia (Pays des Forêts), nous devons traverser encore une autre barrière, c'est-à-dire la Cordillère orientale. A mesure que le voyageur gravira cette nouvelle chaîne de montagnes, il verra se succéder dans le môme ordre

GÉOGRAPfflE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU.

tous les degrés de végétation qu'il a déjà observés dans son passage à travers la Cordillère occidentale : la rareté des végétaux arborescents, la diminution de leur taille, leur complète disparition, le commencement des régions glaciales appelées Punasy et enfin la ctme couverte de neiges éternelles. Mais en descendant les premiers échelons, si Ton peut s'exprimer ainsi, du versant oriental de la nouvelle Cordillère, quelle ne sera pas sa surprise en apercevant une végétation entièrement distincte de celle qu'il avait observée dans la première ! De nouvelles formes se présentent à sa vue : ce sont les représentants de la famille des Ericacées avec leurs feuilles coriaces et luisantes, qui caractérisent cette nouvelle région. L'élégante Gaylussacia dependens avec ses larges fleurs tubulaires, d'une couleur rouge de sang, se montre pour la première fois; différentes espèces de Vaccinium^ telles que le Forcinf ton raînosissimum, flùribundum et crenulatum , avec leurs rameaux couverts de nombreux lichens, donnent au paysage un caractère entièrement alpestre. Les petits arbustes de la Gauliheria erecta et glabra, dispersés çà et là, viennent orner un terrain âpre et inégal. Enfin la vue de la charmante Befaria ledifolia aux nombreuses fleurs roses nous avertit que nous avons mis le pied dans une région plus tempérée et appelée dans le pays Ç^a de la Montafia (Sourcil de la Montagne).

Cette région commence à une hauteur de 8,000 pieds et s'étend jusqu'à ce que l'on soit descendu à 5^000 pieds au dessus du niveau de la mer. Sa température moyenne, en temps de pluie, est de IS^'yâ centigrades pendant le jour, et de 6^,5 centigrades pendant la nuit. Dans la partie la plus élevée de cette zone, depuis le matin jusqu'à deux heures du soir, régnent des vents très-froids, et au coucher du soleil un brouillard épais couvre la terre. Cette zone peut être considérée comme la plus caractéristique du Pérou, parce qu'elle constitue une région botanique bien déterminée, qui est celle du précieux Quinquina (Cascarilla). La végétation, réduite il n'y a qu'un instant à de chétifs arbrisseaux, va grandir à chaque pas et acquérir peu à peu une taille toujours plus élevée, kxix. Ericacées àt la zone précédente, nous allons voir succéder d'autres

plantes plus délicates, telles que plusieurs espèces d'Esealionia et les superbes Thibaudia nitida et bicolor^ avec leurs fleurs charnues, dans lesquelles le blanc le plus pur s'unit à une brillante couleur rouge. Un peu plus loin, la charmante Oreocaliis grandifiom (Catas Picahuay), avec sa belle pyramide de fleurs roses, attirera les regards du voyageur botaniste ; toutefois nous n'aurons pas fait quelques pas^ qu'un air parfumé viendra frapper notre odorat : c'est le premier représentant des Chinconas fébrifuges qui s'annoncent de loin ; c'est l'avant-coureur de ces arbres si utiles et si précieux auxquels des milliers d'hommes sont redevables de la vie; enfin c'est la Chincona otata qui fait sa première apparition sur la scène.

Les nombreuses espèces de ce genre se trouvent répandues sur un espaoe de terraio situé sur les versants orientaux dea Andes, entre 4,000 et 9,000 pieds d'élévation au d^ sus du niveau de la mer. Cet espace de terrain comprend une partie de Bolivia, traverse le Pérou dans toute sa longueur, occupe une grande partie de la Nouvelle-Grenade et forme la grande région des Chineonas, appelée aussi Région de Humboldt. Chaque partie de cette région possède des espèces propres : mais le Pérou, formant la partie intermédiaire, en possède le plus grand nombre. On retrouve, en effet, dans la partie méridionale, les espèces propres au Bolivia, comme la Chincona coÀisaya^ qui est la plus estimée, et la Chincona amygdalifolia, boliviana^ pubescens et asperifolia ; dans les provinces du Nord, on rencontre les Chincona Condami' nea^ cordifoLia et Mustisii ; enfin, parmi les espèces propres, on compte les Chincona carabayensiSf Humboldiiana^ glandulifera^ mtcranthay nitida et scrobicuiata,

