PRÉLIMINAIRES
«le laquelle nous classerons Coûtes les élévations, tous les enfoncemens , comme surfaces correspondantes li ce niveau , ou surfaces élevées au-dessus de ce niveau par rapport h toute la terre.
11 en résulte encore la seconde loi à l’aide de laquelle nous pourrons classer les points particuliers, relativement aux parties du monde prises isolément , ou , comme nous les avons appelées, aux individus de la terre , d'après leur corps et leurs membres.
Notre tâche ultérieure sera de rechercher ces deux rapports constans des hauteurs et des profondeurs dans leurs deux grandes formes ou types principaux , les plateaux et les basses terres du globe, et dans toutes leurs modifications.
Quand nous saurons où et comment ces deux formes confinent cnlr’clles, ce qui les avoisine ou les touche , alors leur combinaison nous fera voir immédiatement comment la diversité se développe toujours progressivement dans son ensemble organique.
2* Éclaircissement.
Idée des Montagnes.
Si, considérant les montagnes comme le contraste entre les élévations et les profondeurs de la terre, on entend par ce mot, dans le sens orographique, une réunion d’éminences groupées entr'elles dans un certain ordre, d'après certaines lois, avec certaines limites, il nous faut, dès le principe, prévenir dans la géographie quelques malentendus , quelques erreurs universellement adoptées. On réunit presque généralement , sous le mot montagnes , les accidens les plus divers, comme quelque chose d’homogène ; mais si on veut par lb exprimer un tout commun, ce tout n’a pu tirer son caractère que de la particularité , de l'individualité. En un mot, de même que l’enfant se représente toutes les montagnes semblables à la colline qui s’élève près de l'endroit où il joue, la géographie s’est représenté jusqu’à ce jour, arec la même uniformité, le rapport des montagnesaux terres planes, et les a toujours considérées ainsi d'un point de vue exclusif. Avant île parler de classifications générales , l'individualité qui se manifeste dans les formes de la terre , doit trouver sa place dans la science comme résultant, non de l’idée, mais bien de la vue, de l'intuition même des choses (1).
(I) L'auteur explique ici le* differentes acceptions du mot
A. Montagnes marines.
I.’idée des montagnes marines a été introduite dans la géographie, depuis que Buacbe (1 ) a publié un système de planisphère physique ( 1732) et un mémoire sur les chaînes de montagnes du globe terrestre. Dans ce travail , il considère les montagnes comme des suites non interrompues de hauteurs qui divisent les continens en certaines parties. 11 voit la continuation de ces chaînes b travers les mers les plus éloignées, les océans les plus profonds, dans les lies, les vigies, les rochers u que je regarde , dit-il, comme les sommets de ta suite des montagnes marines. » Mais les raisons sur lesquelles il s'appuie, ne reposent pas sur l’observation, comme nous le voyons par la nature îles Iles volcaniques semées dans l’océan Atlantique et qui s’élèvent subitement du milieu de l'abime sans fond. Aujourd’hui, elles ne nous offrent aucune preuve, mais seulement de faibles suppositions d'un continent ( V Atlantide ) qui se serait abîmé. Les has-fonds , si toutefois ceux qu’on suppose existent réellement , les lies découvertes çb et là au milieu des mers , ne nous donnent pas plus le droit d'admettre cette hypothèse, que Gallerer et Zimmermann (2) ont aussi défendue. La divison de l’océan en grands bassins par ces montagnes marines, qu'Oltoa appelées Seegebirget^). n’a pas de fondemens suflisans dans la nature. Ce n'est qu’une opinion intéressante prise d'un point de vue hypothétique.
Cependant on reconnaît, en quelques endroits, des continuations de montagnes sous la mer , par exemple, dans les mers intérieures. Mais alors l'hypothèse est confirmée par des preuves décisives, comme aux lies aleulicnnes, dans celles de l’archipcl grec et dans le détroit de la Sicile (4).
De même aussi les systèmesde réseaux de montagnes, d'équateurs de montagnes, de méridiens, ne sont, pour la plupart, que des opi-
Gfblrg; comme le mot montagne n’a pas la même extension en français , nous mctloni Ici quelques dorcloppomcns.
