LA TERRE
Dans l’antiquité les hommes éclairés ne se représentaient la terre que comme un seul continent entouré d’un grand nombre d’IIes. Depuis trois siècles nous sommes arrivés , par Christophe Colomb , h la connaissance certaine d'un grand continent occidental opposé h notre monde oriental.
On supposa bientôt qu’on devait découvrir aussi un grand continent austral qui faisait contre-poids au monde septentrional ; mais Cook , dans la seconde moitié du dernier siècle , montra le peu de fondement de cette opinion : cependant il détermina les bornes de plusieurs terres australes , d’un grand nombre d’iles et de côtes auxquelles semblent appartenir les nouvelles terres que Smith découvrit en février 1819 (la nouvelle Ecosse entre le 83 et le 63* de longitude occidentale du méridien de Greenwich et le 63 et 63* de latitude méridionale).
La supposition de l'existence d'un grand continent au pôle austral du globe était la conséquence d’une observation très-juste en soi. On avait remarqué que dans l'hémisphère boréal , c'est au pôle que les deux continens , le nouveau et l’ancien, présentent une masse plus grande, et que leurs membres et leurs promontoires se touchent , h quelques milles près. Au Sud, au contraire, leurs corps s’allongent et se rétrécissent toujours ; séparés entr’eux par des mers immenses, ils se prolongent en pointes cunéiformes, jusqu’il ce qif enfin la terre ferme ne soit plus représentée au pôle austral que par trois grands promontoires perdus au milieu des vagues sans bornes de l’océan du Sud.
11 a été facile ainsi délimiter l’étendue du continent au Sud ; mais au Nord de grandes difficultés s'opposent 11 la découverte , h la délimitation précise du continent, de sorte qu’on n’a pu encore en faire le tour jusqu’aujourd'hui.
Sans nous arrêter ici h l'hypothèse de la génération de ces formes, à dénombrer leurs parties, b désigner leurs limites , à indiquer l’étendue de leur surface , nous jetterons immédiatement un coup d’œil général sur les formes elles-mêmes, et d'après les raisons que nous avons données dans l'introduction, sur celles (le l'ancien monde.
L'ancien monde.
Dn simple regard jeté sur le globe de la terre
PRiUMIÏAIKES.
suffit pour nous faire connaître les limites mathématiques de l'ancien monde dans ladimension horizontale; il se présente comme une grande masse de terre continue et cohérente qui se divise en trois parties principales. La division inégale deces parties ne donne pas une idée de leur étendue : aussi on leur a conservé, avec raison, le nom très-indéfini de parties du monde. Cependant . si nous observons de plus près , nous verrons que cette expression nous est donnée historiquement et psychologiquement par toute l'histoire de l’humanité et qu'elle est aussi fondée physiquement sur la forme caractéristique de leur surface.
L’Afrique, entourée de tous côtés par la mer, se présente comme un tout isolé, comme une forme de la terre complètement séparée des autres et n'existant pour ainsi dire que par ellemême.
L'Asie, bornée exactement de trois côtés par la mer, fait, pour ainsi dire, un seul corps avec l’Europe, qui en est beaucoup moins séparée que l'Afrique.
L’Europe, découpée sur ses côtés par une infinité de golfes et de baies , est la plus divisée, la plus variée de toutes les parties du monde. Cette diversité se montre déplus en plusprononcée en elle, à mesure qu'elle s'éloigne de sa cohésion avec l’Asie.
L'Afrique se présente comme un tronc sans branches; l'Asie est ramifiée de trois côtés, mais le corps domine toujours sur les membres ; l'Europe est coupée, divisée, dans toutes les directions , et la masse des membres y prédomine sur le corps.
Les trois parties du monde sont caractérisées d’une manière également variée dans leurs formes principales , par rapport à la dimension physique.
L’Afrique est divisée en deux moitiés presque égales en étendue : celle du Sud en forme la partie haute, le plateau (hochland) (1); celle du Nord , la partie basse, (flach-land) (i). Ces deux formes importantes ne se rencontrent ensemble qu'à leurs limites en une ligne droite de l’est à l’ouest. C'est à cette ligne frontière, quelques points isolés et les côtes exceptés, que se bornent tous les contrastes , toute la diversité, toute
(1) BJute-terre.
(3) T«rr«-plane.
Ces expressions Importantes , dans le système de l'auteur, seront expliquées plus lard. N. D. T.
la combinaison et la réciprocité des rapports de l'homme et de la nature dans cette partie du monde. Nous ne connaissons pas d’endroit sur la terre où les deux formes se rencontrent dans une plus grande uniformité.
L'Asie n'est pas si exactement divisée en deux moitiés égales. Elle se dessine par un grand plateau qui la domine et qui est bordé par deux terrasses de nature différente, l'une haute, l'autre basse. Le plateau n’est pas situé ici à l’extrémité, mais au centre môme du grand corps oriental ; il s’abaisse avec la plus grande variété jusqu'à ses basses terres qui reposent vastes et diversifiées, sous mille formes, autourde leurcentre élevé.— L’Afrique, au contraire, n'a qu'une seule partie plane (flach-land). — Au milieu de ces basses terres , s'élèvent plusieurs groupes de petits plateaux dans différentes directions. — L’Afrique n’a qu’un seul groupe de petits plateaux— ; les combinaisons de ces rapports si divers donnent naissance aux phénomènes les plus variés, aux contrastes les plus frappans, tout comme l'unité de plateau donne naissance , en Afrique, à la plus monotone uniformité. 11 n'y a aucune partie du monde , où ces grands rapports généraux se montrent dans une proportion aussi grandiose , que dans l'orient de l'ancien monde.
