COURS DU NIGER. COURSA
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royaumes civilisés, semblables b ceux de H ou s sa et deTimbouctou, on distingue surloutla grande race des Foliota : les tribus de ce peuple qui liabiteot dans le voisinage du Bornou se disent mahométans; les autres hordes sont demeurées idolâtres. Ces Fellcta semblent avoir acquis , depuis un certain temps, une grande puissance dans tout le Soudan ; et. comme les Nuba et les Galla, leurs voisins (le l’est , ils se sont répandus b travers le centre du continent. Burckhardt vit b la Mecque, un Felleta qui y était venu en pèlerinage . et qui lui dit avoir sa tente b Timbouctou. Ce sont des hordes de cavaliers qui combattent avec l’arc et la flèche ; leurs arcs sont de fer et très-courts; ils empoisonnent leurs flèches, de sorte que la blessure la plus légère apporte la mort; ils ont pour eux un contre-poison. Us viennent probablement du plateau montueux , où les chevaux se trouvent en grande quantité, comme dans le llabesch et le Bornou (1), tandis qu'ils sont très-rares dans les basses-terres brûlantes du Soudan.
Ces Felleta ont conquis et ravagé le Bornou et le Kaschna ( Cassina , Casona, un des quinze royaumes nègres de I,eo Africanus). Ils ont détruit Kaschna, il y a environ trente ans, et tous les pays voisins sont aujourd'hui, selon lladji- Hamet . natif de Bornou , au pouvoir de Bello , chef des Felleta , fils de llatman-üanfodio , qui, Bonaparte africain , soumit par les armes toute cette partie de l’Afrique centrale. La résidence de Bello est maintenant b Kaschna. Peut-être cet homme athlétique . mentionné plus haut (p.18î), qui, venu de Cassina (î), couvert d’amulettes d’or et d'argent, servait comme mahométan dans l’armée du roi des Ashantis contre les Fantis, est-il un des princes fugitifs de Kaschna qui trouva, avec son parti, accueil et protection b la cour de Coumassie. Cette supposition nous expliquerait bien des documens que les Anglais obtinrent, dans la résidence des Ashantis , sur l’Afrique centrale , et que Bow dich nous a fait connaître : nous aurions ainsi la cause de la liaison étroite de cet état avec le parti opprimé du Soudan qui a frayé la route b travers l’Afrique centrale. Nous ne possédons pas encore aujourd’hui des données exactes sur ces Felleta, mais nous supposons qu’ils ont une commune origine avec les Foulah, Phelteta,
(I ) shôrlf Intumme J , dans rroccedinga, I, p. 132. liowUicR 1WW, P. 1AS.
Phalatija, que nous avons cités plus haut (1). Ils descendent du haut pays de montagnes qui serait leur commune patrie; mais peut-être n’estce pas encore leur séjour primitif; il est possible que, repoussés antérieurement du nord de laCaramantie cl de la Gélulie, ils aient trouvé dans les montagnes un accueil hospitalier et qu’ils s'y soient ensuite établis. Cette race doit former la principale masse de peuples de la llaute-Afriquc centrale.
Un grand nombre de traditions bizarres sont répandues sur eux , comme étant ennemis des Mahométans du Soudan; nous rangeons parmi elles la relation suivante, tirée du récit des Maures : Entre Timbouclou et Kaschna, dans le pays appelé Bcb-lloussa ,c\sl-u -dire portedu Moussa (peut-être est-ce le défilé, sur le Niger près de Boussa, où périt Mungo-Park?), vit un peuple parlant une langue qui lui est propre (â) ; les Arabes la comparent b l’anglais, a causcdu sifflement des mots dont le son ressemble b la voix des oiseaux. Ce peuple montra cheval sur drs selles, comme les Anglais : il porte des éperons , des turbans , ne se bat qu'en combat singulier et s’adonne b la magic, etc. Ces Felleta, Foulah, Folgiens, dout les hordes de cavaliers ont donne lieu b ces contes, sont peut-être le même peuple qui attaqua la barque de Mungo-Park , sur le Niger, avec des lances et des flèches, et qu’Amadi Fatuina et Isaaco appelèrent Poulet { 5). Suivant le récit d’isaaco, le roi de Ségo, b la nouvelle du malheur de Mungo-Park , déclara la guerre aux Poules (4), ses ennemis naturels, sous prétexte de venger la mort du blanc. Mais , après quatre mois de combats, il fut forcé de céder b leur puissance et de se retirer dans le Bambarra. Cest probablement le peuple dont Mungo-Park fait la description dans sa dernière lettre b Jos. Bank. Ils ressemblent aux Maures par leurcoulrur, et il les nomme Sourka, Mafunga, Totoarik. C’est pour se mettre i l’abri de leurs flèches qu’il éleva une tente sur son bateau.