La végétation de cette région est très-variée; les espèces se multiplient rapidement à nos yeux : de nombreux arbrisseaux de Jfyrica polycarpa (Laurier, ^Huacan) montrent au voyageur leurs petites grappes de fruits couverts de cire; les élégantes Cuphea verii" dilata et cordata accompagnent la Fuchsia corymbiflora dont les fleurs pendantes et d'un rouge de feu contrastent avec les blanches et superbes Sobralias; les roches humides sont revêtues d'un beau tapis vert formé par des

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU

espèces nombreiwes de Lyeopodium; enfin le içracieuz palmier Oreodaxa frigida^ et quelques fougères arborescentes, ayec leurs élégantes ombelles formées par la réunion de leurs feuilles finement découpées, donnent à l'ensemble de la végétation de cette zone un eispect particulier.

A mesure que le voyageur s'avance dans cette région, il voit à chaque pas se présenter à ses yeux de nouvelles espèces^ et de Qouveauz tableaux se dérouler devant lui : iroici vnetàusseChineona, la.Lasionema rosea [Asmonich), avec ses rameaux-chargés d'Orchidées épiphytes, telles que différentes espèces i*Ejridendrum, Fernandezia, Bietia^ etc. Voici la Cosmibuena obiusifolia avec ses belles fleurs blanches ; la Condaminea corymhom [Garaiu) aux feuilles larges et coriacées ; la Cakcarilla Riveroanay l'odoriférante Rhopala peruviana; la Boccania fruiescens, dont le suc a le goût du jus d'orange ; un peu plus loin, Qous rencontrons les Gesneria picta et sylvatiea ; VEscobedia scabrifolia; le brillant A llopiectus selimH; l'aromatique Amamum thyrmdeum; la noble et élégante Cecropia pe!taiCy avec ses feuilles en ombelles, et en dernier lieu de nombreuses espèces de Me* îoitoma, de Siphocampylvs Sarrauea, Clu^ rîa, etc., caractérisent la partie la plus inférieure de cette zone.

Nous sommes enfin parvenus à la dernière ît à la plus riche zone du Pérou, connue sous le nom de Moniaûa (Pays des Forêts). ïjeiie région privilégiée est située entre 5,000 st 1,000 pieds d'élévation au dessus du niireau de la mer ; sa température moyenne est le 28"» centigrades pendant la nuit ; les pluies ^onmiencent au mois d'octobre et durent jusqu'aux mois de mars et d'ami.

Dans cette zone, la nature a déployé toute » force créatrice, variant à l'infini les formes ^pricieuses, les brillantes couleurs et les iuaves parfums de ses productions. Là le iroyageur entre dans une terre vierge, où la civilisation n'a pas encore pénétré, une terre |ue les pieds de l'homme n'ont pas encore bulée, et où l'on peut étudier les végétaux ]ans leur forme primitive. Que de tableaux mchanteurs nous otTre cette région I Les fo- *étSy les bocages y sont si épais, que leur euillage intercepte tous les rayons du soleil.

Des palmiers à la taille élevée, noble et élégante, dont les ctmes llottantes dans les airs sont soutenues par un tronc droit et flexible ; des arbres colossaux et cent fois séculaires, dont la vieillesse égale quelquefois celle de notre globe ; des fleurs dont la variété de nuances semble le disputer aux couleurs de l'arc en-ciel ; tout dans cette belle région semble montrer que la nature a disposé à son gré de tous les éléments pour produire toutes les combinaisons de formes et de couleurs possibles.

