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Bornou

Ce royaume, dont nous avons déjà indiqué plus haut la situation d'après les plus nouveaux calculs, n’avait aucune importance, comme il parait , du temps des géographes arabes. Léo Africanus (2) nous le dépeint comme un pays barbare , dont les principaux produits sont des esclaves, l.e roi de Bornou descendait alors d’un peuple libyen qu’il appelle Bardoa, sans doute une tribu berbère des Tiblios. Pour gagner quelque supériorité sur les peuples voisins, ses ennemis, le roi de Bornou organisa, du temps de Léo, en 1300, un corps de cavalerie. Il parait qu'avant cette époque , on ne faisait pas usage de chevaux dans le Bornou; ils y furent introduits par des marchands venant de la Barbarie septentrionale. Le roi leur payait pour chaque cheval quinze à vingt esclaves qu’il avait faits prisonniers. De cette manière , son pays se peupla de chevaux , et lui-mème devint bientôt redoutable à scs voisins, llornemann le reconnut comme le plus puissant sultan du Soudan (3); les étals voisins, Kaschna , Daura, Kino (Kanem), Sofau, ft'oro, Ifyffë, Uauri, Kabi, Gouber, lui payaient un tribut. Cela nous explique en partie le récit du shérif Imhammrd (4), selon lequel on parlerait trente langues dans le royaume de Bornou, autant qu’on y compte de peuples. Cependant, ajoute ce voyageur, ils sont tous de la même race, tous noirs. On les dépeint comme étant rudes, sauvages, ignorans. mais laborieux; les plus distingués portent des anneaux d'or au nez; le cuivre s’y trouve en petits morceaux ; de là vient que tout le commerce se fait à l'aide de ce métal. Outre ces nègres aborigènes, on trouve encore dans le Bornou une quantité d'Arabes (3) qui ne parlent que l'arabe, et sont bien plus beaux que les indigènes; on distingue surtout parmi eux deux tribus célèbres dans l’histoire arabe les Djeheyre et les Khnzcm , toutes deux émigrées

(1) Qtiarlerly Review, Ritcbte. May, 1820, p, 228.

H. Murray, IIM. Acc. ofDiacov., 1, p. 432.

(2) Léo A (rit., 1. vu, fol 236.

(3) Uornemann, Voy., éd. I angle!, p. 100.

(4) Proceedingi, I, p. 136.

(6) Burckhardl, Trav., App., p. 480.

del’Arabie. Une grande partie des Khozem sont, dit-on, des s/iërift, c’est-à-dire de la race du prophète. Beaucoup de Bédouins nègres, ou nègres mélangés aux Arabes , se sont unis à ces deux tribus, et mènent une vie errante et nomade. Après la saison des pluies , ils obtiennent du sultan, moyennant un tribut, la permission de construire leurs tentes dans ses états et d'y garder leurs troupeaux ; ils ne vivent que de leurs vacbes, leurs chameaux et leurs moutons. Il faut encore compter au nombre des tribus faisant partie du royaume de Bornou , les Felletas , la plus puissante de toutes les tribus nègres, et celle qui maintenant prédomine dans le pays.

Les mêmes rapports se rencontrent partout (t ), même dans les pays voisins, soumis au royaume de Bornou. Les tribus arabes forment une partie considérable de la population , et diffèrent absolument des aborigènes qui sont très-noirs , et se divisent eux-mêmes en deux races. L’une se compose des noirs mahométans libres ; quoique d’origine nègre, ils n'ont cependant pas tout-à-fàit la physionomie nègre ; l'autre comprend les esclaves nègres des pays idolâtres; ceux-ci ont une physionomie purement africaine et ne se sont jamais mélangés avec les Arabes. On en voit beaucoup aux marchés du Caire et de la Mecque; ils fournissent seuls, pour ainsi dire, tous les marchés de l’Afrique septentrionale. Les noirs mahométans libres se mélangent sans cesse avec les Bédouins arabes , et acceptent en même temps leurs mœurs et leurs usages; mais jamais un Bédouin , fiât— il le dernier de sa tribu , n’épouserait une femme de la race des noirs idolâtres.

Les Arabes appellent le Bornou , Ber-jVoa/t, et croient que c’est sur les montagnes de ce pays (2) que s'est arrêtée l'arche de Noé après le déluge. Ils donnent au lac le nom de Bahr-ely<xv (3), d'après la tradition que l'eau du déluge s’y serait rassemblée , et y aurait été engloutie. Les récits des Maures nous apprennent que le lac, dans lequel s'embouche le Gambarou, est aussi appelé Cad) ou Caudie (4), et qu'à douze journées de là à l'est , le Shari (c’est-à-dire le Bahr-cl-Ghazel) venant du nord , se jette dans le Grand-Fleuve (le Quolla , suivant les rapports des Marabouts). Les Arabes rapportent qu'iri le

(1) Burckbardt, Trav., App., p. 480.

(2) Sbérif Imhatnmcd, In Procecd ,1, p. 133.

(3) Bowdicb Misijon, U, p. 203,

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