Mollien nous communique les observations suivantes sur ces Poules ou Phelleta qui se sont répandus successivement b travers tout le centre de l'Afrique. 11 les avait souvent rencontrés sur le Sénégal, la Gambie et le Bio-Grande. Ces do-
(1) Voy. vol . If p. 463.
(2) Jackson'* Account ©f «arocco, p. 303.
(3) «un&o-rark, Journal, p. 209.
(4; lbiij. , p. 216.
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cumens sont précieux et contiennent des données importantes sur l'histoire de ce peuple, dont l’origine nous est encore inconnue.
I.cs Poule s ou Fovla/isiie Timbo sont en commerce continuel avec Ségo et Timbouctou. llsont encore des relations arec d’autres contrées du centre de l'Afrique qui sont presque inconnues aux autres marchands (1). Nous ayons déjà yu plus haut que, comme les habitait» de Timbouctou, ils ont le privilège de n’ètre pas réduits à l'esclavage; ils y jouissent d’une grande considération et ont été autrefois alliés ayec les Mandingos. La ressemblance du nom des deux villes, Timbouet Timbouctou n’indiquerait-eüepasune origine commune? Les habitans de Bondou sont aussi des Poules, selon Mollicn. Durand (2) prétend même que cette contrée et lepetitpays montueux de Fou/ah-Dou, sur le Sénégal inférieur, sondeur patrie primitive; mais Rennell (5) rejette , avec raison, cette supposition, car ils se sont répandus en trop grand nombre à travers l’Afrique centrale pour être descendus d’un si petit pays d’alpes.
On ne peut, dit Mollien (4), rien préciser de certain sur leur origine; suivant une tradition, ils auraient autrefois dressé leurs tentes dans les contrées fertiles du nord de l’Afrique, dans l’ancienne Numidie, et les Joloffes auraient habité tout près d’eux. L’arrivée des Sarrasins aurait refoulé ces deux peuples avec leurs troupesde chameaux et de chevaux jusque sur les rives méridionales du Sénégal et au sud-est. Ils se seraient retirés ainsi jusqu'au Niger et mèmeau delà.Ilsauraient ensuite repoussé, à leur tour, d’autres peuples, entre autres les Serrères, et fondé les royaumes de Ban/ et de Sin. (De là peut-être le Kala des Carthaginois et le Jin des Asiatiques? Ces deux mots nous rappellent l’idée du culte du soleil et des génies danslesnomslesplusanciensdejinnie, Jin-Bala, Zitnbala, etc.) Les Maures les ayant suivis plus tard forcèrent les Poules qui s’étaient établis sur le Sénégal à embrasser l’islamisme et à leur payer un tribut de millet. Les Poules ne sont restés indépendans quedans les pays île montagnes ; entre les grands fleuves, ils se sont séparés peu à peu en un grand nombre de petits groupes; ilsontmêmeentièrementdisparu comme
(1} Voyage de Votlten.
(2) Durand, Voyage, Us P. 134.
(3) Bennell, App. Mungo-Park, Trav., p. LUxmt. (4j Voyage de Mollien.
peuple , et se sont confondus avec les nègre» ; ou s'ils existent encore, ils sont lombes dans un état de dégénéralion complète ; ce sont des pasteurs erransqui nourrissent la plus grande haine contre tous les mahométans. A cette rare appartiennent aussi les Laodés (1), peuple semblable aux Bohémiens de l’Europe ; dispersé au milieu des Joloffes, il vaerrant toujours , sans propriétés et sans terres. Des ânes , de l’argent et quelques ustensiles, voilà tout ce qu'il possède. Les Laodcs sont idolâtres , ils parlent la langue des Poules, prédisent l’avenir et savent faire quelques vases de bois ; ils sont malpropres et habitent dans les lieux couvcrtsd’epaisscs broussailes.