Le botaniste qui visite ce charmant pays admire principalement la belle Martinezia earioiœfoiia (Gamona), palmier dont la tige isolée de la surfEUce du sol repose sur le sommet du gracieux cône que forment ses racines nombreuses et déliées; la Bactris eiliaia (Ghonta), si employée par les sauvages pour fabriquer leurs arcs et la pointe de leurs flèches; l'élégant Cocos butyraeea (Palmier royal), qui fournit par incision un liquide qui, par la fermentation, donne une boisson alcoolique analogue au vin ; parmi les CyclanihacéeSj il rencontrera la PhyUlephas macrorar/?a (Humiro), remarquable par ses gros fruits dont les pépins contiennent un albumen semblable à l'ivoire ; la Carludovkapal' mata (Bombonage)^ dont les belles feuilles disposées en éventail servent à préparer la paille pour la fabrication des chapeaux de Guayaquil, connus depuis quelque temps en Europe sous le nom de Panamas; la Car ludovica funifera^ qui a de grandes racines adventices en forme de grosses cordes.

Un grand nombre de végétaux de cette région fournissent des bois de construction précieux, parmi lesquels le voyageur bota'niste remarquera la Uuertea glandulosa (grand Gèdre mftle) ; la Cedreia odorata (Gèdre), la Swietenia Mahogany (Acajou), la 0/media aspera^ la Lucuma obovata (Lucumo), la Lucuma eaimito (Gaimito)^ plusieurs espèces de Jugions (Noyer), la Campomanesiacornifolia (Palillo), le Chrysophyllum ferrugineum^ etc.

En jetant un coup d'œil sur les végétaux cultivés, nous verrons apparaître, à une hauteur de 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, la Bromelia ananas (Ana* nas, — Piiia); la Musa paradisiaca (Bananier) ;

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU

V Erythroûcylon coca (Coca) et le Saccharum offieinarum (Canne à sucre). Cette dernière plante croit toutefois difficilement à cette élévation au-dessus du niveau de la mer et ne donne jamais de fleur. A une hauteur de 3,500 pieds, on voit cultiver la Coffea arabica (Café) ; le Saccharum offieinarum mûrît avec plus de facilité, et on en cultive deux variétés : Tune appelée CaAadulce de Guayaquil (Canne à sucre de Guayaquil), qui mûrit au bout de dix-huit mois ; l'autre est connue sous le nom de Cana dulce comun (Canne à sucre commune), qui exige pour mûrir un espace de deux ans et demi. A mesure que l'on descend, les végétaux des régions tropicales fournissent des produits plus abondants et en moins de temps, de sorte que, descendus à une hauteur de 2,000 pieds, nous trouvons que la variété de Saccharum offieinarum^ connue sous le nom de Cafka dulce de Guayaquil^ mûrit en un an, et que le Theobroma Cacao (Cacao) donne de beaux fruits. Aux végétaux que nous venons de nommer, nous pouvons encore ajouter la Carica papaja (Papaya), et tous les fruits cultivés dans la région de la Côte.

Si nous pénétrons dans la plus grande épaisseur des forêts pour surprendre, pour ainsi dire, les œuvres de la Nature dans sa retraite la plus solitaire, quel magnifique tableau se présente devant nous ! Nous admirons d'abord le colossal Ficus gigantea (Grand Figuier, — au Pérou : Higueron)^ dont les racines rampent et serpentent sur la surface du sol à de grandes distances, et dont les rameaux élevés dans les airs s'entrelacent avec ceux des arbres d'alentour^ et forment un immense berceau de verdure ; la sarmenteuse Vanilla (Vanille), qui s'élève et grimpe le long des énormes troncs d'arbres qu'elle orne de ses belles fleurs odoriférantes et qui embaument au loin l'atmosphère; les charmantes Bignonias qui élèvent leurs tiges volubilesjusqu'auxbranches les plus élevées des arbres, les enlacent, retombent et remontent encore, ornant toutes les cimes des arbres voisins de superbes guirlandes de fleurs, qui donnent un aspect magique à cet admirable ensemble.

