LE SOUDA*. LE
N»i continue son cours souterrain (1); ce qui pourrait faire supposer que le lac dont parle la tradition , est le lac Fittri, situé plus à l’est, attendu que ce Fittri est aussi quelquefois appelé Caugha. On nous dépeint le Caudie comme un immense lac qui souvent couvre de ses eaux le pays voisin ; quelquefois il s'élève à une hauteur très-considérable, et, comme soulevé par une éruption volcanique, vomit une quantité énorme île poissons et de matières marines. Bien que dans tous ces mouvemens il ne soit pas question de feu , on dit cependant que parfois l’eau du lac est chaud,- (Ba/iar-lt ei/ned signifie en arabe un lac chaud); elle bouillonne, s’élève à grand bruit de ses bords, et couvre partout le pays de débris de poissons. Ce phénomène d'éruption au centre de 1 Afrique nous rappelle les éruptions d'eau et de feu des volcans de Quito , dont nous avons eu connaissance par AI. de llumboldt (i). Le lac, dont on ne peut apercevoir le bout, est couvert de petites Iles. Entre ses bords et le Quolla s’élève une très-haute montagne du haut de laquelle on a une très-belle vue. Au dire des Marabouts d’Asbanti , le Quolla reçoit les eaux du Shari , à douze journées de marche à l’est de ce lac, et coule ensuite de Æo^(7r/v'm/'(Begharme, suivant Browne) !i B'addai (Wedai , dans llornemann) et de là à Sennaar. Cela confirmerait d'une manière très-remarquable l'identité du Quolla (c’est-à-dire du Niger oriental, N'il-el- Kabir ou Nil-Abid) avec le Nil d’Égypte , identité qui résulte aussi des différens récits recueillis à Coumassie par Botcdich, à Vourozouk par Bitchie, au Caire et en Nubie par Burckhardt (3).
4. Les pays du Soudan oriental sur les fleures de Tshadi et de Shari , Bahr-et-Ghazel, les royaumes de Katakou, Begharme, Borgou ou Dar-Saley.
En poursuivant le cours du grand (leuvc du Bornou, le Tshadi ( Bahr-Djad suivant Burekhardt) ou le Quolla, nous rencontrons à l’est du Bornou, le Bahr-et-Ghazel . ainsi que lès pays de Katakou, Kanem, Begharme et Borgou ; autrefois on ne connaissait de ces contrées que le nom. Dans ces derniers temps, les indi-
(I) Jsckson’s Acc. ofTlmb., p. 488. — Rcnnell cl Uragie*, dan* Hornemann, Vo y., il, p. 244, eic.
(8) Journal de Pbyilque, utl, p. 243.
(JIJ Voyez JIotk Septième à la fia du volume.
BAHR EL-GHAZEL.
cations de Rilcliie ctdeBurckhardtqu'on a comparées entre elles, ont jeté quelqueluroièrc dans la géographie de l'Afrique centrale, et nous ont fait connaître la véritable position de ces pays qui tous sont situés dans le voisinage et à l'est de Bornou.
Hurckbardt, dans son itinéraire du Fezzan à Borgou , nous dit que le Bhar-Djad (1) ou le Grand-Fleuve, coule vers la Kebla, c’est-à-dire vers la Mecque, ainsi donc à l’est, et qu’il reçoit les eaux du Bahr-Shary qui coule du nord-ouest au sud-est vers Begharme. Ses sources sont inconnues. Depuis la frontière du Bornou jusqu au Bahr-Shary , on compte quinze pelites journées de marche. Le Bahr-Shary coule entre e pays de katakou à l’ouest et renfoncement du Bahr-el-Chazel à l'est ; il a trois affiiiens différens, et correspond d'une manière jusqu’à présent inconnue avec lcCouga ou avec le Fittri (2), deux lacs que l’on prenait autrefois pour la fin' des fleuves de ces contrées, tandis que, d’après les nouvelles relations (3), ils en sont au contraire l’origine. Horncmann apprit à connaître le F ' < tri comme un enfoncement marécageux de quatre à huit journées d’étendue, selon les di*-. férentes saisons ; dans la saison des pluies il devient trois fois plus grand que d’ordinaire; dans la saison seche, au contraire, il se rétrécit et abandonne un pays très-fertile à l’agriculture (4) -Souvent une rivière (H adi) se change subitcè ment en un grand fleuve (Bahar), en un marais (// angara, Darkulla), en un lac (Bahar) , en un grand lac d’eau douce, et puis tout à coup les eaux s écoulant, il redevient un marais, et enfin un grand enfoncement humide d’une fertilité sans pareille. Cette différence dans l’extension de l’eau , l'habitude des Arabes de désigner toutes les eaux par le nom de Bahar, celle des lia-, bilans du Soudan , de donner plusieurs noms au même fleure comme, parexemple, au Niger; tout cela a de tout temps rendu l'hydrographie du Soudan d'une complication et d’une confusion inextricables.
Le Bahr-el Ghazet ou Wadi-el-Gazel, comme l'appelle déjà d’Anville (Bar-el-Gdzalle, suivant Browne et Horncmann) (8), est assurément le
(1 ) tunkiurJI, Triv., App., I, p 478.
(2) Dorncra.no, Cd. UoglO., 45t. — Browne , l,„
App., p. 484. ’ '
(3) Çiurtcrly SC view, p. Mj.
(4j llornemlnn, Vog, Cil. p. 109.
