‹ Géographie du Péron, corrigée et augmentéeChapitre 7 sur 321 · LE DOCTEUR DON MAÏEO PAZ SOLDAN · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR DON MAÏEO PAZ SOLDAN

écrire un article de politique ou de mœurs, calculer une. éclipse et résoudre un triangle; commenter Horace et Virgile comme Delambre et Euclide ; analyser T Iliade et rÉuéide comme les Tables de logarithmes et le Calcul infinitésimal; résoudre sur-lechamp , et au moment où on le consulte , un doute sur la propriété d'un mot, sur une citation de classique grec, ou sur un poiut de Droit , d'Economie politique ou de Trigonométrie ; parler avec une profondeur et une érudition égale sur T Histoire et la Littérature^ sur la Philosophie et les Mathématiques; être éloquent, agréable et instructif dans ses conversations; posséder un tact infaillible pour juger les événements politiques et apprécier les hommes publics ; prévoir les conséquences et les résultats des événements; être plein de pénétration et de perspicacité, telles étaient les qualités intellectuelles du docteur don Mateo Paz'Soldan. Homme infatigable pour Tétude quand il se proposait de connaître quelque science, il apprit seul le grec et Tallemand, jusqu'au point d'être en état de lire dans leur propre texte Homère et Démos thène , Schiller et Gœthe; il connaissait également le latin,' le français, l'anglais, le portugais, Titalien, le quichua (i) et Taymara. Ces langues lui étaient tellement familières qu'il pouvait traduire couramment , en bon espagnol , le premier ouvrage venu. On eût dit, à renlendre , qu'il lisait plutôt une traduction qu'un texte de langue étrangère. Il récitait les vers latins en observant la cadence et toutes les règles de la prosodie. Il avait surtout étudié avec soin la prosodie latine, dans le but d'appliquer ses recherches philologiques et prosodiques à la métrique espagnole, branche littéraire peu cultivée, et sur laquelle, de l'aveu même du docteur don Mateo Paz Soldan , il n y a pas d'ou-

(1) Le Quicïma est, ainsi que nous Tavons dit dans le Discours prcliuiii:aiie, la langue de la race autodithone du Pérou; VÀyuara est lu langue de la race conquérante ou des Incas. — A. M.

vrage comparable à celui de Tillustrç Américain don Ândres Bello.

Si la mort n*était venue interrompre cette existence consacrée aux lettres , le doctem* Paz Soldan eût pu donner une preuve plus complète de ses connaissances profondes dans cette branche des humanités, dans la chaire de littérature quMl devait diriger cette année-là même à la Société philotechnique. Il avait lui-même choisi poiu* son enseignement la section de la prosodie; mais la Providence en a disposé autrement, et l'a arraché à un théàti^ où le public, et non plus seulement le cercle de ses amis, eut recueilli les fruits de ses vastes connaissances littéraires, de son goût classique , de sa facilité à s'exprimer, et de sa clarté qui le faisait si aisément comprendre de tous ceux qui l 'écoutaient. Cette qualité remarquable rehaussait encore ses talents de professeur : homme de. sentiment , accessible à l'enthousiasme , en un mot artiste, il peignait les choses avec des couleurs si vives , sa parole était si animée, qu'il parvenait facilement à inculquer sa pensée, dans Tesprit de son auditoire. S'il décrivait un appareil, il semblait qu'on l'avait sous les yeux ; s'il enseignait à se servir d'un instrument mathématique, son explication et ses expériences étaient si claires et si exactes, que celui qui n'avait jamais manié cet instrument se croyait, après avoir été témoin de son expérience , capable de pratiquer des opérations semblables. S*il récitait un fragment d'un poète, il faisait sentir les beautés de l'auteur p^ une prononciation conforme à toutes les règles et une expression en rapport avec le caractère du passage. Combien de fois n'avons-nous pas goûté ses leçons et admiré cet atticisme , fruit de la lecture des classiques, en l'écoutant, le soir , pendant que nous savourions une tasse de café, réciter un chaut de l'Enéide ; et, après nous avoir présenté le texte original , nous en donner un commentaire si savant qu'il était évident pour tous qu'il avait non- seulement lu souvent les grands

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