NAVIGATION DE L*AMAZONE ET DE SES AFFLUENTS
Il est hors de doute que l'Amazone, III* cayali et le Pachiteac sont navigables à ooe grande distance en remontant vers leur source. Les Pongos ou gorges, que Ton croyait si périlleux, ne présentent pas des dangers aussi grands qu'on pouvait le supposer. Il est facile d'exécuter à peu de frais les travaux d'art nécessaires pour faci* liter complètement la navigation, même sur des bâtiments d'un fort tonnage.
Depuis Chuchunga, il y a, suivant les uns, seize Pongos ou gorges à traverser, et onze, suivant les autres. Le mot Pongo vient du quicha Puncu^ qui signifie un défilé, une gorge, un passage étroit. Les plus importants sont le Pongo de Agnirre et le Pongo de Mag^ seriche. Ce dernier, suivant I^ Gondamine, a une largeur de 250 toises (484 mètres), k 25 toises (48 mètres). Sa longueur, depuis Santiago jusqu'à San-Borja, est de 2 lieues de 20 au degré. On ne rencontre aucun obs* tacle à la navigation : en effet, quand un fleuve traverse un endroit resserré, le seul fait qui se produit alors, c'est, suivantles lois connues de l'hydiaulique, un peu plus de rapidité dans le cours de ce fleuve, la même quantité d'eau devant passer à travers un espace plus étroit.
Suivant le même La Gondamine, l'Amazone commence à être navigable sous le 5* 1' de latitude sud ; il possède en cet endroit une largeur de i35 toises (261 mètres); sa profondeur mesurée avec une sonde de 28 brasses est d'un tiers de sa largeur (87 mètres environ]. Le courant a une vitesse de i | de toise (2 mètres 43 cent.) par seconde. La pente, à partir de Ghucunga, qui est à 235 toises (455 mètres) au-dessus du niveau de la mer, est de 26 toises (50 mètres). Quant à ce qui concerne le sublime et formidable phénomène du Bore ou Pororoca^ comme l'appellent les sauvages, à cause du bruit épouvantable qu'il produit, nous en avons déjà parlé à la page 4 de cet ouvrage, et nous y renvoyons le lecteur.
Le gouvernement du Pérou avait établi en i853 une ligne régulière de deux paquebots à vapeur qui remontaient le fleuve jusqu'au-
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
dessus de Yurimaguas. Ces deux petits bâtiments étant hors de service, le gouvernement donna une subvention de 25,000 piastres par an à une compagnie de vapeurs brésiliens, qui faisaient deux voyages par mois jusqu'à Loreto.
On construit aujourd'hui en Angleterre plusieurs steamers destinés à ce senice, et Ton s'occupe d'établir un arsenal de marine dans l'on des ports de l'Amazone, où se trouvera réuni tout le matériel nécessaire pour réparer toutes les avaries que peuvent éprouver les bateaux à vapeur. Avec ces nouveaux éléments, il est hors de doute que la navigation de l'Amazone et des rivières tributaires sera organisée d'une manière régulière, et qu'il s'ouvrira là pour le commerce une nouvelle voie d'industrie et de progrès.
En 1851, le Pérou a conclu avec le Brésil un traité sur la navigation de l'Amazone. Suivant l'un des articles de ce traité, il ne devait être en vigueur que pendant six ans ; en conséquence, il a été renouvelé en 1858. On a également déterminé dans ce traité les limites entre les deux pays ; mais une commission mixte doit les régler conformément au principe « uti possidelis, n II serait trèsutile que cet article fût appliqué, car le Pérou perd aujourd'hui une grande étendue de
territoire, ainsi que nous l'avons fait voir en parlant de nos limites. Ces traités ont dorkié lieu à des réclamations de la part de l'Angleterre, des États-Unis et de la Nouvelle- Grenade ; mais nous ne voyons pas que ces gouvernements s'appuient sur des motifs plausibles pour donner quelque force à leurs réclamations.
Le voyageur, M. Emile Carrey, envoyé par le gouvernement français pour étudier le bassin supérieur de l'Amazone, après avoir recueilli des données sur le commerce, la géographie, et fait une foule d'observations importantes, a publié -en 1855 ses travaux remplis de documents intéressants.
Pour nous, conséquent avec notre unique but, qui est de faire connaître notre pays, et surtout ces régions si riches, situées dans le bassin de l'Amazone, presque inconnues jusqu'aujourd'hui, et qui promettent tant pour l'avenir prochain du Pérou, nous publions les itinéraires suivants empruntés au savant ouvrage de M. Emile Carrey, persuadé qu'ils ne sauraient manquer d'avoir leur utilité. En effet, nous ne doutons pas qu'un jour, et ce jour n'est pas éloigné, l'Amazone sera pour le Pérou la roule de l'Europe, et pour l'Europe le chemin du Pérou.
rnxÉBAlRE D£ L'AMAZOXE.
PAYS
Entre le Para et la Barra (Brésil)
De la Barra à Egas (Brésil)
D'Egas à Tabatinga (Brésil)
De 'Tabatinga à Nauta (Pérou)
De Nauta à Balsapuerto (Pérou)
Total