Un fait qui semble confirmer cette émigration des Poules, du nord ou probablement du nordest, est la différence de leur race de celle des nègres. Leur mélange avec eux depuis qu’ils eurent conquis les contrées des nègres et depuis les guerres du seizième siècle, n’a pu encore effacer cette séparation primitive. Mollien en fait la même description que nous enavuns donnéenousmèmes. Leur peau est cuivrée et non pas noire ; ils n’ont pas la physionomie des nègres, et elle se rapproche plus de celle des Européens ; leurs cheveux sont longs et bouclés et non pas courts et laineux. Leur caractère national se distingue avantageusement de celui des nègres; même les plus pauvres d’entre eux ne se trahissent jamais, ils ne vendent jamais comme esclaves, ou euxmêines ou des membres de leur famille. Ils possèdent encore plusieurs arts qui doivent remonter probablement à unctradition antique: ils savent travailler le fer, le cuivre et tisser des étoffes. .Mollien apprit encore sur le Rio-Grande que ces Poules ont pénétré aussi dans les contrées les plus orientales du Soudan ; ils doivent posséder aujourd'hui le royaume de Bassina. au nord du Bambarra et à l'ouest du lac Dibbie , ainsi que plusieurs contrées à l’rst du Timbouctou, comme Kassoun, Ouasseton, Sangarari, Bondou et Folau-d'Iallun; mais ils se sont mélangés presque partout avec les nègres, et leur race s’est rarement conservée pure. Les Poules à la peau cuivrée, quoique d'un sang plus pur, sont regardés aujourd’hui par les Poules à la peau noire, c’est-àdire par ceux qui se sont mèlésaux nègres, comme d’une race inferieure et par conséquent méprisés. Nous supposons toutefois qu’ilsont la même conformation physique, car, si on les compare aux nègres du sud et aux races du nord à la peau
(1) Voyage de Xoltlen, p. 24.
COURS DU MGER.
noirr, ils forment l’anneau intermédiaire entre les habitans de Bornou , les Touaricks, les Abissins et les Somaulis (1).
ï. Caravane de Sidi-Uamet à If 'assenah près du grand fleure de Timboudou.
(Fragment.)
Les relat ions de témoins oculaires auxquels on peut ajouter foi ne contiennent plus, à l'est du pays de Houssa que nous venons d’étudier, de données exactes et précises résultant de l’observation même des faits. On dit seulement, en général et sans rien déterminer, que, plus b l’est encore , sont situés tels villages, tels royaumes , tels fleuves et tels lacs. Ainsi , au [toint où nous sommes arrivés, commence maintenant lechamp des hypothèses , la terre inconnue , comme elle commençait pour les Européens il y a quelques dizaines d’années, au Sénégal supérieur et b la Gambie. Nous avons maintenant b combiner les purs éuoncés ou les renseignemens détaillés qui nous viennent de l’est, avec le petit nombre de out-dire que nous avons recueillis de l'ouest, l.'ne seule relation complète nous reste b étudier; c’est celle du voyage de Sidi-Uamet b Wassenah, le long du Grand-Fleuve; et, comme nous allons le voir, il ne nous conduit pas b l’est, mais au sud-est. On ne peut le citer que comme un fragment isolé, sans lien avec ce qui l’entoure, et qui trouvera plus tard son explication.
La grande caravane du Schegar de Timbouctou était conduite par Shelban , frère de Sidi- Hamet, et escortée par le Schegar lui-mème. Ni l’un ni l’autre n'avaient jamais entendu parler de Wassenah. A deux lieues de Timbouctou , elle se dirigea, au sud, vers le Joliba queSidi- Hamet appelle toujours Zo/ibib (2). De Ib , on s'avança, pendant six journées de marche, b travers des plaines unies ; la caravane avait toujours le fleuve b droite ; et , marchant au sudest , elle arriva b la petite ville de Bimbinab, où une montagne repoussait le Zolibib encore plus au sud-est. La caravane quitta alors les rives du fleuve et s’engagea, plus au sud, b travers un pays boisé et montagneux, et, après quinze jours de marche, elle rejoignit de nouveau le fleuve.
Les ! tords étaient habités ici par une peuplade nègre alliée avec le roi de Timbouctou. Elle at-
WASSEXAR. jjgg
taqua les voyageurs qui, trop faibles pour faire résistance, rédèrent vingt bœufs b leurs ennemis. Au delà du Grand-Fleuve, on rencontra encore d’autres hordes de nègres armés et deux v illes. Sidi-Uamet ne doute pas que ce fleuve ne soit identique avec le Joliba ; cependant il pourrait se tromper, puisqu’il en a quitté les bords pendant quinze jours; mais nous n’avons aucun moyen de nous assurer de l’exactitude de son assertion. Il l’appelle toujours le Zo/ibib (1) comme auparavant , et nous dit qu’il coule au sud-est. La caravane longea ses bords pendant trois jours ; les rives devenant ensuite très-escarpées, elle eut b gravir, pendant six jours, une haute passe de montagne, du haut de laquelle on apercevait , b l’ouest , une grande chaîne. 11 aurait été impossible de marcher sur les parois escarpées de la montagne, le long de la rive du fleuve. Lorsqu'on fut descendu des hauteurs, ta route ramena près du lit du fleuve qui était tout rempli de rochers , b travers lesquels il précipi tait avec violence ses flots bruissans. La route devint ensuite plus commode, et conduisit au sud-est et b l’est. Les douze journées suivantes, on abandonna les montagnes, marchant toujours b la droite du fleuve qui reçoit un grand nombre de larges et profonds affluens. Il était couvert de canots qui le parcouraient dans tous les sens, et l’on voyait s’élever, b l’ouest, de très-hautes montagnes. La caravane fit halte, pendant cinq jours, b un endroit où l’on passe le fleuve. On marcha ensuite quinze jours le long de Zolibib avant d’arriver b la ville de Wassenah.
