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cher» (1). A côté de cc rapide est situé, sur une colline desséchée, couverte de cailloux roulés d’une blancheur éblouissante, le petit endroit de Gerri, au pied de la chaîne de montagnes qui est appelée r Acaba, c’cst-à-dire le passage de Gerri (16° 13' lat. nord). La terrasse plus exhaussée et plus méridionale de Sennaar est couverte de palmiers qui ne produisent pas de dattes; les fruitsqu'ils portent n'arrivent jamais h maturité. Le même sol qui, sur la terrasse de Sennaar, ne se composait que de sable et de cailloux , et qui , dans la proximité du pays d'alpes, était couvert d'un luimus noir et fécond, est, h ce qu'il parait, absolument nu dans la partie septentrionale de la vallée, car on y rencontre partout des couches de marbres, d 'albâtre et une quantité de blocs de sel gemme isolés et détachés (î). Les semailles et les récoltes ne se font plus h la même époque qu'à Sennaar. C'est encore ici que commence, selon Bruce, la limite qui sépare les deux plus puissantes tribus arabes , et les Atbara au sud . appartenant aux Bed-Agceb , et les Kubba- Iteesh au nord, soumis au Mek de Shendy. Ces derniers dominent tout le désert de la Nubie, au nord du Tacazzé, jusqu'à la frontière île l’Égypte ; ils élèvent les plus belles races de chevaux nubiens.
Les tribus arabes qui habitent le second gradin au nonl , nous sont plus ou moins connues, sous les différons noms de Jebalin , Barbares, Ms/iaris, etc. Ils sont les maîtres redoutésdu désert de Nubie (3), où ils ont donné lieu à ce proverbe: a Tout le monde est ennemi, dans le désert. » Le salut : Salumalicum, la paix soit arec cous, et la réponse : Alicum salurn, lapaix est au milieu de nous, sont des formules de haute importance dans ces pays inhospitaliers.
Près de l'Acabaou du défilé de Gerri, que nous pouvons envisager comme le commencement de la pente du premier gradin de Sennaar, le Nil forme I'Ile deKurgos (4), qui, suivant ce que l’on en rapporte , contient des ruines remarquables. A quelques journées de là, vers le nord, on rencontre, sur la rive droite , le confluent du Tacazzé, qui, après avoir probablement traversé, dans son cours inférieur, une vallée longitudinale de l’est à l'ouest , vient mêler ses eaux aux eaux du Nil.
(1) Bruce, Trie., Tl, p. 435 — roncet, Voy»s*,P. 8*.
(2) Poucet, Ibid., p. 427, 485, 489.
(3) Bruce, Tr«v., VI, p. 456, 485, 510.
(4) Ibid-, p. 445.
Le Tacazzé, (c'est-à-dire l'eau sans courant (1), le Tacaree des Portugais, Tekesel dans Poncet), appelé Atbara dans son cours inférieur ( As taboras. selon Ptolémée), a, suivant Bruce, sa principale source sur la montagne d’Angote, près de Souami-Midre (S), où est situé le village de Gourri. Un second bras de ce fleuve prend son origine sur la frontière de Bcgemder, près de Dabouco. Tous deux réunis, traversent la terrasse de Tigré, du sud au nord , séparent la langue Tigré el la langue O lirez de la langue Amhara ; dans la province de Siré, ce fleuve s’échappe subitement de la chaîne limitrophe et continue son cours à travers le pays des Shangallas. A l’endroit où la route des caravanes le traverse, entre Siré et Lamalmon, il n’a, dans la saison sèche, que 600 pieds de largeur et 3 pieds de profondeur. Ses eaux claires et limpides se précipitent à grand bruitàlraversun lit de rochers, bordé de forêts de tamariniers.
Suivant les nouveaux renseignemens recueillis par MH. Pearce et Sait, sur les lieux mêmes, l'endroit le plus voisin des sources du Tacazzé, sur les hauteurs limitrophes de Lasta et d'Angote, est appelé Maizela; on nous cite trois sources du Tacazzé, dont l’une, VAin- Tacazzé (3) ( l'OEil-du-Ftouve ), n'est éloignée que d'une demi-journée de l'ancienne Lalibala. A 8 lieues de là , près de Moukkiné , le Tacazzé atteint déjà une largeur de 40 pieds; de là, se dirigeant au nord, il sépare les hautes montagnes neigeuses de Samen à l'ouest, du Tigré oriental, et reçoit un grand nombre d'affluens qui lui manquent presque entièrement sur le plateau. On ne rencontre de villes remarquables que sur la rive orientale du fleuve, entre autres Socola, capitale de Lasta et plus grande et plus peuplée qu’Anlalow, lUaisada, etc. M. Pearce passa le fleuve en barque, à peu prèsau13* lat. nord, et lui trouva 000 pieds (500 yards) de largeur. C'est à peu près dans la même contrée, quelques journées plus au nord , que Sait (4) toucha les bords du Tacazzé, à l’endroit où il sépare, sous la même latitude qu'Antalow, les provinces de Tigré et d’ Avergale à l'est , des Samen à l'ouest. La contrée située à l'est du fleuve est un vaste plateau , couvert alternativement de champs de bled et de vastes plaines arides, où il ne croit,
(t) uudoif, ont. me., 1. 1.
(2) Bruee,Trav , IV, p. 346.
(3) Sait, Voyaae, p, 268.
