‹ Geographie Generale CompareeChapitre 106 sur 293 · COURS OU K1GKR. HOUSSA · texte numérisé non relu

COURS OU K1GKR. HOUSSA

est Usa (1), dans la langue du pays; d’Anville et d'anciens auteurs l'ont déjà désigné sous cette appellation. Les géographes arabes, par exemple Ebn Batula , lui donnent le nom de Nil , et le croient, encore aujourd’hui (2), identique au Nil de l’Egypte. Le nom de 1YH n’est pas une appellation commune h tous les fleures en Afrique, il ne désigne que ces deux fleures, h l'exclusion de tous les autres (3). Pour le distinguer du fleure égyptien , les Arabes l’appellent ISil-as- Soudan (i) , c'est-à-dire le Nil du Soudan { as est l’article ; ils donnent h l'autre le nom de Nil-Massr, c’est-à-dire Nil égyptien. Comme le fleure du Soudan passe pour le plus grand des deux, les Arabes l’appellent encore Nil-el-Kabir (Nil-el-Kebir), c’est-'a-dire le grand Nil, et Shabini le désigne ainsi dans le royage qu’il fit sur ses eauxdeKabraà Houssa, seule expédition sur laquelle nous possédions d’exactes données. Les documens postérieurs d’Hornemann , Beaufoy, Lucas , Jackson , Park et d’autres , sont très-incomplets en comparaison de celui-ci.

Sbabini descendit le Joliba, à partir duTimbouctou , sur une grande barque qui avait un mât, une voile et des rames. Il appelle Mous/igritia (3) le lieu où il s’embarqua. L’eau du fleure était rougeâtre et bonne à boire ; chaque soir il mettait son navire en panne, et arriva ainsi , en huit à dix jours à Houssa. Le courant du fleure n’est pas très-violent, car arec un bon vent on retourne aussi promptement de Houssa qu’on y est venu; dans le calme, on avance à l’aide des rames. Shabini vit passer, pendant sa navigation .plus de barques qu’on n'en rencontre sur le Nil égyptien entre Rosette et le Caire. Ces barques ressemblent à celles de Tetuan et de Tangier , seulement elles sont plus grandes et leur construction absolument la même que celle des vaisseaux de la Barbarie; on les calfeutre, au lieu de goudron , avec une espèce de terre rouge. Le voyage de Timbouctou à Houssa dure cinq jours par terre , mais il est plus coûteux que le transport par eau , et c’est pourquoi on ne prend presque jamais cette route. Shabini aborda au port de Houssa ; la ville en est située à une distance de 13 lieues, ou une journée et demie de marche, au nord. On y transporte les

(1) Vobammed, dans Mtcblf, p. 231.

(2j Ibid.

(3) jackton'f Acc. of limb., p. 507.

(4) Ibkt.y P. 487.

(5) Sbabini, p.37.

marchandises sur des ânes et des chèvres , et non surdes chameaux. Les nègres indigènes n'aiment pas cet animal: «C’est le chameau, disent-ils, qui nous emmène en esclavage. »

Le Nil-el-Kabir est plus large (1) ici que près de Jinnic , et il ressemble au Nilde l’Égypte ; se» rives sont couvertes de roseaux et très-basses, de sorte qu’au temps des hautes eaux elles sont au loin inondées par le fleuve. Au mois d’août, époque qui s'accorde parfaitement avec les observations de Mungo-Park, à lamina, et avec celles d'Edrisi, ses eaux ont atteint leur plus grande hauteur. L’inondation dure dix jours; c'est d'elle que dépend la plus ou moins grande abondance de la moisson de riz dans ces contrées, et quand le fleuve est gros, les sources du pays ont, comme près du Nil , une eau excellente, ce qui vient naturellement de la pression latérale du fleuve. Tous les habitant s'accordent à dire que ce Nil porte ses eaux à une grande mer salée ou à l’Océan ; mais il ne reçoit lui-même aucun affluent.

Nous avons dit plus haut ce que nous avons appris après la mort de Mungo-Park à Boussa , de sa navigation dans ces parages. Shabini ne parle pas de ces dangereux rapides, qui , probablement, ont causé la mort de l'illustre voyageur.

Le pays qui s'étend sur les bords du fleuve est une contrée bien cultivée, couverte de villages dont les habitant reçoivent l’etranger avec beaucoup d’hospitalité. Ils cèdent leur propre tente au voyageur, et vont habiter, pendant son séjour, dans celle de leur voisin.

La ville de Haussa (2), dont on a mis en doute l’existence, est siluee à l'est-sud-est de Timbouctou ; et elle est beaucoup plus grande que cette ville; Sbabini, qui y vécut deux ans, ne l'avait pas parcourue en entier ; selon lui , le Caire n'est qu'un tiers plus grand que Houssa. Cette ville n’a pas de muraille , ses rues sont irrégulières, comme celles de Fez et de Maroc; les maisons ressemblent à celles de Timbouctou, elles sont peintes en noir et couvertes de toits plats ; la citadelle , ou le palais , a plus de deux lieues de tour, avec un grand nombre de portes, toutes gardées par des sentinelles.

La royauté y est élective; le roi choisit luimême, sans avoir égard au rang, le conseil des sages , composé de plusieurs centaines de membres ; il exerce un pouvoir despotique. La con-

(t) Shabini , p. 39.