La caravane fut accueillie avec hospitalité, et ou lui donna pour demeure un quartier entouré de haies et situé dans l’enceinte même de la ville. Elle y séjourna deux mois pour rassembler les esclaves, l’or et l'ivoire qu'elle devait ramener.
La ville de Wassenah (2) est située entre de hautes montagnes surle fleuve qui coule presque directement vers le lac. Il est si large en ce lieu qu'on peut reconnaître b peine ceux qui naviguent sur le côté opposé. Les habitans de Timbouctou l’appelaient Zolibib , et ceux de Wassenah Zadi.
Les murs de la ville construits en pierre, sans ciment ni mortier , ressemblent , quant b la maçonnerie, aux murs que l’on rencontre dans la province maroquienne de llaha. Us sont plus
(I) Voy. Itort ciNçciÈMt, i la an du volume, (1 ) eldl-asuiel p. 370.
(3) SkU-»*mel, p. 370. (2) n,M., p. 373.
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AFRIQUE, SYSTEMES d'EAÜ : II" DIVISION, $ Si.
hauts et plus forts que ceux de Timbouctou , et fbrmenlun carré avec une porte sur chaque cèté : un jour entier suffit à peine pour en faire le tour. Tout le pays à l'entour est bien cultivé et couvert de champs d'orge , de seigle et de riz ; on y renconlreune espèce d'arbre ressemblant au dattier (sans doute le cocotier) , avec des fruits de la grosseur d'une tète d'homme, qui contiennent un jus blanc. Les boeufs, les vaches, les Anes et la volaille étaient en abondance; mais on n’y trouvait ni chameaux , ni chevaux , ni moutons, ni chèvres. La caravane acheta des habitans beaucoup de seigle , de riz , de froment , de lait et de viande : malheureusement, Sidi-Hainet n’entendait rien h leur langage; pendant les deux mois (de mars et d'avril ) que ce voyageur séjourna h Wassenah, il plut presque toujours. Cette circonstance mérite d'attirer notre attention , attendu que, sur le Congo, les pluies commencent au mois de novembre et durent jusqu'au moisde janvier (1) , et de même sur la cote de Guinée.
Suivant l'opinion de Sidi-Hamet , la population de Wassenah est du double plus nombreuse que celle de Timbouctou ; dans toute la contrée, les bords du fleuve sont couverts de villes et de villages. Les habitans ne sont pas musulmans : ils adorent la lune ; ils ne savent pas même écrire; mais iis sont très-hospitaliers, et aiment beaucoup le chant et la danse. Les habitans se nourrissent en partie de poissons que le fleuve fournit en abondance , ainsi que de crocodiles : les canots dont ils se servent pour naviguer sont des arbres creux, capables de contenir quinze à vingt hommes.
Les voyageurs ne pouvaient jamais entrer plus de vingt à la fois dans la ville ; et , tous les soirs, ils étaient obligés d'en sortir. Le roi habitait un palais quadrangulaire , construit en pierre; il avait ISO femmes et 1 ,000 esclaves. Son costume se composait d’une chemise blanche , d'un pantalon couleur orange, garni d'or, de pierres brillantes etde coquillages. Il porte le titre il'OIibou (Oleeboo).qui signifie bon sultan, et est toujours monté sur un grand animal, appelé Hfemont, dont on emploie les dents, et qui, dit-on, se trouve en quantité dans les contrées inférieures du fleuve (l'éléphant). Le roi est entouré d’une nombreuse garde nègre.
Sidi llamet(â) apprit du frèredu roi que, dans
(I) Tuckrr Sirr., p. 201 . — S.rrCilli, Alc , p. 4. (2l tnll-Huiirl,!). !>77.
peu de jours , il allait descendre le fleuve avec 60 barques et S00 esclaves, se dirigeant d'abord au sud , ensuite à l'ouest , vers une grande eau, où un peuple blanc, qui a de grands vaisseaux avec des canons, achète les esclaves pour des fusils, de la poudre et du tabac, et que, dans trois mois et vingt jours , il reviendraient avec des richesses considérables.
Sidi-IIamet observe en même temps que luimême avait vubeaucoupde personnes qui avaient fait le même voyage. Lui-même s’en retourna, en trois mois, et par le même chemin, h Timbouctou.