Cette forme caractéristique du plateau qui domine dans les deux autres parties du monde ne se répète qu’une seule fois en Europe, à son extrémité occidentale, en Espagne, et sur une échelle très-réduile. Le centre de cette partie du monde présente, par rapport à scs extrémités, une masse beaucoup moins grande que dans les deux autres; il est coupé, démembré dans tous les sens par des mers intérieures, des océans qui le baignent et le diversifient. On ne rencontre pas la forme continue et impénétrable du plateau , à peine s’en montre-t-il quelques images isolées. La masse puissante qui produit de grands tous continus avec des hautes plaines, disparait presque entièrement ici. Au lieu de s'étendre en largeur dans la dimension horizontale, elle n'apparalt , là où elle se montre , que comme des points élevés vers le ciel qui présentent la plus grande variété de pentes et de faces. Ainsi, la grande contrée alpique est la forme caractéristique de l’Europe centrale. Profondément baignée dans l’éther, offrant sur le plus petit espace la plus grande variété des phénomènes de tout genre, ouverte et pénétrée de tous côtés par des eaux courantes et des vallées, elle présente encore un passage facile de la pente sud
OBSERVATIONS
à la pente nord , comme on ne le rencontre dans aucun autre plateau du monde. Elle s'abaisse de tous cdtés au nord , au sud, à l'est , à l'ouest , jusqu’aux terres basses, qui sont de nouveau séparées par des mers intérieures, d'autres plateaux plus petits groupés entr’eux de la manière la plus variée.
La division de cette partie du monde, trèsj>erfeclionnée sur un jietil espace, le développement de ses formes solides et Suides, la facilité d'embrasser d’un coup d'œil cet individu de la nature et des peuples, qui se manifestent dans la révolution périodique de l’année, nous donnent le caractère propre de la partie européenne dans l'ancien monde : considérée du côté de la nature, d'après son caractère, elle nous semblera, dès le principe, appelée b une autre destination que les deux précédentes , vis-à-vis desquelles elle est placée d'une manière toute |>articulière.
Pour indiquer en grand dans la nature ces thèses générales, pour les appliquer à chaque place donnée d'une manière utile h la science et b la rie, il est indispensable d'entrer dans des recherches profondes sur les plus petites particularités de chaque individu de la terre. Ces recherches formeront la première partie de notre travail.
Mais nous devons avant tout expliquer les expressions usitées dont on se sert pour désigner la structure du globe. Leur sens complet ne peut résulter que de la vue même des choses ou du moins de l'exposition des faits qui va suivre : nous ne voulons donc pas exposer ici de théorie , mais dire seulement ce qui est indispensable pour comprendre cc qu'il y a de vrai dans les opinions et les idées dominantes.
1er Éclaircissement.
Surface de la Terre : montagnes, Plaines.
La surface du globe s’élève sous les formes les plus diverses au-dessus du niveau de la mer cl arrive ainsi à l’état de terre; puis elle s’étend d’une côte b l'autre en un nombre infini d'élévations et de profondeurs. Le inode île succession de ces élévations et de ces profondeurs donne aux plus grands continens. comme aux petites étendues de terre, leurs limites, leur espace et leur forme.
Toutes les élévations que l’on aperçoit d'un point de vue inférieur sont communément appelées collines et montagnes , et l’on désigne les
enfoncemens qui les séparent sous le mot général de vallées.
D'un autre côté, on donne aussi le nom de montagnes b toutes les terres élevées au-dessus du niveau de la mer , quoiqu'on ne puisse les apercevoir d'aucun point inférieur.
Ainsi la même expression désigne deux rapports entièrement différons , c'est-à-dire l'élévation absolue et en même temps le contraste entre un lieu élevé et un lieu inférieur. Cette double acception du mol montagne a jeté dans la géographie la plus grande confusion et a donné lieu jusqu'ici aux erreurs les plus grossières ; nous devons dès le principe nous garder d'un pareil danger. Celui qui sait quelle influence les forces de la nature exercent sur la surface des corps en général, celui-là verra clairement qu'il n'est pas indifférent, pour connaître la structure d’une partie de la terre, de savoir si elle plonge, ne fut-ce que d'une centaine de pieds plus qu'une'autre, dans les flots de l'atmosphère qui la baigne.
D'après cette expression équivoque, les monta gnes sont regardées tantôteommegigantesques, tantôt comme des élévations peu importantes , et les vallées, les plaines, observées d'un faux point de vue, sont presque toujours considérées absolument comme des profondeurs.
Voulant préciser avec le plus grand soin ces deux accidens, nous considérerons d'abord les rapports relatifsdes élévations et des profondeurs avec leurs alentours, puis leurs rapports absolus qui résultent de leur comparaison avec le niveau de la mer. Une application exacte et critique de ces deux rapports à toute l'étendue des continens peut seule nous en donner une connaissance précise et nous conduire à l'intelligence entière de leurs formes considérées comme bas-reliefs sur la terre ; cette intelligence nous permettra de chercher l'unité du tout au moyen de la communauté qui se manifestera dans la variété des phénomènes.
fjuctle que suit la relation des montagnes et des plaines entr’clles , qu’elles soient hautes ou peu eievées, il nous sera toujours possible de les comparer d'après une même mesure absolue. Supposant un niveau de la mer également éloigne du centre, également répandu sur toute la sphère du globe , nous le prenons comme l'horizon général des eaux. 11 nous donne le fondement de la division naturelle , le zéro de l’échelle qui doit nous servir à mesurer, à comparer les élévations et les abaisseinens de la surface de la terre. De là résulte la première loi, à l’aide