(3) IbiU , p. 41.

slitution politique de Houssa s'accorde, d'ailleurs, en un grand nombre de points, avec celle de Timhouctou. Il y a des juges particuliers pour décider les contestations qui s'élèvent sur les propriétés, sur leur étendue, leur situation et leurs limites. Comme dans l'antique Égypte, tout ce qui se rapporte à la propriété des terres est décrit soigneusement dans la langue du pays (1); leur écriture diffère entièrement de l'arabe. Ils écrivent de droite h gauche, comme à Timbouclou; mais Shabini n'y put jamais rien comprendre (c’est peut-être un des restes de l'ancienne langue punique ou carthaginoise, dont l'évêque Monter a retrouvé des traces jusque chez les nègres de la Côte-d’Or) (3). Peut-être que les Romains , en suivant ces traces, et h l’aide des itinéraires des Carthaginois , pénétrèrent, sous la conduite de Cornélius Balbus, par Gadames, Fezzan , Tabou , jusqu'à Kaschna, et c’est de là, sans doute, que Pline aurait puisé ce qu'il sait du Niger : « Piigri fluvio eadem natura qum iVifo (3). »

Les habitans de lloussa sont très-grands et ressemblent beaucoup à ceux de Timhouctou ; lorsque le sort les amène comme esclaves dans le pays des Arabes ( i), ils se distinguent de leurs autres compagnons d’infortune par un extérieur plein de noblesse et de franchise, par leur activité, leur intelligence et par toutes les autres qualités de l’esprit. Leur nez est moins proéminent que chez les autres nègres ; leurs yeux sont noirs, expressifs. Le roi de lloussa est un nègre; ses revenus se composent d’un impôt de deux pour cent qu'il lève sur toutes les productions du pays. Les marchands étrangers ne paient aucun tribut; 1rs habitans de lloussa croient que, loin d’exiger d'eux des impôts, on devrait plutôt leur accorder des avantages. Le roi |>eut mettre sur pied une année de 70,000 hommes de cavalerie et de 100,000 hommes d'infanterie. Les troupes sont armées de mousquets fabriqués dans le pays. Les habitans de Houssa, comme ceux de l’occident du Niger, sont superstitieux; ils croient à la magie, et surtout aux possédés.

Le commerce est le même que celui de Timbouctou ; on y rencontre beaucoup de courtiers

(I ) Shiblnl, p. 43.

(3) BebraUrtic '.mon auf Uer CoJdkuilo ln ruodgruben des orlcuti, IV, b. 3* cah.

(3) Pline, Uni. nsi , V, c. 6-9; et Hcnnelt , Appcndix a

■ungo Psfk Trsv., p. XVI.

(4) Jackjon'i Acc. ot Parocco, p. 292.

et de marchands de Timbou (de la terrasse des Foulahs à l'ouest), de Bornou, Moscbouff) et de l’Inde (?,. Ils tirent leurs étoffes de colon de liengala (du Bengale) (?).

L’ivoire, le libbar ou la poudre d'or et les esclaves sont les principales denrées du pays.

On trouve le libbar dans le sable ; à 3 ou 4 milles géogr. (10 miles ) de la ville. On ne voit pas ici de montagnes, mais seulement degrandes plaines unies, couvertes d'une terre d'un Lmu foncé. Comme sur la Gambie supérieure , il est permis à chacun d’y aller chercher de l'or. On apporte la terre qui contient l'or sur des chameaux que l'on recouvre de cuir pour les garantir des morsures des serpens. On remet ensuite cette terre à des gens qui , pour un petit salaire, la lavent , et en retirent ainsi le précieux métal. 11 y a beaucoup d'esclaves à lloussa , et on en fait un grand trafic. Le roi ne peut réduire aucun de ses sujets en esclavage ; on amène les esclaves à Houssa de Bornou, Bambarra, Jinnie, du pays des Fils-des-Chiens ( Beni-Kilted , et de celui des Fils-des-Hommes-Nus ( Beiü-Ari). La plupart sont des prisonniers faits à la guerre, des malheureux enlevés sur les routes ou des enfans voles; quoique ce crime soit sévèrement défendu par les lois, le vol des enfans est trèsfréquent. SeloQ Shabini, le royaume de lloussa doit s'étendre au delà de Timbouetou , et scs domaines sont , sans doute , très-vastes sur la rive méridionale du N'il-el-kabir; cet auteur lui suppose vingt-cinq journées d’étendue. Les deux royaumes de Timhouctou et d'Afnou lui sont soumis, et aucun de leurs habitans n’est réduit à l’esclavage ; Shabini nomme encore près d'Afnou le royaume de Darfnil ; les contrées qui avoisinent le Houssa sont : Bambarra , Timbou, Moschou, Jinnie, qui toutes sont habitées par des nègres (t).

A l'est de Houssa, est situé le grand royaume de Kaschna. Les marchands maures, qui ont parcouru toutes les autres parties de l'Afrique centrale, ne savent rien des contrées situées à l'est de Timbouetou et de Houssa. Nous n'avons sur ce pays que quelques traditions vagues et confuses venues du Maghreb , et recueillies par Ritchie et Burrkhardt (3).

Parmi les tribus nègres de l'Afrique centrale , où lrsauteurs arabes plaçaient autrefoisdegrands

(1) Vo y. KO TF. QUATRIÈME A II fui du TOltlfTlO.

(2) lUdjl- EUmct , dans Rilchie , p. 231-234. — tturvkhardi, Trav., App. Wr. II, p. 486, et flr. I, p. 477.

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