(5) Ibid., p. 901, — trowne, Tr»*., Append., p 484.
même fleuve (1) que le S/iary. Burckhardt nous apprend que dans le Borgou, au sud, il porte le nom de Djyr, que les Égyptiens prononcent Cyr (2) ; il est donc probablement aussi identique avec le Gir de Ptolémée, que cet auteur place entre le Niger de la Nigritieetle Nil d'Égypte, près du ISuba-Pa/us , et b l'est du IVigrites- Palus. Suivant Burckhardt (J), les eaux duSbary méridional (près de son embouchure dans le Grand-Fleuve) inondent chaque année, pendant la saison des pluies, les vastes contréesdupays de Borgou. Après un séjour de deux mois, les eaux se retirent; cependant il reste toujours, en plusieurs endroits , des lacs très-profonds qui conservent pendant toute l'année assez d'eau pour servir de repaire h un nombre infini de crocodiles et d'hippopotames. I.e pays est , en outre, traversé par plusieurs fleuves très-larges et très-rapides.
Le nom de Bahr-el-Ghazel ne désigne pas seulement un fleuve, mais encore une vaste étendue de pays, un grand enfoncement (4) sans montagnes ni collines ( Bahr ou Wadi) ; les Égyptiens avaient une tradition h peu près semblable, dans celle du Bahr-Belama (3), c’est-à-dire fleuve sans eau , d'après laquelle uu grand fleuve aurait parcouru cette contrée. Dans tous ces enfoncemens le riz croit sans culture.
A. Dar-Katakou (6).
On appelle Dar-Katakou la contrée à l’ouest du Shary. Elle faitpartiedel'enfonceinenlci-ilessus, et paie un tribut au puissaut royaume deBornou.
Ses habitans sont des Bédouins mahoinétans ; ils ont la peau enivrée , parlent l'arabe , et dérivent même leur origine de l'Arabie, surtout la tribu de Beni-IIassem. Ils sont parfois visités par des shérifs (c'est-à-dire, des princes de la famille de Mahomet), venant du Ucdshaspar Sennaar et Darfour, pour demander l'aumâne aux chefs des tribus, au nom de leur prophète.
I.eshabitansdeKatakou élèvent de magnifiques races de chevaux ; ils ne se nourrissent que de leurs troupeaux de moutons.de vaches et de chameaux. Semblables à leurs parens de race, à l'est , les habitans du Nil, ils descendent avec leurs
(1 ) Quartcriy Review, p. 23 6.
(2) Burckhardt, Tn»,, App., If, »». 4S4.
(3) Ibid., II, p. 434.
(4) Hurckbartll, App., I, p. 478.
(fi) Jac kson'» Acc. ofTimb., p. 489.
(6) Burikhjrdi, Trar , App., p. 447.
troupeaux dans les basses terres du Shary aussitôt après l'écoulement des eaux, et, parcourant les abondantes prairies couvertes d’herbe naissante , ilsyengraissentde nouveau leurs bestiaux défailianset amaigris. Leurs chefs paient au sultan de Bornou , à peu près tous les trois ou quatre ans, un tributen chevaux, esclaves et chameaux, pour la permission qu'il leur accorde de parcourir ses domaines.
Les Katakous se sont mélangés de tous temps avec les habitans de Bornou, de Begharme et de Borgou ; leurs armes sont des lances, quelques-uns ont des épées à deux tranchans et des cuirasses en forme d’écailles (coati of mai/), de la valeur de vingt vaches. Ils habitent dans des huttes (fshaxh) faites en bois. Un homme qui n'aque cinquante vaches, deu x chameau x et un cheval, passe pour pauvre. Le droit de vengeance leur est sacré. Le meurtre d’un homme coûte aux indigènes une expiationdecent vaches ; lesétrangers sont obligés de payer ledouble. Le plus petit nombre des habilansde Kalakou savent lire et écrire, ou en d’autres termes, sont des Fakys; celui qui prétend à cet honneur est tenu d'enlrcrdanslesécolesarabes qui se trouvent à Begharme, Katakou, et Borgou.
Il n’y a pas de commerce à Katakou , et nulle part on n'aperçoit des caravanes dans ce pays. Les habitans ne font qu'échanger leurs troupeaux contre des étoffes à raies rouges et bleues, qui se fabriquent dans le pays de Begharme, où elles sont un des principaux articles de commerce. Une belle esclave vaut , chez eux , dix vaches. L'ivoire qui, dil-on, s’y trouveen quantité, n'est nullement estimé, attendu que les habitaus n'ent font aucun usage. Le petit nombre de voyageurs qui pénètrent jusquedans ces contrées, sont des pèlerins nègres mahométans (1) qui , forcés de voyager d’étappes en étapprs, tâchent d’arriver aussitôt que possible à Borgou, pour se joindre à la caravane des marchands , qui se rend à la Mecque par Darfour et Sennaar. Katiem (2) est une ville assez considérable, située sur la route de Dar- Katakou à Bornou, à quatre journées de marche du fleuve Shary, et à sept journées (J) à l’est de Bornou ; elle est babitee par des Bédouins qui ne connaissent pas l’arabe.
B. Le Haftr-el- Ghazel.
Ce pays forme, à ce qu'il parait, un petit
(I) Bm-ckbard!, Tnv., p. 480.
l2) App., p. 479.
v3 i B*iJi*Ramet, p. 231.