Les scènes les plus variées se succèdent sans interruption : voici les corpulentes BombacéeSf parmi lesquelles nous citerons le

BomAax ceiba (Ceiba), VEriodendronxtcuUfoliumy la Chorisia insignis^ le Cheirostemon platanoîdes (Huampo) et VOekroma ptseatth ria (Palo de balsa), au tronc couvert de PUlodendron de formes variées, et aux rameaux chargés de nombreuses espèces parasites de Loranthus. Un peu plus loin, nous rencontrons l'aromatique Nectandra puehttry (Pncheri) et les Bunchosia anguêlifolia et Hookeriana (Ciruela del monte, — Prune de montagne), entrelacées capricieusement par les tiges polygones de la PauUinia macrophylla^ tendues horizontalement comme d^ cordes, souvent même à de grandes distances; bientôt nous trouvons sur notre route des groupes formés par le charmant MiroxyUm peruiferum (Quino-quino) dont l'écorce aromatique appelée Quina-quina (qu'il ne faut ^ confondre avec le Quinqwna^ connu au Pérou sous le nom de Casearilla)^ distille une liqueur aromatique nommée Baume du Pérou; la Franciscea grandi flora^ remarquable par ses belles fleurs qui varient du blanc au violet, et la Bougainviliœa peruviana aux bractées si brillantes. Enfin un grand nombre d'ail)ustes remplissent les espaces laissés par les grands arbres. Nous citerons particulièrement la P^yrAo/rf a aira^^Ays/tna, aiba^ êulphu" rea et punicea^ la volubile Blackea trinerviay les Bhexia rosmarinifolia et quinquenervia; différentes espèces de Jusiieia, Manttîia, Citrosmay Maranta, Dioscorea, Piper, Tafalla, etc.

Si le voyageur botaniste continue sa route vers la partie la plus basse de cette région, il s'apercevra que la température s'élève graduellement et que les arbustes qui obstruaient sa marche diminuent pour faire place à des arbres de plus en plus élevés.

Assis à l'ombre de cette luxuriante végétation, un air humide et tiède, une atmosphère embaumée et le charmant spectacle de productions si variées enivrepi les sens du voyageur : partout où il peut diriger ses regards, ^ l'œuvre de la Création se présente à lui avec son aspect imposant et majestueux ; et le naturaliste, au milieu de cette nature vierge et sauvage à la fois, éprouve des jouissances si suaves et si pures, qu'elles n'ont rien de commun avec les joies tumultueuses et bruyantes des grandes capitales.

GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBUQUE DU PÉROU

Plus le voyageur s'approchera des terres basses , sillonnées par le majestueux Amazone, plus il Terra augmenter le nombre des représentants de la famille des Aroïdées; il remarquera surtout parmi eux le charmant Caiadium bicolore le Singonium auritutn, le Philodendron fragrantissimum, la Dieffenbachh seguintty et sa variété aux feuilles tachetées ; il verra la belle famille des Musacées, représentée par les magnifiques Heliconia roêiratay Hngulaia et subulata. Plus loin^ ses regards seront attirés par plusieurs espèces de salsepareille^ telles que les Smilax obliquafa, Poeppiguj Ituiztana, febrifuga^ aie. y qui 9 de leurs tiges sarmentcuses, entourent le tronc d'un arbre précieux aux feuilles trilobées et produisant un suc laiteux abondant ; nous voulons dire la Siplionia efastica (Arbre au caoutchouc, — au Pérou : Arbol dfl Caucko).

Mais déjà le voyageur se trouve sur les

bords du majestueux fleuve des Amazones^ de ce fleuve dont les ondes immenses forment partout mille petites baies, mille petits golfes mollement caressés par le parfum des fleurs qui ornent ses rives. Dans une de ces petites anses abritées par une gigantesque végétation, dont les profondeurs sont embellies par les charmantes grappes de VJieliconia, tapissées par les spirales de la TabernamontanOy il surprendra tout à coup se reposant au milieu d'un bain tiède, tranquille et transparent comme le cristal, la grande reine des fleuves de TAmérique méridionale, la plus belle et la plus grande de toutes les KyniphœacéeSj la magnifique et superbe Victoria Regia^ dont la \iie causa tant d'admiration au célèbre Haenke, que, tombant à genoux, il exprima son enthousiasme par les exclamations les plus vives, véritable Te Dcum d'un naturaliste vers le Suprême auteur de tant de belles choses.

Page 1