(4j Ibid., p. 364.
sur un espace de 12 milles géogr. (00 mites), jusqu'il Antaluw , que des buissons de sureau , de câpriers, de tamariniers et A'cnlata ( espèce d'adansonie). A l’ouest, au contraire, les Samcn aux cimes neigeuses s'élèvent rapidement sur les bords du fleuve , et la plaine qui les entoure est brûlée par un soleil éthiopique. Le rivage du Tacazzé est escarpé et très-étroit , le fleuve luitnème est interrompu dans son cours par une quantité de petits rochers qui le rendent facilement guéable dans la saison sèche. Entre ces rangées de collines, par-dessus lesquelles il coule ses eaux écornantes, se trouvent autant de bassins élargis et très-profonds, qui présentent à peu près le même aspect que \etJochs ou taras de l’Ecosse. C’est une succession de lacs comme au Zaïre, mais sur une échelle plus petite, un rours de fleuve non encore développé comme le fleuve d’Oranjc. Les hippopotames (appelés gomari parmi leshabitans) et les crocodiles surgissaient en masse de ces bassins qui sont leur repaire favori. Les riverains leur font continuellement la chasse; un hippopotame , que Sait tua, avait 18 pieds de long. Les crocodiles, qui sont verdâtres et très-grands, n’habitent que les grandes profondeurs. Le thermomètre marquait à l'ombre 98". Le Tacazzé n’avait que 100 pieds ( 50 yards ) de large sur 3 pieds de profondeur, à l'endroit où Sait le passa h gué. Son cours était cahnecomme la Tamise près de Richemond, mais on s'apercevait à ses rives que, dans la saison des pluies, elles avaient servi de passage à des masses d’eaux très-considérables ; partout on remarquait des traces de destruction.
De même que dans le Habesch tous les fleuves du plateau affluent au Nil , le Tacazzé reçoit ici la plupart des eaux de la chaîne limitrophe; il ne cesse jamais de couler, bien que ses alfluens tarissent chaque été. Scs eaux , dans La saison pluvieuse, sont dix-huit pieds plus hautes que dans la saison delà sécheresse. l’Ius loin, dans la plaiuc, le Tacazzé reçoit les eaux du Marcb( 1), son dernier affluent oriental, venant du Tigré, où Poncct (2) le passa en 1700. la; Mareb n'est que très-peu connu ; il n'a de cours régulier et continu que dans la saison des pluies; pendant l'été, il fait une courbe non loin de la côte et se perd sous la terre ou plutôt dans le sable de la plaine de Dezhin , où des marais , des forêts et des déserts rendent toute la contrée inabordable.
Le cours inférieur du Tacazzé nous était au-
(t) Bruce, Trav,, tll, p, 473. — Lobe., R., 2* vol., p. 22.
(2) Poucet, Hi'lat., axas les tettres eaïf , tv, p. 157.
(refois h peu près inconnu ; nous n'en savions que ce qu'en rapporte llruce , qui le passa à Cooz (17° 37’ latitude nord ), près de son confluent dans le Nil. Sa largeur est en cet endroit d'un quart de lieue ou d’un mille anglais, et ses eaux sont aussi claires que dans le Habesch. Ses bonis ne présentent qu'un pays aride et désert dont le sol , couvert de sable et de cailloux , ne produit que çà et lit quelques buissons d'acacias. Le Tacazzé sépare aussi le pays d'Atbara au sud , du pays de Barbar (1) au nord. C'est sur le rivage septentrional de ce fleuve, dit Bruce, qu'est situé le Gibbel Ateshan , c'est-à-dire le mont de la soif, où les caravanes entrenldans l'affreux désert de Nubie. Ici le Nil, abandonnant tout à coup son cours septentrional, se dirige à l'ouest, à l'endroit où les Arabes placent le pays des Takaki et l'une des cataractes du Nil.
Les voyages de Burckhardt ont augmenté de beaucoup nos connaissances de celte limite septentrionale de la terrasse de Sennaar, ainsi que du Tacazzé inférieur. Nous déplorons que ce célèbre voyageur n'ait pu de même nous douner des reiisi'igiiemens sur sou cours supérieur ; dans le rours inférieur, il n'entendit jamais appeler autrement q \\' Albara ( Astaboras ) , le grand fleuve h l'est de Sennaar, qui ne peut être que le Tacazzé même. Al’estdece fleuve, au mêmedegré de latitude queShendy, est située une plaine basse, célèbre par sa fertilité, la Betad-et-Taka (2) ou El-GoschAet indigènes. S’étendant troisjournées du nord au sud, et une journée en largeur, elle conflue au nord-ouest aux déserts de la Nubie, au sud-est à la chaîne de Negeyb , qui court parallèlementà la mer Rouge, et se confond au sud avec un paysmontueux, boisé et fertile, que nous avons connu ( page 135) sous le nom de Kolla. Il n'y a que peu de communication entre cette Kolla et El-Taka (3) ; aucun des voyageurs connus n'a encore passé par là. Burckhardt rencontra à El-Taka des obstacles qui l’empêchèrent de s'avancer plus au sud. Il ne put apprendre autre chose des Hadendoa, tribu arabe habitant El-Taka, sinon qu'au sud de leur camp de Eilik , dernier point qu'il visita, les camps des autres tribus bédouines, des Vé/Hinab, des Ségotlo, des llatlenga, se succèdent dans une suite non interrompue. Les plus méridionaux, les llallengas font, disaient les Arabes, quelque commerce avec la province abyssinienne de Walkait, avec Ras-
(1 ) Bruce, Vrav., VI, p. 454.
(2) Burckhardt . Trav. lu Hubla, p. 387.
(3, Il>ld , p. 401.