JV. » tu trad.
(1 ) Hhtolre de l'Académie de* irience» A. , 1 752, p..l 1 8 , cl B., Ewii de Géographie, pag. 399-416.
(2) Zimmermann , Zu Halte-Brun , 13. Abr. 1** partie , P«g. 313.
(3) Oiio, .Taturgrscliichte de* Serres. 2' partie, pag. 155.
(4) Alhanai. Kircber, Mundus inbterrio. T. ï, pag. 99.
OBSERVATIONS
nions introduites de force dans la nature, mais qui ne ressortent pas d'elle (1).
B. Partage, des eaux.
11 en est autrement des montagnes terrestres de Buache (2), qui, selon lui, sont limitées par les sources des fleuves, la pente du terrain ou le cours des eaux.
S'il existe réellement un tel point de partage, une telle séparation des eaux ( dirortia aquarum) (3), comme nous le montre l'ouvrage classique de Schulz sur la continuité des hauteurs, cela nous fournit une divison exacte, pour toute la surface de la terre , et peut donner lieu aux considérations les plus intéressantes (4). Quoique toutes les contrées de la terre soient réellement coupées par ces partages d'eaux (S), cette division cependant ne peut nous représenter la nature même de la formation des individus de la terre : elle consiste seulement dans l'élévation , dans la saillie de l'ensemble de leur masse. Indépendante du cours des fleuves actuels, qui n’a exercé son influence que sur la surface , elle ne peut être observée et comprise que parle contraste des hauteurs et des profondeurs absolues, comparées h toutes les parties du monde. Il fallait que la forme saillante et primitive de la masse existât déjà avant que la loi de l'irrigation des eaux pût modeler sa surface. La surface a pu être baignée antérieurement par la mer, postérieurement par les eaux des fleuves; par conséquent l'inondation aurait été double. Ainsi le réseau des partages d'eaux actuels ne serait qu’une modification récente et tertiaire de la surface de la terre; il peut souvent différer des premières irrigations et être ainsi un sujet important h étudier, sans pour cela nous donner le fondement de toutes les divisions des formes des grands individus de la terre. Les rapports variés, qui en résultent, demandent h être observés, mesurés avec la plus grande exactitude sur tout le globe ; leur confusion a donné lieu , dès les premiers temps , h un grand nombre de fausses conséquences , qui ont pénétré dans
(t) Fr. Schulz, Cberden ■Ugcraelncn Zuumraenbang der Hixbcn. Weimar , 1803, ras. 62.
(21 Buache , Baaal , pas. S02.
(5) Tltc-Uve , xxxvni , cbap. 46.
(4) hante , Fraie, venez. 1793 ; II, pat. 24. — Schulz , pas 69.
(6) Bhode, itecenilon Jm Wiener Mhrhuch lier LU. 1820, XI. ras- 188.
beaucoup de systèmes de géographie générale. La première conséquence erronée est que le partage îles eaux se rencontre toujours avec les montagnes et ne fait qu’un avec elles. La seconde , beaucoup plus fausse , est que Ut où est un partage d'eaux, là doivent être aussi des montagnes.
Cette opinion séduisante a envahi la nouvelle géographie , et , au lieu d’une ligne continue de hauteurs , elV a surchargé tous les continens de chaînes de montagnes réelles qui n'existent que dans l'imagination des dessinateurs de cartes et des géographes.
Il a donc été nécessaire de remonter toujours aux sources premières, aux opinions, aux rapports primitifs d'où découlent et auxquels se rattachent toutes les idées suivantes.
D'abord , souvent une montagne réelle, s’élevant de vastes et profondes plaines , ne donne naissance h aucune ligne de partage : par exemple , le Harz , situé comme une lie au milieu de basses terres : toute la chaîne est ici eu dehors des premiers partages d'eaux ; et si l’on regarde les partages comme la base du système des montagnes , celles qui n’y sont pas comprises , n’en seront que comme des accessoires tout à fait fortuits.
Secondement : quand on rencontre ensemble un partage d’eaux et une chaîne de montagnes, souvent le cours du partage est différent de celui des montagnes : c'est ce qui a lieu dans les montagnes des Pyrénées et des Alpes (1). Souvent les plus hautes cimes d'une chaîne de montagnes sont tout à fait en dehors de la ligne de partage, qui ne passe que sur une élévation moyenne de cette chaîne. C'est ainsi que le Mont-Perdu des Pyrénées est situé au sud du partage des eaux de la chaîne des Pyrénées et non en dedans de son cours (2). Souvent encore la ligne de partage passe tout près d’une haute chaîne de montagnes, dans une plaine, par exemple au sud des Karpathes entre l'Hernad et le Poprad , où les eaux de la mer Baltique et de la mer Noire se partagent dans la plaine sans collines deTeplicz et deGanocz (1860 pieds audessus de la mer ) , et non sur la haute crête des Karpathes (3).
(I) Kbel, Ccogno»t lâche Mario der Alpen, vom Bau der Erdc. — Raraond , Carte des BauteR-yyrénéei.
(3) Ramond , Voyage au Mont-Perdu. Paria, 1801 , pag. 1 17.
(3) Wahienbcrg, Flora carpatbica. p- XXJIII.
PRÉUMINAIBES.
Troisièmement : on voit de grandes étendues sur la surface de la terre, où il y a des lignes de partage, sans qu’on y trouve des chaînes de montagnes ; ce sont souvent île grandes hauteurs absolues, qui ont la forme de plaines, où il ne se rencontre que des élévations relatives, presqu'imperceptibles : et cela peut arriver entre de grandes montagnes et de grands fleuves. La ligne de partage des eaux du Ithin et du Danube, par exemple, au nord du lac de Constance, n'est niune suite desommilés, ni de hauteurs, comme cependant on l’appelle partout. Ainsi les hauteurs ( Vwalli ) longues de cent milles en Pologne et en Russie, qui s’étendent du golfe de Bolhinie à la mer Glaciale (I), le plus grand nombre des partages d’eaux du nord de l’Amérique, du nord et de l'est de la Sibérie , sont représentés dans nos cartes et nos géographies , comme des suites de montagnes d’une éteudue de plusieurs centaines de milles, comme des chaînes alpiques, qui cependant ne se trouvent nulle part dans la nature.
Enfin , on rencontre quelquefois une combinaison toute particulière de partages d’eaux et de chaînes de montagnes , ce qui forme un système compliqué , comme en Espagne. Le phénomène des partages d’eaux est ici tout à fait séparé des chaînes de montagnes. Depuis le traité de 1G60, ce n'est pasla chainedes Pyrénées mais la principale ligne du partage des eaux qui est devenue la frontière politique de la Péninsule vis-'a-vis du continent européen ; en effet , la ligne du partage des eaux est une ligne imaginaire et la chaîne de montagnes au contraire forme une ceinture de plus de vingt milles de largeur. La division des provinces est presque toujours basée sur les lignes de partage ( Vertienles), et ces lignes passent dans les plaines. C’est ce qui a donné lieu à ces prodigieux circuits que l’on fait faire aux montagnes sur les cartes d’Espagne, et cependant leur cours, tant qu'elles se présentent comme des montagnes et des vallées réelles, forme un parallélisme de l’Est à l'Ouest, presque toujours indépendant de ces circuits imaginaires. De là encore l’opinion que les fleuves longent toujours les montagnes , quoique , même en Espagne , et sur toute la terre , ils les coupent directement (i). Ainsi l'Euphrate, qui
(1) Léopold V. Buch. Relse nacb Porwcgen. Tb. 2, p. 201.
(2) C. S. Vi'eUs, Cber die RbelodurcbbrUcbe In der Lelischritt, fUr die neueatc Geschichte suatçn und Vo kerkunde. Berlin , 1814 , avril j pag. 363.
prend sa source dans les hautes plaines de l’Arménie, coupe au sud la haute chaîne transversale du Taurus. Celte circonstance, qui a pu induire en erreur même un lletmell , est trèsimportante dans la géographie ancienne et moderne (1).